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Internet en région : Un service vital parfois inaccessible
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Internet en région : Un service vital parfois inaccessible
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Internet à haut débit:  Xplornet devra avoir l’accord des MRC

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Internet à haut débit:  Xplornet devra avoir l’accord des MRC

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Le distributeur internet Xplornet devra avoir l’approbation des MRC des Sources et du Granit avant de pouvoir aller de l’avant avec son projet hybride de fibre optique et ainsi recevoir une importante subvention gouvernementale. C’est ce que Gilles Bélanger, député d’Orford et personne responsable du dossier internet haut débit, a confirmé à La Tribune mercredi.

Rappelons que les élus de la MRC des Sources et du Granit ont durement critiqué lundi la façon dont le ministère attribue les territoires aux compagnies de distribution internet. Ils estimaient ne pas avoir été consultés quant à l’octroi d’une subvention au fournisseur internet Xplornet pour brancher plusieurs secteurs.

« Il n’y a pas de contrat ou de subvention accordée à Xplornet pour l’instant, précise M. Bélanger. L’imbroglio vient d’information sur des cartes. Le ministère est en discussion avec Xplornet et plusieurs autres compagnies. On va demander à Xplornet d’aller présenter son projet aux MRC et si elles signent une résolution d’acceptation, à ce moment-là on passera à l’étape suivante et on verra si on signe un contrat. On ne passera pas une solution que les MRC ne veulent pas. Si elles sont contre, c’est sûr qu’on n’ira pas de l’avant. »

Le député avoue même avoir certaines réticences face au projet mis de l’avant par Xplornet.

« Xplornet n’est pas mon premier candidat en terme d’acceptabilité sociale, admet-il. Ce fournisseur a utilisé une technologie satellitaire avec beaucoup de latence et où la vitesse n’était pas adéquate. Ils arrivent avec une nouvelle technologie, mais on a quand même des joueurs établis dans la région comme Sogetel ou Axion qui sont prêts à fibrer. »

Le député n’était pas en mesure de confirmer le montant de la subvention qui serait accordé à Xplornet puisque l’entente n’est pas signée. Toutefois, le programme Régions branchées couvre 70 % des coûts admissibles pour les projets retenus.

40 000 $ du kilomètre

La couverture que veut déployer Xplornet est de type hybride. La fibre est installée dans les routes et les rangs. Les foyers les plus proches sont branchés directement puis des tours LTE compatibles avec la 5G déploient un signal sans fil pour le dernier kilomètre vers les foyers plus éloignés.

La compagnie assure pouvoir fournir une vitesse de 100mb par seconde avec cette technologie, même avec le signal sans-fil, ce qui est deux fois plus élevé que la norme demandée par le gouvernement.

Gilles Bélanger, à l’instar des préfets des Sources et du Granit, a une nette préférence pour la connexion filaire.

« Je priorise la fibre à la maison, indique-t-il. Quand tu as plus que 10 branchements par kilomètre, c’est rentable. On peut monter les rangs. Si un citoyen est tout seul dans le bout d’un rang. Ça coûte de 30 000 $ à 40 000 $ le kilomètre pour monter la fibre donc on ne le fera pas. On va alors regarder une solution sans fil. »

Xplornet assure pouvoir fournir une vitesse de 100mb par seconde, même avec le signal sans-fil, ce qui est deux fois plus élevé que la norme demandée par le gouvernement.

Starlink à la rescousse ?

Cette solution sans fil évoqué par M. Bélanger pourrait bien être le réseau Starlink qui vise à fournir l’internet à la planète entière à l’aide d’un réseau de 12 000 satellites en orbite basse autour de la Terre.

Déjà des tests sont effectués à quelques endroits au Canada dont à la Première Nation Pikangikum, dans le nord de l’Ontario, et au Nouveau-Brunswick.

« Ça pourrait être une solution pour venir brancher les 30 000 derniers québécois, admet le député. On va trouver une solution satellitaire pour les gens qui n’ont pas accès à la fibre, mais pas le satellitaire du passé qui était inefficace. Je crois beaucoup en Elon Musk. »

« Starlink est le projet plus avancé et leur solution serait disponible autour de 2022, résume-t-il. C’est une solution intéressante pour ceux que ce serait trop coûteux de les brancher. Mais comme je vous dis, je priorise la fibre. »

Internet haute vitesse : du rêve au cauchemar

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Internet haute vitesse : du rêve au cauchemar

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Mario Roy a réalisé un rêve lorsqu’il s’est porté acquéreur il y a deux ans d’une propriété à Milan dans la MRC du Granit. Il y rêvait depuis l’âge de 12 ans. Mais ce rêve s’est déjà transformé en cauchemar à cause d’un seul élément : l’absence totale d’internet.

