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Incursion dans le monde des inventeurs
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Incursion dans le monde des inventeurs
La pandémie qui bouleverse la planète a jeté sous les feux de la rampe toutes les innovations et les inventions susceptibles de freiner la COVID-19. Au Québec, le Dr René Caissie a fait les manchettes pour l’invention d’une « cagoule » plus efficace qu’un masque N95 pour les travailleurs de la santé. À Sherbrooke, la compagnie IBIOM a conçu et fabriqué une chambre d’isolement portative destinée aux gens atteints du coronavirus. « On est comme ça nous les Québécois, on se revire sur un dix cents et on se creuse la tête quand on a un problème! » Cette phrase prononcée par quelques propriétaires d’entreprises à certaines variantes près nous ramène à l’image du Québécois patenteux qui (ré)invente et rafistole son quotidien. Mais sommes-nous vraiment plus inventifs qu’ailleurs? La Tribune s’est penchée sur la question et vous propose une incursion dans le monde des inventeurs.
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L’innovation québécoise en perte de vitesse

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L’innovation québécoise en perte de vitesse

Les Québécois sont-ils inventifs? Moins que les citoyens des autres provinces les plus populeuses du Canada selon le nombre de brevets produits annuellement. La différence entre le Québec et les autres provinces s’accentue encore plus lorsque le nombre d’inventions brevetées est relativisé par rapport aux dépenses en recherche et développement. Par exemple en 2015, au Québec, 159 inventions ont été brevetées pour chaque milliard de dollars de dépense en recherche et développement. Ce nombre atteint 338 en Ontario, alors qu’il est en moyenne de 249 au Canada, selon l’Institut de la Statistique du Québec.

En 2016, le nombre d’inventions brevetées par million d’habitants se situait à 177 au Québec, comparativement à 222 au Canada, à 328 en Ontario, à 237 en Colombie-Britannique et à 186 en Alberta.

Selon le scientifique en chef du Québec, la part des brevets québécois dans le total canadien a décrut sensiblement de 22 % à 17 % entre 2005 à 2015.

Selon le directeur de l’Observatoire des sciences et des technologies, un des facteurs qui expliquent le peu d’invention breveté au Canada est le paysage industriel du pays.

« La structure industrielle est essentiellement composée de petites et moyennes entreprises qui n’ont pas les moyens de faire des demandes de brevets contrairement aux États-Unis où il y a plus de grands joueurs comme Boeing, IBM. Les PME n’ont tout simplement pas les moyens de se payer des ingénieurs pour faire de l’innovation ni les avocats pour faire les démarches de brevet », explique M. Gingras, dont l’organisme est dédié à la mesure de la science, de la technologie et de l’innovation depuis 1997. 

Les brevets universitaires

Les entreprises québécoises ou dont le siège social est au Québec possédant le plus de brevets depuis le début des années 2000 au Canada sont notamment Pratt & Whitney (1104), BRP (336), Merck Canada (160), Bell Canada (152) et Bombardier (125). La société d’État Hydro-Québec (193) figure aussi dans le haut de la liste. Finalement, on retrouve plusieurs universités aux côtés de ces grosses entreprises.

« Le Canada et le Québec surinvestissent dans la recherche universitaire par rapport aux autres pays de l’OCDE. À l’inverse, il y a moins d’investissement ici dans la recherche industrielle et gouvernementale », souligne M. Gingras. 

L’Université de Sherbrooke figure d’ailleurs sur la liste avec 49 inventions brevetées depuis le début des années 2000. À titre de comparaison, l’Université Laval en détient 183 et l’Université de Montréal en a 123. 

« Mais tout cet argent dépensé pour des brevets ne reviendra pas. Ce ne sont pas toutes des histoires comme l’invention de l’Université de Sherbrooke du début des années 2000 pour les cellulaires », prévient le chercheur en faisant référence à la technologie générique ACELP, développée dans les locaux de l’UdeS, qui a rapporté plus de 200 M$ à l’institution et à ses inventeurs. Un record dans l’histoire des universités canadiennes [voir autre texte].

