Contenu commandité
Les commerces de proximité se réinventent
Actualités
Les commerces de proximité se réinventent
La fermeture de plusieurs commerces en région nuit au commerce de proximité pour les habitants de différents villages, si on pense notamment aux citoyens de Saint-Georges-de-Windsor qui doivent maintenant parcourir plusieurs kilomètres pour pouvoir acheter une simple pinte de lait ou encore aux gens de Waterville qui ont «  frappé un mur » à la fermeture de la seule épicerie de la municipalité en 2017.
Partager
1000 habitants, pas de dépanneur

Actualités

1000 habitants, pas de dépanneur

Tommy Brochu, initiative de journalisme local
Tommy Brochu, initiative de journalisme local
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Les citoyens de Saint-Georges-de-Windsor doivent maintenant parcourir plusieurs kilomètres pour pouvoir acheter une simple pinte de lait. Le P’tit marché, qui était le seul dépanneur de la municipalité, a récemment dû mettre la clé sous la porte.

Samuel Frédette était copropriétaire du commerce avec sa mère, Maryse Demers. Ils avaient repris les rênes du dépanneur il y a deux ans et demi lorsque l’ancien propriétaire est décédé.

« La rentabilité du dépanneur a baissé beaucoup, expose-t-il. Pas juste à cause de la COVID, mais pour toutes sortes de raisons. Initialement, il y avait une station-service, mais les pompes n’étaient plus conformes. L’ancien propriétaire avait dû cesser de les utiliser et démanteler le tout. Ça devenait un petit dépanneur-épicerie pour les cigarettes, la bière et la loterie. La rentabilité était moins présente et ça diminuait d’année en année. »

« En combinant la COVID-19, rien n’aide », constate-t-il, ajoutant que les étudiants qu’il employait les soirs et la fin de semaine ont été souvent en isolement volontaire durant la dernière année, ce qui compliquait la gestion.

Les citoyens de la municipalité « ont trouvé ça assez plate », selon les dires de M. Frédette. « Pour aller chercher une bouteille de lait, il faut aller à Val-des-Sources ou à Windsor, à 15 ou 20 minutes d’auto. Les gens comprennent cependant la décision. »

Les deux propriétaires du dépanneur ont quant à eux des emplois : Maryse Demers possède une maison de retraite à Saint-Georges-de-Windsor et Samuel Frédette est ingénieur et possède des immeubles à revenus. 

Selon le maire de la municipalité d’environ 1000 âmes, René Perrault, « c’est un mauvais message » pour les futurs citoyens. « Je trouve ça triste, exprime-t-il. Peu importe le commerce qui ferme, on pense que c’est parce que c’est plus tranquille. Mais c’est très vivant à Saint-Georges, je n’en doute pas. Depuis des années, notre population reste stable ou augmente un peu. Peu importe le commerce qui ferme, ce n’est jamais bon. »

Nouvelle vie?

Le commerce de proximité pourrait avoir une nouvelle vie. « Ma mère et moi sommes de Saint-Georges-de-Windsor. On aimerait que ça reparte pour donner des services à la population. On regarde pour une autre option », confie Samuel Frédette, mentionnant que son dépanneur était aussi un lieu de rencontre avant la COVID-19.

« Si on recule dans le temps, les gens arrêtaient le matin pour prendre un café. Il y avait une petite table dans le dépanneur », se rappelle-t-il. 

Une nouvelle mouture proposant des produits locaux et des articles de base serait dans les cartons. « On travaille activement pour trouver une solution pour redonner accès aux services. On évalue toutes les possibilités », résume-t-il.

René Perrault a le même souhait. « Je comprends la décision. [...] C’est sûr que la municipalité, avec le comité de développement, on va essayer de trouver une façon de faire revivre le dépanneur. On l’avait perdu il y a une dizaine d’années. Il avait fermé durant une période de quelques mois », explique-t-il, ajoutant que des producteurs locaux ont été approchés pour savoir s’ils étaient intéressés à participer à la relance.

Selon lui, un dépanneur a sa place dans sa municipalité. « Quand on a perdu le poste d’essence, ç’avait fait bizarre. Mais là, perdre le dépanneur, c’est encore pire. Il y a 40 ans, il y avait trois dépanneurs... » se souvient le maire.

