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L’intenable pression de la performance
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L’intenable pression de la performance
Sherbrooke — La peur d’échouer, de se sentir dévalorisé, la pression de se surpasser à tout coup, que ce soit au travail, en famille et même avec notre propre santé mentale... L’anxiété de performance est un terme qu’on entend de plus en plus régulièrement. Pourquoi ? En consiste-t-elle ? Comment s’en sortir ? C’est à ces questions que La Tribune a tenté de répondre avec l’aide de la psychologue et autrice Nathalie Plaat et de l’étudiante à la maîtrise en sciences de l’éducation Catherine Tardif.
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L’insidieuse quête du 110 %

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L’insidieuse quête du 110 %

Émilie Pinard-Fontaine
Émilie Pinard-Fontaine
La Tribune
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Sherbrooke — Pensées négatives, mains moites, papillons dans le ventre, cœur qui bat vite et même comportements compulsifs et évitement, les manifestations de l’anxiété de performance peuvent prendre de nombreuses formes. Ce phénomène complexe occupe de plus en plus d’espace dans le discours culturel et médiatique, particulièrement avec la sortie du film Le Guide de la famille parfaite et du documentaire La Barre haute qui l’a précédé. Comment se manifeste-t-il et quelles en sont les causes ?

Si l’anxiété en général est un état d’appréhension, l’anxiété de performance se distingue par l’appréhension d’une évaluation, d’une performance ou d’une prestation devant public, selon Catherine Tardif qui vient de préparer une fiche synthèse pour comprendre l’anxiété de performance et mieux intervenir pour le Centre RBC d’expertise en santé mentale.

« Un contexte d’évaluation ça pourrait être autant un concert qu’une compétition sportive que, pour certains élèves, une présentation devant la classe et même des fois de lever la main en classe », précise-t-elle.

Nathalie Plaat la définit quant à elle comme « la peur de ne pas arriver à rencontrer nos critères de performance ». Celle-ci devient alors paralysante et peut être associée à une symptomatologie somme toute assez impressionnante. 

« Mon impression à moi c’est qu’il y a quand même quelque chose dans le corps et dans la psyché qui d’une certaine façon refuse d’être dans l’action et d’être dans la performance d’une façon globale et totale », confie-t-elle.

Les études démontrent que les élèves performants peuvent autant être susceptibles de développer l’anxiété de performance que ceux en difficulté d’apprentissage.

Catherine Tardif précise également que « l’anxiété de performance n’est pas un état général, ça peut être sporadique dans la vie » et également « qu’on peut faire de l’anxiété de performance à l’égard de certaines situations et d’autres non » en fonction de l’importance que l’on accorde, ou que notre entourage accorde, à chacune de ces situations.

Selon Nathalie Plaat, l’anxiété de performance est causée par « quelque chose dans le corps et dans la psyché qui d’une certaine façon refuse d’être dans l’action et d’être dans la performance d’une façon globale et totale ».

Un phénomène grandissant ?

Questionnées à savoir si le phénomène est en augmentation dans notre société, Catherine Tardif préfère ne pas se prononcer dû au manque d’études longitudinales sur le sujet pour l’instant, elle a toutefois l’impression que l’on en entend davantage parler.

De son côté, Nathalie Plaat mentionne que c’est une question qui ressort souvent, et ce, pour tous les types d’affections psychologiques.

« C’est sûr que ce que je pense c’est qu’on a vraiment pathologisé beaucoup de choses qui sont des états humains et je n’aime vraiment pas le mot “normal”, je n’aime pas la dichotomie normale versus anormal, mais disons que la souffrance c’est quand même assez normal dans le sens où ça fait vraiment partie de l’existence humaine », exprime-t-elle.

Elle reconnaît cependant que l’évolution de la société amène de nouveaux maux en lien avec notre culture.

« Des hystériques comme Freud en traitait en 1900 il n’y en a plus beaucoup, mais il y avait quelque chose peut-être qui était en réponse à l’époque à ce moment-là. Je pense que la performance n’a jamais autant été exigée dans toutes les sphères de l’existence, donc ce n’est pas seulement au travail, c’est justement dans notre santé mentale, dans notre image, notre famille, notre sexualité, je veux dire il n’y a pas grand zone qui sont laissées à l’être, à juste être. Donc, ça se pourrait bien qu’on soit anxieux », explique-t-elle. 

« Comme l’écoanxiété, ça n’existait pas en 1700, mais c’est relié un peu au monde dans lequel on vit. C’est une réponse psychologique à ça, je pense », poursuit-elle.

Pour Catherine Tardif, l’anxiété de performance est plurifactorielle, si certaines caractéristiques personnelles sont en cause, l’influence des personnes signifiantes compte aussi pour beaucoup.

