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Le pouvoir gris (suite et fin)
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Le pouvoir gris (suite et fin)
En 2020, La Tribune a choisi de se pencher chaque mois sur un enjeu de société qui a évolué depuis l’année 2000 afin de prendre la mesure du changement. Voici la seconde partie de notre dossier sur le pouvoir gris et du même coup  le dernier volet de cette série. Nous espérons que vous avez apprécié toutes ces réflexions!
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Les aînés veulent d’autres scénarios d’habitation collective

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Les aînés veulent d’autres scénarios d’habitation collective

Mélanie Noël
Mélanie Noël
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« Il y a une volonté d’avoir d’autres scénarios d’habitation collective pour les aînés. La nouvelle génération de personnes âgées veut être plus autonome, vivre plus longtemps chez elle ou sinon dans un environnement collectif, mais plus petit que ce qu’il y a sur le marché », résume Suzanne Garon, chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement, professeure à l’Université de Sherbrooke et directrice du programme Municipalités amies des aînés, qui est en cours dans plus de 900 municipalités au Québec et qui a été repris par l’Organisation mondiale de la santé. 

La vaste majorité des aînés souhaitent ainsi demeurer le plus longtemps possible dans leur domicile. C’est la détérioration de l’état de santé qui est la principale raison obligeant les personnes de plus de 75 ans à considérer une autre avenue.

« Depuis les années 1980, on a beaucoup développé au privé les RPA, soit les résidences pour personnes âgées. Pour le gouvernement, ça ne posait aucun problème. On se disait voilà, les gens en vieillissant iront dans les résidences privées qu’ils paieront avec leur rente et leur fonds de pension », explique la chercheuse en gérontologie sociale, précisant que la fiscalité a même été modulée pour favoriser ce type d’habitation pour les aînés. 

Au fil des années, les RPA sont devenues de plus en plus grosses. « Avant, il y avait beaucoup de petites RPA aménagées dans de grandes maisons où, par exemple, cinq ou huit personnes âgées avaient leur chambre. Mais, les nouvelles mesures de sécurité, ayant la bonne intention de protéger les aînés, ont fait en sorte que bon nombre de petites résidences ont disparu, car il devenait très coûteux de répondre aux nouvelles normes », mentionne Mme Garon, citant en exemple les géants de l’industrie des résidences pour retraités tels que le Groupe Maurice, le Groupe Cogir et le Groupe Savoie.

Suzanne Garon

« Ce qu’on voit avec la pandémie, c’est que les gens désirent garder leur liberté. Ça dépend toujours de la façon dont est gérée la résidence, mais souvent plus c’est gros, plus c’est impersonnel. Les résidents n’ont parfois aucune décision à prendre et se sentent organisés plutôt que libres. »
Suzanne Garon

Le rapport « Habitations pour aînés » publié en 2016 confirme que les petites RPA de moins de 10 places sont moitié moins nombreuses en 2014 qu’en 1994 et les RPA de 100 places et plus sont en forte croissance, soit 43 % entre 1994 et 2014.

« Or des études démontrent que les gens aiment vivre dans ces grandes RPA au départ, car ils se sentent comme au Club Med ou dans un tout inclus. Mais après deux ans, ils peuvent avoir l’impression d’être ailleurs et de ne pas se sentir réellement chez eux. On a l’impression d’être en représentation, comme à l’hôtel, et la solidarité n’émerge pas nécessairement. Cette critique s’est développée au cours des dix dernières années et, en même temps, est né le désir de créer d’autres types d’habitation. Des habitations plus petites, des OSBL ou des coopératives par exemple », souligne Mme Garon, ajoutant que la coop L’AncrÂge, à Sherbrooke, est le fruit de cette volonté.

Récemment, même les gros joueurs de l’industrie des RPA privées se tournent vers de plus petites unités pour répondre à la nouvelle tendance, mentionne Mme Garon. Les nouvelles Maisons des aînés, initiative du gouvernement caquiste, sont aussi bâties selon le modèle de petites maisonnées.

Par ailleurs, la COVID-19 a intensifié la volonté d’imaginer d’autres types d’habitation collective pour aînés.

