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Le verre dans la mire
Le verre dans la mire
Pierre Morency, directeur du développement stratégique et de l’environnement chez Défi Polyteck, et Claude Bouthot, directeur des opérations chez Défi Récup-Air.
Pierre Morency, directeur du développement stratégique et de l’environnement chez Défi Polyteck, et Claude Bouthot, directeur des opérations chez Défi Récup-Air.

Défi Récup-Air prête à accélérer la cadence

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
Pierre Morency aime à le répéter : « Un seul réfrigérateur envoyé à la casse simplement pour en récupérer le métal libère dans l’atmosphère des gaz à effet de serre aussi nocifs qu’une voiture qui parcourt 17 000 km. »

La bonne nouvelle, c’est que les jours sont comptés pour la disposition débridée des gros électroménagers, dont la fin de vie tombe sous le règlement sur la responsabilité élargie des producteurs. Dès le 5 décembre, l’ensemble de l’industrie devra assumer les coûts liés à la récupération et au recyclage de ces polluants majeurs, comme elle le fait déjà avec les produits électroniques, les lampes au mercure, les peintures, huiles, solvants, entre autres.  

L’autre bonne nouvelle, c’est que la technologie existe pour tirer tout ce qui peut l’être des climatiseurs, refroidisseurs d’eau, celliers, thermopompes et tous les appareils de refroidissement. Elle a fait ses preuves à la chaîne de démantèlement de Défi Récup-Air, où sont traités annuellement 12 000 climatiseurs. L’annonce cette semaine de la création d’un réseau interrégional de valorisation et de recyclage des appareils ménagers (RIVRA) permettra à l’entreprise sociale de Coaticook de passer à la vitesse supérieure et de traiter près de trois fois plus de climatiseurs au cours des prochaines années. 

« La saine gestion des gaz halogénés, c’est le geste le plus concret qu’on puisse poser pour réduire les émissions de gaz à effet de serre », insiste Pierre Morency, directeur du développement stratégique et de l’environnement chez Défi Polyteck, dont l’ancêtre, Atelier Polyteck, a donné naissance à Défi Récup-Air en 2008. « Récup-Air a vu le jour grâce à deux visionnaires », reprend-il en nommant l’industriel de Coaticook Paul Gemme et le patron d’Atelier Poly-Teck Serge Sylvain. 

« Ils ont appliqué ici, à Coaticook, le principe de la responsabilité élargie des producteurs bien avant qu’il soit en vigueur, souligne Pierre Morency. Grâce à une entente avec Canadian Tire, qui offrait un rabais aux acheteurs qui ramenaient leur vieux climatiseur, il ramassait ici des appareils de partout au Canada. Avant, ils étaient destinés aux pays asiatiques. Encore aujourd’hui, nous en achetons de pleins conteneurs avant qu’ils soient acheminés vers l’exportation », rappelle-t-il. 

Créée à Coaticook dans l’usine de Défi Récup-Air, la chaîne de démantèlement destinée à tirer le maximum des composantes des vieux climatiseurs sert de modèle pour l’ensemble de l’industrie du recyclage des électroménagers, appelée à se développer considérablement au cours des prochains mois avec l’entrée en vigueur de la nouvelle responsabilité élargie des producteurs.

Tirer le maximum

Défi Récup-Air a fait sa marque avec sa chaîne de démantèlement, qui permet non seulement de récupérer les gaz réfrigérants et de les détourner vers une élimination respectueuse de l’environnement, mais elle sépare toutes les composantes afin d’en tirer une plus grande valeur. À titre d’exemple, le cœur de chaque compresseur est composé d’une lourde pièce d’acier emprisonnée par une épaisse bobine de fils de cuivre. En bloc, cette pièce ne vaut qu’une quinzaine de sous sur le marché. Une fois fendu au milieu, le cuivre se détache facilement et peut se vendre autour de 3 $ la livre. Le fer gagne également en valeur, autour de 140 $ la tonne, ainsi dépouillé des autres matières. 

