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Nouvel élan pour la nature 
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Nouvel élan pour la nature 
D'un côté, les mouvements citoyens pour la protection des boisés urbains connaissent un tout nouvel essor et de plus en plus d’associations citoyennes défendent vigoureusement leurs milieux naturels. De l'autre, les municipalités ont les outils nécessaires pour protéger leur territoire. Découvrez ce nouvel élan pour la nature!
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Les citoyens se lèvent pour protéger les espaces verts

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Les citoyens se lèvent pour protéger les espaces verts

Isabelle Pion
Isabelle Pion
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Les mouvements citoyens pour la protection des boisés urbains connaissent un tout nouvel essor. Présents ces dernières années, ils semblent maintenant connaître un élan tout particulier avec la pandémie et l’importance devenue évidente de la nature de proximité.

Administratrice de l’Association citoyenne pour la protection du Boisé-Fabi, Lucie Desgagnés a vu les signes tangibles de cet intérêt accru. 

« Il y a vraiment un engouement et un éveil à l’importance des espaces verts. On s’en rend compte : les gens qui ne s’étaient jamais impliqués tout d’un coup sont intéressés à s’investir pour conserver un espace vert. On le constate un peu partout en province, mais ici aussi à Sherbrooke. Depuis quelques mois, on m’a contactée à plusieurs reprises en raison de ce qu’on avait fait avec le boisé Fabi. C’est peut-être le seul espace vert officiel qui s’est ajouté dans les dix dernières années. »  La Ville a acheté une partie de ce boisé, où une rue doit tout de même être construite.

À Sherbrooke, les batailles pour protéger certains espaces verts ont fait parler d’elles ces dernières années. Des citoyens se sont mobilisés, en 2019, pour protéger d’une mise en vente le parc Willie-Bourassa-Auger, une bataille qui a fait reculer la Ville de Sherbrooke. 

Récemment, l’Association de protection du Boisé du Phare, qui s’appellera finalement du Boisé Ascot-Lennox, a vu le jour. 

Une manifestation est par ailleurs prévue ce samedi, au parc Central, alors que la Ville s’apprête à transformer un terrain de soccer naturel en terrain synthétique. 

Au début mars, différentes associations de partout au Québec réclamaient un moratoire national « sur tout développement dans les milieux naturels et espaces verts urbains », dans une lettre ouverte publiée dans La Presse. 

À Sherbrooke, les batailles pour protéger certains espaces verts ont fait parler d’elles, ces dernières années. Ci-dessus, le boisé Fabi.

À Granby, un regroupement réclame un moratoire sur la construction résidentielle. 

« Les Ami.e.s du Boisé Quévillon militent pour la protection du boisé Quévillon, une propriété privée de 60 hectares qu’ils souhaiteraient voir devenir un parc nature accessible à la population », rapporte la Voix de l’Est. Parallèlement, l’Association citoyenne pour les espaces verts de Sherbrooke (ACEVS) mène des démarches pour devenir officiellement un organisme à but non lucratif (OBNL), ce qui pourrait se concrétiser d’ici cet été, estime Mme Desgagnés, qui s’investit à l’ACEVS.

« Notre premier objectif, c’est de travailler pour qu’il y ait six pour cent de plus d’aires arborées dans le périmètre urbain. »

Il a été impossible d’obtenir des données sur le pourcentage de territoire protégé du côté de la Ville de Sherbrooke, celle-ci invoquant le fait que « les données sont en cours d’actualisation » et qu’elles doivent être présentées au cours de la démarche du plan Nature, probablement en juin. 

La Tribune n’a pu avoir accès aux dernières données disponibles. 

Selon l’ACEVS, la Ville estimait en 2019 qu’elle se situait à 11,5 % d’aires arborées préservées dans le périmètre urbain de Sherbrooke. La donnée est toutefois remise en question par des défenseurs des espaces verts du fait qu’il n’y a pas eu de nouveau parc créé.

L’objectif minimal selon le plan directeur des parcs de la ville était d’avoir 12 % en 2022, d’après l’ACEVS. 

Elle souhaite aussi accompagner les associations ou les regroupements dans leurs démarches. 

