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Le retour des braves
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Le retour des braves
Le territoire ancestral des Abénaquis, le N’dakinna, s’étend d’est en ouest de la rivière Etchemin, près de Québec, jusqu’à la rivière Richelieu, près de Montréal. Il s’arrête au nord au fleuve Saint-Laurent et descend jusqu’à la ville de Boston aux États-Unis. L’Estrie est donc en plein centre du territoire jadis occupé par la nation abénaquise et recèle bon nombre d’artefacts et de signes de leur présence. La Tribune vous présente plusieurs initiatives ou projets pour mettre en valeur ou redécouvrir la culture autochtone dans la région.
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Au cœur de la nation abénaquise

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Au cœur de la nation abénaquise

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Les visiteurs du Parc régional du Mont-Ham dans la municipalité d’Ham-Sud en Estrie ont l’embarras du choix pour découvrir l’histoire et la culture des Premières Nations qui ont parcouru le territoire pendant des milliers d’années. Ils peuvent visiter l’Espace Abénakis, parcourir le Sentier des légendes, admirer la statue Awdowinno au sommet de la montagne ou même louer un tipi pour y passer la nuit dans le secteur Waban-Aki. Ce partenariat entre le Parc et le Grand Conseil de la Nation Waban-Aki (GCNWA) est unique au Québec.

« C’est un bel échange, ça nous fait des infrastructures intéressantes et ça attire les touristes, explique Frédéric Therrien, coordonnateur du Parc régional du Mont-Ham. Pour les Abénaquis, ça fait connaître leur histoire. Tout le monde est content. C’est un partenariat ben le fun. »

Pour Denys Bernard, directeur général du GCNWA situé à Wôlinak près de Trois-Rivières, ce projet est un exemple de belles relations avec les Premières Nations.

« C’est un statement qu’on fait en disant que c’est notre territoire ancestral, mais qu’on le partage avec nos amis, mentionne-t-il. C’est unique ce qu’on fait. Il y a certaines communautés qui vont investir autour d’eux, mais on est à une heure d’auto et on a réussi à convaincre tout le monde. »

Une montagne d’importance

Le mont Ham avait une importance significative pour la nation abénaquise, selon Suzie O’Bomsawin, directrice du département des consultations territoriales au GCNWA.

« La région du mont Ham possède des vestiges archéologiques qui remontent à des milliers d’années, explique-t-elle. Il y a donc une présence autochtone. Et encore aujourd’hui, c’est un secteur utilisé par nos membres pour des activités traditionnelles comme la chasse et la pêche. On est vraiment capable de tracer une continuité d’utilisation par les membres de la nation. »

« Par contre, contrairement à d’autres monts dans les environs, on n’a pas trouvé son toponyme en langue abénaquise, ajoute-t-elle. Il s’est perdu au cours des années. Le mont Orford était un mont d’importance aussi et on n’a pas trouvé son toponyme non plus. »

Un sentier illuminé

Un grand projet se dessine peu à peu au Parc régional du Mont-Ham, celui de réaliser un sentier illuminé avec des hologrammes pour faire revivre l’histoire des Premières Nations.

« C’est embryonnaire, mais on veut faire un genre de Foresta Lumina complètement différent », explique Frédéric Therrien.

Pour Denys Bernard, qui est également membre du conseil d’administration du Parc régional du Mont-Ham, il est primordial que ce genre d’attraction parle aussi de la réalité d’aujourd’hui.

« Je ne veux pas juste voir des plumes dans ce projet-là, lance-t-il. Il faut faire quelque chose qui va parler du passé, mais aussi des Autochtones d’aujourd’hui. Les traditions, on peut les créer et ce qu’on crée aujourd’hui va faire partie du passé et de l’histoire un jour. » 

Ce serait une attraction disponible l’hiver aussi pour attirer des touristes durant la saison morte. Car il est possible de monter au sommet de la montagne en plein hiver, mais avec des crampons.

« On a moins de monde l’hiver, mais ça augmente, admet M. Therrien. En janvier et février derniers, on a eu environ 1500 personnes chaque mois. »

Un sentier de ski de fond qui fait le tour de la montagne est également dans les plans.

