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Partis municipaux : Les deux côtés de la médaille
Équipes et partis politiques municipaux
Partis municipaux : Les deux côtés de la médaille
Les équipes et partis municipaux occupent quelle place au Québec? Selon les chiffres du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation, ils prennent de l’ampleur dans les petites municipalités, mais sont en perte de vitesse dans les grandes villes. En vue de l’élection municipale prévue pour l’automne prochain, La Tribune s’est intéressée à cet aspect pour le troisième volet de la série sur la politique municipale.
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Les deux côtés de la médaille

Équipes et partis politiques municipaux

Les deux côtés de la médaille

Tommy Brochu
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La Tribune
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Les équipes municipales dans les municipalités de moins de 5000 habitants sont de plus en plus populaires. Dans les plus grandes villes, c’est le contraire : les partis politiques perdent des plumes.

En 2005, dans les plus petites villes, seulement 1,2 % des candidats faisaient partie d’une équipe municipale, alors que ce chiffre grimpe à 10,7 % en 2017. 

Dans les plus grandes villes, au milieu des années 2000, 54 % des candidats s’alignaient pour un parti en 2005, tandis que 42,6 % se sont présentés sous une bannière aux dernières élections. 

La situation chez les candidats est le reflet de la tendance des élections. En 2005, 0,9 % des élus faisaient partie d’une équipe dans les petites municipalités, un chiffre qui atteint 10,1 % en 2017. Dans les villes de 5000 habitant et plus, 53 % des élus de 2005 représentaient un parti, contre 43,2 % en 2017.

Du bon et du mauvais 

Les partis et équipes municipales sont bons pour la démocratie à court terme, estime le chargé de cours à l’Université Laval, Jérôme Couture, puisqu’ils confirment des alliances déjà formées dans les conseils municipaux. Cependant, gare aux répercussions à long terme.

Selon la loi, la différence entre un parti et une équipe politique est surtout une question de financement (voir l’encadré). Au-delà de la théorie, d’autres différences existent entre les deux modèles. 

« Le parti politique va survivre au départ de son dirigeant. Évidemment, il est peu probable qu’Équipe Labeaume survive au départ du dirigeant [dans le cas échéant] », cite M. Couture en exemple, ajoutant cependant que les membres d’un tel parti peuvent en former un autre après le départ du maire. 

Des raccourcis sont utilisés par les électeurs lorsqu’ils sont appelés aux urnes. « Lorsque les systèmes politiques sont bien en place et qu’il y a des systèmes partisans, c’est souvent des raccourcis comme la gauche et la droite. Au municipal, étant donné qu’il n’y a pas de système partisan structuré, l’idéologie joue un rôle pas mal moins important, surtout dans les plus petites villes. La notoriété est le principal raccourci. Cette personne, je la connais, je lui fais confiance », explique-t-il.

Cette notoriété peut donc aider ou nuire aux candidats qui se présentent pour une bannière. « C’est utile en démocratie d’avoir des équipes politiques, car les électeurs peuvent punir ou récompenser les élus en place. Il y a plein d’indépendants qui sont probablement déjà en coalition », dit celui qui a déjà été conseiller municipal indépendant et qui dit avoir eu des alliances solides.

 « Ça vient formaliser ce qui existe déjà », précise Jérôme Couture, saluant cette sortie de l’amateurisme.  

« Mais le danger est à long terme, décrit-il. Est-ce que ça étouffe totalement l’opposition? Le bassin de candidats possibles dans une petite municipalité est assez faible. La dynamique dans les petites villes est de gagner sans opposition, pas tant de proposer un meilleur projet. »

Monopole politique 

Il serait plutôt rare de voir des villes où deux équipes sont en place, selon Jérôme Couture. « Il y a souvent une équipe et quelques élus indépendants. Souvent, les sept élus vont être de la même équipe », analyse-t-il, soulignant que cela peut créer des monopoles politiques.

« Quand ça fait 10 ans que tu es au pouvoir, que tu as étouffé complètement l’opposition, il est possible que tu sois moins sensible aux besoins et aux problèmes des gens. Tu es au-dessus de tout ça. Tu as tellement étouffé l’opposition que la démocratie devient moins effective », résume-t-il, ajoutant qu’en Colombie-Britannique, il existe des partis antipartis, qui promettent de ne pas avoir de ligne de parti après l’élection.