« On accompagne en ce moment des citoyens dans le dossier du parc Central et au boisé d’Ascot », précise Mme Desgagnés. 

« Notre premier mandat, c’est de faire des interventions auprès de la Ville pour qu’il y ait des budgets alloués. Il n’y a à peu près rien de voué à l’environnement et les espaces verts dans les budgets de la Ville. »

L’ACEVS entend être très présente en vue des élections municipales du 7 novembre prochain.  

« Il faut que ça devienne un enjeu majeur », plaide Mme Desgagnés.

« On a beaucoup d’attentes pour avoir des représentants qui en font un enjeu primordial. On tente par beaucoup de moyens de se faire entendre. Mais au chapitre des espaces verts, on fait face à des enjeux de taxes foncières, de promoteurs, de lobbying. On fait face à un mur et à la sourde oreille pour bien des demandes. »

L’ACEVS prépare actuellement une série de cinq conférences sur l’environnement avec le Musée d’histoire de Sherbrooke. Celles-ci pourraient avoir lieu ce printemps.

Les municipalités, note Mme Desgagné, ont les outils pour protéger leur territoire, note-t-elle en citant l’avocat et biologiste Jean-François Girard (voir autre texte en page 12). « Il s’agit juste d’avoir la volonté de le faire. » 

Un joyau devient un espace vert à Stanstead-Est

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Un joyau devient un espace vert à Stanstead-Est

Isabelle Pion
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Pour ceux qui ne le connaissent pas, l’endroit passe facilement inaperçu. Or, une fois qu’on a franchi la clôture, on découvre les chutes Burroughs, aux abords de la rivière Niger à Stanstead-Est, et l’ancienne centrale d’Hydro-Québec. La petite municipalité vient d’acquérir un terrain d’une quarantaine d’acres où elles se trouvent, et prévoit en faire un espace vert.

La Tribune a visité les lieux, mercredi, en compagnie du maire de Stanstead-Est, Gilbert Ferland, et de la conseillère municipale Pamela B. Steen.

L’occasion d’acquérir ce vaste terrain s’est présentée alors qu’Hydro-Québec voulait s’en départir, raconte le maire.

Stanstead-Est l’a acheté pour 90 000 $. Des consultations ont été menées cet automne. Le projet de parc des chutes Burroughs (un nom qui n’est pas encore officiel) est encore embryonnaire, précise Pamela B. Steen, qui préside le comité qui se penchera sur son développement. Le comité est composé du maire, de conseillers et de citoyens. Seule certitude pour le moment, c’est qu’on souhaite aménager des sentiers et qu’on veut protéger certaines espèces de la faune et de la flore, dont la vergerette de Provancher, une petite plante menacée, et une sorte de salamandre. 

« Corridor appalachien est venu faire un portrait de tout ce qui était sur le terrain à protéger. On est rendu là, voir la mission, les valeurs, ce qu’on veut protéger et comment. »

La forêt est extrêmement riche, décrit Mme B. Steen. On retrouve notamment des grands pins, une cédrière, une érablière. Même s’il n’est pas accessible en ce moment, l’endroit est bien connu dans le secteur : des gens venaient s’y baigner dans leur jeunesse. Des traces montrent aussi qu’il est encore fréquenté, même s’il n’est pas encore officiellement ouvert au public. 

« C’était une place qui était quand même un peu utilisée. On a trouvé que la centrale avait du potentiel. On veut garder l’accès et toute la richesse du territoire », note la conseillère. « On a fait faire des fouilles archéologiques sommaires pour voir ce qu’il y avait sur le territoire des Abénaquis. On a trouvé un percuteur qui date de plusieurs milliers d’années. On a aussi trouvé du quartz du mont Pinacle », raconte-t-elle en soulignant que ce type de minerai a fait l’objet de troc. 

Sise tout près d’Ayer’s Cliff, Stanstead-Est compte un peu plus de 600 citoyens habitant en milieu rural. La petite municipalité, qui regroupe 40 % d’anglophones, est presque à cheval entre deux MRC, soit celle de Memphrémagog et celle de Coaticook, où elle se trouve.

« Notre municipalité n’a pas de parc, pas de cœur villageois pour se rassembler », note la conseillère en soulignant l’attrait pour l’endroit.

