Contenu commandité
Le verre dans la mire
dossiers majeurs
Le verre dans la mire
Vingt ans après l’an 2000, La Tribune se penche chaque mois sur un enjeu de société qui a marqué le début du siècle afin de prendre la mesure du changement. Voici la suite de notre reportage sur la récupération et le recyclage.
Partager
Le verre à l’aube d’une révolution

dossiers majeurs

Le verre à l’aube d’une révolution

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Si le projet de loi 65 chemine comme prévu, la récupération et le recyclage du verre vont passer par une véritable révolution d’ici quatre ans au Québec.

Sa manifestation la plus concrète sera l’élargissement de la consigne à tous les contenants de boisson prête à boire de 100 ml à 2 litres, qu’ils soient en verre, en métal, en plastique ou en carton, entre 2022 et 2024.

Mais le plus grand changement, c’est l’élargissement de la responsabilité des producteurs à l’égard de la collecte sélective qui le fera naître. Cela signifie que les entreprises qui mettent en marché ces contenants de boisson devront s’assurer qu’ils seront récupérés et recyclés.

Québec a établi les cibles à atteindre à 75 % de ces contenants consignés en 2025 et à 90 % en 2030. Sous peine d’amendes. 

« On arrive dans une grande révolution de la pensée et de la gouvernance et dans un certain nombre de révolutions, plus petites, mais plus coûteuses, dans les centres de tri », entrevoit Marc Olivier, professeur-chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle.

Comme expert de la gestion des matières résiduelles depuis plus de 25 ans, M. Olivier a été aux premières loges des consultations qui ont mené à cet ambitieux projet de modernisation de la collecte sélective. Comme professeur au Centre universitaire de formation en environnement de l’Université de Sherbrooke, il a également formé plusieurs des 800 professionnels de l’environnement qui œuvrent dans le monde industriel et municipal, souligne-t-il.

Sur la question du verre, il convient qu’il reste fort à faire, non pas pour convaincre les citoyens de trier à la source, mais bien pour que l’industrie s’adapte et que les marchés s’équilibrent pour valoriser au mieux la matière.

« On a besoin d’avoir des industriels qui seront visionnaires et qui seront capables de se positionner à un moment charnière de la transformation des marchés », lance-t-il.

Du sable dans l’engrenage

À l’heure actuelle, le Québec ne compte qu’une seule usine de refonte de verre. La Montréalaise O-I fabrique plus de 1,5 million de bouteilles par jour pour des clients comme Molson Coors, Pepsico et Pernod Ricard, ce qui équivaut à 450 tonnes de verre, dont 33 à 54 % de verre recyclé, peut-on lire dans le mémoire qu’elle a présenté devant la commission parlementaire sur les enjeux de la valorisation du verre en 2019.

Or la fonderie estime qu’elle pourrait atteindre jusqu’à 80 % de matières recyclées dans ses recettes, mais qu’elle se bute à des difficultés d’approvisionnement local de qualité. 

Elle ne prend d’ailleurs aucun verre du système de collecte sélective au Québec, dit-elle, et se tourne plutôt vers les brasseurs et les provinces de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick où la consigne existe déjà. Son approvisionnement arrive aussi, de façon marginale encore, via les dépôts volontaires (voir autre texte). 

Dans la province, le verre issu de la collecte sélective est donc essentiellement transformé en abrasif ou en sable de filtrage, ou alors il sert de matériel de recouvrement dans les lieux d’enfouissement. Des conditionneurs en exportent également vers les États-Unis pour en faire de la laine minérale. 

D’autres applications comme son ajout au bitume ou au ciment sont sur la table, mais peinent à se frayer un chemin dans la réalité économique.

« La solution qui avait été présentée comme étant miraculeuse, c’est la micronisation du verre, cite en exemple M. Olivier. Cela fonctionne, mais à petits volumes. C’est un produit à valeur ajouté pour lequel on demande tellement cher que les cimentiers ne sont pas intéressés. »

Marc Olivier est professeur-chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle.

