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Le retour des braves
Le retour des braves
Le popcorn, les graines de tournesol et de citrouilles, les pâtes de fruits séchées et les cornets au sucre d’érable comptent parmi les collations qu’ont laissées les Abénaquis en héritage aux Québécois.
Le popcorn, les graines de tournesol et de citrouilles, les pâtes de fruits séchées et les cornets au sucre d’érable comptent parmi les collations qu’ont laissées les Abénaquis en héritage aux Québécois.

Du popcorn à la dinde aux atocas

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Il y a peut-être plus d’abénaquis dans votre alimentation que vous ne le croyez. Si l’agriculture d’aujourd’hui n’a que très peu de similitudes avec celle de ce peuple autochtone, il n’en demeure pas moins que les Abénaquis ont inspiré de nombreuses collations toujours populaires auprès des Québécois.

Le maïs soufflé, les pâtes de fruits séchées et les graines de tournesol ou de citrouille sont des exemples que nomme Lysanne O’Bomsawin, vulgarisatrice historique autochtone et chef du traiteur Québénakis, pour en fournir la preuve. 

« La particularité des Abénaquis, c’est qu’ils étaient chasseurs-cueilleurs en plus de faire l’agriculture, avance-t-elle. Ça leur offrait une alimentation plus diversifiée, mais qui ne leur permettait pas de prendre trois repas par jour. On ne mangeait qu’un seul repas par jour, qui était le soir. Sinon, on mangeait des petites grignotines à gauche et à droite. Que ce soit du maïs fleuri, qui est en fait du maïs soufflé, sur lequel on ajoutait du sirop d’érable ou du sucre d’érable, ou que ce soit du pemmican, un mélange de viandes séchées avec de la graisse animale, des avelines et des petits fruits. On pouvait même déshydrater les petits fruits. »

Quoi d’autre? Ces fameux cornets au sucre d’érable qui ont la cote pendant le temps des sucres. « Nous, on mettait de l’écorce de bouleau enroulée autour du sucre d’érable. Quelques cabanes à sucre le font encore de cette manière-là. » 

Comme l’apport nutritionnel était plutôt léger au courant de la journée, celle-ci se terminait donc avec un gros mijoté, explique Mme O’Bomsawin. 

« La grosse couche de graisse qu’on retrouvait à la fin de la cuisson, on la mangeait à la cuillère. C’est un peu comme nos parents qui graissaient leurs toasts. Quand on parle d’héritage, je dirais qu’il y a beaucoup de choses qui se sont faites pendant plusieurs centaines d’années dans la culture canadienne-française, anglaise et européenne en raison des Autochtones. Ça, c’est clair. »

Elle n’hésite pas non plus à mentionner les combinaisons de viandes et de fruits dans une même assiette, comme la fameuse dinde aux atocas, qui était traditionnellement mangée lors du vrai été des Indiens. « Le vrai été des Indiens, c’est le redoux avant que l’hiver commence. Il faut qu’il y ait eu la première neige. C’était le moment de troc crucial où on pouvait échanger nos récoltes. 

« La dinde, qui était dans notre cas du dindon sauvage, est un peu l’héritage qu’ont laissé les Autochtones en lien avec l’Action de grâces ici et aux États-Unis. »  

Les cucurbitacées, lorsque plantées, aidaient les jardins abénakis à éloigner les pestes tout en préservant le sol de sécheresse ou de mauvaises herbes. En prime, leurs graines faisaient d’excellentes collations à consommer au courant de la journée pour ce peuple toujours en mouvement, ajoute la chef et vulgarisatrice historique.

Les trois sœurs 

Lorsqu’on parle d’agriculture autochtone, tant chez les Iroquoïens que les Abénaquis, on s’arrête nécessairement sur les trois sœurs, soit la culture en symbiose de la courge, du maïs et du haricot. 

« Le maïs sert de tuteur au haricot, qui va s’enrouler autour. Les feuilles de courge recouvrent le sol au complet, et gardent nos seulement la terre plus humide plus longtemps, mais elles ont en plus des petits piquants qui éloignent les prédateurs. On s’entend aussi que le maïs qu’on mange aujourd’hui, le maïs sucré, c’est une autre variété. À l’époque, c’était ce qu’on appelle le maïs blanc canadien, qui sert surtout à faire de la farine. »  

Ce type de jardin, presque oublié aujourd’hui, consistait à tout planter en cercle : le maïs au centre, entouré des haricots, puis des courges, qui serviront de barrières. « Au bout de ça, on met des tournesols, qui servaient non seulement à faire du lait de tournesol, mais aussi des graines qu’on mangeait en collation », note la cheffe, qui précise qu’à l’inverse des Iroquoïens, les Abénaquis n’accordaient aucun soin à leur jardin. 

Certaines îles de la rivière Saint-François ont ainsi sûrement accueilli des cultures des Abénaquis, puisque les nomades s’assuraient de planter là où les ravageurs se rendraient difficilement, avant de s’éloigner jusqu’au temps des récoltes.