Un tourisme plus «authentique»

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Un tourisme plus «authentique»

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Le tourisme autochtone est en plein essor et la COVID pourrait bien lui avoir donné l’erre d’aller nécessaire pour s’envoler. De nombreuses communautés utilisent maintenant le tourisme comme activité économique principale.

« Le tourisme autochtone est de plus en plus intéressant et recherché, lance d’emblée Suzie O’Bomsawin, directrice du département des consultations territoriales au Grand Conseil de la Nation Waban-Aki. À mon avis, ce qui est surtout motivant pour nous, c’est de véhiculer une image authentique et de reprendre le contrôle sur ce qu’est le tourisme autochtone. C’est de véhiculer une image réaliste et non ce que les touristes veulent bien voir de nous. »

Mme O’Bomsawin indique que le tourisme autochtone permet aussi d’ouvrir un dialogue et de répondre aux questions des visiteurs qui sont toujours très nombreuses. Elle donne le statut Awdowinno au sommet du mont Ham en exemple.

« Les gens nous demandent pourquoi la statue n’a pas de coiffe avec des plumes et porte un chapeau, souligne-t-elle. On leur mentionne que ça ne faisait pas partie de notre héritage et d’autres discussions en découlent. »

Le musée des Abénakis à Odanak, qui existe depuis plus de 50 ans, est d’ailleurs en train de renouveler son exposition permanente.

« Les touristes pourront avoir un regard renouvelé sur nous-mêmes, souligne Mme O’Bomsawin. On est en train de faire tout le travail d’introspection. Il y a plusieurs communautés qui prennent cette tangente en proposant des séjours en forêt ou de rencontres avec des aînés pour apprendre à faire des objets traditionnels. C’est hyper emballant et les touristes sont vraiment intéressés. »

Habituellement, sur les 15 000 visiteurs annuels du musée, on compte principalement des touristes européens ou des gens qui viennent d’autres régions. Ce que Suzie O’Bomsawin observe en ce moment avec les impacts de la COVID, ce sont des gens de la région qui viennent visiter le musée.

« Ça fait du bien d’avoir des discussions avec des touristes européens qui ont énormément de clichés sur les peuples autochtones, mais d’avoir ce dialogue-là avec les gens de la région, c’est aussi intéressant. »

Une pointe de flèche polie de 5000 ans retrouvée à Weedon [VIDÉO]

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Une pointe de flèche polie de 5000 ans retrouvée à Weedon [VIDÉO]

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
 Des archéologues fouillant un champ à Weedon la semaine dernière ont découvert un bel artéfact : une pointe de flèche polie pouvant dater de 5000 ou 6000 ans, qui appartenait aux Premières Nations. « C’est exceptionnel pour nous, ça ne faisait même pas partie de mes rêves! » lance Claude Chapdelaine, professeur au département d’anthropologie à l’Université de Montréal.

En Estrie, seule une quinzaine de pointes comme celle-ci ont été découvertes. Et c’est l’une des régions où il y en a le plus dans tout le Nord-Est américain. « La quasi-totalité des flèches pour aller à la chasse sont taillées. On taille une matière qui se transforme facilement. Donc 99 % des pointes sont taillées. Un artisan peut en faire une en deux heures, tandis qu’une pointe polie, avec de la patience, peut prendre une journée entière », explique le professeur, ajoutant que ces pointes polies avec un pédoncule pour faciliter l’emmanchement sont très rares.

Les professionnels peuvent s’estimer chanceux d’avoir trouvé cet artéfact. « On ne voit pas ce qui est dans le sol. À l’aveugle, la seule solution est de multiplier les sondages. Et la flèche a été retrouvée dans le mur du sondage. Si on avait creusé trois ou quatre centimètres plus à l’est, on ne l’aurait pas trouvée. Ça prend de la chance, mais aussi de la persévérance », pense celui qui compte quatre décennies d’expérience dans ce domaine.

