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Les Hells Angels plus discrets, mais toujours bien présents
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Les Hells Angels plus discrets, mais toujours bien présents
Les Hells Angels contrôlent 95% du territoire québécois en matière de stupéfiants, avec 85 membres en règle répartis dans cinq chapitres. Aujourd’hui, leur stratégie est de multiplier les clubs affiliés sur tout le territoire québécois. Tour d’horizon.
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Les Hells toujours en contrôle

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Les Hells toujours en contrôle

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Les Hells Angels n’ont pas mis beaucoup de temps à se relever des grandes opérations policières qui ont visé à démanteler cette organisation qui contrôle, aujourd’hui, le commerce des stupéfiants sur pas moins de 95% du territoire québécois, avec 85 membres en règle répartis dans cinq chapitres.

Globalement, le club de motards, qui s’est hissé dans le peloton de tête des grandes organisations criminelles dans le monde, aura mis moins de cinq ans à se remettre de la grande opération SharQC qui visait à les éradiquer du territoire québécois, en réponse à une guerre sanglante qui a fait pas moins de 160 victimes dans les années 2000. Selon un policier de la Sûreté du Québec spécialisé dans les gangs de motards et dont nous devons taire l’identité, la nouvelle structure repose aujourd’hui sur 200 supporteurs regroupés dans plus ou moins 50 clubs de motards affiliés.

Les Hells Angels ont été dans l’obligation de fermer certains chapitres, dont Québec City et Sherbrooke, après l’opération SharQc, puisque 40 membres en règle se retrouvaient derrière les barreaux. Aujourd’hui, les cinq chapitres sont de nouveau actifs et assurent ainsi la présence des motards dans toutes les régions du Québec.

Le repaire des Hells de Charny, dans le secteur de Québec.

L’ouverture du nouveau chapitre des Nomads, composé en partie de motards provenant du club de Quebec City et de l’Ontario, ajoute aux activités du groupe au Québec et au Nouveau-Brunswick.

Selon la Sûreté du Québec, il faut aussi garder à l’esprit que les 86 motards du Québec affiliés aux cinq chapitres font partie d’une organisation qui en compte 46 pour tout le Canada, pour un total de 400 membres, et lorsque l’on déborde, les Hells Angels ont aujourd’hui un réseau de 467 chapitres dans le monde et 5000 membres.

Ces informations ont été obtenues quelques jours avant la frappe qui a touché le chapitre des Hells Angels de Quebec City, le 8 décembre dernier. Les policiers ont arrêté 18 individus reliés à un réseau de distribution de stupéfiants relié aux motards qui sévissait dans la région de Chaudière-Appalaches, un événement qui ne change rien au contenu de ce reportage.

Clubs affiliés

La multiplication des clubs affiliés sur le territoire québécois fait partie de la nouvelle stratégie des Hells Angels pour créer un mur coupe-feu entre les opérations dans la rue et le contrôle des différents territoires. Ces clubs sont aujourd’hui beaucoup plus nombreux qu’avant l’opération SharQc de 2009. Leur présence est encore plus significative dans les zones où la concurrence pour le marché des stupéfiants est plus féroce.

C’est ainsi que les Demons Choice, Red Devils et Demos Crew, ainsi que différents chapitres des Devil Ghost et Brotherhood, ont fait leur apparition dans les dernières années un peu partout au Québec avec une présence plus importante dans la grande région de Montréal. La Sûreté du Québec a de plus été en mesure de constater que les nouveaux membres recrutés pour faire le saut dans le grand club provenaient de ces différents clubs affiliés.

L’infrastructure des clubs affiliés des Hells Angels, qui leur a permis de conquérir le territoire québécois jusqu’en 2009, a été construite depuis leur retour aux affaires au terme des sentences de l’opération SharQc et de l’arrêt des procédures. Ils ont de plus des relations avec les autres organisations criminelles comme les gangs de rue de la grande région de Montréal ainsi que la mafia italienne également concentrée à Montréal.

