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Le retour des braves
Le retour des braves
Étudiante à l’Université McMaster, Beatrice Fletcher a trouvé la pointe de flèche polie. Celle-ci se trouvait dans le mur du sondage.
Étudiante à l’Université McMaster, Beatrice Fletcher a trouvé la pointe de flèche polie. Celle-ci se trouvait dans le mur du sondage.

Une pointe de flèche polie de 5000 ans retrouvée à Weedon [VIDÉO]

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
 Des archéologues fouillant un champ à Weedon la semaine dernière ont découvert un bel artéfact : une pointe de flèche polie pouvant dater de 5000 ou 6000 ans, qui appartenait aux Premières Nations. « C’est exceptionnel pour nous, ça ne faisait même pas partie de mes rêves! » lance Claude Chapdelaine, professeur au département d’anthropologie à l’Université de Montréal.

En Estrie, seule une quinzaine de pointes comme celle-ci ont été découvertes. Et c’est l’une des régions où il y en a le plus dans tout le Nord-Est américain. « La quasi-totalité des flèches pour aller à la chasse sont taillées. On taille une matière qui se transforme facilement. Donc 99 % des pointes sont taillées. Un artisan peut en faire une en deux heures, tandis qu’une pointe polie, avec de la patience, peut prendre une journée entière », explique le professeur, ajoutant que ces pointes polies avec un pédoncule pour faciliter l’emmanchement sont très rares.

Les professionnels peuvent s’estimer chanceux d’avoir trouvé cet artéfact. « On ne voit pas ce qui est dans le sol. À l’aveugle, la seule solution est de multiplier les sondages. Et la flèche a été retrouvée dans le mur du sondage. Si on avait creusé trois ou quatre centimètres plus à l’est, on ne l’aurait pas trouvée. Ça prend de la chance, mais aussi de la persévérance », pense celui qui compte quatre décennies d’expérience dans ce domaine.

Beatrice Fletcher, une étudiante au doctorat à l’Université McMaster, a découvert cette pièce unique. « C’était la base qui était dans le mur, je ne savais pas ce que c’était. J’ai donc tiré. Je me suis dit wow, c’est quelque chose de vraiment spécial! » dit celle qui, lors d’une fouille en Oregon, avait trouvé des outils taillés dans des os, une autre découverte très spéciale. 

Avant que la pointe prenne le chemin d’une exposition, elle sera envoyée à l’UdeM pour être cataloguée. 

À gauche, une pointe de flèche taillée et à droite, une pointe de flèche polie. La première prenait environ deux heures à faire, tandis que la deuxième prenait une journée. Le professeur Chapdelaine estime que 99 % des pointes trouvées sont taillées.

Autre découverte

Un peu plus loin sur un site adjacent, un vase a également été découvert. « Par sa forme et sa décoration, il peut dater de l’an 1400, indique le professeur. Ça nous donne un âge, donc une période. Il servait à cuire des aliments. On savait qu’il y avait des Amérindiens jusqu’à l’arrivée des Européens, donc c’est un autre indice qui nous permet de documenter toute la nature humaine en Estrie. »

« Les femmes ont presque toujours été les patronnes de l’univers domestique, analyse le passionné d’archéologie. C’est encore plus vrai à cette époque. C’étaient des groupes nomades qui se sédentarisaient très peu. Mais ils avaient un grand circuit et prenaient ce qui était bon d’ailleurs. La poterie a probablement été faite en Estrie. Mais si je l’avais trouvée dans la vallée du Saint-Laurent, là où l’agriculture était rentable, ç’aurait été le vase d’une agricultrice. Ici, c’est le vase d’une femme qui est à la mode, qui a peut-être fait ça en imitant ce qu’elle a vu dans la vallée du Saint-Laurent. »

Malgré ces découvertes, le site Fortier de Weedon n’est pas aussi riche que ce que les archéologues espéraient. « Ici, on a trouvé des artéfacts dans presque tous les sondages. Mais pas en quantités qui nous inciteraient à revenir. Notre objectif serait de trouver un endroit qui nous inciterait à revenir. Pour l’instant, le rendement est modeste », convient le professeur. 

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L’archéologue-animateur au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke Éric Graillon et le professeur au département d’anthropologie à l’Université de Montréal Claude Chapdelaine ont conclu le 14 aout leurs fouilles sur le site Fortier de Weedon.

L’Estrie, un territoire fertile pour les fouilles archéologiques

Les archéologues considèrent que l’Estrie est un territoire fertile pour les découvertes d’artéfacts autochtones.

« À cause de son réseau hydrogra-

phique, l’Estrie est un endroit de choix. Ça permettait de passer du bassin versant de l’Atlantique au Saint-Laurent, via la rivière au Saumon, la rivière Eaton, etc. », dit Éric Graillon, archéologue-animateur au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke. 

À l’époque, l’Estrie était occupée par des peuples nomades. « Ils ne passaient pas l’année ici, explique M. Graillon. Selon les endroits, ils arrêtaient quelques jours, une soirée ou quelques semaines. Mais ils étaient en mouvement. Ils pouvaient parcourir de grandes distances. » 

« Les matières premières vont nous informer sur les réseaux d’échange et sur les déplacements, renchérit M. Graillon. Si on a beaucoup de matériaux locaux, on voit qu’ils connaissent bien les ressources d’ici. S’il y a beaucoup de matériaux d’ailleurs, c’étaient peut-être des gens de passage ici. Tranquillement, ça nous permet de documenter tout ça. »

Saisons chaudes

Par exemple, le site Fortier de Weedon était visité par les Premières Nations lors des saisons chaudes, car il est près de l’eau. « On ne le saura jamais de façon précise, mais ils peuvent rester plus longtemps au même endroit, grâce aux ressources aquatiques. L’été, ils peuvent vivre confortablement de la pêche. Et quand arrive la fin de l’été, c’est le temps de la chasse. Mais s’ils restent ici, combien ont-ils de chances de voir un chevreuil se promener? Donc ils vont à l’intérieur des terres, et là, les archéologues perdent leurs traces », indique le professeur au département d’anthropologie à l’Université de Montréal Claude Chapdelaine.

Lors des fouilles qui ont été effectuées sur le site de Kruger il y a quelques années, les archéologues ont trouvé des matériaux venant du Maine et du lac Champlain. « C’est ce qui est intéressant ici en Estrie, c’est qu’on peut trouver de l’originalité des Amérindiens qui s’étaient adaptés aux ressources locales, mais en tout temps, font partie de grands réseaux. Et ça change d’une période à l’autre. Ici, c’est clair qu’ils sont connectés avec la vallée du Saint-Laurent », pense le professeur, qui a également travaillé sur le site Cliche-Rancourt à Lac-Mégantic, où son équipe et lui ont trouvé les premières pointes à cannelure au Québec.