Même chose avec les radiateurs, essentiellement composés de lamelles d’aluminium transpercées d’un tuyau de cuivre, où circule le liquide réfrigérant. « Avec l’aide de chercheurs de l’Université de Sherbrooke, nous avons créé une machine qui sépare mécaniquement les deux métaux, ce qui augmente considérablement leur valeur sur les marchés », relate le directeur de l’usine, Claude Bouthot. Pierre Morency en profite pour rappeler les remarquables performances de Défi Récup-Air, qui revalorise à 99,6 pour cent chacun des appareils de climatisation reçus. « Il y a huit usines certifiées Élite sur le plan environnemental au Québec, dont Défi Récup-Air et Défi Polyteck », fait remarquer Pierre Morency en bombant le torse.

Comme chez Défi Polyteck, Récup-Air n’emploie à peu près que des personnes présentant des limitations physiques. D’une vingtaine actuellement, leur nombre devrait augmenter au cours des prochains mois. « On devra aussi apporter des améliorations significatives sur le plan technique à notre chaîne de démantèlement afin d’optimiser notre efficacité », envisage M. Morency. Parce que d’autres régions, dont la Montérégie, devraient se laisser séduire par l’approche de Défi Récup-Air quand elles auront la responsabilité de disposer des vieux électroménagers de manière écologique. 

Une des premières opérations dans la chaîne de démantèlement de Défi Récup-Air, à Coaticook, consiste à extraire les gaz halogénés qui se trouvent dans les climatiseurs. Cette tâche est effectuée par le frigoriste Médérick Fortin

« Une première »

« Ce qu’on a créé ici avec notre chaîne de démantèlement, c’est une première, reprend Pierre Morency, encore insulté que cette contribution ait été presque ignorée cette semaine lors du lancement en mode virtuel du RIVRA, en présence du ministre de l’Environnement. Depuis 2014, on a reçu des gens de partout au Québec et même de l’Ontario pour leur montrer notre approche. On est allés dans toutes les régions pour expliquer ce qui se faisait ici. C’était important pour nous de partager notre expertise. En Ontario, c’est exactement notre façon de travailler qu’ils veulent adopter. Il faut que les gens sachent que cette idée est née ici, que c’est le savoir estrien qui a donné la voie à suivre à l’ensemble du Québec », insiste-t-il. 

Ce modèle s’étend jusqu’à la collecte des électroménagers, appelée à s’implanter dans chaque MRC. Président de la Table des MRC de l’Estrie, le maire d’Asbestos Hugues Grimard voit d’un très bon œil cette nouvelle responsabilité, même s’il admet qu’il reste du travail à faire dans la plupart des MRC. « On a du temps pour nous préparer, mais nous avons déjà des ressources en place. L’important sera de bien informer les citoyens pour qu’ils posent les bons gestes », fait-il valoir. M. Grimard croit que chaque région aura l’occasion de développer une expertise particulière dans certains domaines, comme c’est déjà le cas dans la MRC des Sources avec la fabrication d’écomatériaux et la récupération des habits de pompier pour en extraire les fibres. 

Le maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et président de l’Union des municipalités du Québec, Jacques Demers, croit que les nouvelles responsabilités confiées aux MRC renforceront les structures déjà en place, comme les ressourceries et les écocentres. « Ce qui m’interpelle le plus, c’est la volonté de favoriser d’abord la réutilisation, se réjouit-il. Dans Memphrémagog, nous travaillons très étroitement avec Coaticook et notre structure d’accueil fonctionne très bien. Dans ce domaine, ce qui importe d’abord, c’est la proximité et c’est dans cet esprit-là qu’on travaille. Il faut que la chaîne soit la plus courte entre les citoyens, les récupérateurs et les recycleurs. »

En coupant le cœur de chaque climatiseur, Claude Masson peut facilement séparer la lourde pièce d’acier de la bobine de fils de cuivre qui l’entoure afin de tirer le meilleur prix de chaque composante des climatiseurs démantelés dans l’usine de Défi Récup-Air de Coaticook.