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Quand le sport s'arrête...
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Luc Fournier, ancien directeur général des Jeux du Canada, assure que tout est allé rondement lors de l’événement présenté en 2013.
Luc Fournier, ancien directeur général des Jeux du Canada, assure que tout est allé rondement lors de l’événement présenté en 2013.

Dans les coulisses des Jeux du Canada

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
 Des météorologues à son service, une fausse fusillade et la possibilité d’un déraillement de train; l’ancien directeur général des Jeux du Canada 2013, Luc Fournier, ne manque pas d’anecdotes lorsqu’il se rappelle ce gros événement, présenté il y a presque sept ans.

Le directeur général a eu à gérer de beaux problèmes durant son règne. « Dès le mois de mars, j’étais assis sur ma chaise en me disant qu’on a ce qu’il faut en argent, mais aussi en ressources. Ce n’est pas facile de trouver des employés pour un an et de leur dire qu’après, on les met dehors, explique-t-il. Mais on n’a jamais eu de problèmes à recruter. Le monde embarquait. À un moment donné, il a fallu arrêter le recrutement de bénévoles. Il y en avait trop! On avait dit qu’on ne serait plus capable à partir de 5500. On était rendus à 6000. Des bénévoles se sont plaints durant les jeux parce qu’ils voulaient en faire plus. On n’avait rien à leur offrir! »

Les organisateurs ont pondu un plan de gestion de risques. Ils ont réduit leur liste de 600 à 37 risques potentiels. « Par exemple, c’était presque certain qu’il allait pleuvoir. Il faut prévoir une journée de manœuvre [lors des compétitions] », illustre M. Fournier. 

« J’ai envoyé [la liste] à Gaétan Drouin, qui était le coordonnateur aux mesures d’urgence à la Ville de Sherbrooke. On avait identifié tous les risques. Pour nous situer, nous étions en mai 2013. M. Drouin nous a dit qu’il nous manquait un seul risque. On avait prévu une alerte à la bombe, une prise d’otage, une inondation à Bishop’s, etc. Il nous a dit qu’on avait oublié un déraillement de train avec des produits chimiques dans le centre-ville de Lennoxville. Deux mois plus tard, ce même train qui passait à Lennoxville déraillait à Lac-Mégantic », se rappelle-t-il, émotif, évoquant le souvenir de l’ancienne mairesse de la municipalité, Colette Roy-Laroche, qui était l’une des porteuses de drapeau.

« Je lui avais dit : “ bien voyons donc Gaétan ”. C’est finalement arrivé... »

Fausse fusillade

La cellule de gestion de crise, composée entre autres du directeur général, de son adjoint Michel Dussureault et du maire de l’époque, Bernard Sévigny, s’est réunie une seule fois durant la présentation des Jeux. 

« Un monsieur s’est barricadé devant les résidences de Bishop’s. Il était suicidaire. Il était dans un appartement avec des armes à feu. À cause des réseaux sociaux, quelques minutes après, on a eu des téléphones de Vancouver et de Calgary, demandant si leur enfant était correct », dit-il, se souvenant que certaines personnes pensaient que le forcené avait tiré, alors qu’il n’a jamais fait feu en réalité.

Dans La Tribune du 7 août 2013, on rapportait que les résidences évacuées hébergeaient environ 500 athlètes, mais que seulement 50 s’y trouvaient au moment de l’évacuation. 

« On n’a pas eu à gérer de grosses crises. On s’est organisé pour que chaque secteur fonctionne bien », assure l’ancien DG des Jeux. 

Environnement Canada

Anecdote cocasse : Environnement Canada s’est associée à l’événement en offrant les services de météorologues à l’organisation des Jeux du Canada. « Ils assistaient à la réunion du matin. On en a eu deux extraordinaires. Leur rôle était de nous donner l’heure juste par rapport à ce qui allait se passer en terme de météo », raconte M. Fournier, mentionnant que leurs services ont été utiles. 

« La cérémonie d’ouverture était dehors à l’Université de Sherbrooke, raconte l’ancien DG. Ce matin-là, vers 6 h, on annonce des cellules orageuses violentes sur Sherbrooke. Je me disais qu’on serait obligés de transférer le tout au Palais des sports, ce qui n’était pas évident, puisque le premier ministre Stephen Harper venait. Le météorologue nous a dit “ entre 19 h 30 et 20 h 30, les cellules orageuses vont être tout le tour de Sherbrooke, mais pas au-dessus de l’Université, je vous l’assure ”. »

« Quand on a ouvert la cérémonie, on voyait les nuages noirs, enchaîne-t-il. On s’est croisé les doigts. Il ne s’est rien passé et il a commencé à pleuvoir après la cérémonie. [...] Ça m’avait marqué. Si je ne l’avais pas eu, je ne suis pas sûr que la cérémonie se serait passée à l’UdeS. On a pris le risque. Le lendemain, le météorologue est arrivé en réunion avec un gros sourire. Il nous l’avait dit! »

Souvenirs

Personnellement, M. Fournier ne compte pas ses souvenirs en dollars. « C’est beau, on a fait un surplus de plus de 2 M$ après les Jeux, se réjouit l’organisateur d’expérience. Mais ça n’a jamais été l’objectif principal. En premier lieu, c’était le service aux athlètes. Ce que veut un athlète, c’est de beaux plateaux, de bien manger, de bien dormir et d’être transporté. On voulait que l’athlète soit au centre. L’argent, c’est après. On ne voulait pas couper dans la bouffe, on aurait fait les coupures ailleurs. Mais on n’a jamais eu besoin de le faire. »

M. Fournier n’a peut-être pas remporté d’or ou d’argent, mais il a gagné un prix bien spécial après les Jeux du Canada. « J’ai reçu une offre pour être sous-ministre adjoint au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport au gouvernement du Québec. J’ai donc cédé ma place à Michel Dussureault, qui était mon adjoint. Ce sont les jeux qui m’ont amené là. 

Président des Jeux, Tom Allen souhaite que d’autres événements sportifs viennent à Sherbrooke dans le futur. « C’est difficile avec la COVID-19, mais après, let’s go Sherbrooke! Trouvons un autre événement. Les Jeux du Québec d’hiver, ce serait quelque chose de différent! » dit celui qui a donné de nombreuses heures lors de l’événement de 2013.