Beatrice Fletcher, une étudiante au doctorat à l’Université McMaster, a découvert cette pièce unique. « C’était la base qui était dans le mur, je ne savais pas ce que c’était. J’ai donc tiré. Je me suis dit wow, c’est quelque chose de vraiment spécial! » dit celle qui, lors d’une fouille en Oregon, avait trouvé des outils taillés dans des os, une autre découverte très spéciale. 

Avant que la pointe prenne le chemin d’une exposition, elle sera envoyée à l’UdeM pour être cataloguée. 

Du popcorn à la dinde aux atocas

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Du popcorn à la dinde aux atocas

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
Il y a peut-être plus d’abénaquis dans votre alimentation que vous ne le croyez. Si l’agriculture d’aujourd’hui n’a que très peu de similitudes avec celle de ce peuple autochtone, il n’en demeure pas moins que les Abénaquis ont inspiré de nombreuses collations toujours populaires auprès des Québécois.

Le maïs soufflé, les pâtes de fruits séchées et les graines de tournesol ou de citrouille sont des exemples que nomme Lysanne O’Bomsawin, vulgarisatrice historique autochtone et chef du traiteur Québénakis, pour en fournir la preuve. 

« La particularité des Abénaquis, c’est qu’ils étaient chasseurs-cueilleurs en plus de faire l’agriculture, avance-t-elle. Ça leur offrait une alimentation plus diversifiée, mais qui ne leur permettait pas de prendre trois repas par jour. On ne mangeait qu’un seul repas par jour, qui était le soir. Sinon, on mangeait des petites grignotines à gauche et à droite. Que ce soit du maïs fleuri, qui est en fait du maïs soufflé, sur lequel on ajoutait du sirop d’érable ou du sucre d’érable, ou que ce soit du pemmican, un mélange de viandes séchées avec de la graisse animale, des avelines et des petits fruits. On pouvait même déshydrater les petits fruits. »

Quoi d’autre? Ces fameux cornets au sucre d’érable qui ont la cote pendant le temps des sucres. « Nous, on mettait de l’écorce de bouleau enroulée autour du sucre d’érable. Quelques cabanes à sucre le font encore de cette manière-là. » 

Comme l’apport nutritionnel était plutôt léger au courant de la journée, celle-ci se terminait donc avec un gros mijoté, explique Mme O’Bomsawin. 

« La grosse couche de graisse qu’on retrouvait à la fin de la cuisson, on la mangeait à la cuillère. C’est un peu comme nos parents qui graissaient leurs toasts. Quand on parle d’héritage, je dirais qu’il y a beaucoup de choses qui se sont faites pendant plusieurs centaines d’années dans la culture canadienne-française, anglaise et européenne en raison des Autochtones. Ça, c’est clair. »

Elle n’hésite pas non plus à mentionner les combinaisons de viandes et de fruits dans une même assiette, comme la fameuse dinde aux atocas, qui était traditionnellement mangée lors du vrai été des Indiens. « Le vrai été des Indiens, c’est le redoux avant que l’hiver commence. Il faut qu’il y ait eu la première neige. C’était le moment de troc crucial où on pouvait échanger nos récoltes. 

« La dinde, qui était dans notre cas du dindon sauvage, est un peu l’héritage qu’ont laissé les Autochtones en lien avec l’Action de grâces ici et aux États-Unis. »  

L’UdeS cultive les savoirs autochtones

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L’UdeS cultive les savoirs autochtones

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
La Tribune
La traditionnelle culture des trois sœurs, soit la symbiose de la courge, du maïs et du haricot, est en vedette depuis 2019 sur le campus de l’Université de Sherbrooke, où un jardin autochtone a été aménagé par le professeur d’histoire Tristan Landry et ses étudiants. Désirant immerger ses étudiants dans la culture autochtone, celui-ci invite maintenant pour une deuxième année un conférencier abénaquis afin d’approfondir leurs connaissances sur la culture de ce peuple. Cette année, la rencontre traitera principalement d’herboristerie, puisqu’il a fait l’ajout d’un bac de plantes médicinales aux abords du potager.

