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Le retour des braves
Le retour des braves
Pour préparer ses plats, la cheffe abénaquise Lysanne O’Bomsawin aime métisser les cultures autochtone et québécoise. Un équilibre à l’image des discussions qu’elle aime bâtir lorsqu’elle offre ses services à domicile.
Pour préparer ses plats, la cheffe abénaquise Lysanne O’Bomsawin aime métisser les cultures autochtone et québécoise. Un équilibre à l’image des discussions qu’elle aime bâtir lorsqu’elle offre ses services à domicile.

Métisser les discussions par la nourriture

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
À la fin de chaque repas qu’elle sert comme cheffe à domicile à travers la province, Lysanne O’Bomsawin troque les ustensiles pour sa voix. Dans un souci de communion des peuples autochtones et québécois, l’Abénaquise d’Odanak offre aux convives l’occasion de poser toutes les questions qui les démangent, qu’elles soient de nature politique, spirituelle ou culturelle.

« Les gens posent souvent les mêmes questions, établit-elle. Ce sont les mêmes questions qui m’ont été posées dans les années 1980 : si c’est vrai qu’on ne paie pas de taxes, pas d’impôt, qu’on peut chasser n’importe où, n’importe quoi, n’importe quand et sans ratio... Tout est bâti sur des préjugés, et mon but est de les déconstruire. Pour s’en sortir, il faut que les gens connaissent. Et pour que les gens connaissent, il faut qu’on en parle. »

La propriétaire du traiteur Québénakis, qui comporte aussi un volet corporatif, ne se considère pas militante, mais plutôt « comme quelqu’un d’impliqué et qui se doit d’avoir une mission de transmettre de l’information ».  

Elle bâtit donc des liens tout d’abord à travers une expérience culinaire métissée, pour ensuite ouvrir tout grands les esprits sur le passé, le présent et l’avenir des Premières Nations. La Loi sur les Indiens, qu’elle estime bien peu comprise, est souvent au cœur des discussions.  

« Pendant le souper, je donne aussi de l’information sur le type de nourriture qu’ils vont manger et sur le pourquoi j’ai choisi ce plat-là. Évidemment, c’est de l’inspiration autochtone, parce que si on mangeait réellement ce qu’ils mangeaient dans le temps, tout le monde mourrait d’une crise cardiaque à la fin de la soirée! La raison pour laquelle j’arrive à tisser des liens avec les gens, c’est justement parce que je métisse mes plats. Moi, je métisse tout. Pour qu’un peuple évolue, il faut qu’il y ait des mélanges de bagages. » 

Or, au lieu d’un malaise cardiaque, les gens arrivent bien souvent à une tout autre conclusion lors de la soirée, témoigne Mme O’Bomsawin : « les gens sont rendus à demander ce qu’ils peuvent faire pour essayer de nous aider. On part donc de “ vous autres, on sait bien ” à “ qu’est-ce qu’on peut faire pour t’aider? ” C’est là que je les amène à éduquer d’autres personnes de leur entourage. » 

Pour le moment, les services de chef à domicile de Mme O’Bomsawin sont sur pause en raison de la pandémie. L’entrepreneure occupe actuellement le poste de gérante au Moulin Michel de Gentilly. « J’y apporte ma touche historique! », dit-elle. 

Lysanne O’Bomsawin est chef propriétaire du traiteur Québénakis et vulgarisatrice historique autochtone.