Si M. Gingras affirme que dans la majorité des cas les universités ne rentabiliseront pas leur investissement pour l’obtention de brevets, c’est que ces derniers coûtent cher. 

« Et il faut dire que la majorité des brevets ne serviront pas à grand-chose. Il y a beaucoup de “gugusses” dans les brevets. »

M. Gindras donne l’exemple du chercheur contesté Gaston Naessens, mort en 2018, qui avait mis au point un produit, appelé le 714X, capable selon lui de guérir des patients atteints de cancer en phase terminale. M. Naessens avait été arrêté dans son laboratoire de la région de Sherbrooke en 1989 et avait dû faire face à des accusations criminelles. On lui a reproché d’avoir donné de faux espoirs de guérison à une patiente. Il avait ensuite été acquitté au terme de son procès. Cette cause avait été largement médiatisée à l’époque.

« Une de ses défenses, c’était que son produit était breveté! Mais lorsque l’on regarde le brevet, il n’y avait presque rien d’autre que de l’eau et du camphre dans son médicament », fait valoir M. Gingras. 

Du support à pédalo aux fourchettes à fondue lumineuses

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Du support à pédalo aux fourchettes à fondue lumineuses

Vincent Langlois, alias « l’avocat des inventeurs », en a vu passer des personnes avec une idée dans son bureau, des plus prolifiques aux plus uniques. Son constat est qu’il est primordial pour les inventeurs de s’entourer de gens honnêtes et de protéger adéquatement leur invention, puisque plusieurs personnes se font encore flouer après avoir eu un coup de génie.

« J’ai souvent vu des gens qui ont eu une bonne idée, mais qui ne savaient pas comment la mettre en application et qui, malheureusement, se sont trouvé des partenaires d’affaires qui ont bénéficié de leur idée sans leur avoir négocié de royautés ou de ristournes, explique Me Langlois en entrevue avec La Tribune. Ça peut se faire sur une poignée de main parce qu’on est très enthousiaste de sa nouvelle idée, mais ç’a des conséquences souvent fâcheuses si un partenaire prend ton idée et la commercialise et qu’on n’a pas protégé suffisamment son idée. »

Me Langlois, qui était entrepreneur dans le monde biopharmaceutique durant une première carrière, accompagne aujourd’hui les inventeurs pour les notions de propriété intellectuelle. Il tient à les mettre en garde contre les gens qui proposent leur aide. Il cite en exemple la Fédération des inventeurs du Québec, qui fait face en ce moment à plusieurs accusations au civil et au criminel pour avoir trompé des inventeurs.

« C’est un domaine qui n’est pas très réglementé au niveau de l’assistance et du conseil, admet-il. On peut se méfier des services qui sont offerts et il faut vérifier l’historique et la compétence des gens qui veulent aider. »

De 800 à 900 dossiers annuellement

L’Inventarium est un organisme qui accompagne les inventeurs dans les différentes étapes pour le dépôt d’un brevet. Son directeur et fondateur, Daniel Paquette, estime aussi qu’il faut faire attention avec qui on fait affaire dans le monde des inventions.

« Une idée d’invention, on ne sait jamais jusqu’où ça peut aller et ça représente de l’argent en fin de compte, souligne l’ancien policier et inventeur. L’argent, ça attire des gens qui ne sont pas toujours honnêtes. Au Canada, on a un problème avec une organisation [NDLR: La Fédération des inventeurs du Québec], mais c’est inhabituel. On a de bonnes agences de brevet. Mais parfois certains vont aller du côté des États-Unis avec des compagnies de promotion des inventions et ils vont se faire avoir de 20 000 $ ou 25 000 $ pour s’apercevoir que ça ne mène à rien. »

Inventarium traite entre 800 et 900 dossiers d’invention par année. Tout y passe, du support à pédalo à l’accessoire d’aspirateur pour nettoyer les gouttières en passant par les fourchettes à fondue lumineuses.

