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Quelle place occupe le racisme en Estrie?
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Quelle place occupe le racisme en Estrie?
Quelle place occupe le racisme en Estrie et au Québec? La Tribune a posé la question.
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Le SPS dénonce les gestes de Minneapolis

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Le SPS dénonce les gestes de Minneapolis

Le Service de police de Sherbrooke assure que les crimes et infractions sont traités pour ce qu’ils sont, peu importe la race ou la religion de celui qui le commet.

Du même souffle, le directeur du Service de police de Sherbrooke, Danny McConnell, réprime le comportement des policiers de Minneapolis qui ont mené au décès de George Floyd aux États-Unis la semaine dernière.

« Nous réprimons ces comportements qui vont à l’encontre des valeurs du Service de police de Sherbrooke, soit le respect, l’éthique et le professionnalisme. Nos policiers et policières sont là pour la protection du public. Les gestes posés causant la mort de George Floyd, menotté, sont contraires à l’éthique et aux méthodes enseignées et utilisées au SPS. C’est un sentiment généralisé dans notre corps de police », signale le directeur McConnell.

Selon les données fournies par le SPS au ministère de la Sécurité publique du Québec, aucune plainte pour profilage racial n’a été rapportée entre 2013 et 2016 à Sherbrooke. 

Danny McConnell assure qu’aucune plainte en ce sens n’a été formulée depuis qu’il dirige le SPS, soit depuis l’été 2016.

« Dans un état de droit démocratique comme celui dans lequel nous vivons au Québec, nous traitons des crimes de façon objective dans le respect des droits des individus sans égard à la race, au sexe ou à la religion. Peu importe le crime, nous le traitons de la même façon, peu importe l’individu. Chacun va recevoir le même traitement », assure le directeur du SPS.

Il estime que les agissements du policier de Minneapolis qui a gardé son genou dans le cou de George Floyd pendant huit à neuf minutes alors que ce dernier exprimait sa suffocation n’ont pas lieu d’être.

« Nous ne savons pas ce qui est arrivé avant, mais le bout qui a été diffusé dans les médias où il est clairement menotté au sol et qu’il ne résiste pas n’a pas lieu d’être. Il aurait dû clairement être placé en position de recouvrement pour éviter cette asphyxie positionnelle qui a été créée par le manque d’air. Nous ne travaillons pas de cette façon ni à Sherbrooke ni ailleurs au Québec », souligne le directeur McConnell.

Danny McConnell mentionne qu’en plus de la position de recouvrement, la communication dans l’action et le contrôle des émotions n’ont pas été respectés lors de l’intervention avec George Floyd.

Pas parfaits

Il admet que les policiers tant à Sherbrooke qu’ailleurs au Québec ne sont pas parfaits, mais les événements de Minneapolis ont dépassé les bornes.

Le directeur du SPS cite en exemple que certaines interventions policières avec un individu qui résiste à son arrestation, vue de l’extérieur, peuvent paraître particulières étant donné que jusqu’à cinq policiers peuvent y prendre part.

« Ce type d’intervention est faite pour éviter de blesser la personne. Chaque policier prend un membre et un autre prend la tête pour diriger l’opération pour éviter les blessures. Il faut que les interventions soient replacées dans leur contexte », signale le directeur McConnell.

Ce dernier indique que les gestes des policiers sont scrutés.

Il rappelle que la situation de 2003 où quatre policiers du SPS avaient été reconnus coupables au criminel et avaient perdu leur emploi après une altercation avec un prévenu dans le garage de l’ancien poste de police de la rue Marquette. Une situation qui n’avait aucune connotation raciale. 

« Même si ce sont nos policiers, on dénonce ce type de situation. Ce qui s’est passé aux États-Unis nuit à la communauté policière à travers le monde. Ça cause un tort à l’image et à l’uniforme du policier et de la policière qui protège le citoyen », soutient le directeur du SPS.

Marche de solidarité

Le SPS établit son plan d’intervention non pas pour encadrer, mais bien pour accompagner les participants à la marche à la mémoire de George Floyd qui aura lieu dimanche prochain à Sherbrooke. Les organisateurs ont déjà mentionné qu’ils souhaitaient la tenue d’une marche pacifique.

« Nous voulons assurer la sécurité de ces personnes. Nous serons là pour assurer la paix et le bon ordre. Nous souhaitons que cette manifestation reste pacifique et tout semble se diriger vers cela. Nous voulons que les gens puissent exercer leur droit fondamental de s’exprimer par rapport à une situation qui est à dénoncer », avance le directeur du SPS.

