Contenu commandité
Quel avenir pour l’achat en ligne?
dossiers majeurs
Quel avenir pour l’achat en ligne?
L’achat en ligne est devenu routinier pour la plupart des Québécois. À l’aube d’une sortie de la crise sanitaire, on peut se questionner à savoir si cette façon de faire est ancrée pour de bon ou si les vieilles habitudes reprendront rapidement leurs places. Quel est l’avenir de l’achat en ligne et est-ce vraiment une approche écoresponsable ? La Tribune s’est penchée sur ces questions
Partager
Bond de 10 ans pour le commerce en ligne

dossiers majeurs

Bond de 10 ans pour le commerce en ligne

Simon Roberge
Simon Roberge
La Tribune
Article réservé aux abonnés
On n’apprend rien à personne en mentionnant que l’achat en ligne a explosé durant la pandémie. Une très forte majorité des Québécois ont complété un achat sur internet en 2020. Mais ce qu’on ne savait pas nécessairement, c’est l’ampleur de l’augmentation qu’a connue le commerce en ligne. Cette ampleur est tout simplement « phénoménale » selon le professeur de l’Université de Sherbrooke Abdelouahab Mekki Berrada.

« On dit que la croissance qu’a connue le commerce en ligne durant les trois premiers mois de la pandémie, c’est quelque chose qu’on serait allé chercher naturellement sur 10 ans », explique le spécialiste du commerce en ligne.

Au Québec, 78 % des adultes québécois ont réalisé un ou des achats sur Internet au cours de l’année 2020, une hausse de 15 % depuis 2019. Ces chiffres proviennent de la récente enquête NETendances 2020 réalisée par l’Académie de la transformation numérique avec la collaboration de BIP Recherche. On apprend également qu’une récente étude mondiale de Salesforce publiée en avril 2020 révèle une augmentation de 40 % du nombre d’acheteurs uniques en ligne dans le premier trimestre de 2020. 

« On assiste à une métamorphose mondiale, souligne M. Mekki Berrada. Toutes les enquêtes ont démontré que le commerce en ligne a explosé durant la pandémie. C’était la bouée de survie pour les consommateurs et les entreprises. Pratiquement 85 % des consommateurs à travers le monde ont fait un achat en ligne. C’est incroyable! Environ 150 000 millions de personnes qui n’avaient jamais acheté en ligne l’ont fait durant la pandémie. L’Argentine, l’Inde, l’Indonésie, la Turquie connaissent des taux de croissance qu’on n’a jamais vus. »

Les vêtements, chaussures, bijoux et accessoires (65 %), les produits électroniques (42 %) de même que la musique, les films et les jeux vidéo (40 %) affichent les plus fortes proportions d’achats en ligne faits par des adultes au Québec en 2020 selon l’enquête de l’Académie de la transformation numérique.

La pandémie a aussi modifié le type de produits achetés de cette façon.

« On a vu un développement incroyable de l’épicerie en ligne et de l’achat de meubles en ligne, souligne M. Mekki Berrada. Il y a aussi tout ce qui touche la santé. Il y a plein de catégories de produits qui se sont ouverts à l’achat en ligne. »

Ralentissement et concurrence

Les résultats préliminaires du début de l’année 2021 indiquent toutefois un ralentissement de cette hausse.

« Elle va se calmer naturellement parce qu’il y a un retour à la normale, analyse le professeur Mekki Berrada. On prédit un retour à une progression normale de l’ordre de 6 à 7 %. »

La dernière année a toutefois créé une concurrence féroce en ligne ce qui pourrait nuire aux petites entreprises.

« Plus il y aura de gens dans le commerce en ligne, plus les coûts d’acquisition seront dispendieux, indique-t-il. Les efforts devront être dédoublés pour faire sa place. Par exemple, si vous voulez faire de la publicité sur Google vous devez acheter un certain nombre de mots clés, mais ces achats fonctionnent par enchère. Juste durant les quatre derniers mois, il y a eu une augmentation d’environ 25 % du coût par clic sur une publicité sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche. »

Abdelouahab Mekki Berrada

Une longueur d'avance

Toujours selon l’enquête NETendances 2020, 41 % des achats des cyberacheteurs québécois ont été faits sur le site d’Amazon. Les marchands québécois pointent au 2e rang avec 25 % des achats. Malgré les campagnes d’achat local, on constate que le géant américain a encore une longueur d’avance. L’enjeu de la livraison est un défi de taille pour les entreprises québécoises selon M. Mekki Berrada.

