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Le don d'organes
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Le don d'organes
17 transplantations ont été réussies en pleine pandémie en Estrie
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« Ma mère a sauvé cinq vies »

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« Ma mère a sauvé cinq vies »

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
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La mort survient parfois sans avertissement. Sans préparation. Sans cheminement. Parfois, une femme en bonne santé de 65 ans sort tondre son gazon, elle a rendez-vous avec une amie un peu plus tard dans la journée, elle profite de sa jeune retraite, et puis tout à coup, le ciel qui paraissait dégagé se déchire.

« Ma mère a eu un anévrisme. C’est comme un accident de voiture, en fait. Pouf, on se retrouve devant la mort, c’est fait, on ne peut pas revenir en arrière », relate sa fille Marie-Noëlle Gattuso.

Pour se préparer au deuil de sa mère, Marie-Noëlle a quand même pu bénéficier de quelques heures auprès d’elle avant qu’on ne déclare qu’elle était en état de mort cérébrale.

« Ma mère a d’abord été transportée à l’hôpital de Cowansville où elle habite avant d’être transférée à Sherbrooke pour subir un scan. Une opération pouvait être tentée pour la sauver, mais peu importe le succès de l’opération, on pouvait nous certifier que ma mère ne serait plus jamais la même, qu’elle ne retrouverait pas son autonomie. Or ma mère avait été claire : elle ne voulait pas vivre dans un état où elle ne pourrait pas prendre soin d’elle-même », se rappelle Marie-Noëlle.

Quelques années avant son décès, Marie-Pierre Gattuso a eu la chance de faire un voyage à Walt Disney World avec toute sa famille, des souvenirs inoubliables pour toute la famille aujourd’hui encore.

« C’était difficile, mais au moins, c’était clair », ajoute-t-elle.

Quand le diagnostic de mort cérébrale s’est imposé, la question du don d’organes a été abordée par une infirmière-ressource en don d’organes du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Avec douceur, avec doigté, avec beaucoup d’humanité.

Humanité, c’est le mot qui revient souvent dans le discours de Marie-Noëlle.

 Mais cette fois, pour la famille Gattuso, la réponse à la question était beaucoup moins claire. En effet, la question du don d’organes n’avait jamais été abordée avec leur mère bien-aimée. Elle n’avait pas non plus signé sa carte de don d’organes.

Marie-Pierre Gattuso a œuvré dans l’enseignement jusqu’à sa retraite à l’âge de 60 ans.

« On nous a demandé quel genre de femme était notre mère. La réponse, c’est qu’elle était une femme généreuse, qui avait à cœur d’aider les autres et qui avait fait une carrière dans l’enseignement, donc qui avait fait beaucoup pour les enfants », se rappelle sa fille Marie-Noëlle.

Et c’est ainsi que la famille réunie a décidé que Marie-Pierre Gattuso allait offrir une seconde chance à des personnes gravement malades en faisant le don de ses organes.

 « Toute une différence! »

C’est en octobre 2018 que la foudre s’est déchainée sur la famille Gattuso. Trois semaines plus tard, Marie-Noëlle retournait à l’hôpital, le même hôpital, mais cette fois pour donner la vie à son premier enfant.

« Toute une différence d’aller à l’hôpital pour le décès d’une personne et pour donner la vie ensuite! » se souvient-elle avec émotion.

Le premier Noël sans la présence de la maman a été difficile pour les Gattuso.

 « Ma mère a pu faire don de ses reins, de son foie, de son pancréas, de ses poumons et de tissus. À notre premier Noël, on a pu se dire que cinq personnes ont pu fêter Noël avec leur famille grâce à son don! Ça, ça nous a fait beaucoup de bien », énumère sa fille avec une fierté évidente.

« Ma mère a contribué à donner la vie à plusieurs autres personnes. C’est une héroïne », ajoute-t-elle.

Aujourd’hui, Marie-Noëlle Gattuso parle du don d’organes autour d’elle avec fierté.

« Le don d’organes permet de donner du sens à quelque chose qui n’en a pas », rappelle-t-elle sagement.

Transplant Québec recommande aux personnes qui souhaitent faire un don d’organes d’inscrire leurs volontés dans un des registres officiels, par le biais de la RAMQ, de la Chambre des notaires ou en signant l’autocollant au dos de leur carte d’assurance maladie. Il est également important de faire part de cette décision à ses proches.

Année difficile pour les dons d’organes

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Année difficile pour les dons d’organes

Marie-Christine Bouchard
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 Pas moins de 390 Québécois ont pu recevoir la greffe d’un organe dans la dernière année malgré le contexte difficile de la pandémie. En Estrie, cela représente 17 personnes qui ont bénéficié d’une transplantation.