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Quelle est la différence entre une équipe et un parti politique?

Une distinction importante est à faire entre les partis municipaux et les équipes municipales, selon Élections Québec. Des partis sont formés dans les villes de 5000 habitants et plus, alors que des équipes prennent place dans les municipalités de moins de 5000 habitants.

« En matière de financement, la loi électorale fait une distinction entre les municipalités de moins de 5000 habitants et de 5000 habitants et plus, explique la porte-parole d’Élections Québec, Julie Saint-Arnaud. Les règles sont moins étoffées et dans ces petites municipalités, il n’y a pas de notion de parti politique. »

Les équipes municipales reconnues sont donc constituées de candidats indépendants qui ont des idées communes. 

« Un électeur ne peut pas faire de don à une équipe reconnue, indique Mme Saint-Arnaud. Il peut faire un don à un candidat indépendant qui fait partie de cette équipe. Des dépenses communes peuvent être faites, mais ultimement, ça doit être imputé à chacune des personnes. Il n’y a pas de dépenses d’équipe comme il y a des dépenses de partis. » 

Quand les citoyens forment l’opposition

Équipes et partis politiques municipaux

Quand les citoyens forment l’opposition

Tommy Brochu
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En Estrie, deux municipalités détonnent en matière d’équipes politiques. Dans les deux cas, les citoyens d’Orford et du Canton de Hatley ont élu sept candidats de la même bannière.

Le maire du Canton de Hatley, Martin Primeau, assure que son équipe n’a pas de ligne de pensée. « Pour moi, c’est de réunir des personnes avec qui j’aime travailler et qui s’entendent bien entre elles. C’est le côté constructif qui m’intéressait. Ils ne sont pas choisis parce qu’ils pensent comme moi. Ils sont capables de débattre, d’amener des idées nouvelles », décrit celui qui pense que les dossiers évoluent plus vite en équipe.

« Au début, lors des élections, ça nous permet de faire un programme électoral, ce qui est très important, renchérit la mairesse d’Orford, Marie Boivin. Ça donne de l’information pertinente. Ça nous permet de présenter des candidats sous la forme d’une équipe, dans les profils. »

« Ça m’a permis de recruter des candidats. C’est un groupe de personne qui s’est mis ensemble pour recruter des gens. On ne pense pas nécessairement à se lancer quand on est seuls », poursuit celle qui a elle-même été recrutée par un groupe de citoyens.

Mme Boivin espérait que toute sa formation serait élue. « Quand tu as un programme, tu as une vision d’ensemble. C’est très exigeant, c’est beaucoup de temps. On peut débattre. Mais d’avoir une opposition, d’avoir des gens qui ne sont pas d’accord sur nos idées, ce n’était pas espéré. On n’a pas été surpris, car on a été sur le terrain et on avait un programme électoral qui reflétait les besoins de la population », indique celle qui pense que les équipes permettent « à un plus large éventail de personnes de participer à l’élaboration du programme électoral ».

Au quotidien

Une fois que les élections sont terminées, l’équipe reste, décrit M. Primeau. « Et on aime travailler ensemble, mais on demeure critique face à certains dossiers. Il y a beaucoup de discussions qui se font autour des décisions prises et on est loin d’être toujours d’accord », précise le maire, ajoutant cependant que, malgré les opinions parfois divergentes, « il n’y a pas vraiment de bisbille ».

La mairesse d’Orford, Marie Boivin, convient également que les débats sont nécessaires. « Les grandes orientations, les grands investissements, ce sont des choses structurantes qui font un changement dans ta municipalité. Si tout le monde rame ensemble, c’est long et demandant quand même, donc c’est plaisant de le faire. Mais ça prend des débats. Ça ne veut pas dire qu’il peut y avoir des différends sur des approches ou des services. Mais c’est beaucoup plus efficace d’avoir un programme électoral. On a une commande claire, on n’est pas toujours en train de changer d’idée », dit celle qui n’a pas vécu la vie d’élue indépendante.