« Ce qu’on voit avec la pandémie, c’est que les gens désirent garder leur liberté. Ça dépend toujours de la façon dont est gérée la résidence, mais souvent plus c’est gros, plus c’est impersonnel. Les résidents n’ont parfois aucune décision à prendre et se sentent organisés plutôt que libres. Par exemple, se confiner de manière volontaire, ce n’est pas comme se le faire imposer. Même si on arrive au même résultat, on se sent moins prisonnier », note Mme Garon, précisant qu’un OSBL ou une coopérative d’habitation peut permettre de conserver plus de liberté individuelle.

 « Au sein de notre clientèle plus âgée, plusieurs personnes nous ont dit récemment qu’elles avaient annulé leur bail au VU ou dans un autre RPA préférant aller dans des appartements pour être certains de ne pas être brimés dans leur liberté », a observé le courtier immobilier Jean-François Bérubé, rappelant que les résidents de RPA ont été privés de sorties pendant plusieurs semaines depuis le début de la pandémie.

Jean-François Bérubé

Avant de choisir l’habitation collective, les choix individuels

Les courtiers immobiliers confirment que les gens demeurent de plus en plus longtemps dans leur résidence. « Ce n’est pas rare qu’on ait des clients de 84, 86 et même 90 ans qui décident finalement de vendre leur maison. Ces gens se tournent de plus en plus vers les appartements locatifs haut de gamme. Le marché des codominions est en baisse. Les gens préfèrent de plus en plus vendre leur résidence, aller dans un logement et profiter du capital encaissé lors de la vente », note le courtier Jean-François Bérubé.

La mise sur pied de coopératives d’économie sociale permettrait à encore plus d’aînés de demeurer à la maison plus longtemps. « Souvent les gens dans les groupes focus nous disent qu’ils seraient restés plus longtemps s’ils avaient eu quelqu’un pour aller pelleter la neige, changer une ampoule, réparer une poignée de porte. S’il y avait de petits services offerts, un pairage avec un organisme d’économie sociale, ce serait gagnant. Les Australiens sont les meilleurs pour ça. Les aînés sont en mesure de recevoir la visite d’un médecin ou d’un homme à tout faire à domicile », souligne la chercheuse Suzanne Garon.

Le concept des maisons bigénérationnelles est théoriquement intéressant. « Mais c’est très marginal concrètement comme choix, car il est difficile d’arrimer les besoins et les budgets des parties. Aussi, étant donné que chaque contexte est différent, c’est difficile de trouver ou de revendre une telle propriété. Il y a très peu de demande et d’offre », résume M. Bérubé.

« Aussi, il y a des contraintes en ce qui a trait à certaines réglementations municipales. Par exemple, si l’aîné a sa propre cuisine, ça devient un logement locatif. Et s’il ne l’a pas, il n’a pas sa pleine liberté », renchérit Mme Garon.

De façon générale, le rapport « Habitations pour aînés » souligne que les aînés déménagent peu, car le changement de milieu de vie est un bouleversement important qui peut avoir des effets dramatiques lorsqu’il survient à un âge avancé.

Un petit coup de pouce pour vivre à la maison

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Un petit coup de pouce pour vivre à la maison

Serge Denis
Serge Denis
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Nous sommes en 1988. Un petit groupe de personnes âgées désireuses de vivre leur retraite le plus longtemps possible à la maison se réunit à Sherbrooke afin de créer une équipe volante qui viendrait chez eux donner un coup de main pour le ménage et quelques tâches domestiques. 

Quelques mois plus tard naissait la toute première coopérative de services à domicile au Québec. Celle-ci compte aujourd’hui près de 1900 clients membres à Sherbrooke seulement desservis par une escouade de 130 préposées à l’entretien ménager et préposées aux soins en plus des 14 employés de bureau. Mieux encore, des organisations semblables ont été déployées dans chacune des MRC québécoises et rejoignent quelque 100 000 personnes par an pour devenir des actrices indispensables dans le réseau de la santé et des services sociaux. 

