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Prestation aux voyageurs : Ottawa cherche une solution
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Prestation aux voyageurs : Ottawa cherche une solution
Le gouvernement fédéral s’emploie depuis samedi à trouver une solution pour éviter que des voyageurs d’agrément touchent la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique (PCMRÉ), une prestation de 1000 $, à leur retour au pays. Pour le politologue Antonin-Xavier Fournier, cette situation démontre que le gouvernement Trudeau n’a pas su tirer des leçons de la première vague de COVID-19 pour adapter ses programmes d’aide.
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Prestations aux voyageurs: «Pas un chèque automatique», prévient Bibeau

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Prestations aux voyageurs: «Pas un chèque automatique», prévient Bibeau

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
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SHERBROOKE — Toute une équipe du gouvernement fédéral s’emploie depuis samedi à trouver une solution pour éviter que des voyageurs d’agrément touchent la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique (PCMRÉ), une prestation de 1000 $ mise en place cet automne pour les travailleurs qui n’ont pas droit à des congés de maladie et qui n’ont pas les moyens de perdre deux semaines de salaire s’ils doivent s’isoler à cause de la COVID-19.

Même si elle reconnaît que certains voyageurs pourraient théoriquement toucher la prestation, la députée de Compton-Stanstead et ministre de l’Agriculture Marie-Claude Bibeau assure qu’il n’est pas dans les intentions du gouvernement de « payer les voyageurs », comme elle l’a entendu cette fin de semaine sur les réseaux sociaux, et que des correctifs seront apportés « le plus vite et le mieux possible ».

« On s’entend que ce n’est pas non plus un chèque automatique, a dit la ministre en entrevue avec La Tribune lundi. Il faudrait que les gens déclarent qu’ils sont privés d’un revenu pendant les deux semaines d’isolement, alors que je crois que la majorité des gens qui ont pris la décision de partir se sont aussi organisés pour leur isolement au retour. 

« Soit que ce sont des retraités, donc ils ne perdront pas de salaire, soit que ce sont des gens qui peuvent travailler à distance, donc ils ne perdront pas de salaire non plus. Je crois que la majorité n’y aura pas accès, mais théoriquement, certains voyageurs pourront en bénéficier », ajoute-t-elle.

Cette admissibilité théorique révélée par La Presse samedi a enflammé les réseaux sociaux toute la fin de semaine, alors que beaucoup de Québécois en avaient déjà contre tous ces gens qui ont décidé de voyager dans le Sud durant les Fêtes, à l’encontre des recommandations de la Santé publique. 

La ministre Bibeau, qui a fait une mise au point dès dimanche matin sur sa page Facebook, avoue que personne à la Chambre des communes n’avait prévu que des voyageurs d’agrément pourraient réclamer cette prestation mise en place dans l’urgence en octobre.

« La loi a été votée à l’unanimité par tous les partis, tous les députés à Ottawa ont approuvé ça, et ça nous a échappé cette éventualité-là qu’on ne voulait certainement pas encourager, révèle-t-elle. Maintenant on est un gouvernement, il faut faire les choses dans l’ordre, et c’est ce qu’on va faire. »

« Je serais étonnée que des gens soient partis en voyage en comptant sur ça [la PCMRÉ], précise aussi Mme Bibeau. Nous [le gouvernement], on en a pris conscience cette fin de semaine alors je doute que des gens aient anticipé ça. Je ne crois pas non plus qu’il y a déjà eu des demandes. »

À la rescousse des travailleurs

La PCMRÉ, rappelons-le, a été mise en place pour éviter que des travailleurs atteints, ou à risque, de la COVID-19 ne se rendent au travail et contaminent leurs collègues parce qu’ils n’ont pas les moyens de perdre quelques semaines de salaire pour s’isoler. 

La ministre de l’Agriculture amène en exemple les travailleurs des usines de transformation alimentaire où il y a eu plusieurs cas de COVID et où la transmission était risquée. 

« C’est pour eux ce programme-là, lance-t-elle, et ce n’est certainement pas pour ceux qui avaient les moyens de se payer des vacances dans le Sud et qui doivent déjà avoir prévu leurs deux semaines d’isolement au retour. »

Le constat étant fait, le gouvernement aura besoin d’un certain temps pour corriger le tir, dit la ministre Bibeau sans vouloir avancer de délais étant donné toutes les considérations légales et logistiques à prendre en compte.

