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Quand le sport s'arrête...
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Les organisateurs des Mondiaux Jeunesse 2003 avaient gagné leur pari dès les cérémonies d’ouverture alors que 8000 spectateurs ont envahi le stade d’athlétisme tout neuf de l’Université de Sherbrooke. 
Les organisateurs des Mondiaux Jeunesse 2003 avaient gagné leur pari dès les cérémonies d’ouverture alors que 8000 spectateurs ont envahi le stade d’athlétisme tout neuf de l’Université de Sherbrooke. 

Cinq jours qui ont changé Sherbrooke

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
Sherbrooke s’est donné une nouvelle personnalité du 9 au 13 juillet 2003 et n’est jamais redevenue la même ville. Durant ces cinq jours, celle qu’on aimait encore appeler la Reine des Cantons-de-l’Est est devenue un pôle sportif de calibre international en accueillant 1452 des meilleurs athlètes juniors en provenance de 152 pays à l’occasion des 3es Mondiaux Jeunesse.

 Ç’a été une expérience extraordinaire, se souvient le maire d’alors et coprésident de l’événement, Jean Perrault. C’était tout un défi. Rappelez-vous, nous n’avions pas de stade. Il fallait aller chercher des subventions pour le construire. Je me souviens que nous avions rencontré le ministre fédéral des Finances et le ministre québécois aux Sports. Nous avons dû faire des efforts considérables pour aller chercher l’argent. Bien sûr, la Ville a aussi contribué. »  

Avant ce grand rendez-vous, Sherbrooke n’avait pas eu beaucoup d’occasions de faire sa marque sur la scène sportive internationale. « Nous avions reçu le championnat mondial de ski nautique en 1967, rappelle M. Perrault, qui avait lui-même fait bonne figure lors de ces compétitions tenues au lac des Nations. Il y avait aussi eu les Jeux du Québec de 1977 et de 1995, mais rien de l’ampleur des Mondiaux Jeunesse. »

Dès son arrivée à la mairie en 1994, Jean Perrault rêvait de faire de sa ville une destination sportive de haut niveau. L’ex-directeur du centre sportif du Cégep en a discuté avec Jacques Petit, alors directeur des sports, de la culture et de la vie communautaire à la Ville. Il lui a demandé ce que Sherbrooke pouvait accueillir comme compétition d’envergure. La réponse ne tarde pas : les Jeux du Canada, rien de moins! Ceux-ci viendront en 2013 et connaîtront un immense succès. Mais la marche était haute et les Mondiaux Jeunesse permettront de la franchir. 

Victoire

La mobilisation a porté fruit, si bien que le nouveau stade d’athlétisme répondant aux plus hauts standards était prêt à accueillir les 8000 spectateurs venus assister aux cérémonies d’ouverture marquées par une prestation du chanteur sherbrookois Garou, alors au sommet de sa carrière. « C’était merveilleux de voir tous ces gens réunis sur ce site magnifique avec le mont Orford en arrière-scène », se souvient Jacques Petit, un des grands artisans de ce succès.

« Je ne me souviens pas qui avait eu l’idée d’inclure une première compétition à la fin de la cérémonie, mais c’était un grand moment de voir les 8000 personnes assister au 3000 m féminin », évoque encore ému M. Petit, qui a lui-même été entraîneur d’athlétisme pour le Vert & Or de l’Université de Sherbrooke. « Nous avons appris énormément avec les Mondiaux Jeunesse, reprend-il. Nous avons commencé avec une page blanche et nous avons livré la marchandise. »

Au cours des cinq jours de compétition, pas moins de 35 000 spectateurs goûteront à cette magie offerte par de nombreux futurs olympiens, dont Usain Bolt, qui deviendra l’un des plus grands athlètes du jeune 21e siècle. (Voir autre texte) « Personnellement, c’est sans doute une des plus belles expériences de ma carrière, estime René Roy, conseiller en communications pour les équipes du Vert & Or. J’ai ressenti une immense fierté pour mon université, ma communauté, ma ville. J’ai vu se déployer une remarquable mobilisation citoyenne derrière cette aventure. Je ne pourrai jamais reconstituer une équipe aussi talentueuse et dévouée que lors des Mondiaux Jeunesse », affirme celui qui dirigeait la salle de presse.

Pas moins de 1452 des meilleurs athlètes juniors en provenance de 152 pays ont participé aux cinq jours de compétition.

Héritage

Avec la contribution financière de tous les paliers gouvernementaux et la participation de quelque 2000 bénévoles, Jean Perrault avait déjà remporté son premier pari, celui de rallier toute une population derrière cet ambitieux projet. Mais l’ex-maire aujourd’hui président du conseil d’administration de La Tribune voyait plus loin. Il l’a dit avant, pendant et après les Mondiaux Jeunesse, il le dit encore 17 ans plus tard : il ne suffisait pas de tenir des jeux pour tenir des jeux, ceux-ci devaient laisser un héritage aux Sherbrookois. 

« On s’est fait un cv avec les Mondiaux Jeunesse, image-t-il. On voulait positionner clairement Sherbrooke comme une destination touristique majeure dans les événements sportifs. Depuis ces jeux, il ne se passe pas une semaine sans qu’il n’y ait une compétition majeure de volley-ball, d’athlétisme ou de hockey quelque part dans la ville. Et quand les jeunes choisissent leur cégep ou leur université, plusieurs sont attirés par une ville où le sport prend une place importante. Les retombées ne sont pas toutes mesurables », plaide-t-il.

Le premier héritage de ce rendez-vous sportif est évidemment le stade d’athlétisme, dont on vient de refaire la piste. Cet amphithéâtre extérieur qui surplombe la ville accueille bon nombre d’événements sportifs et sert de domicile à l’équipe de football de l’Université. Tout ceci en temps normal, évidemment! Il a aussi représenté un atout majeur pour accueillir les Jeux du Canada en 2013. 

Les Mondiaux Jeunesse ont aussi permis la création d’Excellence sportive Sherbrooke, une organisation devenue permanente destinée à soutenir la tenue d’événements d’envergure et les athlètes de la région. « Les jeux ont été l’occasion de créer un fonds de 300 000 $, qui nous permet d’offrir des bourses nos athlètes grâce à la participation de nombreux partenaires, se réjouit Jean Perrault. Ça prend des gens qui y croient pour lancer des projets comme ça et pour en préserver l’héritage. Le legs des Mondiaux Jeunesse est physique, avec le stade, financier, pour les athlètes, organisationnel, avec Excellence sportive, mais il est surtout humain », insiste l’ex-maire.

Fière de ses succès, Sherbrooke s’est qualifiée en un temps record pour les Jeux de la Francophonie, qui devaient avoir lieu l’an prochain. Malgré ce faux départ, la ville est déjà installée bien en confiance sur les blocs pour la prochaine course. Elle n’attend que le signal.

Le recteur de l’Université de Sherbrooke Bruno-Marie Béchard et le maire de Sherbrooke Jean Perrault étaient les deux coprésidents des 3es Mondiaux Jeunesse d’athlétisme, tenus à Sherbrooke du 9 au 13 juillet 2003.