Un mode de vie en cause

L’anxiété de performance serait donc un symptôme de notre société d’ultra performance, selon la psychologue et autrice, un retour du refoulé.

« On a peut-être vraiment trop nié l’aspect psychique et là il réclame son dû », exprime-t-elle.

« Je pense que tout est articulé autour de la réussite, autour du conformisme. En fait, on pourrait se poser la question “qu’est-ce qui fait de nous des êtres conformes à la société ?” Eh bien, ce sont des êtres qui sont assez performants », poursuit Nathalie Plaat.

Catherine Tardif nuance quant à elle en soulignant que l’anxiété de performance est vraiment plurifactorielle.

« Il y a une part qui appartient à la personne, ce sont ses caractéristiques personnelles, par exemple les filles sont plus susceptibles de développer une anxiété de performance que les garçons. On sait aussi que les adolescents vont avoir plus de manifestations d’anxiété que les jeunes enfants. Donc, il y a des facteurs associés à la personne et il y a des facteurs associés aux environnements : familial, scolaire et la société en général », explique-t-elle. 

Que la pression vienne volontairement ou involontairement d’un parent, d’un enseignant ou autre, elle a davantage d’importance quand la personne a un lien signifiant avec celui ou celle qui vit de l’anxiété de performance. 

« On accorde plus d’importance aux attentes des personnes qui sont signifiantes autour de nous », mentionne Catherine Tardif

La bienveillance comme remède

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La bienveillance comme remède

Émilie Pinard-Fontaine
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Sherbrooke — La sensibilisation et la bienveillance sont les clés selon Nathalie Plaat et Catherine Tardif afin d’intervenir dans les enjeux d’anxiété de performance ainsi que pour en limiter la croissance dans nos sociétés. Il importe de réitérer « que les symptômes psychologiques ont un sens », selon la première, et de « valoriser le processus » selon la seconde.

Nathalie Plaat considère d’ailleurs que le film Le Guide de la famille parfaite et le documentaire La barre haute, dont elle fait partie, contribuent au travail de sensibilisation.

« [Le film] est assez confrontant d’après ce que j’ai entendu. Il confronte les parents et il le fait avec une certaine sensibilité en même temps. Ce qui fait que les gens à qui ça s’adresse ne sont pas capables de le rejeter d’emblée », explique-t-elle.

« Je trouve que ça amène un malaise nécessaire, ça pose des questions avec bienveillance. Donc l’idée ce n’est pas de pointer du doigt des coupables, mais c’est d’inciter vraiment une remise en question », poursuit-elle.

L’idée de la bienveillance revient aussi dans le discours de Catherine Tardif.

« L’état de bienveillance, c’est un état d’être attentif, de vouloir veiller aux autres. Tout d’abord de pouvoir distinguer et reconnaître les manifestations d’anxiété autour de nous pour pouvoir après ça offrir des pistes de solution qui sont efficaces », exprime-t-elle.

« Avoir un sentiment de compétence, une confiance en ses capacités à réussir, ça aide fortement à pallier un peu cette anxiété de performance là. Donc [il faut] renforcir ce sentiment de compétence là en valorisant les processus, pas uniquement le résultat final », poursuit l’étudiante à la maîtrise en sciences de l’éducation.

En ce qui a trait aux manifestations physiques, elle conseille de se connecter autant que possible avec la réalité et à son ressenti afin d’arriver à les amoindrir. 

Remise en question nécessaire

Nathalie Plaat considère que les professionnels du réseau de la santé ont une remise en question à faire de leur côté également.

« Il faudrait peut-être arrêter d’être pressés de trouver des solutions, avoir de la patience par rapport à la souffrance, notamment des enfants, des ados. Se dire qu’il y a des choses à l’intérieur de nous qui échappent à notre contrôle et que c’est bien comme ça et qu’il faut peut-être des fois faire preuve d’humilité par rapport à notre propre psyché et accepter de mettre de côté des projets, des choses que notre ego veut », exprime-t-elle.

L’anxiété de performance serait donc, selon la psychologue, « une invitation à entrer à l’intérieur de soi, à découvrir ce que notre psyché réclame de nous ». 

« Il y a peut-être des choses que ce symptôme-là va finir par nous révéler de très important sur nous-mêmes. On pourrait peut-être apprendre à dépasser le sentiment d’échec. Ce n’est pas si grave que ça vivre un échec et même des fois ça peut être assez intéressant de le dépasser et d’aller voir au-delà de ça. On va peut-être découvrir des choses qui nous rendent beaucoup plus heureux que de performer », conclut-elle.