Le doyen des Hells Angels du Québec, Michel «Sky» Langlois, a été arrêté en 2018, à 72 ans, dans le cadre du projet Objection et condamné à une peine de 58 mois pour différentes affaires reliées au trafic de stupéfiants.

Les spécialistes des motards au sein des corps policiers constatent aujourd’hui de nouvelles façons de faire. Avec le contrôle des territoires, les motards sont en mesure de déterminer qui a le droit de vendre des stupéfiants en plus d’en fixer les conditions. Certains optent pour la location pure et simple d’une zone géographique délimitée avec un prix mensuel. D’autres fixent un loyer pour le territoire en plus d’une cote sur les quantités de drogue écoulées et dans certains cas, les vendeurs doivent aussi s’approvisionner auprès du détenteur du territoire.

Malgré le changement dans les opérations sur le territoire, les Hells Angels n’ont pas modifié significativement les différentes sources de revenus des activités qu’ils supervisent. Les services de renseignement considèrent que les motards criminalisés occupent surtout le lucratif marché des stupéfiants et de façon moindre, celui de la prostitution. Ce qui est considéré par les policiers comme une criminalité assez traditionnelle.

De vieilles façons de faire

En fait, les Hells Angels du Québec sont considérés comme des «motards âgés» qui se tiennent loin de la nouvelle criminalité. Ils évitent de plus les activités comme la fraude internationale et préfèrent demeurer en terrain connu. Ils ont en moyenne 55 à 60 ans. Le doyen des Hells Angels du Québec, Michel «Sky» Langlois, a été arrêté en 2018, à 72 ans, dans le cadre du projet Objection et condamné à une peine de 58 mois pour différentes affaires reliées au trafic de stupéfiants.

Les séjours des motards derrière les barreaux ne mettent pas un terme à leur contrôle sur le territoire. Ce sont d’autres motards qui prennent temporairement la relève et supervisent les opérations sur le territoire.

Depuis la fin des procédures dans SharQc et surtout l’arrêt Jordan, les forces de l’ordre ont changé de stratégie pour affronter les motards criminalisés. Les grandes opérations policières font maintenant place à des enquêtes plus restreintes (Nocif, Oursin etc.). Ces enquêtes visent en général une poignée d’individus qui contrôlent de plus petits territoires.

La Sûreté du Québec maintient toujours la pression sur les motards criminalisés et leur réseau. Elle intervient principalement avec les Escouades nationales de répression du crime organisé de Québec et Montréal qui compte sur le Service du renseignement et d’intervention du crime organisé avec deux équipes dont le rôle est de faire sentir la présence policière dès que les motards s’affichent publiquement.

Une percée au Saguenay-Lac-Saint-Jean en 1980

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Une percée au Saguenay-Lac-Saint-Jean en 1980

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
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Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a été conquis par les Hells Angels à coups de bâtons de dynamite au milieu des années 1980. Et depuis cette percée aussi spectaculaire que violente, le clan domine sans partage le lucratif commerce des stupéfiants.

Les plaidoyers de culpabilité, au cours des dernières semaines, des Saguenéens et Jeannois Benoît «Ben» Plourde et Jean-François «Frank» Bergeron, dont les noms sont associés de longue date au chapitre des Hells Angels de Trois-Rivières, ont bien illustré la stabilité des têtes dirigeantes de l’organisation dans le nord-est du Québec. Cette stabilité s’est maintenue malgré les grandes opérations policières qui ont envoyé les motards derrière les barreaux.

Les méthodes et les réseaux sur le terrain ont changé depuis le milieu des années 80 et principalement après l’opération SharQc, mais la haute direction des opérations régionales est demeurée relativement stable. C’est le cas du Hells Jean-François Bergeron qui a réussi à mener ses affaires avec beaucoup de discrétion pendant de nombreuses années avant de se faire arrêter dans les grandes enquêtes policières visant le chapitre de Trois-Rivières.

