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Pandémie et dommages collatéraux
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Pandémie et dommages collatéraux
Alors qu’on s’est réjoui de voir la circulation automobile diminuer à certains endroits et donner une pause à la planète, la pandémie crée des dommages collatéraux en environnement. Les enjeux de sécurité ou de survie économique ont pris le dessus sur les préoccupations environnementales. Voici un bref survol des enjeux.
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Pandémie et dommages collatéraux

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Pandémie et dommages collatéraux

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Huit mille. C’est le nombre potentiel de masques qui peuvent être utilisés chaque mois dans une école secondaire comme le Triolet. Inquiet des répercussions environnementales, le comité environnement de l’établissement a fait des démarches auprès du Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSSRS), pour avoir la possibilité de les récupérer. La possibilité de les envoyer à l’entreprise américaine TerraCycle, qui semble être la seule avenue pour le moment, est écartée.

Une quantité potentielle de 8000 masques, c’est ce qu’évalue l’enseignante Carmen Poulin, coordonnatrice du comité environnement, en comptant quelque 200 membres du personnel et en tenant compte du fait qu’ils peuvent en utiliser deux par jour. 

En raison des règles de la CNESST, des lieux de travail comme les écoles n’ont d’autres choix que d’utiliser des masques jetables. 

Des démarches ont été menées afin de trouver une option à l’enfouissement et pour utiliser des fonds réservés dans le contexte de la COVID afin de récupérer ces masques. La préoccupation a aussi été soulevée à l’école secondaire l’Odyssée de Valcourt.

« Le sujet a été amené. On est tellement en mode survie qu’on n’a pas fait suite », précise Nicolas Busque, enseignant à l’Odyssée de Valcourt, une école secondaire qui a mis en place une kyrielle d’initiatives environnementales au fil des ans. 

En cas de besoin, les profs peuvent donner un masque procédural à des élèves qui auraient oublié le leur. Mais c’est extrêmement rare, note l’enseignant. L’habitude est déjà ancrée chez les jeunes, selon lui. L’Odyssée compte environ 250 élèves, de la première à la cinquième secondaire. 

Le Centre de services scolaire des Sommets (CSSDS) précise que les CSS de l’Estrie se penchent actuellement sur la question de la récupération.

« Nous avons effectivement regardé la possibilité de récupérer les masques de procédure. Certaines entreprises proposent un service de recyclage, mais le coût associé à ce service est très élevé et, avec le nombre d’établissements que nous avons, ce n’est pas viable. Les CSS de l’Estrie sont à la recherche d’une solution durable en ce sens. Les masques de procédure sont donc jetés à la poubelle pour l’instant », précise-t-on.

Le CSSDS précise pour sa part avoir procédé à l’achat et à la distribution de deux couvre-visages lavables par employé et par élève, même s’il n’y est pas obligé. 

« Évidemment, selon les circonstances et le type de contact, le port du masque de procédure est obligatoire. » 

L’organisation a reçu environ 100 000 masques de procédure de la part du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MÉES), qui sont redistribués dans l’ensemble de ses établissements.

De la récupération sans garantie?

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De la récupération sans garantie?

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Récupérer les masques du Centre de services scolaires de la Région-de-Sherbrooke (CSSRS) coûterait minimalement 100 000 $ sans avoir de garantie sur ce qu’il advient de la matière, observe l’organisation.

C’est du moins l’estimation faite s’il envoyait les masques à TerraCycle, cette entreprise américaine qui a fait parler d’elle, l’automne dernier, pour la récupération des emballages de bonbons. Des écoles et des commerces de la région s’étaient munis de boîtes de l’entreprise afin de lui faire parvenir les emballages de bonbons.

L’entreprise récupère différents rebuts jugés non recyclables pour leur donner une deuxième vie. Au Triolet, c’était l’option envisagée par le comité environnement. 