« Nous sommes une PME », aime à dire Anne-Marie Poirier, directrice générale de la Coopérative de services à domicile de l’Estrie. Une PME en pleine expansion, devrait-elle ajouter, surtout pour ses services d’assistance personnelle (hygiène, soins non réglementés, administration de médicaments, répit et présence-surveillance). « Il y a trois ans seulement, nous avons offert quelque 1000 heures pour ce volet. Cette année, nous sommes rendus à 28 979 heures! »

On pourrait croire que tout baigne pour cette « PME » qui affiche une telle croissance. Pourtant non. « Il faut savoir que nous sommes un partenaire des CLSC pour les services d’assistance personnelle, puisque ce sont eux qui financent les soins à domicile et recommandent les bénéficiaires. Nous répondons à des appels d’offres. On est toujours à risque que le réseau de la santé se tourne vers un autre fournisseur de services. Si ça arrive, moi je suis obligée de mettre à pied une soixantaine de préposées aux soins. »


« Il y a trois ans seulement, nous avons offert quelque 1000 heures pour ce volet. Cette année, nous sommes rendus à 28 979 heures! »
Anne-Marie Poirier

Prise de conscience

La Coopérative de services à domicile de l’Estrie a pourtant fait la démonstration de son efficacité et de sa capacité d’adaptation, particulièrement au cours des derniers mois, marqués par la pandémie. « C’est effrayant de le dire, mais la COVID a mis en lumière les aberrations du système, les terribles erreurs que nous avons faites au cours des dernières années en dirigeant les personnes en perte d’autonomie vers les CHSLD. Mais on sent qu’une prise de conscience est commencée.

« Pourtant, reprend-elle, toutes les recherches le démontrent : les gens vivent plus heureux et plus longtemps à domicile qu’en institution, la maladie d’Alzheimer se développe plus lentement, les capacités cognitives se maintiennent plus longtemps, etc. Les CHSLD devraient être un dernier recours, quand la personne a perdu son autonomie. Mais encore aujourd’hui, les services à domicile demeurent sous-financés comparativement à l’ensemble du budget consacré aux personnes âgées. » (voir encadré)

Cette précarité a des conséquences quotidiennes pour Anne-Marie Poirier et les bénéficiaires de sa coopérative. La première est la difficulté à trouver du personnel pour répondre à la demande, qui n’en finit plus de grandir, avec le vieillissement de la population. « Si nous avions une entente durable avec les CLSC, nous pourrions garantir un meilleur salaire à notre personnel et une plus grande sécurité d’emploi. En ce moment, nous devons travailler très fort pour embaucher plus de monde pour le ménage, les courses, la préparation des repas ou la lessive. Nous pourrions aussi ajouter des services d’entretien, comme le ramassage de feuilles, le déneigement d’escaliers ou de toits, de petits travaux de peinture, etc. Tout ça fait aussi partie de la qualité de vie à domicile! »

Manifestement fière de son équipe, Anne-Marie Poirier ne s’en cache pas : le travail est exigeant. « Les derniers mois ont été exigeants en raison de la pandémie. Il a fallu nous adapter aux consignes de la Santé publique. Et comme c’est encore plus difficile de recruter des gens, on sent une certaine fatigue. Mais les clients nous le disent à quel point ils apprécient notre présence. » On s’en doute, le service de répit et de surveillance pour les proches aidants s’est avéré particulièrement précieux ces derniers temps. « On le constate, les gens ont besoin de souffler, de voir d’autre monde, de sortir de la maison. C’est tellement important! »

Loin du Danemark!

Le Danemark consacre 73 % de son budget des soins de longue durée aux services à domicile; la France, 43 %; le Québec? 17 %! selon des chiffres du journal Le Devoir repris par le Réseau de coopération des entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EÉSAD) dans son mémoire intitulé Chez moi pour la vie, présenté au gouvernement québécois en octobre. 

Le regroupement y propose rien de moins qu’un « grand chantier sur le maintien à domicile » afin d’assurer le développement des organisations locales et leur donner un rôle de partenaire à part entière dans le réseau de la santé et des services sociaux. 

Alors que 80 pour cent des personnes âgées de 65 ans et plus ont choisi de rester dans leur maison ou leur appartement, on y rapporte que 68 % des quelque 6000 victimes de la COVID-19 enregistrées jusqu’à septembre vivaient en CHSLD, 17 % habitaient dans une résidence pour aînés et seulement 10 % demeuraient dans leur domicile, d’après les statistiques compilées par l’Institut national de la santé publique.

