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Quand le sport s'arrête...
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Yves Grandmaison se dit nostalgique en repensant à la belle époque de la Traversée internationale du lac Memphrémagog.
Yves Grandmaison se dit nostalgique en repensant à la belle époque de la Traversée internationale du lac Memphrémagog.

Une traversée d’anecdotes

Jérôme Gaudreau
Jérôme Gaudreau
La Tribune
Un lac, de la bière, des spectacles, et surtout, un événement sportif qui aura duré près de 35 ans : voici les ingrédients parfaits pour mener à tout un cocktail d’anecdotes. Avis aux cinéastes : la Traversée internationale du lac Memphrémagog pourrait donner tout un scénario de film.

Fin des années 1970 : le Magogois Georges Lussier voyait sa toute nouvelle course de régates ne pas faire l’unanimité, principalement à cause du bruit qui déplaît aux riverains du lac Memphrémagog. Pour satisfaire les plaignants, l’organisateur remplace les régates par une compétition... de nage. 

« J’étais là, en 1979, indique Yves Grandmaison. C’était la toute première édition de la Traversée du lac Memphrémagog. Je me rappelle, le journaliste Mario Goupil nous avait traités d’amateurs dans ses pages. Et il avait raison! C’était vrai, on était de vrais amateurs! On partait de rien. »

Comme bien des événements populaires régionaux à cette époque, les finances n’étaient pas le maillon fort de l’organisation. 

« J’ai quitté après un an parce que je n’assumais pas certaines décisions financières de Georges Lussier. Mais je lui lève mon chapeau : il a eu l’idée de partir la Traversée », précise Yves Grandmaison, coiffeur de métier.

Trois ans plus tard, l’événement était criblé de dettes. 

« La Traversée devait de l’argent à tout le monde. Je suis revenu au sein du comité organisateur avec Gérard Dufresne, le comptable Claude Gérin, Bertrand Viens de chez Ford et Jean Dion, le maire d’Orford. Georges Lussier croyait qu’on allait le garder, mais on ne pouvait pas. On a dû éponger la dette de plusieurs milliers de dollars. Après trois ans, on a honoré notre mandat! » explique fièrement M. Grandmaison, devenu alors président de la Traversée durant deux ans. 

C’est à la sixième année que l’événement a réussi à passer au niveau supérieur. Il ne s’agissait plus que d’une course de 40 kilomètres entre la plage Prouty Beach à Newport au Vermont et celle de la Pointe Merry à Magog.

« On a constaté une évolution incroyable. On accueillait des nageurs de tous les pays et de nombreux visiteurs. On s’est mis à organiser des courses de cyclisme, des courses à pied, des parades, du ski nautique, un énorme bingo, des tournois de balle avec Guy Lafleur entre autres, des tours d’hélicoptère et de gros spectacles de musique. Ça ne finissait plus. On faisait tout nous-mêmes », explique celui qui a toujours été près du comité organisateur piloté par Laurent Pelletier, Jean-Guy Gingras ou Serge Laurendeau selon l’époque.

De Claude Dubois à Jean Béliveau

Les vedettes du Québec se donnaient bien souvent rendez-vous à Magog dans le cadre de la Traversée. 

« Maurice Richard est venu, Mario Tremblay et Réjean Houle ont déjà été présidents d’honneur tout comme Jean Béliveau. Ils adoraient assister à la Traversée. Je me rappelle avoir recroisé Jean Béliveau au Forum à l’époque et il m’avait reconnu comme si j’étais son grand ami de Magog! » indique Yves Grandmaison. 

Des artistes comme Claude Dubois et Johnny Farageau se succédaient sur scène. 

« On pouvait accueillir 15 000 personnes par jour. Sur le site, c’était noir de monde. On ne voyait même plus la plage. Aujourd’hui, dans la situation actuelle, ce serait inimaginable de voir cette foule aussi dense en raison de la pandémie », soutient l’ancien président. 