M. Primeau comprend les craintes des citoyens lors qu’on parle de parti. « Quand on parle d’équipes et de partis, on a dans la tête des gens qui vont dans les mêmes directions. Les municipalités n’ont pas d’opposition officielle. On ne peut pas être du même avis, ça n’aurait aucun bon sens. Au provincial et au fédéral, il y a des oppositions. »

Mme Boivin dit que la participation citoyenne est au cœur de son approche. « Quand je n’étais pas élue, j’aimais qu’on me demande mon opinion. C’est important de le faire, même entre deux élections. Il faut investir dans les comités consultatifs citoyens, qu’on pose des questions et qu’on valide des choses », dit celle qui voit le conseil comme le reflet de sa communauté.

L’inconvénient d’un parti? Les conflits de valeurs, pense Marie Boivin. « Ça existe, ce n’est pas seulement une lune de miel — c’est casse-pied d’être dans une structure et que des personnes soient nocives pour tout un groupe. L’équipe peut refaire le point aux quatre ans pour voir si on a encore les mêmes valeurs. C’est plus flexible, c’est un beau travail de collaboration. »

Le maire de Saint-Camille, Philippe Pagé, indique que des alliances informelles peuvent se former.

Professionnalisation

« Pour la démocratie locale, c’est bon qu’il y ait une certaine professionnalisation, convient le chargé de cours à l’Université Laval, Jérôme Couture. C’est de voir à long terme quelle est la conséquence s’il n’y a pas de système partisan. »

Cependant, une alternance ou une alternative est essentielle dans une démocratie saine, selon lui. Et les citoyens ont également un rôle primordial à jouer. 

« Il y a toujours ces deux ou trois personnes dans chaque municipalité qui assistent à chaque conseil. Ils sont importants pour faire circuler l’information. Est-ce que c’est aussi efficace maintenant qu’avant? Ces piliers des conseils suivent les décisions et la cohérence de ces décisions. Mais comment est l’interaction avec la population gérée? Ça peut dépendre de chaque conseil. »

Pas de parti, pas de problème

Dans les municipalités où tous les élus sont indépendants, des alliances informelles peuvent se créer, explique le maire de Saint-Camille, Philippe Pagé. « Ce ne sont pas des contrats signés. On s’entend bien ensemble, donc la communication est plus facile. Mais je n’ai pas de problème avec des partis municipaux. Mais est-ce qu’une petite ville a besoin de partis? » se demande-t-il, ajoutant que le leadership n’est pas exercé de la même façon s’il y a un parti ou pas.

À la base selon lui, « un parti est censé être un véhicule dans lequel tout le monde est capable de se reconnaître ». « Quand tu n’as pas ça comme base, ça doit être incarné autrement, pense-t-il. Nous, on s’est donné une planification stratégique au début et tout le monde y a mis du sien. Tu as donc un programme, des idées et c’est souvent mis sur un document. Ça peut jouer ce rôle. »

Vincent Boutin ni pour ni contre

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Vincent Boutin ni pour ni contre

Tommy Brochu
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Pour le conseiller municipal Vincent Boutin, être membre ou pas d’un parti, ce n’est pas un enjeu dans la façon de travailler. « L’essentiel est de faire avancer la Ville », explique celui qui siège comme indépendant après avoir représenté le Renouveau sherbrookois durant deux mandats.

Cependant, les deux rôles comportent des avantages et des inconvénients, selon lui. 

« J’ai toujours voulu avoir de bonnes relations avec les collègues, être capable de dialoguer et ne jamais tomber dans le personnel », assure Vincent Boutin qui, à long terme, ne ferme pas la porte à un parti si la perception de la population à cet égard évolue.

« Je pense qu’actuellement, je ne sens pas un appétit pour les partis politiques dans la population, exprime le conseiller. Je sens qu’il y a un frein. Est-ce que ça peut changer dans le temps? On verra. Je sentais que juste la présence du parti freinait les gens. » 

Selon Vincent Boutin, « la présence de partis politiques peut polariser les débats et les idées ». « Les positions se campent rapidement et c’est difficile de déconstruire ça, décrit-il. Les rôles sont bien implantés et c’est difficile d’aller en nuances. »

Le politicien se montre en faveur de la pluralité des idées dans le conseil municipal. « Moi, c’est dans le débat que je deviens meilleur pour développer une vision, argue-t-il. Quand on se challenge, on se confronte, on prend la meilleure décision. S’il y a une ligne de parti très stricte et qu’il y a peu de place au dialogue, ça peut être délicat. »

Or, lors de ses années avec le Renouveau sherbrookois, M. Boutin assure qu’il n’y avait pas de ligne de parti, sauf pour les engagements électoraux. « Dans un modèle indépendant, il y a des discussions sur la priorisation et sur l’angle des dossiers. Ça peut cheminer moins vite, car plusieurs visions sont exprimées pour une problématique », témoigne celui qui siège comme indépendant depuis 2019.