Des démarches préalables à cette marche de solidarité sont cependant en cours avec les renseignements sécurité de la Sûreté du Québec et les renseignements criminels du SPS afin que les participants ne soient pas infiltrés par des groupes dont l’objectif n’est pas le même que celui annoncé.

« Nous avons établi des approches avec les organisateurs. La manifestation ne se fera pas envers la brutalité policière, mais davantage contre le racisme de façon globale », signale Danny McConnell.

Les crimes haineux font figure d’exception

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Les crimes haineux font figure d’exception

Les crimes à caractère haineux font figure d’exceptions à Sherbrooke.

Dans son rapport annuel 2018, sur les 38 378 appels reçus, cinq dossiers étaient reliés à l’origine ethnique de la victime et deux dossiers à la religion.

Jusqu’à maintenant en 2019, deux dossiers étaient reliés à l’origine ethnique, un à l’orientation sexuelle et deux dossiers en lien avec la profession ou les idées politiques de la victime.

La majorité de ces douze dossiers concernaient des propos visant à insulter la victime dans un contexte de voies de fait, de harcèlement ou de menaces.

« Même si le nombre d’événements de ce type est négligeable, nous y sommes très attentifs », assure le directeur du SPS, Danny McConnell.

Le SPS participe à plusieurs initiatives pour développer et maintenir le contact avec les diverses communautés culturelles. Des présentations lors des cours de francisation pour démystifier le travail policier et informer sur les lois et règlements sont faites. Le SPS organise aussi des événements sportifs avec les jeunes des communautés culturelles et effectue une présence aux activités organisées par les organismes travaillant avec les nouveaux arrivants.

Des policiers de la division de sécurité des milieux travaillent sur les tables de quartier avec les différentes communautés du territoire.

« Sherbrooke est une terre d’accueil. Nous travaillons du mieux possible avec les nouveaux arrivants dans la meilleure compréhension de leur culture et de leur religion », assure Danny McConnell.

Le Service de police de Sherbrooke compte quatre policiers d’origine autochtone, deux agents issus de minorités ethniques, mais aucun provenant de minorité visible sur les 158 patrouilleurs de l’organisation.

« Nous avons une problématique que nous n’arrivons pas à solutionner. Ce n’est pas que nous n’en cherchons pas, mais soit qu’ils ne traversent pas le processus de sélection ou qu’ils se dirigent vers les grands centres comme Montréal », mentionne le directeur du SPS.

Danny McConnell voit comme un avantage le fait que les policiers proviennent de différentes origines culturelles et parlent différentes langues.

 « C’est facilitant dans une situation de crise d’avoir un policier qui comprend la culture et la langue. Les barrières peuvent tomber plus facilement. C’est un grand souhait pour le Service de police de Sherbrooke d’avoir le plus possible de minorités dans ses rangs, mais j’ai de la misère à en trouver », signale Danny McConnell.

Racisme : le Québec n’est « pas moins pire qu’ailleurs », rappelle un chercheur

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Racisme : le Québec n’est « pas moins pire qu’ailleurs », rappelle un chercheur

Subtile ne veut pas dire inexistant : plus personne ne se dit raciste, mais les effets du racisme continuent de se faire sentir sur les minorités au Québec, constate le professeur au département de sociologie de l’UQAM Paul Eid. Leçon sur le racisme et le profilage racial avec celui qui a également œuvré comme chercheur pour la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).

Le Québec semble avoir cette obsession de vouloir se comparer avec ses semblables en ce qui a trait à ce problème de société, note M. Eid. « J’ai animé plusieurs conférences sur le sujet, et il y a une question qui revient toujours : “mais, au Québec, est-ce que c’est pire qu’ailleurs ?” C’est une façon de protéger son image, mais ça a aussi comme effet collatéral de minimiser le fait qu’il y a du racisme ici comme ailleurs. Il y a un extrême qui serait de dire que le Québec est pire qu’ailleurs ; je n’y crois pas. Mais il ne faut pas tomber dans l’autre extrême, et dire qu’au Québec, on est moins pire qu’ailleurs. C’est faux. » 

Mardi, lorsqu’interrogé sur les soulèvements antiracistes dans différentes villes en Amérique du Nord, dont Montréal, à la suite de la mort tragique de George Floyd, le premier ministre François Legault a réitéré ses propos de la veille comme quoi il n’existe « pas de racisme systémique au Québec » selon lui, puisque « la grande majorité des Québécois ne sont pas racistes ». Il a cependant reconnu qu’un problème de racisme existait dans la province.

