Caroline Fillion, productrice d’œufs et propriétaire des fermes Fillannoeuf et Hubëlie à Saint-Sébastien-de-Frontenac, craint un deuxième confinement où elle n’aura pas accès aux services de garde d’urgence. Si c’est le cas, la sécurité de ses enfants pourra être compromise.
Caroline Fillion, productrice d’œufs et propriétaire des fermes Fillannoeuf et Hubëlie à Saint-Sébastien-de-Frontenac, craint un deuxième confinement où elle n’aura pas accès aux services de garde d’urgence. Si c’est le cas, la sécurité de ses enfants pourra être compromise.

Confiner n’est pas synonyme de sécurité pour les enfants d’agriculteurs

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
« C’est tout le temps le risque. Il y a un danger pour les enfants et c’est ça qui fait peur. » La lueur d’un deuxième confinement sème l’inquiétude chez les mères agricultrices comme Caroline Fillion. Si elle devait encore se voir privée de garderie, elle devra à nouveau prendre le risque d’amener ses jeunes enfants avec elle à la ferme, comme l’ont fait les trois quarts de ses semblables, ce printemps.

Alors que le Québec était sur pause, les familles agricoles n’ont pas pu ralentir. Au contraire, la jonglerie travail-famille s’est avérée tout un défi, alors que les services de garde d’urgence n’étaient pas ouverts aux enfants des producteurs, témoigne la mère de trois enfants (3, 5 et 6 ans) et entrepreneure à la tête des fermes avicoles Fillannoeuf et Hubëlie, à Saint-Sébastien-de-Frontenac.

« C’était vraiment exigeant. J’ai trouvé ça malheureux qu’on ne soit pas considérés comme un service essentiel. On nourrit quand même le monde. On travaille sept jours sur sept. On n’en a pas de congé. D’habitude, la semaine, on peut prendre de l’avance pour certaines tâches de la fin de semaine. Là, avec les enfants toujours avec nous, on manquait de temps. Et il y a toujours des risques d’accident. Mon plus jeune, directement en partant, il s’est pris le pouce dans une porte de l’éleveuse. Et je sais que je ne suis pas la seule qui a vécu un accident », partage celle dont le conjoint travaille trois jours par semaine à l’extérieur.

Cet enjeu préoccupe grandement la Fédération des agricultrices du Québec depuis les derniers mois, et d’autant plus à l’approche d’une période intense de récoltes. Pour sa directrice générale, France De Montigny, un reconfinement sous ces mêmes paramètres entraînerait également « des impacts financiers et psychologiques importants pour les familles », atteste-t-elle, à la lumière d’un récent sondage.

Ce sondage, réalisé entre les 27 mai et 8 juin derniers auprès de 300 familles agricoles ayant des enfants d’âge préscolaire, a permis de constater que 76 % des productrices ont été obligées d’amener les enfants à la ferme pendant le confinement. Cinquante et un pour cent d’entre elles ont aussi dû réduire leur temps de travail à la ferme. En comparaison, 32 % des hommes avaient fait de même.

« Ça nous a sauté au visage au moment de la pandémie. Des femmes au champ avec des enfants qui dorment dans la cabine du tracteur, on en a vu », indique la présidente de la Fédération, Jeannine Messier, qui affirme que la maternité représente l’une des principales embûches pour les femmes entrepreneures dans le milieu agricole.

Combien d’accidents impliquant des enfants y a-t-il eu durant le confinement? Impossible de savoir, se désolent la Fédération, de même que l’Association canadienne de sécurité agricole : tandis que les rapports de décès ne sont souvent accessibles qu’une ou plusieurs années plus tard, les accidents non mortels ne semblent comptabilisés par aucune entité en temps réel.