Jean-François Bergeron est originaire de Desbiens au Lac-Saint-Jean et dirigeait sans faire de bruit le trafic des stupéfiants avant d’être arrêté dans le cadre de l’opération Nocif menée par l’Escouade régionale mixte du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

«Frank» Bergeron a plaidé coupable aux accusations de complot, de trafic de cocaïne et de gangstérisme, le 15 septembre 2020, en lien avec cette opération policière. Le résumé des faits présenté à la cour lors de son plaidoyer de culpabilité a confirmé la façon d’opérer de Bergeron.

Photo prise à Saint-Gédéon, au Lac-Saint-Jean.

La preuve dans Nocif a été en grande partie basée sur le travail du délateur Pierre Beauchesne, un membre du club Demos Crew North East oeuvrant dans la région de Joliette. Ce dernier assurait le travail sur le territoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean et remettait au duo Plourde-Bergeron les loyers et cotes découlant du trafic de stupéfiants. Les Satans Guards avaient longtemps joué le rôle de «gardiens» du territoire régional et ont disparu après SharQc, tout comme le bunker du rang Saint-Paul à Chicoutimi.

Territoire tranquille

Les spécialistes des motards à la Sûreté du Québec considèrent que dans les régions où la concurrence criminelle est moins forte entre les différents groupes, les Hells Angels n’ont plus nécessairement recours à des clubs affiliés. Il y a bien eu les Devils Ghosts du Saguenay, mais tout indique qu’il s’agissait d’une créature éphémère.

Jean-François Bergeron recevait donc «un loyer» des trafiquants qui opéraient sur le territoire du Lac-Saint-Jean. En plus du loyer, le locataire du territoire versait une cote pour les quantités de drogue écoulées dans la rue.

En 2015, Jean-François Bergeron était considéré par les policiers comme un narcotrafiquant dominant pour le territoire du Lac-Saint-Jean. Bergeron a été arrêté dans le cadre de l’opération SharQc avec 14 autres membres en règle des Hells Angels et a plaidé coupable avec ses frères d’armes à l’accusation de complot pour meurtre.

Le coaccusé de Bergeron et compagnon de longue route de ce dernier, Benoît «Ben» Plourde, a déjà reçu une sentence de sept ans de pénitencier du juge François Huot de la Cour supérieure du Québec. Les commentaires du juge Huot ont bien résumé la vie de ce motard. Il a évité le long sermon sur les effets néfastes de la consommation de drogue chez les jeunes puisque ce n’est évidemment pas la première fois que Plourde fait face à la justice. Il lui a toutefois suggéré, à son âge (56 ans), de commencer à penser à la «liberté55».

Photo prise à l’hôtel Le Montagnais, à Chicoutimi.

Il existe un lien historique important entre le Saguenay-Lac-Saint-Jean et le chapitre des Hells Angels de Trois-Rivières. Considéré par les policiers comme «un vieux chapitre» qui a traversé la guerre des motards lancée par Maurice «Mom» Boucher et demeuré ouvert malgré SharQc, il a été fondé à la fin des années 1980.

Ce sont les membres des Missiles du Saguenay, avec à leur tête le Jonquiérois Louis «Melou» Roy et son lieutenant Richard «Crow» Émond (les deux sont morts), qui ont ouvert le chapitre de la Mauricie après avoir fait disparaître la bande locale des El Conquatcheros de Chicoutimi en 1984.

Le chapitre de Sherbrooke de retour sur le terrain

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Le chapitre de Sherbrooke de retour sur le terrain

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
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Sherbrooke — Qu’ils s’appellent les Devils Ghosts ou plus récemment les Gitans à Sherbrooke, les Red Devils ou les G-Town dans le secteur de Granby, l’Escouade régionale mixte (ERM) continue de suivre à la trace les clubs-écoles affiliés et le chapitre de Sherbrooke des Hells Angels qui est de retour sur le terrain.