D’autres débouchés

Dans le mémoire qu’il a déposé à la commission parlementaire, le groupe de recherche du CTTÉI répertorie au total une dizaine de débouchés possibles pour valoriser le verre, qu’il soit récupéré via la collecte sélective, les dépôts volontaires ou la consigne.

« La prétention qu’on a exprimée, c’est qu’il ne saurait y avoir une méthode unique de collecte qui va tout résoudre pour le verre, explique Marc Olivier. Selon l’action qu’on veut faire, on a besoin parfois d’un verre qui est très propre et à d’autres moments, même s’il n’est pas très propre on peut vivre avec. Ça va prendre plus d’une solution parce qu’il y a plusieurs technologies différentes qu’on peut utiliser et dont on voudrait faire la promotion. » 

Le chercheur imagine très bien par exemple qu’une petite partie des bouteilles de vin nouvellement consignées déposées dans des gobeuses prennent le chemin du lavage industriel et soient réemployées dans les vignobles du Québec. « On pourrait sélectionner un, deux ou trois modèles en verre vert ou transparent et le reste pourrait être trié par couleur et concassé pour avoir uniquement du calcin (verre de seconde vie) vert ou transparent. »

Pour faire des matériaux abrasifs ou pour mélanger à du bitume, l’industrie pourrait continuer de se tourner vers les centres de tri puisque ces usages ne nécessitent pas la même pureté de matière.

Mais dans tous les cas, estime-t-il, tous les centres de tri du Québec devront passer par une « certaine » modernisation en ce qui concerne le tri, voire le préconditionnement de la matière, de façon à maximiser la valorisation et à offrir des gisements de plus ou moins grands volumes aux industriels, qui devront eux aussi y mettre du leur.

« À partir du moment où une entreprise de responsabilité élargie doit atteindre un pourcentage de mise en valeur, sous peine d’être mise à l’amende, et que ce pourcentage est supposé aller en croissant, il va bien falloir, que ce soit sur un gisement plus important ou sur un gisement plus petit comme celui qui va continuer dans les centres de tri, qu’elles démontrent qu’elles peuvent atteindre ces cibles », entrevoit M. Olivier.

+

Quelle vitesse, quels moyens?

Si l’objectif de valorisation du verre est bien établi par le gouvernement avec son projet de modernisation de la collecte sélective, les moyens et la vitesse à laquelle on y arrivera le sont moins. Par courriel le ministère de l’Environnement a précisé à La Tribune que le nouveau système sera sous la responsabilité des entreprises qui mettent en marchés les contenants visés et que c’est elles qui doivent déposer au gouvernement, « au début de 2021 », le plan de déploiement.

Dans le bac ou dans le dépôt volontaire ?

dossiers majeurs

Dans le bac ou dans le dépôt volontaire ?

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Samedi soir, souper Zoom entre amis. Qu’est-ce qu’on fait avec la bouteille de vin et le pot de sauce à spaghetti vides une fois la table desservie?

Pour quelques années encore, on a le choix de les envoyer dans le bac de récupération ou d’aller les porter soi-même dans un point de dépôt volontaire si on habite une municipalité qui offre ce type d’installation.

Le verre mis dans le bac de récupération des municipalités des six MRC membres de Récup Estrie sert actuellement de matériel de recouvrement au lieu d’enfouissement de Coaticook. Récup Estrie paie 32 $ la tonne pour s’en départir.

