Contenu commandité
La lente avancée des fermières
Actualités
La lente avancée des fermières
Être une femme dans le milieu agricole, c’est avoir moins de chances qu’un homme d’hériter de la ferme familiale; c’est avoir plus difficilement accès à du financement et c’est devoir surmonter plus de défis pour concilier travail-famille. Tous des constats également faits par le Conseil du statut de la femme, pas plus tard qu’en novembre 2019.
Partager
La lente avancée des fermières

Actualités

La lente avancée des fermières

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
« Il est où, ton mari? » Une question que des agricultrices ont maintes fois entendue par le passé. Même si cette époque serait en partie révolue, des embûches à l’égalité persistent pour les femmes de ce secteur largement masculin. Conversations avec Jeannine Messier, présidente de la Fédération des agricultrices du Québec, et Marie-Claude Bibeau, actuelle ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire au sein du gouvernement du Canada et première femme à occuper ce poste.

« Oui, c’est vrai que les portes s’ouvrent. Que les places sont là et que les femmes peuvent les prendre », établit Mme Messier, avant d’ajouter plusieurs « mais ». « On ne veut pas le savoir, on veut le voir, pour citer Yvon Deschamps », clame-t-elle.

Être une femme dans le milieu agricole, c’est avoir moins de chances qu’un homme d’hériter de la ferme familiale; c’est avoir plus difficilement accès à du financement et c’est devoir surmonter plus de défis pour concilier travail-famille. Tous des constats également faits par le Conseil du statut de la femme, pas plus tard qu’en novembre 2019.

« On part d’un monde d’hommes, fait par des hommes pour des hommes. Chaque avancée est très, très, très fragile. Arrive un gouvernement un peu comme nos voisins du sud, et tout bascule », précise Mme Messier. 

La ministre Bibeau a d’ailleurs tenu une table ronde virtuelle, la semaine dernière, avec 25 agricultrices du pays provenant de différentes tranches d’âge et de différentes spécialités. L’un des grands défis maintes fois montrés du doigt, rapporte-t-elle : l’accès à des services de garde qui collent à leur réalité et aux horaires atypiques.

Quoi d’autre? Le transfert intergénérationnel. « Ce n’est pas encore un naturel dans toutes les familles que ça puisse être la sœur qui reprend la ferme et non le frère, dit la députée de Compton-Stanstead. S’ajoutent à ça les défis entourant la valeur des terres. Les terres prennent tellement de valeur que c’est difficile d’avoir le financement pour se lancer dans le secteur agricole. »

Alors comment le gouvernement fédéral peut-il avoir un impact positif sur la condition féminine en agriculture? « On lance des programmes de financement pour le secteur agricole : de quelles manières est-ce qu’on peut faire en sorte que la proportion du financement pour les femmes soit un peu supérieure? C’est quelque chose qui est déjà sur mon radar. De quelle manière est-ce qu’on peut reconnaître la dépense de gardiennage comme une dépense admissible dans nos programmes de financement? Pour les entreprises qui font venir des travailleurs étrangers, est-ce qu’on ne pourrait pas avoir une personne de plus qui serait chargée de garder les enfants? » propose Mme Bibeau.

La table ronde a également attiré son attention sur la question du mentorat et du réseautage féminin, rapporte-t-elle. « Souvent, on investit moins de temps à bâtir notre réseau, on a moins tendance à servir de mentor à d’autres femmes. Les femmes qui veulent se lancer en affaires sont moins bien entourées, généralement. [...] C’est quelque chose sur lequel on planche beaucoup. On veut un plan de relance vert, et la question de partage de la connaissance et d’accessibilité aux technologies, c’est quelque chose dont on discute déjà. [...] Ça vient aussi renforcer l’importance d’avoir une connectivité internet partout à travers le pays. »

Confiner n’est pas synonyme de sécurité pour les enfants d’agriculteurs

Actualités

Confiner n’est pas synonyme de sécurité pour les enfants d’agriculteurs

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
« C’est tout le temps le risque. Il y a un danger pour les enfants et c’est ça qui fait peur. » La lueur d’un deuxième confinement sème l’inquiétude chez les mères agricultrices comme Caroline Fillion. Si elle devait encore se voir privée de garderie, elle devra à nouveau prendre le risque d’amener ses jeunes enfants avec elle à la ferme, comme l’ont fait les trois quarts de ses semblables, ce printemps.