St-Vrac

Est-ce que les propriétaires du Comptoir St-Vrac de Saint-Adrien seraient intéressés à exploiter le marché de Saint-Georges-de-Windsor? « On s’est fait approcher par la MRC pour ça, mais on ne travaille pas sur le modèle de franchises », explique le copropriétaire de l’entreprise, Conrad Goulet.  

« Ce qui s’en vient, et on est en train de le ficeler, c’est qu’on va assister des communautés dans le démarrage de projets alimentaires, poursuit-il. Avec tout ce qu’on a développé comme technologies, on va pouvoir le partager avec d’autres villages et aider les gens à démarrer leur projet et se mettre en lien avec eux. »

Waterville a «frappé un mur» lors de la fermeture de l'épicerie

Actualités

Waterville a «frappé un mur» lors de la fermeture de l'épicerie

Tommy Brochu, initiative de journalisme local
Tommy Brochu, initiative de journalisme local
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Lorsque la seule épicerie de Waterville a fermé ses portes en 2017, « c’est comme si la municipalité avait frappé un mur », confie la mairesse Nathalie Dupuis. Sauf qu’à la réouverture un an et demi plus tard, plusieurs citoyens avaient déjà changé leurs habitudes de consommation.

« La COVID-19 nous a aidés beaucoup à nous faire connaître! exprime la propriétaire de la Place Water, Nathalie Bouffard. La première année et demie a été très lente. Les gens avaient pris des habitudes de consommation ailleurs. Tu as beau avoir de bonnes intentions, mais l’habitude, c’est d’aller à l’épicerie après le travail et d’y aller moins souvent.»

Avec la pandémie, les citoyens en télétravail se sont remis à faire leurs courses près de la maison. « De plus, ils ne voulaient pas nécessairement aller dans les grandes surfaces, s’explique la propriétaire. Ils ont apprécié, donc les ventes ont explosé et on maintient les ventes. »

Mme Bouffard pense qu’un commerce de proximité fait une différence dans la vitalité de la communauté. « On essaie au maximum de vendre des produits locaux. On se fait un petit réseau. Pour les commerçants et les clients, ça fait un endroit où on peut retrouver tout ce qu’il y a dans notre communauté, sans être obligés de sortir à 15 ou 20 minutes de chez soi », analyse Nathalie Bouffard, qui dessert la ville comptant un peu plus de 2000 habitants. 

Aurait-elle un conseil à donner à quelqu’un qui aimerait relancer un commerce de proximité dans une petite municipalité? « De miser sur le service à la clientèle, répond-elle. Et si c’est possible de repartir le projet le plus rapidement possible pour éviter la perte des habitudes de consommation. On l’avait sous-estimé. Plus c’est long, plus il faut calculer de temps avant que les gens reviennent. »

« C’est essentiel »

Pour la mairesse Dupuis, les commerces de proximité sont « essentiels ». « On veut consolider nos milieux de vie. S’il faut sortir de ce milieu pour s’acheter une bouteille de lait, un moment donné, ça ne fonctionne plus », décrit-elle.

De plus, selon elle, ces milieux sont des points de rencontre informels. « On n’a plus les parvis d’églises pour partager l’information et pour prendre des nouvelles, donc ça joue ce rôle. Au niveau économique, c’est bien d’avoir accès à des biens sur place », dit-elle, faisant référence à la nourriture, à la quincaillerie et à l’essence, entre autres. 

Mme Dupuis se souvient que le message était très négatif lorsque le Marché Morin a mis fin à ses activités en 2017. « Comment ça peut arriver que notre épicerie meure comme ça? Ç’a créé une énergie négative. Il fallait rassurer les gens et donner le temps à quelqu’un de reprendre le commerce. Les gens qui avaient le goût de venir chez nous se posaient des questions. Mais dans les faits, démarrer une entreprise est un projet de longue haleine », constate-t-elle, ajoutant que le bureau de poste avait été défoncé par une voiture et que les biens de l’église avaient été vendus durant la même période, faisant parler beaucoup de citoyens. 

« On devenait tout d’un coup un village fantôme [dans l’imaginaire collectif].» 

Un peu plus de trois ans plus tard, la ville est toujours bel et bien en vie.

Les conseils municipaux doivent intervenir pour les commerces de proximité

Actualités

Les conseils municipaux doivent intervenir pour les commerces de proximité

Tommy Brochu, initiative de journalisme local
Tommy Brochu, initiative de journalisme local
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Les conseils municipaux doivent « avoir le désir ardent de voir atterrir un petit commerce, quel qu’il soit » dans leur ville, pense le président du Caucus des municipalités locales de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et maire de Saint-Donat, Joé Deslauriers.

