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Où sont les jeunes en politique municipale?
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Où sont les jeunes en politique municipale?
De nombreux efforts ont été faits dans les dernières années pour intéresser les jeunes à la politique municipale, mais force est de constater que l’implication des moins de 35 ans fait du surplace depuis plus de 15 ans alors que la proportion des élus de plus de 65 ans a plus que doublé durant cette même période. La Tribune a tenté de savoir pourquoi dans ce premier volet d’une série de dossiers sur la politique municipale qui seront publiés durant cette année électorale.
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Beaucoup d’efforts, peu de résultats

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Beaucoup d’efforts, peu de résultats

Simon Roberge
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SHERBROOKE — Malgré les comités, les campagnes de sensibilisation et les appels à l’implication, les jeunes sont encore très rares aux postes de conseillers ou de maires dans les villes et villages du Québec. La charge de travail grandissante et la très difficile conciliation travail-travail ou travail-famille sont montrées du doigt par une spécialiste interrogée par La Tribune.

Même s’ils représentent 26,6 % de la population en âge de voter, les 18-34 ans ne constituent que 8,3 % des élus dans les conseils municipaux de la province, un pourcentage pratiquement identique à celui enregistré aux élections municipales de 2005. À l’inverse, les personnes de 65 et plus sont passées d’une représentation de 8,6 % en 2005 à 20,1 % lors des plus récents suffrages en 2017. Et considérant que les 55-64 ans constituent la tranche d’âge la plus présente dans les conseils, on peut présumer que les 65 et plus verront leur représentation augmenter encore cet automne.

Cette tendance au vieillissement des élus s’explique notamment par le fait que l’appareil municipal est de moins en moins adapté pour des conseillers municipaux qui ont de jeunes enfants ou qui entreprennent une carrière, selon Eugénie Dostie-Goulet, chargée de cours à l’École de politique appliquée et spécialisée chez la politique chez les jeunes.

« Ça fait des années qu’on essaie d’augmenter ce pourcentage et d’aller chercher plus de jeunes, mais on se rend compte que c’est difficile, indique celle qui a siégé au sein du défunt groupe Ma place en politique. Ce n’est jamais des coups d’épée dans l’eau parce qu’il y a toujours de petites améliorations. C’est un travail de longue haleine et il ne faut pas lâcher. Ça ne se fera pas tout seul. »

Plusieurs municipalités ont fait des efforts, mais c’est encore très inégal, observe Mme Dostie-Goulet.

« Il y a des endroits où c’est très difficile, par exemple pour l’heure des réunions, explique-t-elle. C’est difficile pour les jeunes nouvellement sur le marché du travail de couper dans leur emploi pour assister à des réunions en après-midi. Même chose pour la vie familiale avec des réunions à 17 h. Juste ça, ça peut faire une énorme différence. »

Certains comités comme la voirie ou les ressources humaines, où siègent aussi des employés municipaux, deviennent donc inaccessibles pour les élus avec un emploi, puisque les réunions se font le jour. Le coût d’une campagne électorale est aussi un frein majeur à l’implication des jeunes.

« Quand on a 20 ans, dépenser ne serait-ce que 1000 $ pour faire campagne au palier municipal, ce n’est pas évident, avance Mme Dostie-Goulet. Et quand on a 20 ans, notre réseau qui pourrait nous aider à faire campagne n’a pas plus d’argent que nous. C’est ça aussi le défi de mobiliser un réseau qui n’est pas toujours si enthousiaste par rapport à la politique municipale. Il faut avoir le temps de faire le porte-à-porte avec des gens dans notre réseau qui ont envie de le faire. »

Peu de candidats

Les jeunes ne sont pas nombreux à poser leur candidature non plus aux élections, alors que seulement 8,7 % des candidats avaient moins de 35 ans lors des derniers suffrages. Ce phénomène s’explique en partie par la relation qu’ont les jeunes avec l’appareil municipal, croit Mme Dostie-Goulet. Cette relation ne commence habituellement à se développer que lorsque les gens deviennent propriétaires ou parents. Or selon un sondage mené par BMO, l’âge moyen de l’achat d’une première maison est de 36 ans, un chiffre beaucoup plus élevé qu’il y a 20 ou 30 ans. L’âge moyen de la mère à la naissance est passé de 27,7 en 1991 à 30,7 en 2019. C’est donc dire que les jeunes développent plus tard une relation avec leur municipalité et, du même coup, un possible intérêt pour la politique municipale.

Le vieillissement de la population est aussi à considérer, alors que l’âge médian atteint 42 ans en 2016, par rapport à 34 ans en 1991 et 26 ans en 1973.

De la politique à 13 $ l’heure

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De la politique à 13 $ l’heure

Simon Roberge
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La Tribune
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SHERBROOKE — Élu pour la première fois à 24 ans, Adam Rousseau en est à son troisième mandat comme conseiller municipal à Saint-François-Xavier-de-Brompton. Il investit en moyenne entre 10 et 15 heures par semaine dans ce rôle et touche quelque 7000 $ par année.

