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Quels défis pour les voitures électriques?
Quels défis pour les voitures électriques?
Alain Webster
Alain Webster

Encore beaucoup de chemin à faire

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
En misant surtout sur l’électrification des transports, des bâtiments et des activités industrielles dans son Plan pour l’économie verte (PEV), le gouvernement Legault arrivera-t-il à réduire de 37,5 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030?

Selon Pre Annie Chaloux, spécialiste en politique environnementale, le Plan vert annoncé en début de semaine serait « peu ambitieux » et n’aurait pas assez d’impacts directs sur le comportement des consommateurs, qu’elle décrit comme étant de plus en plus sensibles aux changements climatiques.

« La pandémie crée une situation de repli que l’on peut comprendre dans un contexte où nos modes de vie ont été complètement bouleversés, explique Mme Chaloux. Toutefois, la sensibilisation n’est plus suffisante. Il faut trouver des moyens de modifier les habitudes de consommation à l’aide de mesures incitatives qui vont pousser les gens à faire des choix plus responsables. »

Bien qu’elle souligne l’engagement du gouvernement et la somme de 6,7 milliards qui sera investie sur cinq ans, Mme Chaloux constate que plusieurs recommandations faites par des spécialistes de différents milieux n’ont pas été retenues dans le plan annoncé par le premier ministre.

Parmi celles-ci, elle donne en exemple l’idée de surtaxer l’achat de véhicules utilitaires sport (VUS) neufs, comme en Europe. « En refusant de mettre en place des mesures radicales et coercitives pour faire plaisir aux consommateurs, le gouvernement ne fait que reporter à plus tard les conséquences et les coûts reliés au virage électrique », déplore-t-elle.

Son collègue Alain Webster, professeur titulaire au département d’économique de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, est sensiblement du même avis. Il précise toutefois que la taxe carbone sur l’essence continuera d’augmenter dans le but d’inciter la population à réduire sa consommation d’essence. 

« Pour ajouter plus de mesures coercitives, il faut d’abord qu’il y ait une adhésion sociale, croit M. Webster. Les gens doivent être d’accord avec les mesures adoptées et ils doivent en voir les côtés positifs. Il faut commencer par ce qui est le plus facile et qui suscitera le plus d’adhésion. Le Plan vert actuel présente une transition énergétique axée sur une économie plus verte, plus créative, plus solidaire, avec une création d’emplois intéressante. Et tout ça, c’est aussi essentiel! », rappelle-t-il.

« Maintenant, sommes-nous prêts à des mesures plus contraignantes? Visiblement, le gouvernement, lui, n’est pas encore rendu là », affirme M. Webster, tout de même confiant pour le futur.

Annie Chaloux

Plusieurs enjeux mis de côté

Parmi les « moins bons coups », les deux collègues s’entendent pour dire que peu d’efforts ont été mis en matière d’écofiscalité (diminuer la valeur d’un comportement nuisible en augmentant la valeur de la nuisance). À cela, Pre Chaloux estime que des transformations importantes dans le secteur agricole, une industrie particulièrement concernée dans la lutte aux changements climatiques, auraient été attendues.

« Par exemple, le gouvernement aurait pu choisir d’orienter ses investissements bien davantage dans la promotion de l’agriculture biologique et la culture maraîchère plutôt que de continuer à subventionner le secteur porcin et bovin », indique-t-elle.

Elle se dit par ailleurs étonnée du peu de mesures mises en place entourant l’autosuffisance alimentaire du Québec. « Nous avons été témoin cet été d’une curiosité et d’un intérêt marqué pour l’alimentation et l’achat local. Pourquoi n’y a-t-il pas davantage d’actions prévues en ce sens? »

À ces enjeux, M. Webster ajoute ceux de la gestion des matières résiduelles et de l’aménagement durable du territoire. « En Estrie, nous avons une réalité complètement différente de celle de Montréal et Québec. En plus d’investir dans l’électrification des transports, le gouvernement devra favoriser le transport actif, la mobilité durable et le développement d’une stratégie d’aménagement qui limitera l’étalement urbain et les déplacements qui nécessitent un véhicule. On ne règlera pas le problème uniquement avec le transport en commun. »

 « En somme, ce plan aurait été intéressant en 2012. Aujourd’hui, ce n’est pas satisfaisant », se désole Mme Chaloux.