En « pénitence » parce que le délateur qui a permis d’étayer la preuve de l’opération SharQc Sylvain Boulanger provenait de ce chapitre, les Hells Angels de Sherbrooke ont retrouvé leurs couleurs en mars 2020.

Six membres en règle, le minimum pour qu’un chapitre soit actif selon les statuts des Hells Angels, ont présentement leurs couleurs dans la région de l’Estrie. Une source avance même que huit membres seraient actifs pour le compte du chapitre de Sherbrooke en plus d’un « hang aroud ».

Un nouveau membre, arrêté lors de l’opération Ponce réalisée par l’ERM en 2019, mais qui n’a jamais été accusé, a obtenu ses couleurs l’été dernier.

Selon nos sources, Miguel Bouchard se serait joint à Michel Grenier, Christian Ménard, Guy Rodrigue et Michel Vallières ainsi qu’à un membre de Montréal qui porterait maintenant les couleurs du chapitre de Sherbrooke.

Le nom des Gitans de Sherbrooke a aussi refait surface publiquement au cours des derniers mois comme club-école. Selon nos sources sur le terrain, des vestes avec ce nom auraient été aperçues publiquement à au moins une reprise. Rappelons que le chapitre de Sherbrooke des Hells Angels a été fondé à partir d’un groupe qui s’appelait les Gitans, le 5 décembre 1984.

Certains anciens membres du chapitre de Sherbrooke comme les frères Sylvain et François Vachon ou Vincent Boulanger portent des couleurs de chapitres en Ontario ou à Montréal.

Les membres fondateurs du club de Sherbrooke se sont retirés en bons termes avec l’organisation ; certains à la suite de leur libération en raison de l’arrêt Jordan en 2015 ou après avoir purgé leur peine de détention à la suite de l’opération SharQc d’avril 2009. Deux d’entre sont encore actifs.

Outre un local de la route 222 à Saint-Denis-de-Brompton qui aurait servi de lieu de rencontre aux Devils Ghosts autour de 2015, le bunker du 1575 de la rue Wellington Sud à Sherbrooke n’a jamais été remplacé.

Si l’opération SharQc d’avril 2009 avait permis d’arrêter tous les Hells Angels du Québec dont la trentaine de Sherbrooke, celles qui ont suivi sont maintenant plus ciblées.

Les Hells Angels gardent la main mise sur le trafic de cocaïne partout en Estrie. Ils contrôlent aussi une large part du trafic de la méthamphétamine. C’est l’une des raisons qui expliqueraient pourquoi les gangs de rue ne seraient pas capables de s’établir en région.

Une redevance est versée aux membres en règle responsables d’un territoire donné pour chaque kilo de cocaïne écoulé.

C’est d’ailleurs les discordes sur le versement de cette « cote » qui ont permis d’étayer la preuve menant à la frappe majeure faite en 2013 dans le cadre de l’opération Kayak. Ce sont des échanges avec un agent civil d’infiltration (ACI) qui ont entre autres permis de faire condamner le membre en règle Vincent Boulanger.

L’ACI avait introduit sur le marché de Sherbrooke une quantité importante de cocaïne. La vente d’un kilo de cocaïne à 53 000 $ en plus du versement de la rétribution de 2500 $ pour le compte des Hells Angels avait été montrée au Tribunal.

Selon nos sources sur le terrain, cette façon de faire serait encore en vigueur, mais se serait raffinée pour éviter ce type d’erreur.

La visibilité des Hells Angels est d’ailleurs moins importante. La sortie du membre en règle Christian Ménard, vice-président du Pro-Gym de Montréal, lors de la fermeture des gyms d’entraînement en octobre dernier, n’aurait d’ailleurs pas été appréciée par ses « frères ».

Certains témoignages des dernières opérations policières menées par l’ERM au cours de la dernière décennie ont par ailleurs démontré que les Hells Angels utilisaient des systèmes de communication BlackBerry munis d’un logiciel PGP (pour pretty good privacy), pour crypter leurs communications.