« Il n’y en a pas beaucoup qui se rendent jusqu’au bout, admet M. Paquette. Plusieurs sont éliminées à l’étape de recherche de brevet. Souvent, on pense qu’on a inventé quelque chose de nouveau, mais ce n’est pas le cas. »

Me Langlois conseille aux inventeurs, dans la très grande majorité des cas, de toujours aller vers le brevet, puisque ça demeure « la pierre d’assise de la propriété intellectuelle ». Il importe également de faire les démarches sérieusement, précise-t-il.

Le brevet provisoire, qui protège l’invention pour un an, est d’une grande aide pour les inventeurs.

« C’est énorme, explique Daniel Paquette. Ça permet de parler de son idée sans crainte que la personne dépose un brevet à sa place. C’est la loi du premier déposant partout dans le monde. Le premier qui dépose un brevet est reconnu comme le père de l’invention et non pas le premier qui a pu l’inventer chez lui. »

Il existe aussi certains cas bien précis où le secret industriel s’impose à la place du brevet, qui nécessite de révéler les détails du produit.

Des entreprises ont d’ailleurs réussi à construire des empires commerciaux en gardant le secret de leur invention.

Coca-Cola est un des exemples les plus connus. L’entreprise garde la recette de son fameux soda au fond d’un coffre-fort. Plutôt que de déposer un brevet sur sa formule afin d’avoir l’exclusivité sur sa boisson pour une durée de 20 ans, Coca Cola a opté pour le secret. Le mélange d’épices qui recouvre le Poulet frit Kentucky et la recette du Nutella sont d’autres exemples de secrets industriels. 

Être le maillon d’une révolution

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Être le maillon d’une révolution

Développée à Sherbrooke, la technologie ACELP, qui compresse de la parole et de l’audio dans le domaine du sans-fil, se retrouve dans des milliards de téléphones mobiles. Lorsqu’il est arrivé dans l’équipe en 1992, le directeur du groupe de recherche sur la parole et l’audio à l’Université de Sherbrooke, Roch Lefebvre, ne se doutait pas qu’il travaillait sur une telle révolution.

« Personne ne voyait venir cette explosion dans le domaine du cellulaire, dit celui qui dirige aujourd’hui une équipe d’une dizaine de chercheurs. On était dans le 2G, c’est-à-dire qu’on était passé de l’analogique au numérique. Mais de là à penser que tout ce qui est sans fil allait prendre la place de la téléphonie filaire, et que nos technologies allaient être dans tout ça... On a beau rêver, mais on n’imaginait pas ça! »

En jetant un œil sur sa carrière, le Pr Lefebvre ressent une énorme fierté sur le plan personnel et collectif. « Ce n’est pas juste la recherche, c’est tout l’écosystème, donc les partenaires commerciaux, les partenaires technologiques et les grosses firmes internationales. [...] Je me sens à ma place dans mon institution. Je sens que j’ai beaucoup donné, mais je me sens aussi redevable. J’ai appris beaucoup depuis le début de ma carrière », mentionne le natif de Sherbrooke, qui a étudié à Montréal, à Québec, à Sherbrooke et en France. 

Aujourd’hui, la technologie qu’ont développée Roch Lefebvre et son équipe se retrouve dans six à sept milliards de téléphones cellulaires, mais également dans d’autres dispositifs, comme des tablettes et des voitures.

Le directeur du groupe de recherche sur la parole et l’audio considère que son équipe et lui étaient à la bonne place au bon moment. « C’est du timing, explique-t-il. Il y avait la bonne petite équipe qui a travaillé sur les bonnes problématiques et qui a développé la bonne expertise. Tout à coup, une pépite s’est développée à Sherbrooke. En parallèle, les besoins dans les téléphones ont émergé. »

L’invention qui a été développée dans les années 1980 a généré énormément de revenus à l’Université de Sherbrooke. « C’est de l’ordre de grandeur de 200 M$ pour l’Université. Mais ç’a généré plus que ça. Je ne peux pas donner tous les chiffres. [...] Il n’y a pas beaucoup de succès commerciaux universitaires en Amérique du Nord. Celui qui représente le plus de revenus pour une Université, c’est pour la recette du Gatorade en Floride », indique le Pr Lefebvre, une pointe de fierté dans la voix. 

