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Le pouvoir gris (suite et fin)
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Le rapport « Habitations pour aînés » souligne que les aînés déménagent peu, car le changement de milieu de vie est un bouleversement important qui peut avoir des effets dramatiques lorsqu’il survient à un âge avancé.
Le rapport « Habitations pour aînés » souligne que les aînés déménagent peu, car le changement de milieu de vie est un bouleversement important qui peut avoir des effets dramatiques lorsqu’il survient à un âge avancé.

Les aînés veulent d’autres scénarios d’habitation collective

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
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« Il y a une volonté d’avoir d’autres scénarios d’habitation collective pour les aînés. La nouvelle génération de personnes âgées veut être plus autonome, vivre plus longtemps chez elle ou sinon dans un environnement collectif, mais plus petit que ce qu’il y a sur le marché », résume Suzanne Garon, chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement, professeure à l’Université de Sherbrooke et directrice du programme Municipalités amies des aînés, qui est en cours dans plus de 900 municipalités au Québec et qui a été repris par l’Organisation mondiale de la santé. 

La vaste majorité des aînés souhaitent ainsi demeurer le plus longtemps possible dans leur domicile. C’est la détérioration de l’état de santé qui est la principale raison obligeant les personnes de plus de 75 ans à considérer une autre avenue.

« Depuis les années 1980, on a beaucoup développé au privé les RPA, soit les résidences pour personnes âgées. Pour le gouvernement, ça ne posait aucun problème. On se disait voilà, les gens en vieillissant iront dans les résidences privées qu’ils paieront avec leur rente et leur fonds de pension », explique la chercheuse en gérontologie sociale, précisant que la fiscalité a même été modulée pour favoriser ce type d’habitation pour les aînés. 

Au fil des années, les RPA sont devenues de plus en plus grosses. « Avant, il y avait beaucoup de petites RPA aménagées dans de grandes maisons où, par exemple, cinq ou huit personnes âgées avaient leur chambre. Mais, les nouvelles mesures de sécurité, ayant la bonne intention de protéger les aînés, ont fait en sorte que bon nombre de petites résidences ont disparu, car il devenait très coûteux de répondre aux nouvelles normes », mentionne Mme Garon, citant en exemple les géants de l’industrie des résidences pour retraités tels que le Groupe Maurice, le Groupe Cogir et le Groupe Savoie.

Suzanne Garon

« Ce qu’on voit avec la pandémie, c’est que les gens désirent garder leur liberté. Ça dépend toujours de la façon dont est gérée la résidence, mais souvent plus c’est gros, plus c’est impersonnel. Les résidents n’ont parfois aucune décision à prendre et se sentent organisés plutôt que libres. »
Suzanne Garon

Le rapport « Habitations pour aînés » publié en 2016 confirme que les petites RPA de moins de 10 places sont moitié moins nombreuses en 2014 qu’en 1994 et les RPA de 100 places et plus sont en forte croissance, soit 43 % entre 1994 et 2014.

« Or des études démontrent que les gens aiment vivre dans ces grandes RPA au départ, car ils se sentent comme au Club Med ou dans un tout inclus. Mais après deux ans, ils peuvent avoir l’impression d’être ailleurs et de ne pas se sentir réellement chez eux. On a l’impression d’être en représentation, comme à l’hôtel, et la solidarité n’émerge pas nécessairement. Cette critique s’est développée au cours des dix dernières années et, en même temps, est né le désir de créer d’autres types d’habitation. Des habitations plus petites, des OSBL ou des coopératives par exemple », souligne Mme Garon, ajoutant que la coop L’AncrÂge, à Sherbrooke, est le fruit de cette volonté.

Récemment, même les gros joueurs de l’industrie des RPA privées se tournent vers de plus petites unités pour répondre à la nouvelle tendance, mentionne Mme Garon. Les nouvelles Maisons des aînés, initiative du gouvernement caquiste, sont aussi bâties selon le modèle de petites maisonnées.

Par ailleurs, la COVID-19 a intensifié la volonté d’imaginer d’autres types d’habitation collective pour aînés.

« Ce qu’on voit avec la pandémie, c’est que les gens désirent garder leur liberté. Ça dépend toujours de la façon dont est gérée la résidence, mais souvent plus c’est gros, plus c’est impersonnel. Les résidents n’ont parfois aucune décision à prendre et se sentent organisés plutôt que libres. Par exemple, se confiner de manière volontaire, ce n’est pas comme se le faire imposer. Même si on arrive au même résultat, on se sent moins prisonnier », note Mme Garon, précisant qu’un OSBL ou une coopérative d’habitation peut permettre de conserver plus de liberté individuelle.

 « Au sein de notre clientèle plus âgée, plusieurs personnes nous ont dit récemment qu’elles avaient annulé leur bail au VU ou dans un autre RPA préférant aller dans des appartements pour être certains de ne pas être brimés dans leur liberté », a observé le courtier immobilier Jean-François Bérubé, rappelant que les résidents de RPA ont été privés de sorties pendant plusieurs semaines depuis le début de la pandémie.

Jean-François Bérubé

Avant de choisir l’habitation collective, les choix individuels

Les courtiers immobiliers confirment que les gens demeurent de plus en plus longtemps dans leur résidence. « Ce n’est pas rare qu’on ait des clients de 84, 86 et même 90 ans qui décident finalement de vendre leur maison. Ces gens se tournent de plus en plus vers les appartements locatifs haut de gamme. Le marché des codominions est en baisse. Les gens préfèrent de plus en plus vendre leur résidence, aller dans un logement et profiter du capital encaissé lors de la vente », note le courtier Jean-François Bérubé.

La mise sur pied de coopératives d’économie sociale permettrait à encore plus d’aînés de demeurer à la maison plus longtemps. « Souvent les gens dans les groupes focus nous disent qu’ils seraient restés plus longtemps s’ils avaient eu quelqu’un pour aller pelleter la neige, changer une ampoule, réparer une poignée de porte. S’il y avait de petits services offerts, un pairage avec un organisme d’économie sociale, ce serait gagnant. Les Australiens sont les meilleurs pour ça. Les aînés sont en mesure de recevoir la visite d’un médecin ou d’un homme à tout faire à domicile », souligne la chercheuse Suzanne Garon.

Le concept des maisons bigénérationnelles est théoriquement intéressant. « Mais c’est très marginal concrètement comme choix, car il est difficile d’arrimer les besoins et les budgets des parties. Aussi, étant donné que chaque contexte est différent, c’est difficile de trouver ou de revendre une telle propriété. Il y a très peu de demande et d’offre », résume M. Bérubé.

« Aussi, il y a des contraintes en ce qui a trait à certaines réglementations municipales. Par exemple, si l’aîné a sa propre cuisine, ça devient un logement locatif. Et s’il ne l’a pas, il n’a pas sa pleine liberté », renchérit Mme Garon.

De façon générale, le rapport « Habitations pour aînés » souligne que les aînés déménagent peu, car le changement de milieu de vie est un bouleversement important qui peut avoir des effets dramatiques lorsqu’il survient à un âge avancé.