Selon nos sources, la violence apparente de la guerre des motards révélée par l’opération SharQc a diminué au cours des dernières années, tout comme leur exposition publique attirant l’attention sur eux.

Pour lutter contre le crime organisé, la Sûreté a mis en place deux escouades nationales de répression du crime organisé (ENRCO), à Montréal et à Québec. Les ENRCO ont comme uniques cibles les têtes dirigeantes du crime organisé et sont supportées par six escouades régionales mixtes (ERM) réparties à travers la province, dont une en Estrie. L’ERM en Estrie est composée de membres de la Sûreté du Québec, du Service de police de Sherbrooke et du Service de police de Granby.

Pas de développement à court terme pour le bunker de Sherbrooke

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Pas de développement à court terme pour le bunker de Sherbrooke

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
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Sherbrooke — Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a payé les taxes dues à la Ville de Sherbrooke et n’anticipe pas de développement à court terme pour statuer sur l’avenir du bunker des Hells Angels du chapitre de Sherbrooke.

Malgré un incendie qui a été rapidement maitrisé au cours des derniers jours au dernier repaire encore debout au Québec, le DPCP a mentionné « qu’il était toujours en phase d’évaluation des options pour disposer du dossier ».

Le repaire du 1575 de la rue Wellington Sud n’est plus entre les mains de l’organisation depuis l’opération SharQc en 2009 et est officiellement confisqué depuis avril dernier.

Le service de gestion des biens du DPCP assure la supervision de l’immeuble, mais n’a pris aucune décision quant à son avenir.

La Ville de Sherbrooke y possédait une hypothèque légale étant donné les taxes municipales impayées depuis la saisie lors de l’opération SharQc en avril 2009, mais le DPCP les a payées au cours des derniers mois. La Tribune a obtenu la confirmation qu’un montant de 58 853 $ a été versé à la Ville de Sherbrooke.

« Le paiement a été fait en deux versements en juin et en octobre 2020. D’une façon générale, ce paiement est fait lors de la transaction de l’immeuble confisqué, mais dans le cas du bunker de Sherbrooke, en raison des délais encourus et ceux qui sont anticipés, il a plutôt été décidé que le paiement des taxes municipales serait effectué avant qu’une transaction soit conclue. Cette décision est motivée par notre engagement de protéger les droits de la municipalité en leur donnant accès à cette somme plus rapidement et par notre souci d’une saine administration en faisant ainsi cesser les intérêts perçus sur ces arrérages », a expliqué à La Tribune la porte-parole du DPCP, Me Audrey Roy-Cloutier.

Observé de la rue Wellington Sud, le bâtiment aux toits rouges n’a plus son allure d’antan. Des arbres sont d’ailleurs affaissés sur les clôtures qui le ceinturent depuis plusieurs années. Des vitres ont été fracassées lors de l’incendie du 13 décembre dernier.

En refusant d’entendre l’appel des propriétaires, soit les membres en règle des Hells Angels de Sherbrooke Guy Auclair, Georges Beaulieu et Richard Rousseau, la Cour suprême du Canada a scellé le sort de la propriété qui a été remis au procureur général du Québec en avril dernier.

Le repaire de Sherbrooke a été le théâtre en mars 1985 de la tuerie de Lennoxville où cinq membres du chapitre « North » de Laval ont été assassinés.

En novembre dernier, la Ville de Sherbrooke a statué que le terrain boisé derrière l’ancien repaire des Hells Angels devenait une zone protégée pour éviter qu’un promoteur y dépose un projet de construction.

La zone ainsi protégée atteint 113 548 mètres carrés, soit l’équivalent de deux fois la superficie du vaste parc Victoria à Sherbrooke.

Ailleurs

Ailleurs au Québec, les bunkers ont été détruits ou incendiés puis les terrains, faisant l’objet d’ordonnances de blocages depuis, ont été remis aux autorités municipales ou vendus.

Une fois les frais déduits, les profits générés sont partagés notamment entre le Fonds d’aide aux victimes d’actes criminels et des organismes communautaires qui oeuvrent dans la prévention de la criminalité conformément à un décret gouvernemental instauré en 1999.