Entre-temps, elle met toutefois en garde les voyageurs qui voudraient réclamer des prestations qui ne leur sont pas destinées.

« Ce sont des programmes assez simples administrés par l’Agence de revenu du Canada, reconnaît-elle. Les gens déclarent qu’ils doivent se mettre en isolement et qu’à cause de cet isolement, ils perdent des revenus. Mais après coup, l’Agence va effectuer plus de vérifications, selon un processus que je ne maîtrise pas très bien. Alors c’est toujours très dangereux de tenter de bénéficier de ce genre de prestations là et d’avoir à rembourser avec pénalités par la suite. »

Un symbole du manque d’adaptation à la deuxième vague

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Un symbole du manque d’adaptation à la deuxième vague

Jacynthe Nadeau
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SHERBROOKE — La prestation de 1000 $ qui pourrait théoriquement être encaissée par des voyageurs d’agrément qui ont passé les Fêtes dans le Sud démontre que le gouvernement Trudeau n’a pas su tirer des leçons de la première vague pour adapter ses programmes d’aide à la deuxième vague de COVID-19.

Aussi, pour le politologue Antonin-Xavier Fournier, enseignant au Cégep de Sherbrooke, le fait qu’il n’ait pas vu la brèche dans les critères d’application de la Prestation canadienne de maladie pour la relance économique (PCMRÉ) peut devenir un symbole.

Dans les faits, dit-il, le fédéral a évidemment pris la bonne décision au moment où il a mis ce programme en place. Mais la réalité politique actuelle, c’est qu’il a eu beaucoup de difficulté à adapter ce programme d’aide, comme plusieurs autres mesures pandémiques, en fonction de la deuxième vague qui arrivait alors qu’il avait beaucoup plus d’information à sa disposition.

« Je trouve que les gouvernements en général, et le gouvernement fédéral en particulier, puisque c’est lui qui a donné le plus gros de mesures d’aide en termes financiers, ont eu de la difficulté à s’adapter, observe M. Fournier. Surtout quand on part du principe qu’il y a quand même eu une accalmie au Canada et dans les provinces entre les mois de mai et d’octobre. »

Le politologue cite à l’appui le programme d’aide pour les loyers ou encore la Prestation canadienne d’urgence (PCU) que le fédéral a refusé de moduler, même si les partis d’opposition l’ont réclamé à grands cris tout l’été parce qu’ils estimaient que cela nuisait à l’économie et au recrutement de main-d’œuvre.

« En arrière-plan de tout ça, continue Antonin-Xavier Fournier, ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est qu’un jour ou l’autre on aura à payer la facture, et qu’elle sera lourde. On parle grosso modo de 1000 milliards de dollars pour les cinq prochaines années. C’est à peu près l’ampleur du déficit fédéral qui nous attend. » 



« En arrière-plan de tout ça, ce qu’il faut garder à l’esprit, c’est qu’un jour ou l’autre on aura à payer la facture, et qu’elle sera lourde. »
Antonin-Xavier Fournier

Quoi qu’il en soit, et malgré tous les commentaires entendus sur cette prime aux voyageurs, M. Fournier estime que l’opinion publique ne va pas en tenir rigueur au gouvernement de Justin Trudeau, d’autant plus qu’il s’est engagé à corriger rapidement le tir. 

« Jusqu’à maintenant, l’opinion publique a été plutôt positive à l’endroit du gouvernement Trudeau et de sa gestion de la crise, constate le politologue. Est-ce que cette histoire de 1000 $ aux voyageurs qui arrivent pourrait être un point de bascule et inverser la perception des gens? J’en doute. Ça va certainement créer du mécontentement, mais je pense que ce n’est pas suffisant pour entamer un renversement de tendance. 

« Et s’il fallait que ce soit le cas, que ça inverse la perception à la grandeur du Canada, ça pourrait vouloir dire un report des élections plutôt à l’automne qu’au printemps », ajoute celui qui croit depuis un moment que Justin Trudeau voudra profiter de sa popularité pour déclencher des élections au printemps. 

« Le gouvernement ne peut que perdre des points s’il attend », estime-t-il.

