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Saison culturelle 2021 : Des ventes souvent lentes à reprendre
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Saison culturelle 2021 : Des ventes souvent lentes à reprendre
Les principaux diffuseurs culturels de la région ont annoncé leurs couleurs pour l’hiver 2021, et même au-delà, dévoilant une année bien garnie, en dépit du contexte actuel et des consignes de distanciation physique. Maintenant, les spectateurs répondent-ils, malgré le fait que personne ne sait à quel moment les salles pourront rouvrir? Décembre étant habituellement une période importante pour la vente de billets, La Tribune est allée voir comment vont les choses chez quatre diffuseurs.
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Lent... comme prévu au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke

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Lent... comme prévu au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke

Steve Bergeron
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Le Centre culturel de l’Université de Sherbrooke (CCUS) a lancé sa programmation d’hiver 2021 100 % COVID le 25 novembre dernier, et jusqu’à maintenant, les billets partent lentement... comme l’anticipait le directeur Mario Trépanier.

« C’est compliqué de comparer d’une année à l’autre, voire d’un spectacle à l’autre, car il y en a toujours qui se vendent plus, avec ou sans COVID-19. Pour le moment, c’est à peu près à la hauteur de ce que je prévoyais. Je ne m’attendais évidemment pas à une flambée, mais à ce que ça se passe tout en douceur. Certains fonctionnent vraiment très bien, par exemple Fred Pellerin, comme toujours. Pour le reste, c’est petit à petit. Ce n’est pas énorme, mais ça avance. »

Bien sûr, le mois de décembre est habituellement une période faste pour le CCUS, avec ses abonnements de mi-saison. « C’est sûr que, comparativement à un décembre normal, c’est beaucoup plus lent. Mais c’était prévisible, surtout que les forfaits de mi-saison sont généralement très populaires. Plusieurs personnes achetaient trois paires de billets, une pour elles-mêmes et les deux autres pour offrir. Mais depuis le début de septembre, on sent que la clientèle est plus réservée », rapporte Mario Trépanier.

Sans surprise, les spectacles placés en janvier peinent davantage à trouver preneurs. « On sent qu’il y a une certaine fragilité dans ces dates-là quant à la possibilité qu’on soit encore en zone rouge », reconnaît le directeur, ajoutant que c’est la raison pour laquelle le CCUS a accentué sa campagne pour sa programmation de l’automne 2021.

« Disons qu’il y a plus de chances, avec l’arrivée du vaccin, que l’on puisse espérer pour septembre un retour à une situation normale sans distanciation. Dans le fond, on essaie d’engranger tout ce qu’on peut pour aider l’automne 2021. Là aussi, on en vend un petit peu tous les jours. J’imagine qu’une personne qui souhaite offrir des billets en cadeau va regarder davantage vers novembre prochain plutôt que janvier. »

Mario Trépanier, directeur du Centre culturel de l’Université de Sherbrooke.

Jusqu’au Centennial

Mario Trépanier tenait quand même à miser sur les deux tableaux, soit à court terme et à long terme, pour avoir une offre diversifiée. « Même si on sait que la fréquentation pourrait être en dents de scie. On est allés jusqu’à proposer des spectacles familiaux au Théâtre Centennial, car on manquait d’espace à la salle Maurice-O’Bready [les prestations de l’hiver sont concentrées les week-ends parce que l’auditorium sert à l’enseignement universitaire du lundi au vendredi]. » 

Mario Trépanier est du reste très satisfait des six semaines pendant lesquelles le CCUS a pu reprendre ses activités, du début octobre jusqu’à la mi-novembre, malgré la limite de 250 personnes à ne pas dépasser. « Le public m’a semblé à l’aise. Il y avait un respect des consignes sanitaires, tant dans l’assistance que sur scène, et il y a quand même eu de beaux moments de rencontres pour les gens qui avaient le goût de revoir de l’art vivant. Ça valait la peine de faire tous ces ajustements malgré tout. »

Théâtre Granada : «Le réflexe n’est pas là»

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Théâtre Granada : «Le réflexe n’est pas là»

Steve Bergeron
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Vous faites partie des personnes qui souhaitent encourager l’économie locale avec leurs cadeaux de Noël? Suzanne-Marie Landry, directrice du Théâtre Granada, rappelle que des entrées pour la saison 2021 de la salle sherbrookoise constituent « un produit très bleu ».

« Mais en ce moment, on dirait que le réflexe n’est pas là. Peut-être parce que les gens n’entendent parler que de la pandémie, mais ils ne semblent pas portés à penser à nous comme d’habitude (on vend généralement beaucoup de billets et de cartes-cadeaux en décembre) », résume-t-elle. 