Celui-ci sera accessible à la population, mais aussi aux gens de l’extérieur. Le comité aimerait qu’il le soit à l’été 2021, mais comme on souhaite aménager des sentiers avant l’ouverture, celle-ci pourrait bien avoir lieu à l’été 2022. Tout est encore à décider, note la présidente du comité, autant pour la vocation de la centrale que l’usage du site.

L’ancienne centrale hydroélectrique d’Hydro-Québec n’est pas visible de la route 143, mais elle se dresse fièrement aux abords de la rivière Niger.

Un projet en développement

Au Canton de Hatley, le projet de développement de la Vallée Massawippi se poursuit. 

« On a 4 à 5 km de fait pour le vélo de montagne et les sentiers pédestres. Il faut se rappeler qu’on était propriétaire de (la station) Montjoie, à l’époque, avec Sherbrooke et Waterville. Quand ça a été dissous, on a fait l’acquisition de plus de 250 acres de chaque côté de la rivière Massawippi. Ce sont des terrains qui appartenaient au parc Montjoie. On a commencé à faire les sentiers de vélo de montagne et pédestres », rappelle le maire du Canton de Hatley, Martin Primeau.

Cet été, la municipalité veut construire un pont permettant d’enjamber la rivière Massawippi. Une demande de subvention a été faite. « Environ 80 % du territoire qu’on a acquis est de l’autre côté de la rivière. On a trouvé l’endroit propice. » 

Le terrain est très prisé par les ornithologues amateurs et professionnels, souligne M. Primeau, et les sentiers permettront d’y avoir un meilleur accès.

Saviez-vous que...

Les chutes Burroughs portent le nom d’un criminel notoire, Stephen Burroughs, également un auteur? Selon le Répertoire du patrimoine culturel du Québec, vers la fin du 18e siècle, l’aventurier américain construit un moulin à l’endroit qui porte le nom de « Burrough’s Falls » en son honneur. « Ces chutes constituent le moteur économique du hameau en permettant le transport et la transformation de marchandises. C’est en 1929 qu’une centrale hydroélectrique est mise en place », peut-on lire. 

Des outils pour protéger le territoire, plaide un avocat

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Des outils pour protéger le territoire, plaide un avocat

Isabelle Pion
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Les villes et les municipalités ont les outils nécessaires pour protéger leur territoire, estime l’avocat et biologiste Jean-François Girard.

« Les municipalités ont tous les pouvoirs à l’heure actuelle, dans leur coffre à outils, notamment avec la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (LAU), afin de protéger intégralement ces milieux naturels là, par la voie réglementaire, sans être obligées de les acquérir. Et ce faisant, ce n’est pas de l’expropriation déguisée. »  

« Dès qu’une municipalité a la prétention de venir restreindre un tant soit peu l’exercice du droit de propriété, les promoteurs crient à l’expropriation déguisée. Mais dans l’histoire depuis longtemps, toutes ces tentatives ou presque se sont soldées par des décisions des tribunaux qui ont dit qu’il n’y avait pas d’expropriation déguisée. »  

Par exemple, si une municipalité veut restreindre l’abattage des arbres parce que le boisé participe à la trame verte de la région, elle est en mesure de le faire, soutient Me Girard.

« La loi permet aux municipalités de prohiber tous les usages, ouvrages ou construction (...) pour des raisons de protection de l’environnement », soutient Me Girard, qui a été invité récemment à donner une conférence par la conseillère municipale et candidate à la mairie à Sherbrooke Évelyne Beaudin. 

« Si le propriétaire avait des objectifs de construire des condos, il ne pourra pas le faire, et ce n’est pas de l’expropriation déguisée. »  

« C’est la job des municipalités de déterminer comment agencer les différents usages pour créer différents milieux de vie de qualité », estime l’avocat.  

Par ailleurs, si les villes souhaitent protéger un milieu naturel pour avoir plus d’espace accessible pour leurs citoyens, les administrations municipales doivent acquérir ces terrains. Or, créer des espaces accessibles au public peut coûter très cher, note l’avocat. 