Quel est le secret pour développer une invention de la sorte? « La clé, c’est qu’il faut focaliser sur certains problèmes, mais en laisser tomber d’autres, répond-il, mentionnant aussi la chance et les opportunités dans les éléments du succès. Il y a parfois des choix déchirants. On travaille sur certains objectifs. On suit notre plan et, à la fin, on voit qu’on avait raison. L’autre élément, c’est de bien s’entourer. Ce qui nous a propulsés, c’est qu’on était bien entourés avec des partenaires. » 

« Les premiers choix que les chercheurs et l’Université ont faits au début des années 1990, une fois qu’ils ont eu au moins une collaboration à l’international, ils se sont mis à chercher un partenaire externe pour gérer la commercialisation, ce qui a été un choix critique. C’était clair qu’il fallait passer le relais si on voulait passer aux prochaines étapes », résume le directeur, qui trouve également de temps de jouer de la guitare dans un groupe. 

Pour l'armée

Claude Laflamme, qui a commencé à travailler avec l’équipe de l’ACELP en 1985, se rappelle que les premiers travaux de son équipe étaient destinés aux services d’urgence et à l’armée. « Les codeurs de parole étaient presque une curiosité de laboratoire. Au départ, c’était pour le cryptage des communications. Le premier standard qu’on a gagné, c’était en lien avec ça », raconte celui qui occupait le poste d’assistant de recherches. 

« C’était très compétitif, se souvient-il. On se battait contre de grosses équipes. On était quatre à Sherbrooke. On se battait contre des compagnies sud-coréennes, allemandes et japonaises. On a été chanceux et on avait de bonnes idées. »

La petitesse de l’équipe a cependant aidé les Sherbrookois, pense M. Laflamme. « On bougeait très vite. Pour avoir travaillé avec de grosses compagnies, on constate que tout est plus compliqué. Ils doivent présenter leur projet de recherche et tout. Nous, si on avait une idée, on l’essayait. Si ça ne marchait pas, le lendemain, on changeait », dit-il, spécifiant que la petite équipe travaillait autant sur l’algorithmique que sur l’implantation.

« Des gens dans de grands laboratoires avaient de bonnes idées et simulaient cela sur les plus gros ordinateurs disponibles. Nous, on n’avait pas beaucoup de budgets, donc on l’implantait sur des microplaquettes qui n’étaient pas très chères. Ça nous a donné une avance », exprime celui qui a pris sa retraite au début des années 2000, rappelant que les grosses équipes sont également nécessaires pour finaliser le tout. 

« Ce qui nous a propulsés, c’est quand on s’est associés avec Nokia. Eux, ils ont eu toute la force politique et industrielle. Ils ont amené cela dans les standards internationaux. »

Plancher sur la téléprésence

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Plancher sur la téléprésence

Pourrons-nous bientôt voyager dans un monde virtuel pour discuter avec quelqu’un? C’est la volonté de l’équipe ayant développé la technologie ACELP.  

« On veut utiliser le réseau cellulaire pour transporter l’équivalent de ce que ACELP transporte, donc la voix et l’image, mais on veut donner l’impression à l’utilisateur qu’ils sont dans le monde à l’autre bout du canal, explique le directeur du groupe de recherche sur la parole et l’audio à l’Université de Sherbrooke, Roch Lefebvre. Ça prend plusieurs canaux audio en même temps en plus du rendu visuel. On espère que notre technologie trouvera sa voie dans les prochains standards. » 

« Idéalement, j’oublierais qu’on se parle à distance, idéalise le professeur. Je n’aurais pas mon téléphone sur l’oreille. Je serais immergé dans une scène audio-vidéo comme si on était à proximité. C’est un peu un rêve, mais déjà beaucoup de technologies permettent de faire ça. Mais de le faire sur les réseaux cellulaires de manière robuste, efficace, autant pour le processeur que pour le temps de la batterie et pour le très grand nombre de personnes qui utilisent le réseau, c’est ce qu’on fait. »