Antonin-Xavier Fournier invite du reste à se montrer prudent avec les réseaux sociaux. « Ce sont des chambres d’échos de gens qui se parlent à eux-mêmes ou à des gens qui pensent comme eux. Il faudra attendre de voir les prochains sondages, mais je ne pense pas qu’une affaire comme ça viendra inverser la tendance plutôt positive sur la gestion de crise du gouvernement Trudeau et je pense que le gouvernement Trudeau pourra assez facilement justifier que cette mesure-là ne visait à créer des distorsions. »

« Ce qui pourrait plus jouer dans l’opinion publique, de mon point de vue, c’est peut-être les mesures tardives sur les voyageurs. On parle du 7 janvier [pour l’obligation d’avoir un test négatif pour rentrer au pays]. On sait que le gouvernement Trudeau a tardé à fermer les frontières au début de la pandémie, là aussi il y a un lien à faire avec les difficultés que les gouvernements ont eues à s’adapter en fonction de la deuxième vague. Je pense que le gouvernement pourrait être beaucoup plus sanctionné sur sa difficulté à fermer les frontières, à imposer rapidement des contraintes aux voyageurs, plutôt que sur la simple question du 1000 $ même s’il a valeur de symbole. »

Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
La grosse vie grâce à la PCU

Chronique

La grosse vie grâce à la PCU

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CHRONIQUE / Depuis la mise en place de la PCU, et la facilité d’y avoir droit, la rengaine revient souvent : le gouvernement Trudeau permet aux pauvres d’avoir la grosse vie sale sur le bras des contribuables. Parait même que Justin donne 1000 $ aux voyageurs en plus! Sangria à volonté pour tout le monde!

J’utilise le terme PCU, même si cette prestation est terminée depuis octobre et qu’elle a été remplacée soit par le chômage régulier, soit par la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE) et deux autres prestations (PCREPA et PCMRE), mais tout le monde continue à utiliser PCU, parce qu’à un moment donné, il y a une limite à apprendre de nouveaux acronymes. 

Ces programmes sont revenus dans l’actualité pendant les Fêtes. D’une part parce que le Bye Bye a fait plusieurs blagues sur la PCU et parce que les voyageurs pourraient avoir droit à la prestation pour leur quarantaine de retour. 

1000 $ pour les voyageurs?

J’ai déjà écrit dans une chronique précédente que je trouvais que ça manquait de solidarité et de moralité de jouer aux touristes dans le Sud pendant la pandémie. Je ne pense pas qu’il faille les féliciter. 

Ceci dit, la fameuse prestation de 1000 $ est une possibilité qui a été exagérée par un peu tout le monde. Le gouvernement ne donnera pas automatiquement 1000 $ à tous les voyageurs pour leur quarantaine. La passe, c’est qu’il est techniquement possible que des voyageurs soient éligibles à la prestation prévue pour les quarantaines, mais contrairement à ce qu’on laisse croire, il y a quelques critères.

Par exemple, il faut que la personne ait épuisé sa banque de vacances chez son employeur. Si la personne fait du télétravail pendant sa quarantaine, elle ne recevra pas de prestation non plus. Ce qu’il faut retenir, c’est que la prestation est pour les personnes qui ont une perte de revenus due à une quarantaine recommandée. Je ne pense pas que ce soit le cas de la majorité de ces voyageurs. 

Si une personne qui revient de voyage passe à travers les critères et a droit à la prestation, bien coudonc! Vouloir leur refuser la prestation ouvre une pente glissante vers une sorte de triage. Depuis sa mise en place, cette prestation est efficace justement parce qu’elle ratisse large et ne croule pas sous 800 critères ou preuves à donner. Les gens qui en arrachent sont donc aidés rapidement en général.

Veut-on vraiment donner l’aide selon les activités d’une personne? Sur les réseaux sociaux, des gens vont jusqu’à réclamer que les personnes qui auraient négligé ou transgressé les mesures sanitaires ne soient pas couvertes par la RAMQ. Au Québec et au Canada, on soigne tout le monde (ou presque), peu importe qu’ils se soient blessés en prenant des risques ou non. Je ne vois pas pourquoi on ferait autrement pour la pandémie. 

On ne sait pas exactement comment les gens attrapent la COVID, après tout. On peut estimer les facteurs de risque, comme les voyages, les zones chaudes, ne pas se laver les mains, mais bien souvent, difficile de dire précisément où la personne a pu attraper le virus. À l’épicerie? Dans l’autobus? Au boulot? Pendant un party illégal? Pas toujours évident!