« Celui qui maîtrise la livraison a gagné la guerre, mais ce n’est pas donné à tout le monde, indique-t-il. Aujourd’hui, vous cliquez sur un produit à 8 h le matin sur Amazon et vous le trouvez chez vous à 6 h le soir. »


« Celui qui maîtrise la livraison a gagné la guerre. »
Abdelouahab Mekki Berrada, à l’École de gestion de l’UdeS

C’est l’intelligence artificielle qui permet à Amazon de réussir ce tour de force.

« Ils ont des algorithmes qui leur permettent de prédire vos intentions d’achat avec des marges d’erreur très faibles, résume le professeur. Quand on clique sur un produit ou sur une page, on envoie un signal qu’on va probablement acheter ce produit dans les 48 heures et dès qu’ils sentent que vous approchez de votre décision, ils prennent le produit et l’amènent à l’entrepôt le plus près de chez vous. C’est toute cette intelligence-là qui fait défaut aux petites entreprises. »

+

L’achat numérique en chiffre

  • Le quart des adultes québécois (26 %) et le tiers des cyberacheteurs (34 %) sont membres d’Amazon Prime.
  • Un rapport de Statistique Canada publié en juillet 2020 indique que les ventes en ligne ont plus que doublé de mai 2019 à mai 2020, avec une augmentation de 110,8 %
  • Selon un sondage mené par la firme Navigator pour le compte de la Coopérative nationale de l’information indépendante (CN2i) en février 2021, ce sont 82 % des Québécois âgés de 18 ans et plus qui disent faire des efforts pour acheter local.
  • Les segments de la population ayant vu la plus forte croissance de son taux de cyberacheteurs en 2020 depuis 2019 sont les 55 à 64 ans (29 %), les 65 à 74 ans (32 %) et les 75 ans et plus (32 %). Les cyberacheteurs âgés de 35 à 44 ans ressortent comme étant ceux ayant le plus dépensé en ligne au cours de l’année 2020.

Sources : L’enquête NETendances 2020 réalisée par l’Académie de la transformation numérique avec la collaboration de BIP Recherche.

Le modèle hybride « de l’avenir »

Dossiers majeurs

Le modèle hybride « de l’avenir »

Simon Roberge
Simon Roberge
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Bien que le commerce en ligne ne cesse de grossir au détriment du commerce traditionnel, tous les experts s’entendent pour dire que l’achat de biens en personne dans les magasins n’est pas près de mourir. Cette dualité ouvre toutefois la voie à de nouveaux modèles d’affaires comme celui de l’entreprise québécoise de ventes de meubles M2GO.

Le principe est simple : la vente des meubles se fait en ligne, mais il est possible de se déplacer dans des petits centres de démonstration pour voir les articles et les essayer avant l’achat. On est donc bien loin du modèle des gigantesques IKEA, Walmart ou Costco.

« Ce qu’on pense, c’est que l’expérience de commerce physique ne va jamais mourir, mentionne Vincent Gagnon, président et fondateur de l’entreprise. Le modèle M2GO est vraiment le modèle de l’avenir. Des showrooms réduits qui ont tout le nécessaire pour compléter l’expérience d’achat en ligne. Il y a les produits vedettes, les chaises, les matelas, les échantillons, etc. Les grandes surfaces, c’est des loyers de fou et la vente en ligne est en croissance. Je ne crois pas au modèle 100 % en ligne et je ne crois pas au modèle 100 % magasin. »

L’entreprise a pour l’instant deux centres de démonstration, un à Longueuil et l’autre à Montréal. 

« Présentement, on se concentre sur les villes d‘affaires avec un million d’habitants et plus, admet Vincent Gagnon, diplômé de l’Université Bishop’s. Mais ça ne veut pas dire qu’on ne dessert pas parce qu’on livre partout. »

Ce modèle hybride a bien évidemment fait ses preuves durant la pandémie, mais semble vouloir prendre la vitesse même à la suite de la réouverture de plusieurs magasins.