Beaucoup de questions sont cependant encore sur la table. « Quelles sont les prochaines générations [des normes de téléphonie mobile]? Il faut imaginer comment on va interagir les uns avec les autres à distance pour avoir l’impression qu’on est ensemble. L’immersif, la téléprésence, autant pour l’audio, la vidéo, mais aussi pour la manipulation d’objets virtuels à distance, mais comme si on était face à face. On est rendus là dans nos développements, dans la recherche. Probablement que, dans quelques années, notre “téléphone cellulaire” ne sera plus la petite boîte avec un écran tactile. Qu’est-ce que ce sera? Une lunette intelligente? Quelque chose que je vais porter dans mes vêtements? » se demande-t-il, ne pouvant pas définir une année de sortie de cette innovation.

Dans les dernières années, la technologie ACELP s’est développée. « Dans les années 1990, on était dans la téléphonie à bande étroite. C’est ce qu’on connaît depuis 100 ans. Il n’y a pas tout le signal de parole pour que j’aie l’impression que je suis face à face. Comme on veut toujours offrir plus et que l’usager aime le nouveau et le confort, est arrivée au début des années 2000 la téléphonie à large bande. On a doublé la bande de fréquence. On appelle ça l’HD Voice. Ç’a été un gros pas en avant », cite-t-il en exemple. 

Made in Québec

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Made in Québec

Voici quelques inventions bien québécoises

1878
Le combiné téléphonique

Un horloger de Québec, Cyrille Duquette, a mis au point le tout premier combiné téléphonique sur lequel se trouvent l’émetteur et le récepteur. Il fut aussi un des premiers, au monde, à utiliser une ligne téléphonique.

Le bricoleur derrière le masque

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Le bricoleur derrière le masque

René Caissie se décrit lui-même comme un « bricoleur ». Même lorsqu’il parle de son métier de chirurgien maxillo-facial, le Montréalais d’origine acadienne parle de bricolage. « Quand il faut reconstruire un visage après un accident, c’est un peu comme du bricolage », rigole-t-il.

Élevé dans une quincaillerie au Nouveau-Brunswick, Dr Caissie vient d’une famille de débrouillards. « Chez nous, quand quelque chose brise, on trouve une façon de le réparer. Quand j’ai un problème, j’aime trouver une solution », explique-t-il.

Motivé par son envie d’aller donner un coup de main à ses collègues médecins à l’hôpital, mais conscient de la pénurie de masques dans le réseau de la santé, le Dr Caissie a inventé un concept de « cagoule » plus efficace que le fameux masque N95 pour protéger les travailleurs de la santé après une seule visite en quincaillerie. Sa « cagoule » inventée dans son garage et approuvée par Santé Canada est maintenant produite par la compagnie de hockey CCM et toutes les informations de son concept sont libres d’accès sur Internet.

« Je ne veux pas faire d’argent avec ça, simplement aider à protéger la santé des travailleurs », explique-t-il, en précisant que plusieurs commandes ont déjà été passées, notamment par des hôpitaux.

L’inspiration du Dr Caissie ne s’est pas arrêtée là. Avec un groupe de spécialistes, il a mis au point un second concept de masque seulement quelques semaines plus tard, fabriqué par une imprimante 3D ce coup-ci. En plus d’être réutilisable, ce masque est fabriqué sur mesure pour le visage de la personne qui sera appelée à le porter.

« Il suffit de scanner son visage avec son téléphone via une application et ça permet de faire un masque sur mesure. C’est la même technologie qui permet de déverrouiller votre iPhone », explique-t-il. 

L’équipe derrière ce masque a tout le matériel nécessaire pour imprimer des centaines de milliers de masques rapidement. On attend que l’approbation de Santé Canada pour commencer la production.