Suzanne-Marie Landry se fait rassurante quant à l’éventualité de reports ou d’annulations : sa salle, comme la plupart des autres, a assoupli ses règles de remboursement. Pas de danger que les détenteurs se retrouvent pris en otages comme la clientèle des compagnies d’aviation.

« On rembourse s’il y a annulation ou s’il y a un report et que la nouvelle date ne convient pas. Il n’y a vraiment aucun risque. Et maintenant, il est possible d’acheter une carte-cadeau en ligne et de la transférer par téléphone ou par courriel à la personne à qui elle est destinée. »

« Même si la saison ne recommence pas le 11 janvier comme on l’espère, elle va quand même reprendre un jour. Si quelqu’un souhaite encourager la culture, mais hésite pour le mois de mars, la carte-cadeau est un geste important pour soutenir toute l’industrie, pas seulement les artistes, mais aussi les techniciens, les serveurs, les employés de la billetterie... Certains soirs, il y a 90 personnes qui travaillent au Granada », insiste-t-elle.

Pour l’instant, les prestations au Granada doivent reprendre le 16 janvier avec le lancement des Velvet Supersloths. Suit une programmation où se mélangent essentiellement chanson et humour, avec des noms comme Maude Landry, Bobby Bazini, Kaïn, Louis T, Émile Proulx-Cloutier, Klô Pelgag, Fouki, Souldia, Beyries, Louis-Jean Cormier, Vincent Vallières...

Plusieurs spectacles de l’automne 2021 sont aussi déjà en vente. « Et on aura de belles nouvelles si les frontières rouvrent. On a beaucoup d’espoir pour 2021 », insiste Suzanne-Marie Landry.

Suzanne-Marie Landry, directrice générale du Théâtre Granada

Bénéfique pour les employés

Le Théâtre Granada a pu rouvrir ses portes pendant environ deux mois à la fin de l’été et au début de l’automne, en respectant la capacité maximale de 250 personnes.

« Je peux dire que les gens étaient heureux! On s’est tellement fait dire que c’était le fun! Et il n’y a eu aucune éclosion durant ces deux mois. On a suivi les directives à la lettre. Évidemment, ça n’a pas vraiment été rentable (les aides gouvernementales pour les frais fixes et les salaires ont quand même fait une différence), mais ça a été très bénéfique pour les employés. Ils étaient tellement heureux de travailler! Huit mois sans représentations en 2020, ça fait mal au moral des troupes », de conclure la directrice.

Attente et optimisme au Vieux Clocher de Magog

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Attente et optimisme au Vieux Clocher de Magog

Steve Bergeron
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Même si les ventes de décembre sont plus timides jusqu’à maintenant, Bernard Caza a bon espoir que le sprint final des dix jours avant Noël sera à la hauteur.

« Cette semaine, c’est un petit peu lent par rapport aux années précédentes, mais je compte bien avoir un rush du 14 au 24, comme chaque année, pour les cadeaux de dernière minute. C’est pour ça qu’on reste actifs en mettant notre programmation de l’avant », commente le directeur artistique du Vieux Clocher de Magog, rassuré par le fait qu’en ce moment, la salle peut s’appuyer sur 5500 billets vendus pour des spectacles reportés, et qui n’attendent que d’être honorés.

« Ça représente 210 000 $ », précise-t-il, soulignant que plusieurs dates sont complètes, notamment le passage de Claude Dubois, censé marquer la réouverture, les 15 et 16 janvier. « Plusieurs autres soirées sont déjà à 100, 125 billets », ajoute-t-il, rappelant que la nouvelle jauge est de 194 places pour respecter la distanciation physique.

Le Vieux Clocher de Magog s’est lui aussi lancé dans les cartes-cadeaux virtuelles, lesquelles permettent d’éviter manipulation et visite au guichet.

« Après neuf mois de COVID, le public sait que les modalités de remboursement sont très souples et très rapides (la même semaine), mais comme on ignore quand ça va rouvrir, plusieurs préfèrent les cartes-cadeaux. On a 76 000 $ de ventes déjà réalisées dans ce créneau-là. »

« Dès que nos portes seront ouvertes, ça devrait se remplir assez vite. Et j’imagine que les gens auront vraiment le goût de sortir. La réponse qu’on a en ce moment, c’est qu’ils ont hâte de revenir et qu’ils veulent être tenus informés. » 

Bernard Caza observe aussi que les réservations se font sur toute la saison et ne sont pas uniquement concentrées, par exemple, en été et automne 2021, pour lesquels il est permis d’espérer davantage un retour à la normale.

« Les gens souhaitent une rencontre avec un artiste, alors ils préfèrent acheter maintenant, quitte à ce que ce soit repoussé, plutôt que de risquer de rater ce rendez-vous », déduit-il.