Sa position a été critiquée par la députée de Québec Solidaire Manon Massé, dont le parti réclame que soit adoptée une politique nationale de lutte contre le racisme. Une demande qu’a également réitérée la CDPDJ dans un rapport sur les actes haineux à caractère xénophobe en septembre dernier, et encore une fois dans La Presse, mardi. 

Or, tous les indicateurs démontrent que le racisme et le profilage racial sont bien présents au Québec et que « le profilage racial a une dimension systémique », affirme M. Eid, qui compte en plus les nombreux témoignages qu’il a eu l’occasion d’entendre lors de différentes d’études.

« Quand on dit qu’il y a une dimension systémique, on veut dire par là que ce n’est pas limité à quelques cas individuels. C’est un phénomène qui est généralisé, mais ça ne veut pas dire que c’est systématique et que c’est fait par tous les policiers. On veut aussi dire qu’il repose sur des pratiques organisationnelles et des manières de faire qui sont teintées par des biais, tant chez les dirigeants que chez les policiers et qui sont parfois inconscients », plaide M. Eid, qui rappelle que l’esclavage fait aussi partie du passé québécois.  

L’injustice se poursuit 

Le profilage racial est bien documenté dans les activités du Service de police de la Ville de Montréal, où une étude dévoilée l’an dernier a permis de constater qu’un jeune homme noir a cinq fois plus de chances de se faire interpeller par le corps policier qu’un jeune homme blanc.

« On manque de données, mais on soupçonne également que le profilage se poursuit dans les étapes ultérieures de la judiciarisation, indique M. Eid. Aux États-Unis, surtout, on sait que c’est le cas. À infraction égale, on sait que les Noirs ont des chefs d’accusation plus lourds que les Blancs, qu’ils sont plus souvent reconnus coupables, et qu’on leur impose des sentences plus lourdes. C’est aussi vrai pour la peine de mort là-bas, alors que les Noirs sont surreprésentés de manière surdimensionnée. » 

Le profilage racial ne se manifeste d’ailleurs pas que chez certains policiers, précise Paul Eid. Ce terme permet en effet de dénoncer les comportements où une personne en position d’autorité emploie une mesure à l’égard d’une autre personne, croyant que sa sécurité ou celle du public est menacée en raison de facteurs d’appartenance comme la race, la couleur ou la religion de cette dernière. « Ce peut être un gardien de sécurité dans un magasin, ou même un enseignant qui applique les codes de discipline. Aux États-Unis, les chiffres prouvent bien que les jeunes Noirs sont beaucoup plus susceptibles d’être suspendus ou expulsés en vertu du code de discipline de l’école que les jeunes Blancs. C’est le cas en Ontario, et on le soupçonne aussi au Québec, avec de nombreux témoignages en appui. » 

Le profilage racial concerne également l’emploi de mesures disproportionnées, toujours en raison de facteurs comme la couleur de peau ou la religion. D’où les épisodes de brutalité policière, ou l’émission de constats d’infraction abusifs après une interpellation. « Le policier ne trouve rien, et se rend compte qu’il n’avait finalement pas de bon motif pour interpeller la personne, alors il va trouver une infraction au code municipal, comme le flânage autour du métro. » 

« Ce n’est pas que les Noirs commettent plus de crimes, poursuit-il. C’est seulement qu’ils sont plus souvent interpellés et fouillés. Si on cherche quelque chose plus souvent dans un endroit, on va en trouver plus souvent là. » 

« Ouvrir les yeux »

Si une politique nationale de lutte contre le racisme et la discrimination devait être créée, que devrait-elle contenir ? 

« Je n’ai pas de recette magique, mais je pense que cette politique doit oui, miser sur l’éducation antiraciste, mais pas juste parler diversité dans un discours rose bonbon, où on doit tous s’aimer, répond-il. On le sait et tout le monde est pour ça, mais on a besoin d’une éducation antiraciste qui ouvre les yeux du groupe majoritaire sur les mécanismes d’exclusion, de subordination et de domination qu’on retrouve sur le marché du travail, dans l’accès au logement et dans l’accès aux postes de pouvoir. »