« J’admets que ce n’est pas noble pour une matière qui est inerte et qui va rester longtemps dans l’environnement, dit Taraneh Sépahsalari, directrice générale de Récup Estrie. (…) Mais pour le moment, c’est la solution qui a été trouvée en attendant qu’il y ait des usines performantes pour prendre ce verre, le recycler et faire autre chose avec. »

« Notre mandat premier, continue-t-elle, c’est de donner un service fiable aux citoyens. Vous mettez votre bac à la porte de la maison et on s’en occupe. (…) D’un autre côté on est aussi une usine avec 60 employés et il faut que les produits que je sors soient vendables. Je ne peux pas entreposer ça ad vitam aeternam dans un entrepôt. »

« Écologiquement ce n’est peut-être pas la meilleure solution parce qu’il y a des recycleurs ici qui ont besoin de ces volumes là pour faire de la transformation, faire du sable à jet, faire du sable de filtration de piscine, ou refaire de la bouteille quand on parle de 2M Ressources, souligne André Junior St-Cyr, directeur général de Récupération Frontenac. Ce sont des recycleurs qui sont bien implantés au Québec et qui ont la capacité de prendre du volume. »

Son entreprise adaptée d’économie sociale à but non lucratif est l’un des cinq centres de tri qui ont participé à un projet pilote de 12,2 millions $ d’Éco Entreprises Québec en 2016-2017 pour améliorer le recyclage du verre. En Estrie, Récupération Frontenac reçoit la collecte sélective des municipalités de la MRC du Granit.

« 100 % du verre qui sort d’ici va chez des recycleurs au Québec », assure M. St-Cyr. Le verre est vendu à une entreprise en Mauricie qui en fait des abrasifs ou du sable de filtration. 

Mais il s’agit de ventes négatives, admet M. St-Cyr, en refusant d’avancer un prix.

« Le verre chez nous, c’est 12 % du volume de 30 000 tonnes qu’on traite annuellement, soit 3600 tonnes. Si on était dans l’obligation de l’enfouir à 125 $/tonne, ça représenterait 450 000 $. Il n’y a pas un centre de tri au Québec qui peut se permettre ça », illustre-t-il.

Redevenir bouteille

Parallèlement à la collecte sélective, les dépôts volontaires sont de plus en plus populaires en Estrie. Sous l’impulsion de l’AFEAS de Saint-Denis-de-Brompton et de l’Opération Verre-Vert, ce système de collecte par conteneurs est maintenant déployé dans 25 municipalités de la région et dans l’équivalent de 130 au Québec, selon l’OVV, avec une concentration en Montérégie et à Montréal. 

Le verre qui est collecté via ces conteneurs est trié et conditionné chez 2M Ressources à Saint-Jean-sur-Richelieu. 

De là, le verre clair, environ le tiers de la cueillette, est acheminé chez O-I à Montréal pour être refondu en contenants. 

Le reste du gisement, qui comprend tous les tons de verre vert, est exporté aux États-Unis et en Ontario pour faire de la laine isolante puisqu’il ne s’en fait plus au Québec depuis 2008, précise Michel Marquis, président-fondateur de 2M Ressources. 

« On travaille aussi avec O-I pour pouvoir éventuellement en injecter dans leur recette, dit-il. Je n’achète pas de la bouteille pour la jeter. Ça ne va pas dans les sites d’enfouissement, c’est sûr et certain, c’est contre mes principes. Et c’est pour ça que je ne touche pas au verre en provenance de la collecte sélective. »

2M Ressources n’a évidemment que de bons mots pour les citoyens qui prennent la peine d’aller déposer leur verre dans les dépôts volontaires. M. Marquis assure que son usine a la capacité et les marchés pour en prendre bien davantage, elle qui traite 110 000 tonnes de verre récupéré par année.

À titre comparatif, dans le Val-Saint-François, qui est devenue la première MRC au Québec à généraliser les dépôts volontaires à l’ensemble de son territoire en 2019, on a récolté 400 tonnes en 15 mois. À Sherbrooke depuis juillet, on en a ramassé 130 tonnes.

Une fois les conteneurs payés, le système de dépôt volontaire s’opère à coûts presque nuls puisque le transport a été remboursé à 97 % par le régime de compensation des services municipaux, jusqu’à maintenant, dans un complexe calcul qui tient compte des revenus obtenus pour la matière (15 $/tonne), explique le préfet de la MRC du Val-Saint-François Luc Cayer.