Vieillir en mode coopératif

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Vieillir en mode coopératif

Serge Denis
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Réjeanne Pagé et son époux n’ont pas cherché très longtemps où se loger en 2016 quand le besoin s’est fait sentir de vivre dans un milieu supervisé où ils n’auraient pas à se soucier de préparer les repas. 

La coopérative de solidarité en habitation La Grande Vie existait déjà depuis cinq ans au bout de la rue de Courcelette, dans le secteur du Mont-Bellevue à Sherbrooke. Il semble bien qu’on l’attendait, puisqu’elle est rapidement devenue présidente du conseil d’administration de la résidence, qui compte 54 logements de trois ou quatre pièces et demi. 

« Quand ils m’ont demandé si je voulais devenir présidente, ma première réaction a été de leur dire ‘‘laissez-moi arriver’’, s’amuse la femme aujourd’hui âgée de 77 ans. Je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais, ajoute-t-elle. Mais on a été bien encadrés par les gens des coopératives partenaires. » La Grande Vie a vu le jour sous l’impulsion des coopératives d’habitation des Cantons-de-l’Est et de la Rive gauche.

Il faut dire que Mme Pagé n’en était pas à ses premiers pas dans le monde des coopératives d’habitation. Résidante de longue date dans le quartier centre-sud, elle a habité durant plusieurs années dans un petit immeuble de ce type, rue Laurier. « La principale différence, c’est que le loyer est généralement plus abordable, fait-elle valoir. Ensuite, nous avons la possibilité d’aménager les lieux selon nos goûts. Ici, par exemple, des résidants ont mis des fleurs à différents endroits, d’autres ont fait un petit jardin. »

Évidemment, personne ne s’attend à ce que les personnes âgées ou en légère perte d’autonomie se lancent dans de grandes corvées, comme on en voit dans les autres résidences coopératives. « On se donne des services en fonction de nos moyens et de nos limites, précise la septuagénaire. Par exemple, notre salle à manger fonctionne sur le principe d’une cafétéria où chacun va se servir, tandis que les autres résidences offrent souvent le service aux tables. C’est forcément plus cher. »

Réjeanne Pagé voit d’un bon œil la construction de la phase 2 de La Grande Vie, qui doit commencer l’an prochain et accueillir ses premiers résidants en 2022. « On est encore en bonne santé, mon mari et moi, mais on va regarder ça quand on sera rendus là. » Ce prolongement de 34 logements de type studio, dont les murs seront amovibles, s’adressera à des personnes âgées nécessitant plus de soins.  

Modèle estrien

« Il ne faut pas se surprendre si nos membres vieillissent, souligne Jacques Côté, trésorier de la coopérative de solidarité mais non résidant. C’est pour ça qu’on travaille depuis longtemps à ce projet », ajoute le président de la Confédération québécoise des coopératives d’habitation, qui a aussi dirigé durant une vingtaine d’années la Coopérative d’habitation des Cantons-de-l’Est. 

Le modèle des habitations coopératives pour aînés a ceci de particulier : elles sont toutes des coopératives de solidarité, ce qui ouvre la porte à des membres non résidants au sein du conseil d’administration. « Cette forme de gestion est née ici, en Estrie, souligne M. Côté avec une pointe de fierté. Elle permet aux administrateurs de bénéficier de l’expertise des gens du milieu coopératif. » Dans les petits villages comme Racine ou Saint-Camille, c’est souvent la municipalité elle-même qui s’implique dans la construction de résidence sur le modèle coopératif afin d’offrir à ses citoyens âgés la possibilité de vivre leur retraite dans leur milieu. 

« Le bien-être des résidants est toujours au centre des discussions, insiste Jacques Côté, comme pour n’importe quelle coopérative d’habitation. La seule différence pour les personnes âgées, c’est qu’il faut les accompagner de manière un peu plus soutenue. » 

On s’en doute, la coopérative de solidarité La Grande Vie n’a pas été épargnée par les contraintes liées à la pandémie de COVID-19. Les administrateurs ont dû se soumettre aux mêmes règles que les autres résidences pour personnes aînées. « C’est certain que tout devient plus compliqué avec les règles de distanciation et que ça crée de la mauvaise humeur et de l’inquiétude », convient Jacques Côté, qui se prépare lentement à céder sa place dans l’organisation.

