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L'Estrie réagit à l'annonce du reconfinement
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Il y a 72 ans, un couvre-feu avait été imposé dans la municipalité d'Asbestos à la suite de la grève des mineurs.
Il y a 72 ans, un couvre-feu avait été imposé dans la municipalité d'Asbestos à la suite de la grève des mineurs.

Asbestos a vécu un couvre-feu en 1949

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Simon Roberge
Simon Roberge
La Tribune
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Outre celui imposé lors de la grève à Asbestos en 1949, le couvre-feu proposé par le gouvernement Legault, mercredi, sera le premier couvre-feu à toucher les Estriens.

Il y a 72 ans, un couvre-feu avait été imposé dans la municipalité qui porte maintenant le nom de Val-des-Sources.

Le 26 avril 1949, le conseil municipal d’Asbestos décide d’imposer un couvre-feu entre 1 h et 5 h du matin durant la grève de l’amiante. Cette dernière, déclenchée le 14 février, s’étire dans le temps et la tension monte entre grévistes et policiers.

Dans le livre Asbestos, filons d’histoire 1899-1999, le maire de l’époque explique que « le couvre-feu a été imposé à la demande de plusieurs citoyens afin de prévenir certains troubles comme il s’en est produit depuis le commencement de la grève et si possible en éviter de plus graves. » On apprend également dans l’ouvrage que l’avocat Albert Leblanc de Sherbrooke « a émis l’opinion que la Ville pourrait être tenue responsable des dommages causés si elle ne prend pas des mesures raisonnables pour les prévenir. »

Cette tension entre mineurs et policiers, notamment due à la présence de briseurs de grève à la mine, culmine jusqu’au 6 mai où l’acte d’émeute est entré en vigueur. Ce règlement interdisait tout rassemblement de plus de deux personnes sur les rues de la ville. Quelque 200 mineurs ont été arrêtés par la police.

« On n’avait pas le droit de se rassembler, se souvient Pierrette Martineau-Théroux qui avait dix ans à l’époque. J’étais en quatrième année et l’enseignante nous avait bien dit qu’on avait le droit de marcher deux par deux sur le trottoir, mais pas plus, et avec une certaine distance. On n’avait pas le droit de sortir de chez nous. Durant le mois de mai, on se balançait et on chantait les chansons de la grève, mais on n’a pas pu faire ça durant la loi de l’émeute. »

L’acte d’émeute a été levé deux jours plus tard le 8 mai. La grève a officiellement pris fin le 1er juillet 1949.

Les moins de 15 ans ciblés à Sherbrooke

Ni les Grandes Guerres ou même la grippe espagnole de 1918-1919 n’ont incité les autorités à décréter une telle mesure de couvre-feu généralisé à Sherbrooke.

Après avoir consulté diverses sources sur le sujet, l’historienne et conservatrice à la Société d’histoire de Sherbrooke, Karine Savary, explique que le seul couvre-feu imposé à Sherbrooke a été celui pour les personnes mineures de 15 ans et moins. Le conseil municipal du maire Charles Benjamin Howard avait alors imposé à ce groupe d’âge de rester à la maison entre 21 h et 5 h pour maintenir les mœurs dans le but « de prévenir physiquement et moralement ». Une peine de deux jours de prison pouvait être imposée à la troisième récidive à l’enfant et elle s’appliquait au père à la quatrième reprise.

« Ce couvre-feu a perduré jusque dans les années 70 et même jusque dans les années 2000 à certains endroits au Canada. À Sherbrooke, il y a eu des pressions de plusieurs groupes pour l’imposition d’un tel couvre-feu dès 1920, mais Sherbrooke y résistait parce que c’était difficile à appliquer pour le corps de police et que le conseil municipal ne voulait pas s’ingérer dans les affaires familiales », explique Karine Savary.