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L'Estrie fait le plein de touristes pour le meilleur et pour le pire
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L'Estrie fait le plein de touristes pour le meilleur et pour le pire
Pendant que les répercussions économiques de la pandémie se font sentir dans les grands centres, les régions touristiques, elles, profitent d’un achalandage important... aux dépens des citoyens inquiets de contracter la COVID-19.
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L’Estrie victime de son charme

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L’Estrie victime de son charme

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
La Santé publique stipule que « les personnes qui habitent dans une région ou un territoire en palier d’alerte maximale (zone rouge) doivent éviter de se déplacer vers d’autres zones, sauf pour les déplacements essentiels ». Mais qu’en est-il réellement?

Plusieurs Estriens se sont plaints de visites superflues ces dernières semaines, notamment lors du long congé de l’Action de grâce. Ils ont signalé, entre autres, la présence d’autobus de location et de véhicules Communauto dans différents stationnements d’attraits touristiques de la région.

« Des voitures avec des plaques de l’Ontario ou avec des collants de concessionnaires de Montréal à la SAQ de Magog, c’est bien des gens qui ont des chalets et qui ne sortent pas de chez eux pour faire des commissions? » s’est insurgé publiquement un citoyen sur les réseaux sociaux. 

Bien que les déplacements jugés non essentiels entre les régions ne soient pas recommandés, ceux-ci ne sont pas interdits. Plusieurs barrages routiers ont cependant été érigés par le Service de police de Sherbrooke (SPS) depuis le début du mois d’octobre afin de sensibiliser les automobilistes aux différentes mesures émises par le gouvernement pour contrer la propagation de la COVID-19.

Un tourisme essentiel pour l’économie régionale?

Dans une publication diffusée sur sa page Facebook, le député d’Orford, Gilles Bélanger, a tenu à féliciter les citoyens de sa circonscription pour leur tolérance et leur capacité d’adaptation dans un contexte plutôt insécurisant.

« Les citoyens craignent la venue des gens de Montréal, mais savent que ceux-ci nourrissent d’une certaine façon notre région en venant visiter nos espaces extérieurs et notre richesse. Je veux lever mon chapeau aux commerçants et aux citoyens qui ont suivi les règles et ont évité les endroits achalandés. Avec toute l’affluence que nous avons eu ces derniers temps, nous avons réussi à nous en sortir sans trop de dommages en restant camper en zone orange pâle », affirme le député caquiste, qui n’encourage cependant pas les déplacements entre régions.

M. Bélanger est d’avis qu’il faut faire confiance aux citoyens et aux commerçants avant d’intervenir plus sévèrement auprès des visiteurs. « Je comprends les inquiétudes et évidemment que les déplacements favorisent les risques d’éclosions, mais si on choisit de bloquer complètement les accès routiers, on va tuer l’économie! Les règles sont bien respectées dans l’ensemble et l’Estrie donne un très bel exemple jusqu’à maintenant », indique-t-il.

Le député d’Orford se dit tout de même soulagé de voir arriver la fin de la saison touristique estivale dans les Cantons-de-l’Est. « Avec le nombre à la hausse de cas déclarés positifs à la COVID-19 au Québec cette semaine, on préfère que les gens restent à la maison. La pluie automnale refroidira les ardeurs des visiteurs potentiels », espère-t-il.

À la Ville de Magog, on mentionne ne pas être « particulièrement inquiets » concernant les déplacements interrégionaux. Même son de cloche dans la municipalité du Canton d’Orford, où la mairesse, Marie Boivin, affirme adhérer aux orientations de la Santé publique. « Il n’y a pas de préoccupation particulière de notre côté », a-t-elle fait savoir.

Paliers de couleurs et confusion

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Paliers de couleurs et confusion

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Une récente enquête de l’Université de Sherbrooke sur les impacts psychosociaux de la pandémie montre que le sentiment de cohérence, qui est la capacité de comprendre, de maîtriser et de donner du sens aux événements stressants, serait « fortement lié » à la santé psychologique des gens. Le concept de zone de couleurs, mis en place par le gouvernement, apporte évidemment son lot de défis en ce sens.