La modernisation du système de collecte sélective fait toutefois planer une menace sur ces dépôts volontaires, selon plusieurs intervenants. 

« C’est sûr que si du jour au lendemain il y a un frein qui est mis à la compensation qu’on peut avoir, il va falloir se demander si on continue le projet parce que c’est quand même des coûts de transport assez élevés, prévient M. Cayer. Si on n’a pas la compensation, il va falloir réfléchir sérieusement. Mais ce serait dommage parce qu’avec tout le tonnage qu’on a ramassé en 2020, c’est quand même bon au niveau de l’environnement. »

+

Contaminant ou contaminé?

Dans tout le mouvement citoyen pour les dépôts volontaires, on a souvent dit que le verre en se brisant contaminait les autres matières déposées dans le bac de récupération. 

Chez Récup Estrie, le président Pierre Avard assure qu’il n’en est rien puisque le verre est retiré au début du processus de triage. Le centre de tri de la rue Claude-Greffard tire d’ailleurs un meilleur prix de ses ballots de papier depuis qu’il a investi 2,8 M$ dans deux lignes de tri pour le carton et le papier qui s’attaquent à la contamination par le... plastique. 

En octobre, rapporte M. Avard, le papier a atteint 80 $/tonne alors qu’on a payé jusqu’à 90 $/tonne pour s’en départir auparavant. 

Chez Récupération Frontenac, il n’y a pas non plus de problématique de verre dans les matières fibreuses. Ce sont plutôt les bouchons de plastique et le papier déchiqueté qui contaminent le verre, observe son directeur général André Junior St-Cyr, qui préconise comme solution de laisser les bouchons de plastique sur leurs bouteilles et de mettre dans un sac transparent les papiers déchiquetés pour qu’ils puissent être envoyés au triturateur au début du tri. 

Le porte-parole de l’Opération Verre-Vert Jean-Claude Thibault ne peut pas contredire ces deux centres de tri, mais il maintient ses affirmations sur la foi d’une étude « sans équivoque » menée en 2013 par le Centre de recherche industrielle du Québec, un organisme réputé neutre dans ce dossier, fait-il valoir. Il convient que plusieurs centres de tri ont investi pour améliorer la situation depuis que la Chine a fermé ses marchés au recyclage en 2018, mais constate qu’ils restent bien discrets sur leurs gains d’efficacité. 

Selon lui, le papier récupéré dans les centres de tri n’est toujours pas revendu à sa juste valeur au Québec et c’est en partie à cause de la poussière de verre qu’on y retrouve. « Quelle est l’idée de s’entêter à mettre du verre dans le bac de collecte sélective alors qu’on sait que de toute façon ça demande des investissements faramineux pour tenter de le trier et qu’on n’a pas la certitude scientifique que ça le trie de façon vraiment efficace? (...)Donnez-moi le quart de ces millions là pour mettre des conteneurs partout et on vient de régler le problème. »

Défi Récup-Air prête à accélérer la cadence

dossiers majeurs

Défi Récup-Air prête à accélérer la cadence

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
Pierre Morency aime à le répéter : « Un seul réfrigérateur envoyé à la casse simplement pour en récupérer le métal libère dans l’atmosphère des gaz à effet de serre aussi nocifs qu’une voiture qui parcourt 17 000 km. »

La bonne nouvelle, c’est que les jours sont comptés pour la disposition débridée des gros électroménagers, dont la fin de vie tombe sous le règlement sur la responsabilité élargie des producteurs. Dès le 5 décembre, l’ensemble de l’industrie devra assumer les coûts liés à la récupération et au recyclage de ces polluants majeurs, comme elle le fait déjà avec les produits électroniques, les lampes au mercure, les peintures, huiles, solvants, entre autres.  