 « Comme conseil municipal, on a des idées préconçues d’une vision de développement de l’artère commerciale, du noyau du village ou de la zone périphérique. Les petites municipalités doivent avoir les œillères ouvertes. Ce qu’on a pensé, ce n’est peut-être pas ce qui va arriver [...] À moins que ça ne cadre pas du tout, est-ce qu’on peut changer le zonage en pensant aux citoyens d’abord? On a un besoin et il y a une opportunité », explique l’ancien épicier et ancien propriétaire de dépanneur. 

Selon M. Deslauriers, autant ces petits commerces sont importants, autant ce n’est pas facile de les faire vivre lorsque l’affluence n’y est pas. « Si c’était seulement des cannes de bines, il n’y aurait pas de problème, image le maire. Mais quand on entre dans le périssable comme la viande, les fruits et les légumes, ç’a une durée de vie. On ne peut pas dire qu’on achète une caisse de salades, qu’on en vend neuf et qu’on en jette treize. Ça ne fonctionne pas. »

Plusieurs pensent que les hommes et femmes d’affaires empochent des profits rocambolesques. « Ce n’est pas le cas, précise M. Deslauriers. Pour un petit dépanneur, tout dépendant du salaire que tu peux te prendre, on parle de quelques dizaines de milliers de dollars. Vivre avec un dépanneur aujourd’hui, c’est pratiquement impossible en région. »

Depuis une quinzaine d’années, la dévitalisation des régions a été remarquée par M. Deslauriers. « Ç’a été de moins en moins facile. Les coûts fixes ont explosé. Le commerce de détail [pour les employés] n’est pas connu comme étant rémunérateur. La question n’est pas le salaire, c’est le minimum d’heures acceptables, surtout pour les régions touristiques. Ça crée un enjeu de main-d’œuvre. Le propriétaire est obligé d’être là presque sept jours par semaine. Tout ça pour un petit salaire. Quand il y a un bris de comptoir ou un bris de pompe, tu manges presque tes profits annuels. Comme propriétaire, tu te dis que tu ne mets pas toutes ces énergies pour te retrouver à la fin de l’année avec presque rien », confie l’ancien employeur.

Petit regain

Les municipalités de moins grande envergure connaissent un petit regain depuis quelque temps. « Les gens viennent en région pour faire du télétravail. C’est comme une roue. Ça prend des commerces pour avoir du monde, mais ça prend du monde pour avoir des commerces. Je pense que le regain est de bon augure et que c’est un bel espoir pour nos régions d’accueillir un renouveau de petits propriétaires, qui vont s’implanter pour démarrer une épicerie ou prendre la relève du dépanneur », dit-il, analysant que ce mouvement va également aider en matière de personnel. 

Et les commerçants doivent eux aussi avoir des initiatives originales. C’est le cas du Comptoir St-Vrac, une épicerie ayant comme mission de ramener la souveraineté alimentaire et qui a réussi à aller chercher plus de 400 membres dans ses succursales de Saint-Adrien et de Saint-Camille dans la MRC des Sources. 

« On travaille sur l’identité culturelle de notre village », exprime le copropriétaire du commerce, Conrad Goulet, qui pense que le système de membership crée un plus grand sentiment d’appartenance. « On choisit d’avoir des produits à l’image de nos membres et de nos clients. Plus les gens interagissent avec notre épicerie, plus notre inventaire est unique. »

S’il se spécialise dans la vente de produits biologiques en vrac, le commerçant ajoute tranquillement à son inventaire des produits plus conventionnels, « pour avoir une offre à l’image de tout le monde dans notre village ».

Beaucoup de membres font leur épicerie au complet à Saint-Adrien. « Ça ne s’est pas vu depuis 13 ans dans notre village environ. Mais on n’invente rien, il y en a eu partout des épiceries de village », convient-il, ajoutant qu’il échange du temps de travail de ses membres contre des produits dans le magasin. « Toutes les responsabilités dans l’épicerie sont faites par les membres pour les membres. Contrairement à toutes les entreprises, on a trop de gens compétents. Sur les plus de 400 membres, on a un bassin de 130 personnes prêtes à donner du temps dans un délai raisonnable », se réjouit M. Goulet.