« Quand j’ai acheté, je pensais que ça viendrait vite l’internet, ils en parlaient tout le temps, mais là mon rêve se transforme en cauchemar, souligne M. Roy. Je suis familial au coton et je ne vois plus personne. »

La pandémie et le confinement ont frappé fort pour Mario Roy qui a beaucoup de difficulté à garder le contact avec ses quatre petits-enfants qui habitent à Sherbrooke.

« On ne peut pas voir personne. Un moment donné ça attaque le moral. Je ne peux même pas voir mes petits enfants », mentionne-t-il visiblement submergé par les émotions.

M. Roy commence même à penser à vendre sa propriété.

Rien du tout

M. Roy a fait venir des représentants de diverses compagnies, mais rien n’y fait. Il ne peut pas avoir accès à internet. Il a lu avec scepticisme dans La Tribune que la compagnie Xplornet voulait obtenir une subvention gouvernementale pour brancher quelque 2000 foyers en Estrie.

« Xplornet ne rentre pas du tout, j’ai fait venir trois représentants et ils ont tous essayé, déplore-t-il. Je suis trop creux pour la tour LTE et par satellite je devrais couper plusieurs arbres pour recevoir le signal. Je vais briser mon terrain si je fais ça. »

La fibre optique se rend jusqu’à un poteau sur son terrain, mais la connexion jusqu’à la maison est hors de prix.

« J’ai achalé Câble Axion pour qu’ils me branchent et ils m’ont dit que ça allait me coûter 20 000 $, j’ai dit non. »

Mario Roy de Milan a fait venir des représentants de diverses compagnies, mais rien n’y fait. Il ne peut pas avoir accès à internet. Il lui en coûterait 20 000 $ pour amener la fibre optique de la rue jusqu’à sa maison.

« Juste le minimum »

Mario Roy n’est pas le seul citoyen de Milan dans cette situation. Ils sont près d’une centaine dans la petite municipalité à n’avoir pas accès à internet haute vitesse selon le maire Jacques Bergeron.

« C’est Câble Axion qui passe dans le village et les gens ont un excellent service, mais dans les rangs débrouille-toi, mentionne-t-il. La vitesse n’est pas acceptable par satellite. Il y a des journées où la liaison avec le satellite ne se fait pas. Tu attends ton tour. En 2020, ça n’a pas de bon sens. »

Certaines zones sont même dangereuses selon lui parce que même le cellulaire ne capte pas de signal.

« Tu as un problème de sécurité, tu es blessé ou tu as eu un accident et tu n’es même pas capable d’entrer en communication d’urgence, déplore le maire. C’est vraiment pauvre comme service.» 

Mario Roy pense aussi que le manque de réseau peut être très dangereux, surtout lors des pannes de courant. 

« J’ai manqué d’électricité quatre jours l’an passé durant la grosse tempête, résume-t-il. Je n’avais pas d’internet, pas de cellulaire et pas de téléphone. Si je passe au feu, je regarde ma maison brûler. »

Mario Roy a interpellé le député François Jacques à ce sujet et espère que sa situation ouvre les yeux de la classe politique.

« Ils diffusent du 5G dans les villes tandis que dans les campagnes, ce n’est même pas branché, résume M. Bergeron. C’est frustrant et choquant. On veut juste le minimum.»

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Internet n’est pas un luxe

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CHRONIQUE / Internet est aujourd’hui un service essentiel comme l’électricité et comme il n’y a pas si longtemps la ligne téléphonique. Ce serait impensable d’imaginer un village débranché du réseau électrique. Pourtant, il y a plusieurs communautés rurales, et même des quartiers en centres urbains, qui ne sont pas connectés au réseau Internet.

Je me souviens avoir acheté mon premier ordinateur en 2000 grâce au programme « Branchez les familles sur Internet ». Le gouvernement, via son « Secrétariat à l’autoroute de l’information », avait créé des subventions pour permettre aux familles à revenu modeste d’acquérir un ordinateur et de se connecter à Internet. Un 500 $ qui m’avait aidé à acheter un Pentium 3. À l’époque, c’était une bombe! Aujourd’hui, je pense que mon téléphone intelligent est plus performant que ne l’était cette grosse tour beige. 

C’est avec cet ordinateur, du haut de mes 17 ans, que j’ai commencé mes premières recherches en ligne sur la Toile du Québec, que j’ai ouvert mon premier courriel sur Caramail, que j’ai créé des amitiés sur mIRC et ICQ, que j’ai appris à coder du HTML et que j’ai téléchargé mes premiers mp3 avec Napster. Ce programme qui devait « favoriser l’accès à l’autoroute de l’information et son développement » a été un succès, je connais plusieurs personnes qui ont eu accès à leur premier ordinateur avec cet aide de l’État.  

Tout de même intéressant, ou troublant, de constater qu’il y avait un secrétariat dédié à Internet 2000, lorsque c’était encore en pleine évolution, et qu’aujourd’hui, alors que plusieurs infrastructures reposent sur Internet, ce dossier peut passer des Communications à l’Économie à la Transition numérique, si ce n’est pas balayé vers le fédéral.