Alors que le Québec était sur pause, les familles agricoles n’ont pas pu ralentir. Au contraire, la jonglerie travail-famille s’est avérée tout un défi, alors que les services de garde d’urgence n’étaient pas ouverts aux enfants des producteurs, témoigne la mère de trois enfants (3, 5 et 6 ans) et entrepreneure à la tête des fermes avicoles Fillannoeuf et Hubëlie, à Saint-Sébastien-de-Frontenac.

« C’était vraiment exigeant. J’ai trouvé ça malheureux qu’on ne soit pas considérés comme un service essentiel. On nourrit quand même le monde. On travaille sept jours sur sept. On n’en a pas de congé. D’habitude, la semaine, on peut prendre de l’avance pour certaines tâches de la fin de semaine. Là, avec les enfants toujours avec nous, on manquait de temps. Et il y a toujours des risques d’accident. Mon plus jeune, directement en partant, il s’est pris le pouce dans une porte de l’éleveuse. Et je sais que je ne suis pas la seule qui a vécu un accident », partage celle dont le conjoint travaille trois jours par semaine à l’extérieur.

Une coopérative pour garder les enfants d’agricultrices?

Actualités

Une coopérative pour garder les enfants d’agricultrices?

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
Et si les familles agricoles avaient leur propre service de placement de garde? La Fédération des agricultrices du Québec planche actuellement sur un projet qui pourrait répondre au souhait du tiers de ces familles de recevoir les services d’une éducatrice directement à la maison, le tout selon leurs horaires bien atypiques.

Une demande de financement à cet effet vient d’être déposée au ministère de la Famille. Cette sollicitation d’un montant de 40 000 $, déposée en vertu du Programme de soutien financier en matière de conciliation famille-travail destiné aux milieux de travail, servirait à l’embauche d’une ressource pour étudier la faisabilité du projet et déterminer la forme qu’il prendrait, explique la directrice générale de la Fédération, France De Montigny.

« C’est encore très embryonnaire, dit-elle. Ce qu’on veut faire, c’est de réaliser une étude de marché. Si on voit qu’il y a un potentiel intéressant, on réalisera un plan d’affaires pour l’implantation de cette structure-là. Comment je vois ça, c’est qu’une employée pourrait travailler l’avant-midi chez une famille, puis l’après-midi chez une autre famille. Si le bassin n’est pas suffisamment grand au niveau agricole pour assurer la viabilité économique, il pourrait s’élargir à d’autres corps de métiers avec des horaires variables ou en rotation d’horaire comme les policiers ou les infirmiers, etc. »

Le principe pourrait ainsi être semblable à une CUMO (coopérative d’utilisation de main-d’œuvre), une entité autrefois plus répandue et plus financée, qui permettait aux agriculteurs de bénéficier des services d’un employé sans devoir l’engager à temps plein.

« Parfois, la femme aime mieux engager quelqu’un pour garder les enfants pendant qu’elle tire les vaches, plutôt que de rester à la maison et d’engager quelqu’un pour tirer les vaches. Ce sont des entrepreneures, après tout », explique pour sa part la présidente de la Fédération, Jeannine Messier.

C’est d’ailleurs un récent sondage réalisé par le syndicat auprès de 300 familles agricoles qui a démontré que 33 % d’entre elles souhaitaient pouvoir faire garder leurs enfants directement à la maison. On évoquerait également un certain essoufflement des grands-parents, qui sont souvent appelés à garder les enfants à temps plein.

« On veut aussi s’assurer d’une certaine qualité de formation des éducatrices, ajoute Mme De Montigny. En ce moment, il existe des services de placement de nounous, mais ce n’est pas ça qu’on veut du tout. Ce qu’on veut, c’est que ça ne soit pas une structure privée et que les familles aient accès au remboursement du gouvernement pour les frais de garde. »

Si la Fédération démontre que son projet est viable dans la prochaine année, elle estime pouvoir compter sur le Secrétariat à la condition féminine pour financer une partie de la phase d’implantation et de création.