C’est ainsi que les efforts doivent continuer, car 802 personnes au Québec sont toujours en attente d’un don d’organe, dont 29 Estriens, rappelle Transplant Québec alors que s’achève la Semaine nationale du don d’organes et de tissus qui se termine ce samedi.

« La dernière année a été difficile. Au début de la pandémie, on a fermé tous les programmes de transplantation. Puis comme partout ailleurs, nous avons appris à vivre avec le virus, et on s’est adapté », mentionne le Dr Frédérick D’Aragon, médecin coordonnateur en don et en transplantation d’organes et de tissus au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Une année longue et difficile pour des patients plus que jamais plongés dans l’incertitude en raison de la pandémie. Mais l’espoir est là.

« Récemment, nous avons vécu une semaine exceptionnelle en Estrie avec trois greffes rénales réalisées dans la même semaine! Les patients qui reçoivent des dons sont toujours reconnaissants, c’est un vrai cadeau, mais c’est plus vrai que jamais dans le contexte actuel de la pandémie », mentionne le Dr D’Aragon. 

Les équipes du CIUSSS de l’Estrie-CHUS ont réussi à garder le cap en matière de don d’organes dans la tourmente causée par la pandémie.

En effet, 13 patients décédés en Estrie ont pu faire don de leurs organes dans la dernière année, ce qui est très bien dans une région de 500 000 personnes. Mais pour arriver à faire 13 dons, il faut identifier bien plus de patients en amont parce que le processus de don est complexe et qu’il faut satisfaire de très nombreux critères pour devenir donneur.

Le Dr Frédérick D’Aragon est médecin coordonnateur en don et en transplantation d’organes et de tissus au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« « Nous sommes la région du Québec qui identifie le mieux les donneurs potentiels. » »
Dr Frédérick D’Aragon, médecin coordonnateur en don et en transplantation d’organes et de tissus au CIUSSS de l’Estrie-CHUS

« Nous sommes la région du Québec qui identifie le mieux les donneurs potentiels. Pour que ça fonctionne aussi bien, c’est que nous avons un système de qualité dans notre CIUSSS qui nous permet de bien performer dans les salles d’urgence, en radiologie, aux blocs opératoires, aux soins intensifs, dans tous ces endroits où les choses peuvent mal tourner pour les patients », mentionne le médecin coordonnateur.

De plus, dans la dernière année, le programme de don et en transplantation de don d’organes au CIUSSS a pourtant perdu quelques ressources infirmières qui ont dû aller donner des soins directs aux patients – délestage oblige.

« Notre réussite, c’est l’effort de tout le monde », se réjouit le Dr D’Aragon.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a aussi nommé une responsable du don d’organes au niveau administratif. « Madeleine Ducharme a permis que le don d’organes soit identifié comme une priorité dans notre CIUSSS. Ce ne sont pas tous les CIUSSS qui ont la même structure administrative qu’ici. Pour que le système continue de bien fonctionner sur le terrain, il fallait aussi qu’il y ait des actions au niveau administratif », dit le Dr D’Aragon.

Le CIUSSS a donc les meilleures pratiques en termes de don d’organes. Mais quand on est au sommet de la montagne, le vent souffle fort parfois, image le Dr D’Aragon.

« Il faut qu’on continue nos efforts pour se maintenir à ce niveau. On espère aussi que le projet de nommer plus de médecins coordonnateurs en don d’organes va réussir à avancer. Ce serait très utile à l’Hôpital de Granby par exemple. Le rôle du médecin coordonnateur est de sensibiliser au don d’organes, oui, mais aussi de régler tous les problèmes qui peuvent se présenter en cours de route », ajoute-t-il.

D’ici là, il répète le message : parlez-en du don d’organes. « Les patients auront beau signer tous les registres de don d’organes, s’ils n’en parlent pas avec leur entourage, ça risque d’amener des refus au moment du décès », soutient le médecin.

Le don d’organes en chiffres...

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Le don d’organes en chiffres...

Marie-Christine Bouchard
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  • En 2020, 48 % des donneurs étaient âgés de 50 à 70 ans? Le plus âgé avait 92 ans?
  • L’organe pour lequel il faut attendre le plus longtemps est le rein (538 jours), suivi des poumons (372 jours), du foie (314 jours) et du cœur (234 jours)? 
  • Une personne peut, de son vivant, en aider une autre par le don d’un de ses reins ou d’une partie de son foie ?
  • 92 %* des Québécois sont favorables au don d’organes. Pourtant, 20 % des familles ont refusé le don d’organes d’un de leurs proches au cours de la dernière année, malgré le consentement écrit du donneur. * Selon un sondage mené par Transplant Québec
  • Un donneur a le pouvoir de sauver jusqu’à huit vies et de redonner la santé à 20 personnes.