« TerraCycle est une entreprise privée. On n’est pas capable d’avoir la même traçabilité que si c’était, par exemple, le recyclage municipal, on sait exactement où nos matières sont envoyées et quelles proportions sont recyclées. Le suivi est beaucoup plus facile. On n’est pas des experts dans ce domaine-là. On est allé avec une recherche d’information sur internet. On n’a pas trouvé toutes les réponses par rapport à ça. On nous dit qu’on va chercher un recycleur le plus près possible, on se soucie de ça. Mais est-ce qu’ils fournissent les preuves de ça et les rendent publiques? Non. Il faut fonctionner avec la confiance, ça nous chatouille un peu. En même temps, c’est quoi l’option? Si on n’y va pas avec les boîtes, on utilise les poubelles », fait valoir la responsable du comité environnement au Triolet, l’enseignante Carmen Poulin. Au moment de l’entrevue, Mme Poulin ne connaissait pas encore la réponse du CSSRS, finalement tombée cette semaine. 

Elle rappelle qu’uniquement au Triolet, ce sont quelque 8000 masques par mois qui peuvent être utilisés chaque mois. « Je n’ose pas faire le calcul au Québec. » 

Une petite boîte « zéro déchet » de TerraCycle contient environ 620 masques et coûte 77 $, celle contenant 1670 masques 94 $ et, le plus grand format est à 162 $. Elle contient l’équivalent de 3260 masques. 

Des preuves

Chargé de cours au Centre universitaire de formation en environnement (CUFE) de l’Université de Sherbrooke, Mario Laquerre a lui-même fait des démarches pour la Ville de St-Charles-Borromée qui souhaitait éviter l’enfouissement de ses masques. Il a souhaité obtenir l’assurance que les matières seront recyclées et non incinérées.

Dans un courriel dont La Tribune a obtenu copie, l’entreprise dit garantir qu’« aucun des déchets acceptés dans le cadre des programmes sera mis en décharge, à l’étranger ou incinéré. » 

M. Laquerre est toutefois demeuré sur sa faim. « Je n’ai aucune certitude de ce qui arrive avec cette matière-là. Je leur ai posé la question en disant : qu’est-ce qui arrive avec la matière? On ne m’a jamais donné les preuves matérielles. Si on se replace avec les certifications, équitables ou biologiques, on exige des preuves. Dans ce cas, on n’obtient pas ces preuves-là », dit-il en ajoutant qu’un certificat émis par un tiers, comme une association crédible, permettrait d’être rassuré. « Elle refuse de le faire, je l’ai demandé. » 

Il a été impossible d’obtenir des précisions auprès de TerraCycle.

« Je suis toujours inquiet quand je vois des systèmes comme ça où il n’y a pas de traçabilité de la matière et de preuve », note M. Laquerre. 

« En recherche d’options »

Directeur du service des communications et du secrétariat du CSSRS, Donald Landry note qu’un reportage diffusé sur le sujet à Radio-Canada a été déterminant dans la réflexion. 

« Comme centre de service, on demeure en recherche d’options, de solutions, mais manifestement, celle-là est dispendieuse sans aucune garantie », dit-il en notant qu’il n’y avait pas de valeur ajoutée.

La somme de plus de 100 000 $ est une estimation pour l’ensemble des établissements. 

« Est-ce qu’il y aura une école qui décidera, avec son budget, de faire quelque chose? On ne l’interdit pas. Mais on n’organisera pas quelque chose pour l’ensemble de nos écoles, et pour l’instant, ce n’est pas nécessairement une chose que le gouvernement dit que ça passe dans les frais COVID. Il n’y a aucune orientation de Québec par rapport à ça. »

Le Syndicat de l’enseignement de l’Estrie (SEE) se dit déçu de la décision. Le président du SEE Richard Bergevin indique que l’instance syndicale tentera de trouver d’autre solution. « Il y a un bout que l’on comprend. Ce qu’on aimerait, c’est que l’entreprise ait une certification ISO, qu’elle donne une garantie. Une fois qu’on a dit ça, il y a plusieurs grandes entreprises qui font affaire avec eux. On n’a pas d’autres choix. On peut pousser l’entreprise à aller faire des certifications. Ce n’est pas parce qu’elle n’a pas de certification qu’elle ne fait pas le travail. » Carmen Poulin s’est aussi dite déçue, mais entend travailler avec la direction de son école pour que le recyclage puisse avoir lieu malgré tout. 