Bernard Caza, directeur artistique du Vieux Clocher de Magog

Folle réouverture

Le Vieux Clocher de Magog a été le premier à rouvrir ses portes dans la région, soit le 11 juillet, ce qui lui a permis de reprendre ses activités pendant quatre mois. « Ça a été fou au début! Majoritairement, nous avons été complets ou presque pour les 56 représentations durant cette période. Par chance, nous avons l’aide du Conseil des arts et lettres du Québec pour les frais fixes. »

Bernard Caza avoue qu’il est un peu moins « spectacle virtuel ». « Mais ça bouge beaucoup dans ce créneau en ce moment et on analyse la situation. Par exemple, on pourrait installer deux ou trois caméras et vendre 150 billets virtuels. Ça peut être très bon pour la relève ou pour certains artistes qui n’ont pas le choix, mais je ne pense pas qu’on se dirige vers ça. »

Le Centre d’art de Richmond prêt à repartir

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Le Centre d’art de Richmond prêt à repartir

Steve Bergeron
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Le Centre d’art de Richmond sortait à peine d’une crise interne lorsque la pandémie a frappé. Résultat de cette tourmente, la principale subvention destinée à soutenir la saison d’automne 2020 a été suspendue. Voilà pourquoi la codirectrice générale Marie-Ève Bourdages, arrivée en poste en février, a préféré laisser passer l’année avant de refaire une nouvelle programmation, ce qui explique pourquoi le diffuseur est resté fermé depuis mars.

« Depuis le début, on essaie d’y aller prudemment, car le Centre d’art de Richmond est une petite salle. Et avec la distanciation, on ne peut accueillir qu’une quarantaine de spectateurs », souligne Marie-Ève Bourdages, qui a été nommée peu après la démission en bloc du conseil d’administration, à la fin de janvier 2020.

« En mars, étant donné que nous ne pouvions assurer de saison, le programme de subvention a été annulé, explique-t-elle. Les subventionnaires ont pu interpréter ces changements comme insécurisants. Sans financement, le CAR s’est retrouvé le bec à l’eau. »

La nouvelle direction a donc décidé de jouer de circonspection avant de se relancer, misant entre-temps sur les activités de location de salle, participant aux prestations virtuelles du Réseau Centre, osant un spectacle extérieur gratuit.

« Mais on ne voulait pas partir en peur. En automne, le CAR a finalement su qu’il aurait de nouveau accès aux subventions. »

Marie-Ève Bourdages, codirectrice du Centre d’art de Richmond.

Remplir 40 sièges

Marie-Ève Bourdages et son équipe ont élaboré une programmation très variée de huit soirées, étalées de janvier à mars. Essentiellement musicale, la saison d’hiver ira du trad d’Yves Lambert (23 janvier) au jazz de Misc (12 mars), en passant par la musique de la Renaissance, en compagnie de Cordâme et Coral Egan (20 mars). Les amateurs d’humour n’ont pas été oubliés (Philippe-Audrey Larrue-Saint-Jacques, 27 mars), ni ceux de poésie et de slam (Nathasha Kanapé Fontaine, 20 février), ni la communauté anglophone (la conteuse et harpiste Julie Miller, 6 février).

Les ventes ont commencé lentement... mais la codirectrice s’attendait à ce que le public soit encore plus prudent, surtout que très peu de bruit a été fait autour de ce redémarrage.

« Ça ne part pas en fou, mais pour certains, on est déjà à la moitié de la salle, par exemple P’tit Belliveau [6 mars]. Il faut dire que ce n’est pas si compliqué de trouver preneurs pour 40 places. Ça peut même paraître arrogant de promouvoir des spectacles lorsque le gouvernement nous demande de rester chez nous. Mais quand j’appelle des gens pour des remboursements ou des annulations, je m’aperçois que ça leur manque vraiment. »   

Quoi qu’il advienne, les personnes qui le désirent pourront être remboursées sans tracas, à tout moment, grâce aux nouvelles mesures facilitatrices à la billetterie du CAR, assure Marie-Ève Bourdages.

« Même quand un spectacle sera maintenu, si un spectateur ne se sent pas à l’aise, il sera remboursé, illustre-t-elle. On n’a pas envie que les gens, s’il y a report, restent pris en otages pendant une période indéterminée. D’autant plus qu’ils n’ont pas tendance à en acheter d’autres s’ils ont des billets en attente. »

Derrière la présentation de cette incertaine programmation se trouve aussi l’objectif d’honorer les contrats suspendus à cause de la pandémie et faire en sorte que l’argent se rende jusqu’aux artistes, techniciens et autres travailleurs de la culture affectés par le contexte actuel, ajoute-t-elle.