« Je me rappellerai d’ailleurs toujours la fois où Claude Dubois avait effectué son test de son pour ensuite chanter une chanson avant que la pluie gâche tout, poursuit-il. On avait tout de même dû le payer environ 10 000 $. Mais au début, tous nos partenaires étaient d’une aide précieuse. Molson nous donnait pour 100 000 $ environ par année, Dominion Textile était avec nous tout comme Bell et Gaz Métropolitain, qui ont investi dans l’événement. Aujourd’hui, les compagnies n’ont pas la même latitude. »

Des bénévoles sur le party

À l’arrivée de Jean-Guy Gingras, un ménage au sein du conseil d’administration s’est effectué. 

« Il a fallu mettre de l’ordre, confie l’ancien directeur général et président. Il y avait un déficit de 100 000 $. On comptait peut-être 200 bénévoles et la Traversée était reconnue pour être un gros party de bière. »

« On a endossé plusieurs fois l’événement », admet Yves Grandmaison. 

Le début de la fin

En bénéficiant d’un budget pouvant aller jusqu’à un million de dollars parfois, rien ne semblait pouvoir arrêter les organisateurs. 

« On avait accueilli un groupe rendant hommage aux Beatles qui faisait fureur aux États-Unis. Le chapiteau était plein à craquer. On voulait envoyer un hélicoptère pour aller les chercher à Montréal, mais ils préféraient la limousine. En quittant le site, les spectateurs brassaient la limousine et la police a dû escorter le groupe jusqu’à la sortie », explique Jean-Guy Gingras.

Devenue une étape de la Coupe du monde de nage en eau libre, la Traversée a connu une fois de plus des difficultés financières dans les dernières années.

L’édition 2016 a d’ailleurs été suspendue et après de multiples tentatives de relance, la fin avait sonné.

Épuisement, manque de relève, dépenses trop élevées. Le comité organisateur s’est rendu à l’évidence. 

« On faisait venir Éric Lapointe et ça coûtait 20 000 $, confirme M. Gingras. S’il pleuvait, on était dans le trouble. On organisait trop de gros spectacles. Les feux d’artifice étaient énormes. Il aurait fallu se concentrer sur de plus petits spectacles sous le chapiteau ainsi que sur la nage et continuer de penser aux gens de Magog plutôt que vouloir attirer des gens de partout. »

« Je suis un peu nostalgique, admet Yves Grandmaison. Mais on n’en pouvait plus. Ce n’était plus comme avant. Tout était devenu lourd. »

Jean-Guy Gingras estime toutefois qu’il serait possible de relancer la Traversée :

« Ça nous prend l’implication des jeunes. Je serai toujours là au besoin. Ce serait une bonne chose pour Magog : cet événement rassemblait la population et on était fiers de notre Traversée du lac Memphrémagog. »

Il serait désormais impossible de voir une foule aussi dense à un événement sportif en raison de la pandémie qui frappe le monde entier.

Histoires en rafale

Certains se souviendront du fameux incident de la montgolfière. « Elle avait brûlé et l’accident aurait pu coûter la vie à plusieurs personnes. La bonbonne de propane est heureusement tombée dans la rivière et la montgolfière s’est écrasée là où se situe aujourd’hui le Tigre Géant. C’était en 1983 je crois. On a évité la catastrophe, parce qu’il y avait du monde partout à ce moment-là », se souvient Yves Grandmaison.

Qui ne se rappelle pas des prestations des nageurs estriens Xavier Desharnais ou David Bilodeau? Ou bien encore de Paul Asmuth, qui s’est fait voler le titre du Roi du Memphré par le Bulgare Petar Stoychev avec ses 11 victoires? « Paul était un gentleman. Mais Petar Stoychev ne savait pas vivre. Une famille de pension avait dû se préparer longtemps pour l’accueillir et après être entré dans la maison, il a quitté sans avertissement et s’est loué une chambre au Cheribourg. Les nageurs le détestaient. Il était très arrogant. »

Après les événements du 11 septembre 2001, le comité organisateur n’a pas eu la même facilité à accueillir les nageurs internationaux. « Un Égyptien qui se prénommait Mohamed avait été refusé par les autorités, qui lui avaient ensuite permis de nager, mais il n’avait pas le droit de mettre les pieds au Canada. Il est parti de Newport jusqu’à Magog à la nage et il a fallu qu’on le ramène en bateau, parce qu’il ne pouvait pas poser le petit orteil en sol canadien », raconte Jean-Guy Gingras.