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L'appel du changement 
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L'appel du changement 
C’est le début d’un nouveau chapitre pour un peu plus de 350 préposés aux bénéficiaires (PAB) qui, après trois mois de formation, viennent de commencer leur emploi au sein des 28 CHSLD du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Ces nouveaux PAB ont profité de l’offre du gouvernement de  financer leur formation pour changer de carrière. Mais ces PAB ne sont pas les seuls dont la route a bifurqué à cause de la pandémie. La Tribune vous présente cette semaine le portrait de quelques Estriens dont la voie a été transformée par le déferlement de la COVID-19 sur la planète.
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Replonger dans un vieux rêve

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Replonger dans un vieux rêve

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Cindy Riendeau rêvait de retourner aux études pour devenir infirmière auxiliaire ou préposée aux bénéficiaires. Il y a quelques années, elle avait même fait les calculs pour savoir si elle était en mesure de retourner aux études. Mais comme mère monoparentale, les bourses offertes durant la formation ne lui permettaient pas de payer les factures.

Puis un jour, arrive une offre incroyable : plongée en pleine crise dans ses centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD),

le gouvernement de François Legault offre de payer la formation à 10 000 personnes souhaitant devenir préposés aux bénéficiaires (PAB).

Cindy Riendeau a sauté sur l’occasion sans attendre plus d’une minute.

« C’était une belle opportunité, je ne pouvais pas passer à côté de ça! » lance-t-elle avec enthousiasme.

Cette opportunité lui permettait non seulement de réaliser un rêve, mais elle lui permettait aussi de retourner au travail.

« Je suis propriétaire d’une compagnie de décoration et de création d’événements. Bien sûr, dans le contexte COVID, toutes mes activités se sont arrêtées brusquement. J’ai commencé à avoir la Prestation canadienne d’urgence (PCU), mais ce n’est pas payant cette affaire-là, et j’aimais bien mieux aller travailler de toute façon! » souligne-t-elle.

Au départ, les élèves PAB ont passé un mois sur les bancs d’école, à l’abri derrière des masques et des visières, à étudier de la théorie sur le rôle et les tâches de PAB. Ensuite, la formation a pris un virage : un stage d’intégration de deux mois (à trois jours par semaine) combiné à de la formation virtuelle deux jours par semaine.

« Nous étions 26 dans ma cohorte et c’était vraiment magique dans ce groupe. C’est spécial d’aller à l’école dans ce contexte, avec masques et visières, avec la chaleur, avec certaines consignes du gouvernement qui changeaient à la dernière minute, mais ç’a quand même été très agréable. Les enseignants au Centre de formation professionnelle 24-Juin avaient renoncé à leurs vacances d’été pour nous enseigner. Ils sont passionnés, et ça paraissait. Ils faisaient même le choix de faire des heures supplémentaires pour trouver des plans B pour pouvoir nous enseigner malgré le contexte différent », indique Cindy Riendeau.

Cette dernière a fait son stage au CHSLD Saint-Joseph, à Sherbrooke. « J’ai été jumelée à un PAB-expert qui était content de m’aider, de me donner ses trucs. Tous les PAB-experts étaient contents qu’on soit là, ils avaient hâte qu’on soit sur le terrain pour venir les aider », ajoute Mme Riendeau.

Être sur le terrain, c’est justement là où se trouve Cindy Riendeau depuis la nuit du 15 septembre quand, aussitôt son examen corrigé et son diplôme en poche, elle a été embauchée par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Ces temps-ci, nous sommes en surplus au CHSLD. Ça fait une grande différence. On peut prendre plus de temps avec les résidents. On peut les coiffer le matin, les peigner, prendre le temps de jouer à un jeu… Je remarque que c’est plus calme sur l’étage par rapport à quand j’ai commencé mon stage. Quand nous sommes plus de personnel, c’est certain que ça joue sur l’ambiance pour les résidents. Il y a un impact pour eux quand on arrive calmement dans leur chambre le matin que quand on arrive en courant et qu’on est pressés », soutient-elle.

Bientôt, la nouvelle PAB devra commencer à travailler de nuit ainsi que les fins de semaine à l’occasion. Avec des enfants à la maison, cela amène son lot d’ajustements. Mais ce n’est pas grave, indique-t-elle, pour arriver à faire ce qui nous plaît. Son changement de carrière, Cindy Riendeau ne le regrette aucunement. Que non. 