L’enquête, menée du 4 au 14 septembre dans sept régions du Québec (dont l’Estrie), montre qu’« un adulte sur cinq aurait eu des symptômes compatibles avec un trouble d’anxiété généralisé ou une dépression majeure » au début de l’année scolaire.

En situation de pandémie, ces problèmes seraient exacerbés par une mauvaise compréhension de la situation, un manque de confiance envers le gouvernement et l’adhésion à de fausses croyances.

Selon la Dre Mélissa Généreux, professeure-chercheuse à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, les messages d'autorités qui changent rapidement selon l’évolution de la situation pourraient contribuer aux comportements plus téméraires de certains groupes de personnes.

« Je salue le courage qu’ont eu les autorités à essayer d’être moins catégoriques dans les mesures émises, avec les paliers de couleurs notamment. L’intention était bonne et cela a permis d’éviter des dommages collatéraux. En contrepartie, le message devient encore plus difficile à comprendre pour les citoyens. Je comprends le bien-fondé, mais ce concept alimente la confusion et le manque de compréhension. »

« Les messages changent souvent et la compréhension du niveau de risque évolue. Le sentiment de cohérence, qui permet de comprendre et de donner du sens aux événements stressants, diminue. On voit, avec le temps, qu’il y a un épuisement. Les gens sont fatigués », constate Dre Généreux.

Elle ajoute que les intervenants des milieux communautaires, cliniques et municipaux observent une augmentation linéaire dans le temps relativement à la méfiance des gens face aux autorités.

« Même quand les messages étaient stables au printemps, il y avait un enjeu de littératie en santé. Avec une situation qui évolue et qui s’intensifie de jour en jour, ça peut devenir difficile de s’adapter. Le fait que le risque ne soit pas égal partout, ça fait également beaucoup d’informations à s’approprier. »

Selon Dre Généreux, les communications officielles devraient mettre l’accent non seulement sur le problème, mais aussi sur la capacité à maîtriser la situation. « Comment agir? Quelles sont les ressources mises à notre disposition? Les discours pourraient être à échelle plus locale. Les municipalités pourraient aussi jouer un rôle plus grand », mentionne-t-elle.

Malgré certains désaccords entre les divers groupes de personnes face aux autorités, Dre Généreux appelle à la bienveillance. « Les gens oublient que l’ennemi, c’est le virus. Il n’existe pas de solutions parfaites », conclut celle qui a été directrice de la santé publique en Estrie pendant six ans.

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Les Cantons-de-l’Est parmi les plus visités

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Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Malgré l’invitation faite aux visiteurs à « rester chez eux », les Cantons-de-l’Est ont été pris d’assaut par les adeptes de plein air d’un peu partout en province, notamment lors de la Flambée des couleurs.

« Les gens ne se sont pas beaucoup gênés », observe la responsable des communications de Tourisme Cantons-de-l’Est, Danie Béliveau. L’organisation qui a cessé toutes formes de publicité et de promotion depuis plusieurs semaines admet qu’un nombre élevé de visiteurs se sont déplacés dans la région alors que ce n’était pas recommandé par la Santé publique.

« Toutefois, le mot d’ordre était de conscientiser les gens et de leur rappeler les mesures sanitaires à respecter. Par exemple, les gens qui avaient un chalet ou une résidence secondaire en Estrie avaient le droit de venir en évitant tous contacts. Ils n’étaient pas nécessairement privés d’aller prendre l’air à l’extérieur », fait remarquer Mme Béliveau.

Elle ajoute que les entreprises de la région ont dépensé beaucoup d’argent pour se plier aux contraintes sanitaires pendant l’été et qu’elles n’ont, pour la plupart, fait aucune publicité.

« Personne ne veut entendre qu’une personne a contracté la COVID-19 dans son établissement. Nous avons incité les gens à respecter les consignes émises par le gouvernement parce que c’est essentiel », indique Mme Béliveau. 

Entre l’arbre et l’écorce

Le rapport de la troisième vague de l’enquête sur les impacts de la COVID-19 sur l’industrie touristique au Québec, réalisée par la Chaire de tourisme Transat de l’UQAM, montre que « les secteurs agrotouristiques et de nature et plein air se sont distingués des autres par leur performance cet été ».