À Sorel, le bâtiment avait été incendié en 2008 lorsqu’un camion-citerne contenant plusieurs bidons remplis d’essence a foncé dans le local. Des logements supervisés pour des personnes vivant avec une déficience intellectuelle pourraient être construits d’ici 2021.

À Trois-Rivières, l’ancien bunker des Hells Angels avait été remis à la Ville en 2015, qui a pu démolir le bâtiment. Un promoteur voulant y bâtir un immeuble de bureaux l’a acquis.

Des citoyens ont manifesté contre la présence du bunker après l’explosion d’une bombe devant le bâtiment dans le secteur Saint-Nicolas à Lévis, sur la Rive-Sud de Québec. Il a été saisi et détruit en 2003. En 2015, le terrain a été cédé à l’Office municipal d’habitation de Lévis qui a construit sur ce terrain des logements abordables.

Toujours à Lévis, le repaire de Charny a été officiellement confisqué par la cour en mai 2015 et la démolition des immeubles a été ordonnée.

À Saint-Basile-le-Grand, le local du chapitre South des Hells Angels a été détruit le 30 janvier 2006. Deux résidences privées ont été construites sur les terrains vacants confisqués en 2004.

— Avec Le Soleil et Le Nouvelliste

Trois-Rivières: toujours présents mais très discrets

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Trois-Rivières: toujours présents mais très discrets

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
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Trois-Rivières — Si, à une certaine époque dans les années 90, les Hells Angels faisaient la pluie et le beau temps à Trois-Rivières et affichaient leurs couleurs sans vergogne sur la place publique, la loi antigang décrétée en 2000 et les nombreuses rafles policières les ont rendus beaucoup plus discrets à défaut de les faire disparaître.

En 2020, le chapitre de Trois-Rivières est toujours présent et continue d’avoir la mainmise sur plusieurs activités criminelles, incluant le trafic de stupéfiants évidemment. Selon les informations obtenues par Le Nouvelliste auprès des différents corps policiers, les 18 membres en règle des Hells Angels à Trois-Rivières ont par contre modifié leurs pratiques. Si, auparavant, ils mettaient directement la main à la pâte dans le trafic de substances illicites, ils ont davantage relégué ces activités à des intermédiaires, préférant s’occuper de la gestion et de l’approvisionnement en drogue.

En ce sens, les membres en règle ont en effet mis en place une structure semblable à celle de la mafia italienne, pour s’éloigner du crime et se protéger des forces policières. Ce sont les clubs supporteurs qui sont maintenant responsables de faire le travail criminel sur le terrain. Chez nous, parmi les clubs identifiés comme étant à leur solde, on retrouvait notamment les Deimos Crew.

Puisqu’ils servent en quelque sorte de pare-feu, permettant aux membres en règle d’être plus difficiles à atteindre, la seule façon d’ébranler l’organisation criminelle est d’arrêter ces clubs supporteurs, croient les policiers.

En 2017, l’Escouade régionale mixte de la Mauricie avait d’ailleurs réalisé une frappe policière majeure en procédant au démantèlement des Deimos Crew. À ce moment, l’organisation criminelle avait le contrôle exclusif de la vente de stupéfiants et plus précisément de la cocaïne, des méthamphétamines et du cannabis à Trois-Rivières, Shawinigan, Louiseville, Maskinongé et Portneuf.

Plus d’une trentaine d’individus avaient été arrêtés dont la présumée tête dirigeante, le Hells Paul Magnan. Mais, en bout de ligne, ce dernier et une dizaine d’autres présumés complices avaient été libérés des accusations portées contre eux dont celle de gangstérisme. Les autres, dont ceux ayant joué des rôles importants au sein de l’organisation, avaient réglé leur dossier et ensuite condamnés à des peines de prison.