« Moi je suis dans mon élément. J’aime travailler au CHSLD. C’est vraiment valorisant. Je suis dans le ‘‘beat’’ d’agir avec les résidents comme s’ils étaient ma grand-mère, et ça fait toute la différence pour eux », souligne-t-elle avec fierté.

350 PAB bienvenus sur le plancher

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350 PAB bienvenus sur le plancher

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Après leur formation intensive de trois mois, un peu plus de 350 nouveaux préposés aux bénéficiaires viennent d’être embauchés par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS afin de combler les si nombreux besoins dans les CHSLD. Une arrivée sur le plancher salutaire.

« L’apport de ces nouveaux PAB est non négligeable, même s’il nous reste des postes non comblés, principalement en courte durée dans nos centres hospitaliers », indique Myrianne Lareau, directrice adjointe par intérim aux ressources humaines, aux communications et aux affaires juridiques du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Le CIUSSS avait la possibilité d’offrir 409 bourses, ce qui correspondait à ses postes non comblés. Près de 350 personnes auront réussi à compléter la formation. « C’est une statistique qui en dit long », se réjouit la directrice adjointe par intérim.

Cette nouvelle formation s’est organisée dans un temps record. Le CIUSSS de l’Estrie a collaboré avec cinq maisons d’enseignement, qui ont réussi le défi colossal de surmonter tous les obstacles, en pleine pandémie, pour donner ce cours nouveau genre.

PAB-experts

Quant au CIUSSS, il a dû s’organiser pour recevoir 350 stagiaires d’un coup. Là aussi un grand défi en contexte de pandémie… et de pénurie de personnel. « Ç’a été un effort colossal pour nos milieux cliniques d’accueillir tous ces boursiers. Nos PAB-experts, les PAB qui ont de l’expérience dans les CHSLD et qui étaient jumelés à des stagiaires, ont fait preuve d’un grand engagement. Ç’a créé une fierté pour eux de pouvoir apprendre leur métier à de nouveaux PAB », soutient Myrianne Lareau.

Cette dernière a entendu plusieurs belles histoires. « Les gens ciblés par cette formation étaient des gens qui avaient quitté un emploi ou une profession et qui choisissaient de devenir PAB. Les PAB-experts les ont décrits comme une relève engagée et motivée », se réjouit-elle.

C’est par exemple le cas pour Nicole Labrecque, pour qui l’annonce de cette formation tombait à point : « Je voulais devenir préposée aux bénéficiaires depuis longtemps, mais c’est difficile de retourner aux études lorsqu’on a des responsabilités familiales. Travailler en CHSLD, c’est ce que je voulais parce que j’aime les personnes âgées. Elles ont toutes une histoire de vie fascinante! »

À l’aube de la retraite, la PAB-experte Francine Bissonnette était heureuse de pouvoir transmettre ses connaissances. « C’est rassurant de savoir que la relève est là et c’est important de stabiliser les équipes. » Son souhait : que les futurs préposés aiment autant leur métier qu’elle. « Je suis fière d’avoir été préposée auprès des personnes âgées, elles m’ont apporté beaucoup », affirme-t-elle.

Du showbizz au café

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Du showbizz au café

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
 Lorsqu’il partait en tournée à l’étranger, Martin Dostie avait l’habitude de cibler le meilleur café de la ville comme premier lieu où s’abreuver de culture, de caféine et de chaleur humaine. Après avoir été ramené au pays en catastrophe à l’arrivée de la pandémie, l’artisan du monde du spectacle a fait un virage complet en créant son propre lieu de rendez-vous : Appalaches Torréfacteur, à Mansonville.

« Le projet d’avoir un café existait dans ma tête, mais c’était un projet pour un jour, quand je serais fatigué de faire de la tournée et que je voudrais me poser. Mais COVID est arrivée, et COVID a décidé que c’était maintenant que c’était le temps de faire ça. On était en tournée en Europe à ce moment-là, et comme tous mes amis du showbizz, je ne me suis retrouvé avec rien devant moi. C’est toujours le cas pour eux, d’ailleurs », avance celui qui était directeur technique et éclairagiste pour le Cirque Alfonse depuis trois ans, et qui travaille dans le milieu depuis plus de vingt ans. 

À son retour de France — et d’une quarantaine un peu compliquée —, lui et sa conjointe Chrystine Bourgault ont vendu leur maison de Granby en pleine pandémie, alors qu’ils rêvaient déjà d’une nouvelle vie en campagne estrienne. 

