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Bilan de la décennie
La décennie de l'environnement
Depuis dix ans, le monde a tremblé, a pleuré, s’est révolté, a célébré. Il a changé, a reconnu l’urgence climatique, a redéfini l’acceptable et l’inacceptable. Pendant dix jours, La Tribune replonge dans les innovations, les moments marquants, les déceptions et les joies de la décennie. En plus de réfléchir sur chacun des thèmes prédéfinis, nous vous proposons, en un clin d’œil, une ligne du temps pour retracer quelques-uns de ces événements.
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Bilan de la décennie

Une grande mobilisation, mais « peu d’actions »

La décennie qui se termine aura été le théâtre d’une grande prise de conscience environnementale, selon le professeur Alain Létourneau, mais elle n’aura certainement pas été celle qui a offert à la planète des changements concrets. Spécialiste des aspects éthiques de la gouvernenance environnementale, le professeur en philosophie et éthique appliquée à l’Université de Sherbrooke espère que le plus grand succès des dernières années, « la popularisation de l’enjeu », permettra bientôt de traduire les inquiétudes scientifiques en prises de décision.

La COP21, la conférence des parties de 2015 qui a mené à la signature de l’accord de Paris sur le climat, s’inscrit pour le Pr Létourneau au palmarès des événements charnières, mais pas que pour les bonnes raisons. « Cette conférence et celles qui ont suivi ont apporté une grande prise de conscience publique, mais elles ont aussi mené au triste constat de notre peu d’efficacité collective à avancer dans le traitement des questions environnementales », explique-t-il. Un constat qui a d’ailleurs été réitéré pas plus tard qu’à la COP25 de Madrid cette année, note-t-il également, en insistant sur le besoin de revoir le cadre de gouvernance de ces « conseils d’honneur qui ont bien des ambitions, mais pas de sanctions ». 

Et si, selon lui, l’accord de Paris a permis aux États de crier haut et fort qu’ils feraient les efforts nécessaires pour réduire leurs émissions de GES, — un objectif que peu ont atteint jusqu’ici, pointe-t-il, en s’appuyant notamment sur la hausse de 0,2 % détectée au Québec entre 2016 et 2017 — un important aspect du document aurait plus lentement germé chez les décideurs : l’adaptation. 

« On a tellement misé par le passé sur les réductions de GES qu’on oubliait qu’il y a des transformations qui vont se produire sur notre territoire. [...] On se retrouve avec des phénomènes climatiques souvent intenses, très subits, — on peut par exemple penser à la récente tempête de 2019 qui a privé l’Estrie et une partie du Québec de courant pendant presque une semaine, tout en faisant déborder les rivières — qui font en sorte que notre infrastructure n’est pas en mesure de tout assumer. Il faut s’interroger sur nos vulnérabilités. Plusieurs villes, dont Sherbrooke, ont un plan d’adaptation, mais c’est autre chose pour les territoires plus petits ou éloignés », indique celui qui contribue d’ailleurs à un projet d’adaptation aux changements climatiques dans la MRC de Memphrémagog. 

Le bilan d’actions concrètes est pour lui semblable en ce qui concerne les adoptions de la déclaration citoyenne universelle d’urgence climatique, un texte publié par des environnementalistes auquel ont adhéré plusieurs villes et MRC dans la province, dont Montréal et Sherbrooke en 2018. « On peut être d’accord sur bien des principes, mais là où le bât blesse, c’est lorsqu’on se demande comment on va concrètement y remédier. Si c’est une urgence, on devrait se retrousser les manches et refaire le tour des processus les uns après les autres. Est-ce que les municipalités ont le temps, l’énergie et les ressources pour repartir de zéro et formuler un nouveau plan de match? De manière générale, ils ne les ont malheureusement pas. » 

Anxiété climatique

Dans les dix dernières années, une idée d’extrême importance a fait son entrée dans les esprits individuels, avance le Pr Létourneau. « On a commencé à réaliser que la terre est un univers clos avec des limites. On s’aperçoit que tout ce qu’on envoie dans le système terrestre nous revient dessus », note le Pr Létourneau. Les dépotoirs, intentionnels comme accidentels, ont ainsi gagné du terrain dans la conscience collective, poussant un nombre exponentiel de citoyens et d’entreprises à tendre vers le « zéro déchet », l’économie circulaire et la mobilité durable.

Parallèlement, la décennie a été frappée par un nouveau mal planétaire : l’écoanxiété. 

« Il y a un renforcement du fardeau moral sur chacun des individus, explique Alain Létourneau. Évidemment, si on fait en sorte que tous les individus fassent le travail, pour que les plus gros pollueurs et les plus gros acteurs n’aient rien à faire, c’est une solution de facilité. C’est excellent de vouloir être responsable écologiquement dans sa vie, mais il faut prendre la part de responsabilité qui est la nôtre et non pas se sentir complètement coupable de tout ce qui se passe sur la planète. »

Les manifestations pour le climat du 27 septembre dernier ayant rassemblé près d’un demi-million de personnes dans les rues de Montréal et plus de 5000 à Sherbrooke auront d’ailleurs magnifiquement couronné la décennie, croit-il, tout comme la nomination de la jeune militante Greta Thunberg comme personnalité de l’année 2019 par le Time. 

N’empêche que d’autres fronts environnementaux doivent continuer d’être menés, nuance-t-il. 

Depuis janvier 2010, la réputée « liste rouge » de l’International Union for Conservation of Nature a par exemple déclaré l’extinction complète de près de 435 espèces animales et végétales.

La question de l’accumulation de plastiques dans les océans, devenue un réel sujet d’intérêt public aux environs de 2014 selon le Pr  Létourneau, devra également trouver la place qui lui revient dans les prises de décision. « En 2016, on a produit 335 millions de tonnes de plastique sur terre », indique-t-il.   

Bilan de la décennie

Une décennie d'événements significatifs

4 août 2010 

La plateforme pétrolière de la compagnie pétrolière BP, Deepwater Horizon, explose et provoque une importante marée noire. On estime que cinq millions de barils de pétrole ont été déversés dans le golfe du Mexique. Il aura fallu cinq mois pour colmater la fuite de pétrole. photo

3 mars 2014 

La Ville de Sherbrooke achète le Boisé Fabi pour en faire un territoire protégé.

Juin 2015 

Un conteneur est installé sur la rue Ernest-Camiré à Saint-Denis-de-Brompton pour la récupération du verre. La collecte sélective volontaire du verre est devenue un modèle pour la région, mais aussi pour toute la province. L’initiative s’étendra à Sherbrooke en 2020. photo