L’autre bonne nouvelle, c’est que la technologie existe pour tirer tout ce qui peut l’être des climatiseurs, refroidisseurs d’eau, celliers, thermopompes et tous les appareils de refroidissement. Elle a fait ses preuves à la chaîne de démantèlement de Défi Récup-Air, où sont traités annuellement 12 000 climatiseurs. L’annonce cette semaine de la création d’un réseau interrégional de valorisation et de recyclage des appareils ménagers (RIVRA) permettra à l’entreprise sociale de Coaticook de passer à la vitesse supérieure et de traiter près de trois fois plus de climatiseurs au cours des prochaines années. 

« La saine gestion des gaz halogénés, c’est le geste le plus concret qu’on puisse poser pour réduire les émissions de gaz à effet de serre », insiste Pierre Morency, directeur du développement stratégique et de l’environnement chez Défi Polyteck, dont l’ancêtre, Atelier Polyteck, a donné naissance à Défi Récup-Air en 2008. « Récup-Air a vu le jour grâce à deux visionnaires », reprend-il en nommant l’industriel de Coaticook Paul Gemme et le patron d’Atelier Poly-Teck Serge Sylvain. 

« Ils ont appliqué ici, à Coaticook, le principe de la responsabilité élargie des producteurs bien avant qu’il soit en vigueur, souligne Pierre Morency. Grâce à une entente avec Canadian Tire, qui offrait un rabais aux acheteurs qui ramenaient leur vieux climatiseur, il ramassait ici des appareils de partout au Canada. Avant, ils étaient destinés aux pays asiatiques. Encore aujourd’hui, nous en achetons de pleins conteneurs avant qu’ils soient acheminés vers l’exportation », rappelle-t-il. 

Créée à Coaticook dans l’usine de Défi Récup-Air, la chaîne de démantèlement destinée à tirer le maximum des composantes des vieux climatiseurs sert de modèle pour l’ensemble de l’industrie du recyclage des électroménagers, appelée à se développer considérablement au cours des prochains mois avec l’entrée en vigueur de la nouvelle responsabilité élargie des producteurs.

Tirer le maximum

Défi Récup-Air a fait sa marque avec sa chaîne de démantèlement, qui permet non seulement de récupérer les gaz réfrigérants et de les détourner vers une élimination respectueuse de l’environnement, mais elle sépare toutes les composantes afin d’en tirer une plus grande valeur. À titre d’exemple, le cœur de chaque compresseur est composé d’une lourde pièce d’acier emprisonnée par une épaisse bobine de fils de cuivre. En bloc, cette pièce ne vaut qu’une quinzaine de sous sur le marché. Une fois fendu au milieu, le cuivre se détache facilement et peut se vendre autour de 3 $ la livre. Le fer gagne également en valeur, autour de 140 $ la tonne, ainsi dépouillé des autres matières. 

Même chose avec les radiateurs, essentiellement composés de lamelles d’aluminium transpercées d’un tuyau de cuivre, où circule le liquide réfrigérant. « Avec l’aide de chercheurs de l’Université de Sherbrooke, nous avons créé une machine qui sépare mécaniquement les deux métaux, ce qui augmente considérablement leur valeur sur les marchés », relate le directeur de l’usine, Claude Bouthot. Pierre Morency en profite pour rappeler les remarquables performances de Défi Récup-Air, qui revalorise à 99,6 pour cent chacun des appareils de climatisation reçus. « Il y a huit usines certifiées Élite sur le plan environnemental au Québec, dont Défi Récup-Air et Défi Polyteck », fait remarquer Pierre Morency en bombant le torse.

Comme chez Défi Polyteck, Récup-Air n’emploie à peu près que des personnes présentant des limitations physiques. D’une vingtaine actuellement, leur nombre devrait augmenter au cours des prochains mois. « On devra aussi apporter des améliorations significatives sur le plan technique à notre chaîne de démantèlement afin d’optimiser notre efficacité », envisage M. Morency. Parce que d’autres régions, dont la Montérégie, devraient se laisser séduire par l’approche de Défi Récup-Air quand elles auront la responsabilité de disposer des vieux électroménagers de manière écologique. 