« On a trouvé une maison dans le Canton de Potton, on a trouvé un local et maintenant, je fais du café! C’était tellement insécurisant. Les inspecteurs en bâtiment ne travaillaient plus... personne ne travaillait, en fait. Ça a été un peu fou comme projet. Mais dans la vie, je fais des spectacles. J’ai géré ça comme une production qu’on livre à la dernière seconde, la langue à terre. »

Ce petit café de neuf places, installé dans l’ancien bureau d’accueil touristique au cœur du village de Mansonville, a ouvert ses portes il n’y a que trois semaines. On y retrouve sept variétés de café, qu’il microtorréfie lui-même. « Je fais juste des petites quantités de café, toujours frais. Pour moi, la différence est frappante. En n’en ayant que sept, ça me permet d’avoir des grains que je choisis. J’en ai pour tous les goûts », dit-il. 

« La réponse des gens est super belle, les gens sont contents. L’endroit est petit, mais c’est vraiment par choix. C’est accueillant. Quand les gens viennent ici, c’est moi ou mon amoureuse Chrystine qui sommes là, pas un employé. » 

Les filles de Mme Bourgault, qui étudient au niveau secondaire, ont également embrassé ce changement, et ont même participé au démarrage de l’entreprise. 

Les vies de Janie

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Les vies de Janie

Mélanie Noël
Mélanie Noël
La Tribune
 Avant le 17 septembre 2015, Janie Boulianne Gref était gérante d’un bar. Un grave diagnostic, des années de dialyse, la greffe d’un rein, un blogue, une incursion dans le monde du mannequinat. Cinq ans plus tard, elle est prête à repartir à neuf et elle choisit l’horticulture comme métier. Jadis, elle s’entourait de foules. Désormais, c’est la nature qui l’entourera. Parce qu’être immunosupprimée, surtout en temps de pandémie, ça change le monde.

« Il y a cinq ans, j’ai dû démissionner de mon lit d’hôpital aux soins intensifs. Ce que je pensais être une grippe, au pire une pneumonie, était finalement une maladie rénale grave. On m’a demandé si je voulais vivre. J’ai dû signer un document de consentement pour dire que oui et le traitement de dialyse a commencé immédiatement. »

C’était le début de la transformation. « J’ai été 16 semaines en arrêt de travail. Après je suis retournée au travail avec mon cathéter jusqu’à épuisement. J’ai ensuite dû apprendre à sauter dans le vide et me laisser porter par mes parents et mon conjoint. »

La blogueuse et la mannequin en elle naissent peu après son diagnostic. « Avec la maladie, j’avais besoin d’écrire pour témoigner et aussi créer une communauté. Au début, c’était pour la famille puis le public s’est élargi. » 

« Aussi, plus jeune, j’avais voulu être mannequin, mais je m’étais fait dire que je ne répondais pas aux standards, j’étais trop, disons, athlétique. Avec la maladie, j’avais l’impression que mon cathéter prenait toute la place et j’avais besoin de me réapproprier mon corps de femme. J’ai fait une première séance de photo avec un ami. D’autres photographes se sont proposés par la suite. »

La hausse de popularité de la diversité corporelle a joué en sa faveur. « Aussi, le contraste entre la femme forte que je dégageais dans ce projet qui recherche la beauté et la détresse et le côté laid de la vie, qui est la maladie, était intéressant », explique celle qui a ensuite décroché des contrats avec Vé Kosmétik, Nemrac Style et Vilaine.

« En voyant les premières photos, j’ai pleuré. J’ai réalisé que j’étais encore là, derrière la maladie. J’ai repris une forme de pouvoir. »

En 2018, elle reçoit le plus beau cadeau. Un rein. Sa vie change encore. Fini la dialyse. Après sa convalescence, elle s’implique dans des activités de sensibilisation pour les maladies rénales et les dons d’organes. 

« C’est difficile de se retrouver un emploi quand tu dois dire en entrevue que tu dois respecter ton propre rythme. C’est pas vendeur. »

Pendant cette période, elle donne un coup de main à son conjoint qui a une érablière et demande à sa belle-mère de lui apprendre les rudiments de l’entretien d’un jardin.