Selon le sondage, mené du 4 au 14 août auprès d’entreprises touristiques québécoises accueillant des touristes, « les Cantons-de-l’Est, la Gaspésie et l’Outaouais ont eu le vent en poupe. Environ le quart des organisations situées dans ces régions ont déclaré avoir repris un rythme normal. »

« On a effectivement eu un bel été en mode COVID compte tenu de la situation. Les gens ont fui les grands centres pour venir se créer des bulles en régions et nos quatre parcs nationaux ont débordé », affirme Mme Béliveau. 

« Toutefois, on se retrouve avec des citoyens qui ne veulent pas se faire infecter par les gens des autres régions et des entreprises touristiques qui ont besoin de clients. On est pris entre l’arbre et l’écorce. »

La mi-octobre met habituellement fin à la saison estivale dans les Cantons-de-l’Est. Selon Mme Béliveau, le retour à la normale favorisera le respect des règles sanitaires. « On veut bien inviter les gens chez nous, mais on ne veut pas aller à contre sens de ce que dit la Santé publique. C’est dans l’intérêt de tout le monde. »

« Il faut savoir s’adapter »

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« Il faut savoir s’adapter »

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
Si certains restaurateurs de Sherbrooke affirment tenter de survivre depuis la bascule des grandes villes en zone rouge, d’autres, en région, profitent d’un achalandage, somme toute, intéressant.

La propriétaire du restaurant Auguste à Sherbrooke, Anik Beaudoin, expliquait en entrevue avec La Presse, plus tôt cette semaine, devoir faire face à une baisse de revenu importante. « On a investi dans des séparateurs en plexi. Tout est hyper sécuritaire. Et le gouvernement dit aux gens de ne pas venir. Tant qu’à ça, fermez-nous », déplorait-elle, préférant pouvoir bénéficier d'une aide gouvernementale.

À l’inverse, en régions, les commerçants souhaitent plutôt demeurer au palier d’alerte modéré, et cela, même si la saison estivale tire à sa fin. C’est le cas, entre autres, pour Louis-Charles Timm, copropriétaire du restaurant Le four à bois d’Orford, qui observe encore un achalandage intéressant.

« On a remarqué une petite baisse depuis l’annonce des zones rouges, mais les gens continuent de se promener, indique-t-il. Pour notre part, en mars, nous avons bougé vite. Nous avons adapté nos services en faisant du take-out et de la livraison et nous avons investi sur la publicité en ligne. La compétition se fait là maintenant. Il faut savoir s’adapter à la situation », croit le chef cuisinier.

« Si le gouvernement annonce qu’on tombe en zone rouge demain, on est prêt aussi », ajoute celui qui dirige le restaurant familial, implanté dans la région depuis plus d’une dizaine d’années, avec sa mère Danielle Timm.

L’un des copropriétaires de la microbrasserie artisanale d’Orford Canton Brasse, Nicolas Bernier Tanguay, indique également préférer demeurer au palier d’alerte modéré.

« Comme nouvelle entreprise, nous avons fait face à plusieurs défis dans la dernière année, mais la vente au comptoir nous a sauvés. En général, nous avons été assez chanceux. L’achalandage était bon pendant l'été et même malgré les recommandations de ne pas voyager entre les régions. Les visiteurs respectaient les mesures sanitaires. »

Même si la saison estivale tire à sa fin et qu’il prévoit une baisse d’achalandage importante d’ici l’ouverture des stations de ski, Nicolas Bernier Tanguay ne souhaite pas basculer en zone rouge pour pouvoir bénéficier du programme gouvernemental d’aide financière d’urgence offert aux restaurateurs qui s'y retrouvent.

« On préfère de loin continuer à travailler et voir les gens, mais si cela arrive, nous pourrons poursuivre la vente au comptoir », ajoute-t-il.

D’autres employés rencontrés au hasard dans le village d’Orford affirment apprécier la présence des visiteurs et n’avoir aucune crainte quant à leur destination d’origine. « Ça me fait plaisir de voir les gens et je suis contente d’avoir la chance de travailler », confie d’ailleurs Clara, une jeune employée d’un restaurant au cœur du village.