Une des premières opérations dans la chaîne de démantèlement de Défi Récup-Air, à Coaticook, consiste à extraire les gaz halogénés qui se trouvent dans les climatiseurs. Cette tâche est effectuée par le frigoriste Médérick Fortin

« Une première »

« Ce qu’on a créé ici avec notre chaîne de démantèlement, c’est une première, reprend Pierre Morency, encore insulté que cette contribution ait été presque ignorée cette semaine lors du lancement en mode virtuel du RIVRA, en présence du ministre de l’Environnement. Depuis 2014, on a reçu des gens de partout au Québec et même de l’Ontario pour leur montrer notre approche. On est allés dans toutes les régions pour expliquer ce qui se faisait ici. C’était important pour nous de partager notre expertise. En Ontario, c’est exactement notre façon de travailler qu’ils veulent adopter. Il faut que les gens sachent que cette idée est née ici, que c’est le savoir estrien qui a donné la voie à suivre à l’ensemble du Québec », insiste-t-il. 

Ce modèle s’étend jusqu’à la collecte des électroménagers, appelée à s’implanter dans chaque MRC. Président de la Table des MRC de l’Estrie, le maire d’Asbestos Hugues Grimard voit d’un très bon œil cette nouvelle responsabilité, même s’il admet qu’il reste du travail à faire dans la plupart des MRC. « On a du temps pour nous préparer, mais nous avons déjà des ressources en place. L’important sera de bien informer les citoyens pour qu’ils posent les bons gestes », fait-il valoir. M. Grimard croit que chaque région aura l’occasion de développer une expertise particulière dans certains domaines, comme c’est déjà le cas dans la MRC des Sources avec la fabrication d’écomatériaux et la récupération des habits de pompier pour en extraire les fibres. 

Le maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et président de l’Union des municipalités du Québec, Jacques Demers, croit que les nouvelles responsabilités confiées aux MRC renforceront les structures déjà en place, comme les ressourceries et les écocentres. « Ce qui m’interpelle le plus, c’est la volonté de favoriser d’abord la réutilisation, se réjouit-il. Dans Memphrémagog, nous travaillons très étroitement avec Coaticook et notre structure d’accueil fonctionne très bien. Dans ce domaine, ce qui importe d’abord, c’est la proximité et c’est dans cet esprit-là qu’on travaille. Il faut que la chaîne soit la plus courte entre les citoyens, les récupérateurs et les recycleurs. »

En coupant le cœur de chaque climatiseur, Claude Masson peut facilement séparer la lourde pièce d’acier de la bobine de fils de cuivre qui l’entoure afin de tirer le meilleur prix de chaque composante des climatiseurs démantelés dans l’usine de Défi Récup-Air de Coaticook.
Défi Polyteck : Rien ne se perd, tout se crée  

dossiers majeurs

Défi Polyteck : Rien ne se perd, tout se crée  

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
Au milieu de l’usine, où s’affairent quelque 200 employés, dont on devine aisément le sourire sous le masque, se trouve une petite unité de sciage de planches de composé de caoutchouc. Évidemment, cette opération produit une poussière noire. N’importe où ailleurs, ce résidu se retrouverait dans les poubelles pour y être enfoui. Pas chez Défi Polyteck!

Rien ne se perd dans cet immense atelier multifonctionnel du boulevard Queen-Victoria à Sherbrooke. La poussière est entièrement récupérée et retournée chez Animat, qui la réintègre dans sa production. « Chez nous, explique Pierre Morency, directeur du développement stratégique et de l’environnement, chaque déchet est un nouveau défi. On cherche ce qu’on peut faire pour lui donner une nouvelle vie utile. »

La même préoccupation prévaut pour les retailles et les résidus de sciage de céramique qui résultent de la production de mosaïques de 30 centimètres par 30 distribuées un peu partout dans le monde. « On travaille avec une équipe de recherche de l’Université de Sherbrooke pour intégrer cet agrégat au béton. Et ça marche! » se réjouit M. Morency, un environnementaliste de longue date séduit par la proposition de pousser plus loin les visées de Défi Polyteck. 