Pas de hausse notable à l’enfouissement... pour l’instant

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Pas de hausse notable à l’enfouissement... pour l’instant

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Même si les signaux peuvent sembler inquiétants en matière de déchets, on assiste à une légère hausse seulement du tonnage d’enfouissement par rapport à l’année dernière, selon la présidente du comité environnement de la Ville de Sherbrooke, Karine Godbout.

Les chiffres sont à peu près au même niveau qu’à pareille date l’an dernier, selon les données du mois d’août consultées par la conseillère municipale. 

« Considérant que la population augmente, on n’est pas en très grand débordement. Il faudra attendre de voir l’analyse globale », dit-elle en faisant allusion au bilan annuel que la Ville doit déposer.

« On suit l’évolution du taux d’enfouissement. C’est sûr que ce qu’on a observé, c’est une courbe différente des années précédentes. Il y a des moments dans l’année où les déchets rentrent davantage : la collecte des encombrants, les déménagements... Les gens sont restés à la maison et ils ont fait plus de travaux. On a eu une augmentation des matériaux de construction, de rénovation et de démolition (CRD), d’achalandage et de tonnage aux écocentres », dit-elle en soulignant qu’elle s’avance sous toute réserve, l’analyse n’ayant pas eu lieu encore. 

Compost dans les écoles

Karine Godbout dit avoir été sollicitée par plusieurs écoles au sujet des masques et de la collecte de compost. 

En ce moment, une douzaine d’écoles du Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSSRS) participent à un projet pilote de collecte du compost. 

Si on déployait la collecte à l’ensemble du territoire, 125 tonnes de matière pourraient ainsi être traitées et du même coup éviter l’enfouissement. Une recommandation d’aller de l’avant avec un plus grand déploiement sera formulée.

Interrogée à ce sujet, la présidente du comité environnement ne peut en dire davantage, étant donné que le bilan du projet n’a pas encore été déposé officiellement au conseil municipal. Des discussions devront avoir lieu avec le CSSRS. Chose certaine, le projet a eu un impact positif sur le bilan des matières résiduelles.

Le projet, réclamé depuis des années par le milieu scolaire, avait été lancé à la rentrée 2019, pour une période de deux ans. Au moment du lancement, on évaluait que les frais annuels de cette initiative étaient estimés à moins de 17 000 $ pour la collecte et le traitement des matières organiques. 

L’objectif est d’évaluer les quantités et la qualité des matières organiques récupérées par les écoles ainsi que les coûts d’une telle collecte.

Près de 41 000 masques jetables au CIUSSS chaque semaine

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Près de 41 000 masques jetables au CIUSSS chaque semaine

Isabelle Pion
Isabelle Pion
La Tribune
Au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, ce sont près de 41 000 masques de procédure (les masques bleus jetables) qui sont utilisés chaque semaine dans ses installations. Ces derniers finissent dans la poubelle.

L’organisation précise qu’il n’y a aucun programme de récupération disponible encore. « Nous sommes à la recherche de solutions qui éviteraient l’enfouissement », indique-t-on par courriel.

Une partie des masques N95, quant à eux, peuvent être réutilisés ou récupérés, selon « certains critères de prévention et contrôle des infections (PCI) ». 

« Si ces critères ne sont pas remplis, les masques N95 sont jetés à la poubelle », précise le CIUSSS de l’Estrie CHUS. 

Leur utilisation est chiffrée à 3150 par semaine dans ses installations.

La consommation peut varier en fonction de la situation épidémiologique. Le masque de procédure est porté par le personnel, notamment dans les espaces communs et en présence d’usagers.

Le CIUSSS de l’Estrie–CHUS compte 20 000 employés.

On apprenait cette semaine que l’entreprise sherbrookoise MI Intégration lance la production d’un nouveau masque, réutilisable et recyclable. 

Le CIUSSS dit avoir communiqué avec ce fournisseur pour en connaître davantage sur le produit. L’organisation dit avoir identifié un produit de remplacement au N95 il y a plusieurs mois et compte des réserves importantes.