« Certaines des plantes que j’ai plantées sont typiques de la pharmaceutique des Autochtones, tandis que d’autres ont été amenées par les Européens, dit-il. C’est un héritage métissé. On a par exemple l’achillée millefeuilles, qui est indigène des deux continents, ou bien le tabac sacré, qui est propre aux Autochtones et qui est bien différent du tabac canadien. Il avait des usages médicinaux, mais était aussi fumé lors de cérémonies. On a voulu rendre hommage à ça. »

À la suggestion de Lysanne O’Bomsawin, qui était invitée l’an dernier, des tournesols et du tabac canadien ont aussi été plantés dans le jardin autochtone cet été, notamment pour leurs propriétés de pesticides naturels. Cet ajout s’est révélé être un fort succès, selon M. Landry.

Métisser les discussions par la nourriture

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Métisser les discussions par la nourriture

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
À la fin de chaque repas qu’elle sert comme cheffe à domicile à travers la province, Lysanne O’Bomsawin troque les ustensiles pour sa voix. Dans un souci de communion des peuples autochtones et québécois, l’Abénaquise d’Odanak offre aux convives l’occasion de poser toutes les questions qui les démangent, qu’elles soient de nature politique, spirituelle ou culturelle.

« Les gens posent souvent les mêmes questions, établit-elle. Ce sont les mêmes questions qui m’ont été posées dans les années 1980 : si c’est vrai qu’on ne paie pas de taxes, pas d’impôt, qu’on peut chasser n’importe où, n’importe quoi, n’importe quand et sans ratio... Tout est bâti sur des préjugés, et mon but est de les déconstruire. Pour s’en sortir, il faut que les gens connaissent. Et pour que les gens connaissent, il faut qu’on en parle. »

La propriétaire du traiteur Québénakis, qui comporte aussi un volet corporatif, ne se considère pas militante, mais plutôt « comme quelqu’un d’impliqué et qui se doit d’avoir une mission de transmettre de l’information ».  

Elle bâtit donc des liens tout d’abord à travers une expérience culinaire métissée, pour ensuite ouvrir tout grands les esprits sur le passé, le présent et l’avenir des Premières Nations. La Loi sur les Indiens, qu’elle estime bien peu comprise, est souvent au cœur des discussions.  

« Pendant le souper, je donne aussi de l’information sur le type de nourriture qu’ils vont manger et sur le pourquoi j’ai choisi ce plat-là. Évidemment, c’est de l’inspiration autochtone, parce que si on mangeait réellement ce qu’ils mangeaient dans le temps, tout le monde mourrait d’une crise cardiaque à la fin de la soirée! La raison pour laquelle j’arrive à tisser des liens avec les gens, c’est justement parce que je métisse mes plats. Moi, je métisse tout. Pour qu’un peuple évolue, il faut qu’il y ait des mélanges de bagages. » 

Or, au lieu d’un malaise cardiaque, les gens arrivent bien souvent à une tout autre conclusion lors de la soirée, témoigne Mme O’Bomsawin : « les gens sont rendus à demander ce qu’ils peuvent faire pour essayer de nous aider. On part donc de “ vous autres, on sait bien ” à “ qu’est-ce qu’on peut faire pour t’aider? ” C’est là que je les amène à éduquer d’autres personnes de leur entourage. » 

Pour le moment, les services de chef à domicile de Mme O’Bomsawin sont sur pause en raison de la pandémie. L’entrepreneure occupe actuellement le poste de gérante au Moulin Michel de Gentilly. « J’y apporte ma touche historique! », dit-elle. 

Une présence millénaire

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Une présence millénaire

Jean-François Gagnon
Jean-François Gagnon
La Tribune
Le site de la maison Merry, à Magog, est bien connu. Offrant une vue superbe vers la rivière Magog et le lac Memphrémagog, l’endroit permet à la fois de goûter la nature et la vie urbaine. Mais n’allez pas croire que la célèbre famille Merry a découvert le lieu avant tout le monde. Car les Autochtones ont fait escale sur place d’innombrables fois lors de leurs déplacements, et ce, durant des millénaires.