« En entrant en contact avec la terre, j’ai eu la piqûre. Je savais depuis un moment que je voulais retourner à l’école, car je ne pourrais pas, étant immunosupprimée, retravailler dans le public. La production horticole, c’est parfait. Je ne côtoierai pas trop de gens et je serai dans un milieu sain pour moi. »

La voie de l’horticulture s’ouvre devant elle. Elle s’inscrit, en août dernier, au Centre de formation professionnelle de Coaticook-CRIFA. « Je vais cultiver des fruits, légumes et des fleurs. Je vais conduire des tracteurs et c’est comique, car je vais faire des greffes de plants, des transplantations, de la propagation. » 

Bien avant la pandémie, Janie portait un masque quand elle allait à certains endroits, se lavait les mains fréquemment et avait pris ses distances avec plusieurs gens de son entourage.

« L’exclusion de la vie en général, je l’ai vécue bien avant la pandémie. Les gens en ce moment vivent à la même manière des greffés », lance-t-elle en riant, ajoutant que depuis la COVID-19, elle passe davantage inaperçue avec son masque.

Juste avant la pandémie, elle s’était trouvé un emploi de maquilleuse. Mais elle se voit tellement mieux dans les champs, car elle ne doit prendre aucun risque.

« Une personne immunosupprimée comme moi a une chance sur trois d’avoir des complications menant à la mort si elle attrape la COVID-19. »

« Dans la nature, je me sens protégée et ça me donne tellement d’énergie. » 

Il n’y a pas juste l’amour. Parfois, la santé est dans le pré.

Incertitude et questionnement sur le marché de l’emploi

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Incertitude et questionnement sur le marché de l’emploi

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
La pandémie de COVID-19 crée beaucoup d’incertitude dans le marché de l’emploi, ce qui incite certaines personnes à se questionner relativement à la suite de leur carrière.

Conseillère en orientation et coordonnatrice des services professionnels chez Orientation Travail, Nathalie Boudreau confirme que plusieurs réfléchissent à réorienter leur carrière en ces temps incertains.

« Il y a beaucoup d’inconnu. Les gens qui se présentent à nos bureaux se posent beaucoup de questions. Nous attendons cependant davantage de personnes lorsque la PCU (NDLR Prestation canadienne d’urgence) va prendre fin. Nous allons être prêts à les accueillir », assure Nathalie Boudreau.

Déjà en juin, un sondage mené par la firme Angus Reid au Québec révélait que 41 % des travailleurs salariés cherchaient un nouveau boulot ou seraient susceptibles de le faire dans un horizon de 12 mois.

« Il y a un avant et un pendant. Nous ne savons pas ce que sera l’après. Le marché de l’emploi est incertain pour plusieurs personnes et les entreprises s’ajustent alors que d’autres tentent de survivre. Cette incertitude peut créer une anxiété pour certaines personnes. Le contexte fait en sorte qu’il est difficile de se projeter. Tout n’est pas tout noir ou tout blanc. Le questionnement des gens par rapport à leur avenir professionnel est très nuancé », constate la coordonnatrice des services professionnels chez Orientation Travail.

Elle remarque que les besoins sont encore présents dans le service à la clientèle comme dans les épiceries ou dans le secteur de l’alimentation.

« C’est certain que nous recevons des questions concernant l’appel du gouvernement dans le domaine de la santé. Cependant, le lien direct qui s’est fait dans le recrutement des préposés aux bénéficiaires a fait en sorte que nous n’avons pas eu le temps de traiter avec ces gens. L’analyse n’a pas été faite pour certaines personnes. Si des gens joignent le réseau de la santé, nous constatons aussi que la pandémie fait en sorte que des professionnels veulent le quitter », note la conseillère en orientation. 

Nathalie Boudreau précise que si certains se questionnent sur leur avenir, d’autres qui ne possèdent pas de diplôme ou dont la scolarité est moins élevée sont plus vulnérables.

« Avant la pandémie, la pénurie de main-d’œuvre faisait en sorte qu’il était plus facile pour ces gens de se trouver un emploi. Le contexte vient fragiliser l’employabilité de ces personnes. Cependant, le confinement n’a pas empêché les gens de se trouver de nouveaux emplois », constate Nathalie Boudreau.

Elle croit que la fin de la PCU aura un impact direct sur le nombre de personnes qui vont se retrouver sans emploi et qui consulteront Orientation Travail étant donné qu’ils travaillent de concert avec Emploi Québec.

« Nous sommes dans cette transition. Nous continuons de recevoir les gens en personne en respectant les consignes sanitaires. Nos intervenants peuvent aussi faire des consultations virtuelles ou au téléphone. Nous sommes là à toutes les étapes du questionnement, à l’intégration ou le maintien en emploi », signale Nathalie Boudreau.