Même son de cloche du côté de Réjeanne Pagé, qui a vu son rôle s’alourdir au cours des derniers mois, notamment en raison des réunions qui doivent se tenir en mode virtuel et des nouvelles règles à imposer pour le bien de chacun. « C’est beaucoup de responsabilités, soupire-t-elle. Surtout que c’est plus difficile à louer dans les circonstances. Les gens ont peur de venir visiter et d’envisager un déménagement. C’est normal. »  

Livrer des repas... et du bonheur !

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Livrer des repas... et du bonheur !

Alain Goupil
Alain Goupil
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Comme des milliers de Québécois à la retraite, Madeleine Fiola-Laliberté et Bruno Laliberté consacrent quelques heures par semaine à faire du bénévolat. Pour eux, comme pour beaucoup d’autres, le bénévolat est essentiel à la bonne marche d’une société, qui se préoccupe du bien-être de ses concitoyens. 

En avril dernier, en plein cœur de la première vague, ils ont appris que la Popote roulante était à la recherche de chauffeurs et de voltigeurs pour livrer des repas chauds à domicile auprès des personnes âgées en perte d’autonomie.

 Ils ont pu ainsi faire d’une pierre deux coups, malgré la pandémie.

« En étant tous les deux de la même cellule familiale, on peut faire notre bénévolat ensemble : moi comme chauffeur et Madeleine comme voltigeuses qui va porter les repas à chaque porte », explique Bruno Laliberté, un travailleur autonome à la semi-retraite.

Les dernières données compilées par l’Institut de la statistique du Québec indiquent que le tiers des Québécois âgés de 16 à 65 ans ont fait du bénévolat pour un organisme de bienfaisance ou un organisme sans but lucratif, pour un parti politique ou pour un groupe d’action au cours des 12 mois précédents.

« C’est une façon aussi de donner au suivant. On a fait beaucoup de bénévolat plus jeune. Cela faisait un bout de temps qu’on n’en faisait plus. Avec la pandémie, comme on est confinés chez nous, on trouvait que c’était une sortie agréable. Ça aide les gens en plus », souligne Madeleine, qui a fait carrière comme technicienne en radiologie avant de prendre sa retraite, il y a 11 ans.

Les motifs qui mènent au bénévolat sont aussi nombreux que les bénévoles eux-mêmes. Chacun a sa propre histoire derrière le choix qu’il fait à l’égard d’une cause ou d’un organisme en particulier. Mais les motivations profondes, elles, semblent avoir évolué avec le temps.


« Quand les gens nous voient arriver, on sent qu’ils sont heureux. Souvent, les gens vont me dire : ‘‘Même à travers ton masque, on voit toujours ton beau sourire…’’ Juste ça, ça vaut de l’or! »
Madeleine Fiola-Laliberté

« Il y a 30-40 ans, les gens qui faisaient du bénévolat le faisaient souvent pour des motifs religieux. C’était pour ‘‘gagner son ciel’’ comme on disait à l’époque », rappelle Rémi Demers, directeur général de Sercovie, qui compte 320 bénévoles, offrant plus de 40 000 heures de leurs temps chaque année. « Aujourd’hui, ce qu’on remarque, c’est que les baby-boomers font du bénévolat pour appuyer une cause précise, pour réaliser quelque chose ou encore pour se réaliser eux-mêmes à travers une cause. »

Il observe aussi que les baby-boomers ont tendance à « magasiner » leur bénévolat, que ce soit en fonction de leurs idéaux ou de leurs aspirations profondes… du moment.

Même si cette nouvelle réalité nécessite de la part des organismes des efforts constants de recrutement, M. Demers ne s’en plaint pas, au contraire. « C’est plus de travail, mais c’est aussi très stimulant. Ce sont des gens très motivés avec plein d’idées en tête. »

Pour Madeleine et Bruno, la Popote roulante a été un choix éclairé. « On aurait pu choisir un autre organisme, mais le fait que ce soit une cause associée à la nourriture, je trouvais ça important. Tout le monde doit manger chaque jour. Et ce n’est pas tout le monde qui a l’énergie pour se faire à manger tous les jours… »

Pas qu’une question de sous

En 2013, Statistique Canada évaluait à 5,7 M$ l’apport économique du bénévolat sur la société québécoise. 