Selon des fouilles archéologiques récentes, des Autochtones séjournaient déjà sur les terrains de la maison Merry il y a 4000 ans de cela. Il faut dire que le lac Memphrémagog agissait un peu comme un aimant sur les Premières Nations. On retrouve en effet 20 sites archéologiques tout autour de ce plan d’eau long de plus de 40 kilomètres.

Un inventaire ayant pour objectif de déterminer le potentiel archéologique du terrain de la vieille résidence a d’abord été réalisé en 2013. Puis, en 2017-2018, on a procédé à des fouilles plus importantes quand on a restauré la demeure ancestrale, qui joue aujourd’hui un rôle de « lieu de mémoire citoyen ».

« L’objet le plus vieux qu’on a trouvé sur place remonte à 4000 ans et c’est un fragment d’outil. Ce qu’on sait maintenant, entre autres, c’est que le lieu était un site de taille de pierres. On a ainsi retrouvé beaucoup d’éclats de pierre, en quelque sorte des déchets résultant de l’activité qui se pratiquait sur place », explique Geneviève Dorion-Bélisle, chargée de projets à la maison Merry.

Les fouilles sur le terrain ont également permis de découvrir des pointes de projectiles et des morceaux de poteries. Chacun de ces objets raconte une partie de l’histoire de l’endroit.

Mme Dorion-Bélisle ne peut dire quelles étaient la ou les nations qui fréquentaient le site il y a 4000 ans. « On se limite donc à parler d’une présence autochtone pour cette époque », reconnaît-elle, ajoutant qu’un vaste territoire d’échanges entre nations a existé en Amérique dans les siècles suivants.

Cela dit, elle désigne clairement les Abénaquis lorsqu’on l’invite à nommer un ou des peuples qui ont foulé le site de la maison Merry au cours des derniers siècles. « Ils habitaient beaucoup au Nouveau-Brunswick et sur la Côte Est. Et ils avaient des territoires de chasse dans la région. »

La légende de Memphré

Si le terrain de la maison Merry attirait les peuples autochtones bien avant l’arrivée des colons, ce serait notamment parce qu’il est situé à l’extrémité nord du lac Memphrémagog, à l’endroit même où la rivière Magog prend naissance.

« Le terrain sur lequel la maison prend place est surélevé par rapport à l’eau. Mais l’eau n’est pas trop loin malgré tout. Les sites d’occupation étaient toujours un peu en hauteur parce qu’ils ne voulaient pas subir d’inondation », fait valoir Geneviève Dorion-Bélisle.

Et le monstre du lac Memphrémagog dans tout ça, les Autochtones le connaissaient-ils? Le craignaient-ils? Ce n’est pas parfaitement clair. Mais il semble que la légende de Memphré a pu naître à cette époque.

« Dans les carnets de Ralph Merry IV, il est noté que les Autochtones ne se baignent pas. Pourquoi? À cause d’un serpent qui se promènerait dans le lac. Ce n’est pas surprenant parce que toutes les légendes ont un certain lien avec le passé », affirme Mme Dorion-Bélisle.

Historien amateur et plongeur sous-marin émérite, le regretté Jacques Boisvert soutenait pour sa part que les peuples autochtones avaient inventé la légende de Memphré pour faire peur aux enfants et éviter qu’ils soient emportés par les flots tumultueux de la rivière Magog.

Une exposition

Afin d’attirer l’attention sur le passé autochtone de la région, la maison Merry avait planifié présenter une nouvelle exposition d’importance à compter du 21 juin dernier. Mais finalement son inauguration a été reportée au printemps 2021.

« On s’approchait des étapes majeures de la production et on était en pleine pandémie. On a donc décidé de reporter d’une année l’inauguration, par prudence. On a annoncé ça en avril avec un gros pincement au cœur. »

Dans le but d’offrir une exposition qui soit la plus complète et éducative possible, l’équipe de la maison Merry travaille en collaboration avec le Grand conseil de la nation Waban-Aki ainsi que le Musée des Abénakis. « Notre objectif n’est pas seulement de parler de ce peuple au passé, mais aussi au présent parce qu’il continue de contribuer à notre société encore aujourd’hui », insiste Geneviève Dorion-Bélisle.