Un petit calcul rapide permet de constater que, dans le meilleur des cas, le temps consacré à la politique municipale est payé un peu plus que le salaire minimum. S’il consacre plus de 10 heures par semaine, le taux horaire descend encore plus bas. Si à l’inverse un conseiller ne consacre que quelques heures par mois à la fonction, le salaire horaire sera beaucoup plus haut. Il n’y a pas de balises claires sur le nombre d’heures que doivent travailler les élus municipaux.

« Je regarde le maire de Saint-François-Xavier-de-Brompton, qui n’est pas une énorme municipalité mais qui est en croissance, et il peut mettre en moyenne 30 heures par semaine, explique Adam Rousseau. Avec le contexte de méfiance, on est souvent embêté lorsqu’on fait une demande de remboursement et, souvent, on assume les frais. C’est une job 24/7 et 365 jours par année. Un élu actif devrait se payer. »


« « La job d’élu municipal dans les petites communautés, c’est pour les riches et les retraités. » »
Adam Rousseau, conseiller municipal à Saint-François-Xavier-de-Brompton

Cette réalité fait en sorte selon lui que le rôle d’élus convient beaucoup plus à des gens qui n’ont pas d’obligations financières.

« La job d’élu municipal dans les petites communautés, c’est pour les riches et les retraités, lance-t-il. Il ne faut pas se le cacher. Une personne à la préretraite ou indépendante de fortune n’aura pas d’enjeux à réduire ses heures de travail et être à 30 heures par semaine à son emploi principal. »

Adam Rousseau pense à se présenter comme maire de sa municipalité en 2021 et pourrait justement faire campagne sur l’enjeu des salaires.

« Je pense à faire ma campagne électorale avec comme objectif qu’à la fin de mon mandat le maire soit à temps plein, explique-t-il. Après cela, n’importe qui qui voudra se présenter n’aura plus les limites du temps partiel combiné à d’énormes responsabilités. »

Les délais de mise en œuvre des projets, les rencontres en journée durant la semaine avec des ministères ou des firmes pour des projets et le manque de flexibilité de certains employeurs sont aussi des freins, selon lui, à l’implication de la jeunesse. Le rôle d’élu reste tout de même, malgré les désagréments, l’un des emplois les plus gratifiants, assure Adam Rousseau.

« Il y a des défaites et des déceptions, mais aussi plein de victoires qui amènent un accomplissement professionnel qui vaut beaucoup d’argent, résume-t-il. On a réellement un impact. Il a toutefois encore beaucoup de choses à améliorer. »

Deux rôles souvent incompatibles

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Deux rôles souvent incompatibles

Simon Roberge
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SHERBROOKE — Sur les 1100 maires que compte le Québec, seulement 21 avaient moins de 35 ans lorsqu’ils ont été élus en 2017. Philippe Pagé, maire de Saint-Camille, fait partie de ce groupe restreint.

L’une des importantes difficultés pour les jeunes élus des petites communautés est, selon lui, d’avoir à jumeler deux rôles. Cette réalité peut être moins présente pour les gens à la retraite, qui peuvent avoir un rôle un peu moins actif dans la municipalité, par exemple.

« On a une conseillère qui a une petite entreprise de maquillage, explique Philippe Pagé, qui touche environ 9000 $ dollars par année en tant que maire. C’est la seule qui a une entreprise de maquillage dans le village et on ne peut pas lui donner de contrat à la Saint-Jean Baptiste puisqu’elle est conseillère. C’est un petit exemple tout simple, mais ça fait en sorte que les gens peuvent réfléchir avant de s’impliquer et se demander si leur vie ne sera pas plus compliquée en étant élus. On devrait plutôt avoir des incitatifs. »


« Plus il y a de jeunes, de femmes, de membres des communautés culturelles ou des autochtones, plus on a le point de vue de tout le monde et plus on avance avec des choix politiques qui représentent tout le monde. »
Philippe Pagé, maire de Saint-Camille

Dans les petits milieux, ce double rôle est bien plus présent parce que tout le monde se connaît.

« Parfois, c’est le beau-frère, l’oncle ou l’ami de ton voisin, indique M. Pagé. Quelqu’un pourrait être intéressé à devenir élu municipal, mais ça lui ferait vivre des situations où il devrait trancher dans un contexte de proximité avec les citoyens. On se fait parler de nos décisions au dépanneur ou dans les partys de famille. Quand j’étais au cabinet de Réjean Hébert lorsqu’il était ministre de la Santé, c’était plus détaché et anonyme. »

Certaines occupations, comme celle de journaliste, policier, fonctionnaire, pompier volontaire, procureur et autres, sont même incompatibles ou très contraignantes avec un poste au conseil municipal.

