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Saint-Georges-de-Windsor : grandir en famille
Saint-Georges-de-Windsor : grandir en famille
Samuel Mercier habite sur son verger biologique à Saint-Georges-de-Windsor avec sa conjointe et leurs deux jeunes enfants.
Samuel Mercier habite sur son verger biologique à Saint-Georges-de-Windsor avec sa conjointe et leurs deux jeunes enfants.

Capricieuse, la pomme bio

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Les pommes du Verger Bio des Sources situé dans le rang 4 à Saint-Georges-de-Windsor ne sont peut-être pas 100 % rouge ou complètement rondes, mais elles offrent quelque chose d’unique en Estrie : elles sont certifiées biologiques. Au Québec, on ne compte qu’une dizaine de vergers offrant l’autocueillette ayant obtenu cette certification.

Pourquoi aussi peu? La pomme biologique est extrêmement difficile à cultiver au Québec. Les averses régulières et les grandes chaleurs de l’été forment un environnement parfait pour la tavelure, un champignon qui s’attaque à l’arbre et à la pomme, et les insectes nuisibles.

« Dans une culture biologique, il faut vraiment que tu marches dans ton verger et que tu connaisses les insectes et les maladies par cœur, explique Samuel Mercier, propriétaire du verger. Souvent dans une culture chimique, si tu te fies à des calendriers d’insecticide, tu vas avoir de belles pommes. Dans le verger biologique, il faut que tu dépistes les insectes. »

M. Mercier installe donc des pièges pour capturer les insectes et ainsi avoir une idée de ce qui se déroule dans son verger d’environ 2000 pommiers.

« Quand j’ai un certain nombre de carpocapses par exemple, j’interviens, souligne-t-il. Et on n’intervient pas avec n’importe quel produit. Souvent dans le chimique on intervient avec un insecticide massif; tandis que dans le bio, c’est souvent un virus ou une bactérie qui cible directement l’insecte visé. L’important, c’est de bien connaître le cycle vital de ces insectes et d’intervenir avant que le problème arrive. »

Les efforts biologiques pour contrôler le verger ont toutefois plusieurs défauts.

« Souvent le produit est ultralessivable ou photodégradable, déplore-t-il. Il faut le renouveler aux trois ou quatre jours. L’insecte peut aussi développer une tolérance. Il faut toujours être là, je ne peux pas partir une semaine. C’est aussi plus dispendieux parce qu’il faut en mettre plus. Il faut vraiment être sur la coche, sinon tu passes à côté de ta récolte. Souvent, je me lève dans la nuit pour aller faire la pulvérisation parce que c’est le meilleur moment. »

Samuel Mercier utilise aussi la nature à son avantage. Il a installé 34 cabanes d’oiseaux dans le verger pour nicher les hirondelles et ainsi contrôler les populations d’insectes. Il y a aussi un étang sur le site pour amener encore plus de biodiversité.

« La monoculture, dans le biologique, ça ne peut pas fonctionner, lance-t-il. Si un insecte ou une maladie prend le dessus, c’est terminé. L’idée c’est d’avoir une synergie et une biodiversité avec autant d’insectes bénéfiques pour contrôler tes insectes nuisibles. Il y a certains insectes, comme des punaises, que je ne peux pas contrôler parce qu’il n’y a aucun produit dans le bio pour le faire. Ça me prend alors des punaises prédatrices. »

Samuel Mercier a installé 34 cabanes d’oiseaux dans le verger pour nicher les hirondelles et ainsi contrôler les populations d’insectes.

Une année difficile

Malgré tous les efforts déployés, une culture biologique reste à la merci de dame Nature. L’été 2020 a été très difficile pour Samuel Mercier, qui habite dans le verger avec sa conjointe et leurs deux jeunes enfants.

« La journée de la pleine floraison, il a fait 30 degrés et deux jours plus tard, il faisait moins 1, mentionne-t-il. À cette température, il n’y a plus d’insectes dans le verger pour polliniser. Les pétales de fleur fanent. À moins 2, l’ovaire dans le fruit gèle, alors j’étais vraiment limite. »

Le verger a donc réduit de moitié ses heures d’ouverture durant l’automne en raison du manque de pomme.

« Financièrement, une année comme celle-là, ça frappe fort, admet M. Mercier. Ma conjointe travaille à l’extérieur parce que je ne pourrais pas faire vivre ma famille avec le verger. »

De plus, les pommiers du verger ont entre 35 et 38 ans et sont sur leur déclin. Chaque année Samuel Mercier en coupe quelques centaines pour en replanter des plus résistants. Les Macintosh étant moins résistants face aux maladies, M. Mercier se tourne vers la Honeycrisp et la Liberty.

Persévérance

Le Verger Bio des Sources, anciennement le Versant Rouge, a été fondé en 1983 par le père de Samuel Mercier. C’est en 2009 que l’entreprise familiale a fait le saut vers le bio. Un choix que ne regrette pas du tout Samuel Mercier, malgré toutes les difficultés qui lui sont reliées.

« Il l’a fait pour la famille, pour lui et, finalement, il se rend compte qu’il l’a fait pour l’environnement, indique-t-il. J’ai grandi ici et j’ai toujours été ici. Quand je vais dans un autre verger, j’arrive à goûter et sentir les produits qu’ils mettent sur les pommes. »

Il existe aussi un marché pour la pomme biologique, selon Samuel Mercier, même s’il est parfois plus difficile à trouver.

« Le client qui vient ici est pas mal moins exigeant, admet-il. Dans son panier, il va avoir des pommes avec des défauts, mais ça ne le dérange pas. Ma clientèle veut un produit de meilleure qualité. Il le faut parce qu’elles ne sont pas rouges à 100 % et il y a des imperfections de rondeurs. »

Le prix de la pomme bio est également un « gros flou total ».

« Pour avoir le prix, les producteurs conventionnels peuvent consulter des chartes, résume Samuel Mercier. Tout est listé. Pour les pommes bio, on n’a rien. Parfois on doit se parler entre producteurs pour savoir où on s’en va. Je ne pourrais pas vendre les pommes au même prix. Dans certains marchés, la clientèle n’est pas là pour le bio. Ma clientèle biologique est à Sherbrooke. »

La pomme biologique est extrêmement difficile à cultiver au Québec. Les averses régulières et les grandes chaleurs de l’été québécois forment un environnement parfait pour la tavelure et les insectes nuisibles.

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La pomme bio en chiffres

En 2017, 51 entreprises produisaient des pommes biologiques au Québec ce qui représentait 8 % du total des entreprises en pomiculture au Québec. Ce nombre est en constante augmentation depuis 2006.

Dans un récent rapport du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec sur les résidus de pesticides dans les fruits et légumes frais issus de la culture conventionnelle vendus au Québec, on apprend que 68 % des pommes conventionnelles testées contenaient des traces de pesticides. On a retrouvé neuf pesticides différents et 7 % des pommes testées contenaient trois résidus différents.

Selon le portail Virage bio de l’UPA, les ventes de pommes biologiques dans les bannières (supermarchés) du Québec en 2017 représentaient 1,31 % pour ce qui est du de volume de vente et 2,5 % en termes de valeur monétaire.