« On se demandait si on allait avoir une baisse quand les magasins ont rouvert et il n’y a eu aucun ralentissement, confirme M. Gagnon. Il y a vraiment une différence entre acheter chez nous et sur un site américain comme Wayfair. Si tu as un problème avec ton meuble, c’est compliqué et ça ne fonctionne pas. Les gens ont envie d’avoir ce contact humain malgré la technologie. Le drapeau que j’essaie de porter c’est qu’on est capable de faire du commerce local avec une chaîne d’approvisionnement de l’usine jusqu’au consommateur avec des prix compétitifs. C’est un peu de faire un pied de nez aux Wayfair, Amazon et autre grands détaillants et de montrer qu’on est capable le faire au Québec. »

Vincent Gagnon

Une première collection maison

M2GO lancera d’ailleurs officiellement le 1er avril sa toute première collection exclusive sous le nom Lila. Cette collection de 8 modèles, qui s’adressent aux gens qui travaillent de la maison, est fabriquée entièrement à Sherbrooke par l’entreprise Logiflex.

« La réponse est vraiment positive, indique M. Gagnon. Le bureau ajustable électrique marche super bien et on a aussi fait un bureau console qui se transforme pour les gens qui n’ont pas nécessairement un espace dédié pour le bureau. C’est une surface de travail qui peut se ranger. »

La demande grandissante pour le mobilier de travail à domicile a convaincu Logiflex de se lancer dans l’aventure.

« On fait d’une pierre deux coups, résume Yan Sinclair, président de Logiflex. On développe un partenariat le fun en donnant un coup de main à M2GO et en lui permettant de bénéficier de notre expertise et moi je n’ai pas à me développer pour l’instant de boutique en ligne. C’est une première tentative peu risquée pour explorer ce marché. Et ce qui est le fun c’est que c’est du mobilier pour la maison qui est tout de même de qualité commerciale. » 

Yan Sinclair
Le transport, toujours le transport

dossiers majeurs

Le transport, toujours le transport

Simon Roberge
Simon Roberge
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Avez-vous déjà reçu une commande en ligne et été un peu exaspéré par la quantité de plastique et d’emballage utilisée pour protéger un produit qui n’a pas vraiment besoin de l’être? Avez vous déjà reçu une boîte beaucoup trop grosse pour votre commande? La réponse est probablement oui. La question se pose alors, est-ce que l’achat en ligne est véritablement plus vert que l’achat traditionnel? La réponse est claire, nette et précise, selon le professeur Ben Amor de l’Université de Sherbrooke : oui et ce peu importe l’angle d’analyse.

« Le nerf de la guerre, c’est les déplacements en auto, estime le professeur Amor, directeur du Laboratoire interdisciplinaire de recherche en ingénierie durable et en écoconception. Le transport est l’aspect le plus polluant. Le transport de la marchandise qui est livrée est optimisé. Un camion qui contient 30 colis, c’est 30 personnes en moins sur la route. Les compagnies qui livrent ne peuvent pas avoir le luxe de ne pas optimiser leurs trajets. Si une compagnie va du point A au point B sans optimiser son parcours, ça va lui coûter très cher en carburant. Ils utilisent des algorithmes. Le point de vue économique et celui environnemental ont du sens. »

Le suremballage des livraisons est même négligeable comparé à la pollution des transports selon le professeur Amor.

« Il y a des études en Suisse qui ont même regardé l’impact environnemental de toute l’infrastructure : le temps passé sur internet, la composition de l’ordinateur et même l’impact des serveurs. Ils ont regardé tous les scénarios possibles et on parle de 75 % de différence d’impact environnemental en faveur de l’achat en ligne. »

Même si un consommateur utilise une auto électrique ou prend le transport en commun, l’impact environnemental reste inférieur avec l’achat en ligne.

« C’est difficile d’accoter un transport optimisé d’une camionnette qui contient 50 colis pour 50 personnes. On ne peut pas accoter ça, c’est trop optimisé. »

Professeur Ben Amor

Les retours

S’il y a un endroit où l’achat en ligne peut devenir plus polluant, c’est lors des retours d’articles.

« Si une personne va au centre commercial, fait un achat et ça s’arrête là, l’achat en ligne est préférable, résume le professeur. Si la personne achète en ligne et se met à essayer et retourner plusieurs produits, l’effet bénéfique de l’achat en ligne est annulé. Il y a un aspect comportement d’achat à ne pas négliger. Il faut sensibiliser les consommateurs à ne pas trop faire ça. Un retour gratuit c’est bien le fun, mais ça vient avec une charge environnementale. »