Or, pour Madeleine Fiola-Laliberté et Bruno Laliberté, l’action bénévole est d’abord et avant tout une question de solidarité plutôt que d’économie. 

« Le mot qui me vient à l’esprit pour résumer l’impact du bénévolat, c’est le mot indispensable, souligne Bruno. Sans le bénévolat, plusieurs organismes comme la popote roulante ne pourraient tout simplement pas survivre et offrir certains services. S’ils devaient rémunérer tout le monde, ce serait impossible. C’est pour ça que je dis que c’est indispensable dans une société comme la nôtre. »

Le sentiment d’être utile et de faire une différence dans la vie de certaines personnes est toujours aussi présent, soumet Madeleine. 

« Quand les gens nous voient arriver, on sent qu’ils sont heureux. Souvent, les gens vont me dire : ‘‘Même à travers ton masque, on voit toujours ton beau sourire…’’ Juste ça, ça vaut de l’or! »

Pour Madeleine, le bénévolat est une chaîne de solidarité qui, espère-t-elle, continuera de relier les générations à venir.

« J’espère que le jour où j’aurai besoin de soins ou d’une aide quelconque, et que je n’ai pas les moyens de me les payer, il y aura toujours des bénévoles pour combler mes besoins. »

L’impact du vieillissement de la population

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L’impact du vieillissement de la population

Mélanie Noël
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« Le principal problème dans les centres d’hébergement pour aînés est le manque de main-d’œuvre et ce phénomène est lié au vieillissement de la population. C’est pour ça qu’on a une politique d’immigration. On ne se reproduit pas suffisamment pour garder un équilibre. On a un taux de natalité variant de 1,4 à 1,7 et ça prend un taux de 2,2 pour maintenir nos besoins en main-d’œuvre. Alors on ne peut pas être contre l’immigration au Québec ou au Canada », explique Suzanne Garon, chercheuse au Centre de recherche sur le vieillissement, professeure à l’Université de Sherbrooke.

Déjà, 11 régions du Québec comptent plus de 15 % de leur population âgée de 65 ans et plus, selon le rapport « Habitations pour aînés ». Le taux de vieillissement ira en s’accroissant davantage d’ici 2026. En 2036, 83 des 104 MRC et administrations régionales du Québec compteront plus de 25 % d’aînés dont 34 MRC plus de 33 %. Le taux de vieillissement provincial sera alors de 26 %. 

L’Estrie sera une des régions les plus touchées avec un pourcentage de la population âgée de 65 ans et plus qui passera de 17 % à 30 % entre 2011 et 2036.  

En 2056, le Québec comptera 1 million de personnes âgées de 80 ans ou plus et 19 000 centenaires.

Quelques chiffres

Au Québec, 9,5 % des personnes âgées de 65 ans et plus vivent dans des lieux réservés aux aînés (incluant les RPA et les centres hébergement publics), en 2018-2019, comparativement à une moyenne canadienne de 7 %. Si on isole les 75 ans et plus, le pourcentage monte à 18,4 %, soit trois fois plus que pour le reste du Canada (de là notre plus grande vulnérabilité à la COVID-19).

Seuls 3,70 % des gens âgés de 65 ans et plus étaient hébergés dans le système public, qui inclut les CHSLD (2,5 %), les ressources intermédiaires (1,2 %), en 2018. 

Moins du tiers des Québécois âgés de 90 ans et plus terminent leurs jours en hébergement public, selon le rapport Habitations pour aînés, datant de 2016.  

En date du 4 août 2016, 1851 RPA sont recensées dans l’ensemble du Québec. Plus de 90 % d’entre elles sont de propriété privée, à but lucratif.

Au niveau des logements sociaux, il existe deux types. Au public, il y a les HLM, la forme la plus répandue de logement social au Québec, et la propriété collective privée (OSBL d’habitation [OSBL-H] ou coopérative d’habitation)

Selon l’Institut de la statistiques du Québec et de la Société canadienne d’habitation et de logement.