« Il y a beaucoup de freins à l’implication municipale, et ces freins-là sont plus importants quand tu es jeune que quand tu es à la retraite, analyse Philippe Pagé, qui briguera un second mandat à la mairie de Saint-Camille à l’automne. Veut ou veut pas, s’il y a juste un certain type d’élu, ils ont leur propre perspective. Plus il y a de jeunes, de femmes, de membres des communautés culturelles ou des autochtones, plus on a le point de vue de tout le monde et plus on avance avec des choix politiques qui représentent tout le monde. »

Parler deux langues

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Simon Roberge
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SHERBROOKE — Meagan Reid a fait les manchettes en 2013 en devenant la plus jeune élue du Québec, à seulement 18 ans. Elle a toutefois démissionné en juillet dernier de son poste de conseillère municipale à East-Angus à la suite de plusieurs décisions incompatibles avec ses valeurs.

« Les premières années, ç’a été beaucoup d’observation, car je n’avais même pas d’appartement ou de maison et je gérais des finances publiques, lance-t-elle. Dans mon deuxième mandat, mes bases étaient solides et je commençais à avoir des opinions sur les gros dossiers et c’est là que je me sentais tiraillée entre certaines décisions et mes valeurs. Quand ma personnalité de jeune femme a été assumée, je me suis rendu compte que soit je ne comprenais pas bien comment amener ma couleur, soit je ne pouvais pas l’apporter. »

Elle ne blâme toutefois pas ses collègues, qu’elle a en haute estime. Elle considère cependant que le message ne passe pas nécessairement bien d’une génération à l’autre.

« À certains moments, je me sentais comme si on parlait deux langages au conseil, admet-elle. Ce sont toutes de bonnes personnes. Je trouve ça toujours difficile parler de générations parce que les gens disent qu’on généralise, mais ça reste qu’on a des caractéristiques distinctes. »

Écart de mentalité

Meagan Reid donne l’exemple des jardins en façade des rues qui ont été refusés par le conseil municipal pour illustrer cet écart de mentalité.

« Si quelqu’un n’a pas de terrain derrière ou que ce n’est pas plein sud, on aurait pu le laisser faire un jardin devant, explique-t-elle. C’est cool et ça se fait à plusieurs endroits, comme à Montréal. On veut que les gens soient un peu autonomes au niveau alimentaire. Mais mes collègues au conseil disaient que ça allait être laid et sale. Ils ne comprenaient pas pourquoi je voulais diffuser en direct les assemblées publiques. Ils avaient peur que les gens enregistrent et l’utilisent contre eux ou que ça se retrouve à Infoman. »

La charge de travail était aussi trop élevée par moment pour celle qui est conseillère pédagogique au Centre de services scolaire des Hauts-Cantons.

« Les lundis de conseil, c’était des journées de 16 heures, souligne-t-elle. Même pour quelqu’un sans famille, c’est un rythme de vie élevé. On avait plusieurs rencontres par semaine. Il faut que tu sois un peu workaholic. »

Meagan Reid touchait 900 $ par mois et mettait une moyenne de 10 heures par semaine dans ses tâches de conseillère. Elle estime que d’aller intéresser les jeunes via les réseaux sociaux avec du contenu adapté ainsi qu’une meilleure conciliation travail-travail permettrait à plus de jeunes de s’impliquer en politique municipale.

Va-t-on revoir Meagan Reid prochainement en politique?

« J’ai un peu l’écœurantite de la game politique en ce moment, admet-elle. Mais je n’ai pas claqué la porte. Donc, peut-être... »

Québec veut doubler le nombre de jeunes élus

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Québec veut doubler le nombre de jeunes élus

Simon Roberge
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SHERBROOKE — La ministre des Affaires municipales et de l’Habitation Andrée Laforest s’est donné un objectif ambitieux en vue des prochaines élections municipales. Elle souhaite voir doubler le nombre de jeunes élus dans les conseils municipaux du Québec.

« Le but serait de doubler et d’avoir 16 % des élus en bas de 35 ans, explique-t-elle en entrevue avec La Tribune. C’est énorme, mais c’est tellement important d’avoir les idées et les innovations des jeunes. Ça donnerait une belle étincelle dans notre milieu municipal. On n’en a pas assez et on en veut plus. »

Pour ce faire, la ministre Laforest met de l’avant le projet de loi 49 qui vise à encadrer l’éthique et la déontologie en matière municipale. Le projet de loi propose notamment des formations beaucoup plus poussées pour les élus municipaux.

« Il faut aider la profession, souligne la députée de Chicoutimi. Plus on va démontrer à quoi sert un élu et plus les jeunes vont être intéressés. La valorisation n’est pas toujours là en ce moment et avec les formations qu’on veut donner en éthique et en déontologie on va voir des améliorations dans les relations de travail dans les conseils municipaux. Elles seront beaucoup plus saines. » 

La ministre espère donc voir un meilleur équilibre dans les conseils municipaux à la suite des élections de l’automne.

« Une personne plus âgée amène son expérience et un jeune apporte de l’innovation, résume-t-elle. Les deux sont essentiels et quand on a un conseil municipal très âgé, c’est certain que le côté innovation est moins présent. Ce n’est pas d’avoir juste des jeunes ou juste des personnes âgées, mais vraiment un équilibre, avec des femmes évidemment. »