Punir ne changerait rien de toute façon, c’est trop tard rendu là. Il faut prévenir les cas. D’ailleurs, la quarantaine n’est pas une punition, mais une prévention. Il faut prévenir le plus possible, diminuer les risques de propagation, mais une fois qu’une personne a pogné le virus ou doit aller en quarantaine préventive, peu importe la raison, ne la laissons pas tomber.

Mais c’est plus facile déchirer sa chemise sur un 1000 $ hypothétique que tenir tête aux compagnies aériennes, qui, je le rappelle, ont réclamé de l’aide du fédéral pour compenser leurs pertes tout en refusant de rembourser les vols annulés par la COVID – des milliards qu’Air Canada retient dans ses coffres – et avertissent qu’elles voudront à nouveau de l’aide si Ottawa empêche les voyages non essentiels. Le problème n’est pas la prestation, mais de pouvoir voyager juste pour le fun.

Frapper sur les plus faibles

Frapper sur les gens plutôt que viser des millionnaires, c’est aussi ce qu’on a vu au Bye Bye 2020. En se voulant rassembleuse, la revue de l’année a visé des cibles faciles : les personnes défavorisées. 

J’ai lu ici et là qu’on « avait besoin » de rire de la PCU. Vraiment? On avait vraiment besoin de rire de la perte de revenus de millions de Canadiennes et Canadiens? C’est tellement drôle des gens qui stressent pour payer leur loyer ou leur épicerie!

On dirait que les gens du Bye Bye, et bien d’autres, ont oublié que la PCU, ce n’est pas tant d’argent que ça. C’est 2000 $ par mois, ce qui équivaut à un revenu annuel de 24 000 $. Ça, c’est à peu près le salaire annuel d’une personne qui travaille à plein temps au salaire minimum. Depuis quand le salaire minimum est-il synonyme de richesse? Depuis quand le salaire minimum fait-il rêver? 

Parce que c’était ça la blague dans le Bye Bye, que la PCU avait rendu « riches » des « pauvres ».

Pour couvrir ses besoins de base sans nuire à sa santé, il faut un revenu d’un peu moins de 19 000 $ (Mesure du panier de consommation, Statistique Canada). Alors 24 000 $, ce n’est pas tant que ça.

Le Bye Bye n’a pas juste frappé sur la PCU une fois, mais trois fois! Avec sa chanson sur la PCU, dans le sketch sur la dette du Canada et dans le sketch avec les Bougon. À trois reprises on a sous-entendu que les prestataires de la PCU étaient des profiteurs. 

C’est toujours la même rengaine avec les personnes défavorisées. La moindre prestation qui les aide est toujours caricaturée comme étant du vol, du monde qui se gâte sur le dos des autres. C’est exactement les mêmes reproches envers les personnes sur l’aide sociale, des gens qui n’ont même pas la moitié du revenu nécessaire pour combler leurs besoins sans nuire à leur santé.

En plus, ça perpétue cette idée qu’une personne pauvre ne pourrait jamais s’offrir un petit plaisir. Comment oser s’acheter une PlayStation si on en arrache? Comme si leur vie devait toujours n’être que misère, désolation, morosité et absence de fun. De toute façon, avec 2000 $ par mois, si tu t’achètes une PlayStation, c’est qu’inévitablement tu te prives sur autre chose.

Le Bye Bye a démontré, cette année, une attention particulière à ne pas répéter des blagues ou des caricatures racistes ou sexistes. Pourtant, ces blagues sur la PCU, c’est la même affaire. Ça renforce des stéréotypes dénigrants sur une classe sociale qui se fait toujours traiter comme des moins que rien. Ce comportement a un nom : le classisme. 

Rire des personnes défavorisées, c’est facile. Elles n’ont rien pour répliquer. Pas d’argent pour aller en cour pour diffamation. Pas de lobbyistes pour influencer la politique. Pas de tribunes dans les médias. C’est comme frapper une personne déjà à genoux. C’est aussi se penser mieux qu’elles.

Si on avait moins de préjugés sur les personnes défavorisées, probablement qu’on les aiderait mieux. Chaque fois qu’on a coupé dans l’aide sociale, c’est parce que ces préjugés s’étaient enfoncés plus creux. On leur reproche de ne pas « réintégrer » la société, mais on ne leur en donne pas les moyens, même qu’on leur met des bâtons dans les roues.

C’est pourtant simple. Pour une société en santé, il faut prendre soin de tout le monde. Même ceux et celles qu’on n’aime pas… ou qui ne respectent pas les consignes sanitaires.