Je mentionnais hier que les 5 à 7 virtuels avaient perdus de leur effet, mais en oubliant de souligner que pouvoir discuter avec ses proches en ligne, en visioconférence, demeure un baume en confinement. C’est d’autant plus vrai quand les proches ne vivent pas dans la même ville. Mais lorsque même le plan b n’est pas une option, parce que le réseau Internet n’existe pas dans ton coin de pays, tu te sens seul. Un peu comme Tom Hanks sur son île déserte dans Cast Away. 

Si vous en doutez, je vous invite à lire le témoignage du Milanois Mario Roy dans un texte de mon collègue Simon Roberge.

Le printemps dernier, lorsque l’école est passée des classes à la maison, on a vu ces histoires d’étudiants et étudiantes qui utilisaient les Wi-Fi des restaurants ou des cafés, parfois assis dans les stationnements, afin de poursuivre leurs cours. Une réalité encore d’actualité cet automne. 

Parce que le service Internet est parfois trop cher pour certains ménages ou parce que le réseau est insuffisant ou inexistant dans tel quartier, tel village ou tel fond de rang. C’est aussi vrai à Montréal qu’à Sherbrooke ou à Milan.

Comment et pourquoi en sommes-nous encore là en 2020? Internet est devenu un outil de base pour le travail, pour l’école, pour les relations sociales, pour les services publics. Une population qui n’a pas un accès à Internet est une population de seconde zone, une population limitée dans ses opportunités professionnelles, mais aussi dans son action citoyenne.

Autant les gouvernements que les entreprises privées nous invitent à utiliser les services en ligne dès qu’on essaie de communiquer avec le service à la clientèle. De quoi faire grincer des dents les citoyennes et les citoyens qui n’ont pas cette option.

Petit retour en arrière

En 1943, le ministre Wilfrid Hamel vendait aux autres députés la création d’Hydro-Québec avec ces mots : « De nos jours, l’électricité est presque une nécessité de la vie. Elle rendra plus agréable et plus humaine la vie des cultivateurs et colons qui en bénéficieront. Le rendement des fermes sera accru, les labeurs du paysan deviendront moins pénibles, les travaux domestiques plus faciles aux mères de famille nombreuse. Ils pourront jouir des avantages de la radio, par exemple, qui est devenue un journal parlé et une distraction à la portée de tous. […] Par conséquent, certaines régions paraîtront moins éloignées du fait que leur population aura à tout instant du jour un lien avec les centres urbains. Non seulement l’électricité rurale aura un effet moral excellent chez nos cultivateurs, mais en plus elle amènera sans doute avec elle des industries qui en ont besoin pour s’installer à certains endroits reculés. »

Il me semble qu’on pourrait sensiblement avoir le même discours et remplacer l’électricité par Internet. L’accès au Web rend plus agréable la vie de tout le monde, augmente le rendement des petites et grandes entreprises et des travailleurs autonomes, participe à l’essor des communautés, facilite l’éducation des enfants, donne accès aux services gouvernementaux et privés, permet de jouir des avantages des plateformes de diffusion numérique, lieux incontournables de l’information et du divertissement, rapproche les communautés, aide à briser l’isolement dans les endroits reculés. 

Ça fait des années que le gouvernement compte sur les entreprises privées pour brancher tous les coins du Québec et visiblement, cette stratégie ne fonctionne pas. Malgré les subventions, les branchements tardent et ne se font même jamais dans certains cas. Et lorsque ça bouge, la clientèle est souvent coincée avec un seul choix aux options décevantes ou onéreuses. 

Les coins qui s’en sortent le mieux sont souvent les communautés qui ont créé des coopératives et qui ont décidé d’arrêter d’attendre après les fournisseurs ou le gouvernement. Encore une fois, ce n’est pas sans rappeler la situation de l’électrification du Québec avant la création de la société d’État. Le gouvernement Godbout n’avait plus confiance envers les entreprises qui considéraient que tel ou tel rang n’était pas assez rentable pour y étendre son réseau électrique. Si Duplessis a par la suite freiné le déploiement d‘Hydro-Québec, René Lévesque l’a relancé sous le gouvernement Lesage avec le succès qu’on connait.

Vous me voyez venir. Je ne sais pas si la nationalisation d’Internet est la meilleure option, mais le Québec est mûr pour la mise en place d’une infrastructure publique et d’une stratégie nationale pour enfin s’assurer que tous les ménages aient accès au Web. Cessons d’attendre après les entreprises privées, cessons de laisser des citoyens et des citoyennes de côté, cessons d’accepter que des étudiants et des étudiantes doivent squatter le Wi-Fi d’un commerce pour étudier.

Hydro-Québec a propulsé le Québec dans l’économie moderne du 20e siècle, l’économie et la vie citoyenne du 21e ne peut se faire sans Internet. Qu’est-ce qu’on attend?