« J’ai toujours aimé résoudre des problèmes et j’avais déjà inventé quelques trucs ici et là, mais jamais je n’aurai pensé commercialiser mes idées. C’est vraiment gratifiant de voir que ces inventions marchent bien. »

Les « patenteux » estriens bien connus

L’Estrie compte quelques « patenteux » notables. Le plus connu est sans aucun doute Joseph-Armand Bombardier qui s’est révélé être un grand inventeur et qui a révolutionné le monde des transports. 

Le nom de Jean Saint-Germain est également connu dans la région. Ce Drummondvillois a mis sur pied plus d’une centaine d’inventions. Certaines à vocation pratique comme le biberon anti-colique qu’il a inventé à seulement 16 ans après avoir regardé sa belle-sœur donner un biberon à son bébé – Playtex s’est porté acquéreur de son concept pour la somme de 1000 $ —,

d’autres carrément ésotérique comme sa pyramide d’énergie. À travers tout ça, M. Saint-Germain a également développé le concept de l’aérodium qui permet de simuler des sauts en chute libre. Certains se rappelleront peut-être de son restaurant nommé l’Extra-terrasse où un robot assurait le service.

Le nom de Richard Arel est également associé aux « patenteux » du coin. L’ancien propriétaire du Madrid où se côtoyaient dinosaures et « monster trucks » sur le bord de l’autoroute 20 a de nombreux brevets à son actif. Tellement, qu’en 2013 M. Arel figurait au deuxième rang des plus grands demandeurs de brevets en provenance du Québec après le fabricant de moteurs d’avion Pratt & Whitney! Encore aujourd’hui, M. Arel promet de révolutionner la façon de produire de l’électricité partout dans le monde grâce à son moteur multiplicateur Arel développé pendant deux décennies de recherche. 

Une recherche rapide sur Facebook avec les mots « patenteux Québec » permet de constater que les bricoleurs sont toujours nombreux. Certains groupes comptent jusqu’à 18 000 membres. Et les publications se comptent par dizaines chaque jour. 

LePortier s’attaque aux poignées

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LePortier s’attaque aux poignées

Constatant la réaction négative face aux poignées de portes en cette période de coronavirus, Richard Desjardins de l’entreprise LePortier a mis en application l’adage voulant que la nécessité soit mère de l’invention.

En quelques semaines, il a développé un dispositif pouvant s’ajouter aux poignées de porte afin qu’il soit possible de les ouvrir sans utiliser les mains.

« Je voyais la réaction de dégoût et les gens tirer leur chandail pour ouvrir les portes. Je me suis dit que je pouvais développer quelque chose pour contrer cette peur des virus ou des bactéries sur les poignées de porte. J’ai vu le besoin alors j’ai inventé quelque chose pour solutionner ce problème », explique Richard Desjardins de l’entreprise LePortier.

Le dispositif sans contact ajouté sur les poignées de porte permet de l’ouvrir avec les coudes ou les avant-bras. Il peut être installé sur les poignées existantes des portes des magasins, restaurants, édifices commerciaux, résidentiels ou à bureaux.

« Le dispositif en aluminium s’installe en moins d’une minute. Je voulais aussi proposer quelque chose de très esthétique. Le dispositif peut s’installer sur deux types de poignées et en différentes couleurs. Il pourra même servir après la pandémie et il est très facile d’entretien », explique M. Desjardins qui a lancé sa première entreprise à l’âge de 15 ans.

Celui qui réside à temps partiel à Sherbrooke, mais dont l’entreprise est située à Boisbriand, offre son produit en ligne à un coût de 80 $.

« Je n’ai pas de formation d’ingénieur ou de design technique, mais la volonté de trouver des solutions à des problèmes. J’ai pensé à ce dispositif, je l’ai dessiné puis j’ai confié la production en sous-traitance. C’est un dispositif dont le prix demeure très abordable, qui est facile d’entretien et d’installation », indique Richard Desjardins.

Ce dernier signale que son dispositif est en instance d’être breveté.

« Je vise d’abord le marché du Québec, mais je ne vois pas pourquoi ce produit ne pourrait pas être exporté », indique le propriétaire de l’entreprise LePortier.