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Le retour des braves
Le retour des braves
Geneviève Dorion-Bélisle, chargée de projet expositions, action éducative et événements.
Geneviève Dorion-Bélisle, chargée de projet expositions, action éducative et événements.

Une présence millénaire

Jean-François Gagnon
Jean-François Gagnon
La Tribune
Le site de la maison Merry, à Magog, est bien connu. Offrant une vue superbe vers la rivière Magog et le lac Memphrémagog, l’endroit permet à la fois de goûter la nature et la vie urbaine. Mais n’allez pas croire que la célèbre famille Merry a découvert le lieu avant tout le monde. Car les Autochtones ont fait escale sur place d’innombrables fois lors de leurs déplacements, et ce, durant des millénaires.

Selon des fouilles archéologiques récentes, des Autochtones séjournaient déjà sur les terrains de la maison Merry il y a 4000 ans de cela. Il faut dire que le lac Memphrémagog agissait un peu comme un aimant sur les Premières Nations. On retrouve en effet 20 sites archéologiques tout autour de ce plan d’eau long de plus de 40 kilomètres.

Un inventaire ayant pour objectif de déterminer le potentiel archéologique du terrain de la vieille résidence a d’abord été réalisé en 2013. Puis, en 2017-2018, on a procédé à des fouilles plus importantes quand on a restauré la demeure ancestrale, qui joue aujourd’hui un rôle de « lieu de mémoire citoyen ».

« L’objet le plus vieux qu’on a trouvé sur place remonte à 4000 ans et c’est un fragment d’outil. Ce qu’on sait maintenant, entre autres, c’est que le lieu était un site de taille de pierres. On a ainsi retrouvé beaucoup d’éclats de pierre, en quelque sorte des déchets résultant de l’activité qui se pratiquait sur place », explique Geneviève Dorion-Bélisle, chargée de projets à la maison Merry.

Les fouilles sur le terrain ont également permis de découvrir des pointes de projectiles et des morceaux de poteries. Chacun de ces objets raconte une partie de l’histoire de l’endroit.

Mme Dorion-Bélisle ne peut dire quelles étaient la ou les nations qui fréquentaient le site il y a 4000 ans. « On se limite donc à parler d’une présence autochtone pour cette époque », reconnaît-elle, ajoutant qu’un vaste territoire d’échanges entre nations a existé en Amérique dans les siècles suivants.

Cela dit, elle désigne clairement les Abénaquis lorsqu’on l’invite à nommer un ou des peuples qui ont foulé le site de la maison Merry au cours des derniers siècles. « Ils habitaient beaucoup au Nouveau-Brunswick et sur la Côte Est. Et ils avaient des territoires de chasse dans la région. »

La légende de Memphré

Si le terrain de la maison Merry attirait les peuples autochtones bien avant l’arrivée des colons, ce serait notamment parce qu’il est situé à l’extrémité nord du lac Memphrémagog, à l’endroit même où la rivière Magog prend naissance.

« Le terrain sur lequel la maison prend place est surélevé par rapport à l’eau. Mais l’eau n’est pas trop loin malgré tout. Les sites d’occupation étaient toujours un peu en hauteur parce qu’ils ne voulaient pas subir d’inondation », fait valoir Geneviève Dorion-Bélisle.

Et le monstre du lac Memphrémagog dans tout ça, les Autochtones le connaissaient-ils? Le craignaient-ils? Ce n’est pas parfaitement clair. Mais il semble que la légende de Memphré a pu naître à cette époque.

« Dans les carnets de Ralph Merry IV, il est noté que les Autochtones ne se baignent pas. Pourquoi? À cause d’un serpent qui se promènerait dans le lac. Ce n’est pas surprenant parce que toutes les légendes ont un certain lien avec le passé », affirme Mme Dorion-Bélisle.

Historien amateur et plongeur sous-marin émérite, le regretté Jacques Boisvert soutenait pour sa part que les peuples autochtones avaient inventé la légende de Memphré pour faire peur aux enfants et éviter qu’ils soient emportés par les flots tumultueux de la rivière Magog.

Une exposition

Afin d’attirer l’attention sur le passé autochtone de la région, la maison Merry avait planifié présenter une nouvelle exposition d’importance à compter du 21 juin dernier. Mais finalement son inauguration a été reportée au printemps 2021.

« On s’approchait des étapes majeures de la production et on était en pleine pandémie. On a donc décidé de reporter d’une année l’inauguration, par prudence. On a annoncé ça en avril avec un gros pincement au cœur. »

Dans le but d’offrir une exposition qui soit la plus complète et éducative possible, l’équipe de la maison Merry travaille en collaboration avec le Grand conseil de la nation Waban-Aki ainsi que le Musée des Abénakis. « Notre objectif n’est pas seulement de parler de ce peuple au passé, mais aussi au présent parce qu’il continue de contribuer à notre société encore aujourd’hui », insiste Geneviève Dorion-Bélisle.

On peut contempler une vue superbe vers la rivière Magog et le lac Memphrémagog depuis la maison Merry.

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Une exposition virtuelle sur les Premières Nations

Après trois ans de travail, le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke a lancé sa nouvelle exposition virtuelle intitulée Archéo-Saga, l’origine du peuplement des Cantons-de-l’Est. L’exposition offre du matériel éducatif pour les écoles et des activités virtuelles. On y présente également les résultats des fouilles de trois sites : Gaudreau de Weedon, Kruger 2 de Sherbrooke et Cliche-Rancourt de Lac-Mégantic. L’exposition peut-être consultée dans la section « expositions virtuelles » au www.mns2.ca. Tommy Brochu


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Rappel d’une importante découverte

L’École de fouilles du département d’anthropologie de l’Université de Montréal a relevé de 2002 à 2012 les traces des premiers humains à occuper le Québec, il y a plus de 12 000 ans. Des pointes à cannelures avaient été découvertes par l’équipe de Claude Chapdelaine, preuve d’une occupation du territoire très ancienne. 

« Ç’a dépassé tous nos espoirs, car en 2003, en une semaine d’intervention, on a trouvé les deux premières pointes à cannelure au Québec. Cette pointe, liée à une technologie développée dans l’Ouest américain. Les Clovis, les premiers qui sont partis de l’Est vers l’Ouest, auraient pu coloniser le Québec. Mais en 2003, il n’y avait que le Québec où il n’y avait pas de sites avec pointes à cannelure », explique le professeur. Tommy Brochu