« Actuellement, plusieurs visions cohabitent au conseil, alors que dans l’autre mandat, il y avait une vision forte portée par le Renouveau sherbrookois », analyse Vincent Boutin.


« Moi, c’est dans le débat que je deviens meilleur pour développer une vision. Quand on se challenge, on se confronte, on prend la meilleure décision. S’il y a une ligne de parti très stricte et qu’il y a peu de place au dialogue, ça peut être délicat. »
Vincent Boutin

Par contre, pour le conseiller, une force d’un parti politique se retrouve en termes d’organisation et de logistique pour préparer une campagne électorale. « Cet esprit est facilitant pour un nouveau candidat. C’est sécurisant de se lancer dans l’arène municipale avec un parti politique », fait-il valoir, ajoutant que les partis permettent aussi de clarifier la vision des candidats lors des élections.

Les ressources pour préparer les dossiers sont un avantage dans un parti, selon lui. « Quand on est indépendants, on a des budgets, mais on n’est pas dans les mêmes eaux », résume M. Boutin.

Le maire de Lévis, Gilles Lehouiller, pense que les partis politiques sont « presque incontournables » dans les grandes villes.

« Presque un incontournable » 

Le maire de Lévis, Gilles Lehouiller, considère que les partis politiques sont « presque incontournables » dans les grandes villes. Celui qui est à la tête de Lévis Force 10 a fait élire tous les conseillers de son parti aux dernières élections municipales. 

« Se faire élire comme indépendant dans une grande ville, ça relève d’un défi difficile à atteindre. La population veut savoir quelle est la vision », dit celui qui a aussi été conseiller municipal de Lauzon dans les années 1986 à 1989 et de Lévis de 1989 à 2005. 

Dans sa ville d’environ 150 000 habitants — une taille semblable à Sherbrooke —, M. Lehouiller souhaite voir une pluralité de voix au conseil de ville. À son premier mandat à titre de maire en 2013, tous les candidats de son parti ont été élus, à l’exception d’un indépendant. À l’époque, il a nommé ce candidat sur le comité de finances de la Ville, un poste important. Le conseiller a fini par rejoindre Lévis Force 10 par après. 

De plus, la principale concurrente de 2013 à la mairie, Isabelle Demers, a également été élue comme conseillère sous la bannière de M. Lehouiller en 2017. 

« Il faut tenir compte de la balance. Moi, j’ai une plateforme, mais des électeurs ont voté pour une autre plateforme aussi. L’objectif est d’être la synthèse de ce que veulent les citoyens, ce qui n’est pas facile », dit M. Lehouiller, ajoutant que la gouverne quotidienne devient difficile si un parti ne se fait pas élire avec suffisamment de force.

Selon lui, l’image du parti politique au municipal doit être différente de celle des partis des paliers supérieurs. « Ce n’est pas du tout la même chose, assure celui qui a aussi été député à l’Assemblée nationale de 2008 à 2012 sous la bannière libérale. Dans Lévis Force 10, j’ai des gens de tous les partis. Ces tendances ne jouent aucun rôle dans notre gestion de la Ville, on ne parle jamais de ça. »

Comment sont choisis les candidats? « On a un comité de sélection qui est formé de gens neutres, répond M. Lehouiller. Si un district se libère, on passe une petite annonce dans le journal. On veut aller chercher les meilleurs. On cherche à avoir une certaine parité homme femme. On cherche des gens qui ont de belles idées, mais qui font preuve d’ouverture. »

Selon ce qu’il a appris, les gens n’aiment pas la bisbille au palier municipal. « Ce qu’ils veulent, c’est qu’on gère leur ville, presque en bon père de famille. C’est la gestion des déchets, l’environnement, la qualité de vie, etc. » considère le maire.