Récemment, lors de la réouverture des bars cet été, certains motards auraient été vus dans des établissements de la région mais sans pour autant que cela vire au vinaigre. Si on exclut leurs activités criminelles au profit du chapitre, ils cherchent à montrer patte blanche. La seule exception recensée dans la région en lien avec du brasse-camarade a eu lieu bien avant la pandémie.

Le Hells Clermont Carrier et Steven Collard, considéré comme un prospect, avaient été arrêtés en 2018 à la suite d’une bagarre survenue au bar Le Relais des boys à Shawinigan. Une accusation de voies de fait causant des lésions avait été portée initialement contre Clermont Carrier mais elle avait été réduite à voie de fait simple au terme d’une enquête préliminaire. En bout de ligne, Carrier avait été acquitté, la Couronne disant ne pas avoir de preuve à offrir.

Par contre, la cause n’est pas réglée dans le cas de Steven Collard. Il devrait revenir devant le tribunal le 25 janvier au palais de justice de Shawinigan.

De même, l’époque où les Hells tenaient des mégas partys à leur bunker du boulevard Saint-Jean, entre autres pour souligner l’anniversaire d’intronisation du chapitre trifluvien, est bel et bien révolue.

Dans le cadre de l’opération SharQc en 2009, le bunker a d’ailleurs fait l’objet d’une ordonnance de blocage par le gouvernement à titre de bien infractionnel. Du coup, les propriétaires du bunker ont arrêté de payer leurs taxes municipales à la Ville de Trois-Rivières. Il faudra attendre en 2015, alors que le montant des taxes municipales impayées atteignait pas moins de 63 000 $ pour qu’un juge autorise la levée de l’ordonnance de blocage lors du plaidoyer de culpabilité de plusieurs Hells Angels de Trois-Rivières.

En juin 2015, le bunker a finalement été démoli. Et novembre 2016, la Ville a réussi à vendre le terrain au prix de 200 000 $ au propriétaire des restaurants Cambodiana. Le nouvel acheteur a certes déposé une maquette de son projet afin d’y construire un édifice à bureaux, mais depuis, rien n’a été fait.

La répartition territoriale des Hells Angels

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La répartition territoriale des Hells Angels

Louis Tremblay
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OUTAOUAIS

La grande région de l’Outaouais se retrouve dans une situation particulière. Le territoire est occupé par les Hells Angels du chapitre South (Rive-Sud de Montréal). Il y a également des liens avec certains membres des Hells Angels du chapitre de Trois-Rivières.

SAGUENAY–LAC-SAINT-JEAN

Le territoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, comme la Côte-Nord, est sous l’influence du chapitre de Trois-Rivières des Hells Angels. Le chapitre de Trois-Rivières a été fondé à l’époque par des membres des Missiles de Jonquière.

QUÉBEC

La grande région de Québec est depuis plusieurs années sous l’influence du chapitre Quebec City. Le chapitre avait installé son bunker à Saint-Nicolas. Son territoire est délimité sur la rive sud du Saint-Laurent à partir de Thetford Mines et s’étend vers l’est à La Pocatière. Les régions situées à l’est de La Pocatière tombent sous l’influence du chapitre des Nomads du Nouveau-Brunswick.

SHERBROOKE

Le chapitre de Sherbrooke a sous son influence le territoire de l’Estrie jusqu’à la frontière américaine et jusqu’à Granby vers l’ouest. Certains membres du chapitre de Montréal qui ont quitté Sherbrooke lorsque le chapitre a été dans l’obligation de suspendre ses activités ont toujours de l’influence dans leur région d’origine.

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CHAPITRES MONTRÉAL ET SOUTH

Les deux chapitres sont considérés comme étant des organisations disposant de ressources importantes avec une multitude de clubs affiliés. Ces chapitres sont ainsi en mesure d’intervenir pour supporter les autres bandes quand elles font l’objet d’opérations policières. La règle des territoires n’est pas absolue. Nonobstant les influences historiques, il est possible qu’un membre de chapitre puisse mener des opérations à l’extérieur de ce territoire.