Défi Polyteck est née de la fusion de l’Atelier Poly-Teck et de Défi SM en 2014. L’entreprise se présente d’abord comme un maillon important de l’économie sociale, puisque la plupart de ses employés présentent des limitations physiques. « Ici, c’est leur milieu de vie, reprend Pierre Morency en parcourant les différentes unités de travail adaptées aux conditions des travailleurs, où chacun s’affaire consciencieusement à sa tâche. C’est aussi une usine-école, où les employés qui arrivent sont formés grâce à un partenariat avec le Centre Saint-Michel. On a une cafétéria à prix modique, un jardin communautaire derrière l’usine, un gymnase et de la formation continue en santé et sécurité au travail. »

« Toujours de la demande »

Le nouveau directeur de l’usine, Steeve Breton, est fier d’affirmer qu’une bonne part de ses employés y œuvrent depuis plusieurs années et que la pandémie de COVID-19 n’a entraîné aucune mise à pied. « Il y a toujours de la demande pour ce que nous produisons. Si ça ralentit dans certains secteurs, ça va mieux dans d’autres. On ne manque jamais d’ouvrage », insiste-t-il. 

La dénomination de sous-traitant industriel ouvre toutes sortes d’horizons insoupçonnés à Défi Polyteck. En plus des mosaïques de céramique, l’usine conçoit des portes-moustiquaires, des filages électriques pour des bateaux, des caissons de bois, des emballages pour des petits outils qui accompagnent des meubles Ikea, des présentoirs, des tapis de yoga, etc. Dès le mois prochain, on y fabriquera même des emballages de suces produites au Danemark! « On répond à toutes sortes d’appels de soumission, mais la plupart de nos contrats proviennent du bouche-à-oreille, d’entreprises qui réfèrent des clients ou nous demandent si on pourrait faire telle ou telle chose », mentionne M. Breton.

« On n’enlève pas de contrat à personne, insiste Pierre Morency. On arrive en complément pour des entreprises qui font déjà de la sous-traitance pour effectuer des mandats spécifiques. » Entre autres mandats, la chaîne de quincailleries Richelieu avait déjà demandé à Défi Polyteck de confectionner des emballages pour présenter bon nombre de produits en étalage. L’expérience a été si concluante que le quincailler a décidé d’envoyer à Sherbrooke tous les boulons, écrous, clous et autres produits tombés orphelins afin de les remettre en inventaire dans de nouveaux habits. 

La vaste usine de la rue Queen-Victoria peut même accueillir des entreprises manufacturières à l’occasion, comme elle l’a fait l’an dernier avec le fabricant de bottes de travail Royer, qui est reparti avec 11 de ses employés! Comme quoi la récupération se décline de toutes les manières chez Défi Polyteck. C’est aussi là qu’ont été assemblées les premières trottinettes à propulsion électrique Geebee.

Autre créneau : Défi Polyteck s’impose comme un joueur majeur pour le déchiquetage de documents de papier. Après l’Université et le Cégep, elle vient de décrocher le contrat avec le CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Le tout s’effectue dans une pièce à part et le papier déchiqueté se retrouve en ballots qui s’en retourne vers la filière du recyclage. 

Dans un autre coin, un petit conteneur à peine plus gros qu’une pelle de tracteur est rempli au tiers seulement. Surtout de sciures de bois contaminé. Ce sont les déchets ultimes, ceux qu’on a été incapables de détourner de la récupération. « On détourne 98,7 pour cent de nos résidus de l’enfouissement, en commençant par la réutilisation souligne fièrement M. Morency. On a même aménagé un espace dans notre cour pour que les gens puissent se servir librement de ce qui reste de notre production. » 

Rien ne se perd chez Défi Polyteck, mais tout se crée!