« Si on ne s’entend pas pour une acquisition de gré à gré autour de la juste valeur marchande et qu’on va en expropriation, ça va nous coûter trois fois le prix de la valeur marchande, si je résume grossièrement (...) Ça va peut-être restreindre les ardeurs de la municipalité, parce qu’il y a des limites à la capacité de payer des citoyens. » 

Ceci dit, nuance-t-il, il peut valoir la peine dans certains dossiers de mettre en branle une procédure d’expropriation et d’investir pour « le bénéfice collectif important ».

L’avocat rappelle que la disparition des milieux naturels entraîne plusieurs conséquences. 

« Il y a de plus en plus de scientifiques pour établir un lien entre l’émergence de virus comme celui que l’on connaît actuellement et la disparition, voire la baisse de biodiversité. Je vous parle de virus, mais parlons des îlots de chaleur. On en a créé en bétonnant notre territoire. La solution aujourd’hui pour les combattre, c’est de remettre la végétation dans ces endroits-là. On ‘‘débétonne’’ ce qui avait été bétonné pour recréer des milieux naturels. Les milieux naturels encore là, peut-on les protéger ne serait-ce que pour le bénéfice écologique que ça nous rend? »

Il ne faut pas non plus s’étonner d’entendre de plus en plus parler de batailles pour la protection des milieux humides. 

« Ce qui était facile à développer, dans les 300 dernières années, généralement on l’a construit. Ce qui reste, ce sont les milieux plus difficiles à développer, généralement des milieux humides », image-t-il.

Des services gratuits offerts par la nature

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Des services gratuits offerts par la nature

Coralie Beaumont
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De plus en plus d’associations citoyennes défendent vigoureusement leurs milieux naturels. Parmi leurs arguments, le plaisir d’avoir accès à la nature, évidemment… mais pas seulement! Des citoyens de l’Association pour la protection et la valorisation du Boisé Ascot-Lennox (NDLR : anciennement du Boisé du Phare) soulèvent aussi la question de la valeur des services écosystémiques. Mais de quoi s’agit-il?

Selon Louis Béchard, un citoyen impliqué dans l’association, ce grand boisé situé dans le secteur de la rue Collège rend de nombreux services écosystémiques aux citoyens de Sherbrooke, notamment en servant de zone tampon lors de précipitations. « Il y a une certaine dénivellation dans le boisé, ce qui fait que s’il n’y avait pas de forêt à cet endroit, toute l’eau ruissellerait rapidement vers la rivière Saint-François », ce qui augmenterait aussi le lessivage des terres et l’érosion des berges, soulève-t-il. 

Amélie Hébert-Chaput, une autre citoyenne impliquée dans cette association, abonde dans le même sens. « Cette forêt est en amont de la rivière Saint-François. En 2018, il y a eu une grosse inondation, la rivière est sortie de 25 pieds. » Le rôle tampon de la forêt a permis, en amont, d’absorber une partie de l’eau dans le sol, diminuant ainsi l’ampleur de l’inondation. « Si elle est rasée, ça ferait encore plus d’eau à gérer dans les rues et dans le système d’égout de la municipalité. C’est une chose dont on ne se rend pas compte, car c’est un service gratuit. »

Valoriser la gratuité

Pour le professeur Marc-André Guertin qui enseigne la valeur des écosystèmes à l’Université de Sherbrooke, « les écosystèmes rendent des services qui sont difficilement remplaçables, voire irremplaçables », explique-t-il en citant les études de l’IPBES [NDLR : l’équivalent du GIEC pour la biodiversité]. Il explique que lorsqu’un site abrite des espèces menacées, il est alors difficile de recréer ces habitats qui ont été détruits, car on a peu de connaissances sur les interactions de ces espèces avec leur milieu. Il ajoute que « de plus en plus d’études tendent à démontrer que la valeur de tous les services rendus par les écosystèmes dépasse largement celle de l’activité humaine et de la richesse qu’on arrive à créer par nos systèmes économiques ». Par exemple, la pollinisation des fruits et légumes est offerte gratuitement par la nature grâce aux pollinisateurs, il coûterait donc très cher de devoir faire cette pollinisation mécaniquement ou manuellement.

« Il faudrait que la municipalité compense autrement tous les services qui seraient perdus par le fait de raser cette forêt-là », avertit donc M. Béchard. À titre de services écosystémiques offerts par le boisé, il cite encore la régulation des ilots de chaleur, la filtration des polluants dans l’air et dans l’eau ou encore les effets bénéfiques sur la santé physique et mentale des citoyennes et citoyens. 

Mme Hébert-Chaput ajoute que, selon une étude réalisée en 2012, le boisé abrite notamment de vieux peuplements d’arbres ainsi que des milieux humides. Elle explique que les milieux humides sont importants, autant pour les animaux et les plantes que pour les humains. Par exemple, grâce à leur capacité de filtration des polluants dans l’eau, les milieux humides permettent de diminuer la pression sur les infrastructures d’assainissement d’eau. 

Préserver pour le bien-être collectif

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Préserver pour le bien-être collectif

Coralie Beaumont
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Pour préserver leur boisé, les citoyens de l’Association du Boisé Lennox-Ascot disent vouloir collaborer avec la Ville de Sherbrooke, mais aussi avec les propriétaires de lots situés dans le boisé. « Ce n’est pas qu’on ne veut pas qu’ils construisent… mais plutôt qu’on a besoin de garder des aires naturelles », explique le citoyen Louis Béchard.

Amélie Hébert-Chaput affirme que la volonté de conserver le boisé n’est pas un phénomène du « pas dans ma cour », mais bien « une façon d’innover dans notre façon d’aménager notre territoire pour se garder des espaces naturels, à proximité d’une densification urbaine, pour une plus grande résilience. On sait qu’avec les changements climatiques et peut-être d’autres pandémies dans le futur, il faut se garder un milieu de vie agréable », explique-t-elle. 

Le professeur Marc-André Guertin de l’Université de Sherbrooke pense que dans le contexte de l’aménagement d’une ville comme Sherbrooke, qui n’est pas particulièrement dense, « la Ville devrait faire un examen très sérieux de l’espace qui est déjà urbanisé et de l’optimisation de cet espace, avant d’aller encore davantage puiser dans le capital naturel qui entoure la ville ». Selon lui, il en découlerait de nombreuses retombées positives. « Toutes les grandes villes où il fait bon vivre accordent une place très marquée aux espaces verts », enseigne-t-il, en citant des villes comme Seattle ou Stockholm qui ont intégré des espaces verts dans leur trame urbaine. 

Pour, mais pas contre

Louis Béchard explique que les revendications de l’association citoyenne pour préserver le boisé Lennox-Ascot, « ce n’est pas contre les promoteurs qui détiennent des terrains à cet endroit, c’est pour le bien collectif. C’est un choix qu’on fait non pas contre quelqu’un, mais bien pour le bien-être de tous ».

Le professeur Guertin est d’avis qu’il faut écouter les propriétaires, « ils ont des droits en vertu du cadre légal qu’on a au Québec ». Toutefois, il invite à se demander ce que l’on cherche à faire en protégeant des milieux naturels. Selon lui, il s’agit de servir le bien commun de tous les êtres humains, mais aussi des espèces qui habitent ces milieux.

Il voit donc dans l’occupation du territoire une question profondément éthique. « On doit se poser la question de savoir quel est le meilleur usage qu’on peut faire de ces terrains-là. Pas seulement pour les citoyens et propriétaires actuels, mais aussi pour les citoyens de demain. Cet arbitrage, qui est définitivement politique, ne doit pas se faire en réfléchissant seulement aux doléances des propriétaires, cela doit se faire en ayant une plus longue vue. »

Le professeur pense qu’il est urgent de considérer l’effondrement de la biodiversité comme une crise planétaire, au même titre que la pandémie et le réchauffement climatique.  

« Si on réfléchit aux droits des propriétaires, sans considérer l’urgence d’agir face à la crise, je pense qu’on ne saisit pas bien la situation. Il faut toujours la remettre en perspective : face à la crise planétaire de la biodiversité à laquelle on fait face, mais aussi face à l’obligation qu’on a de se préparer aux manifestations qui sont, pour nous, encore incompréhensibles et imprévisibles, de cette crise de biodiversité », avertit-il.