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Il y a sept ans, Lac-Mégantic
Estrie
Il y a sept ans, Lac-Mégantic
Le 6 juillet 2013, un train fou a détruit le centre-ville de Lac-Mégantic et y a fauché 47 vies. À l'occasion du 7e anniversaire de cette tragédie, La Tribune pose un regard sur le chemin parcouru.
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« Je suis fière de ce qu’on devient »

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« Je suis fière de ce qu’on devient »

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Parce que les anniversaires sont l’occasion de faire le bilan, La Tribune a demandé à la mairesse Julie Morin de poser un regard sur le chemin parcouru depuis qu’un train fou a détruit le centre-ville de Lac-Mégantic et y a fauché 47 vies il y a sept ans, le 6 juillet 2013.

Sur le rétablissement de la communauté

« Au 5e anniversaire, une page s’est tournée. On s’est dit collectivement qu’il était temps de passer à autre chose, sans oublier bien sûr, et de penser à l’avenir, de penser à reconstruire nos humains et notre centre-ville. 

Aujourd’hui, je sens que les gens sont en mode action pour développer la communauté et faire en sorte que notre centre-ville soit animé et vivant. Il y a beaucoup d’initiatives citoyennes qui se passent, par exemple les jardins communautaires des Incroyables comestibles, les Greeters qui se sont ajustés à la COVID en enregistrant une visite virtuelle et la synergie entre nos commerçants qui est de plus en plus grande. 

Après une tragédie comme celle-là qui est venue déstabiliser tous nos repères, c’est de multiples reconstructions dont il faut s’occuper pour développer le sentiment d’appartenance, mais c’est positif.

Sur la reconstruction du centre-ville

On souhaitait un centre-ville habité et il l’est aujourd’hui. C’est concret. En termes de superficie, c’est au trois quarts occupé. Le visage de Lac-Mégantic n’est plus le même. 

On voit enfin poindre les projets en transition énergétique comme le microréseau d’Hydro-Québec. Le projet hôtelier de 72 chambres est aussi en construction, en usine puisque c’est un projet modulaire. C’est une question de semaine avant qu’on voit bouger sur ce terrain. 

Les gens nous parlent beaucoup du centre-ville comme si c’était seulement la rue Frontenac, mais le centre-ville est devenu un quartier qui englobe la promenade Papineau et va jusque de l’autre côté de la rivière Chaudière, avec la rue Salaberry. De ce côté-là, il y a le projet Espace jeunesse qui est en construction, un skate park et un pump track que nos jeunes attendent depuis six ans. C’est important de s’occuper de l’ensemble de nos clientèles, nos familles, nos aînés, nos jeunes, il faut que tout le monde se retrouve dans ce centre-ville.

L’état de la voie ferrée inquiète toujours autant

Estrie

L’état de la voie ferrée inquiète toujours autant

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
 Sept ans plus tard, la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic considère que l’état de la voie ferrée est aussi « questionnable » qu’au moment de la tragédie.

À tel point que l’organisme citoyen évalue la possibilité d’envoyer une nouvelle mise en demeure à Transports Canada et à la compagnie ferroviaire qui exploite ce tronçon, pour exiger des travaux d’entretien urgents. Il en ferait l’annonce lundi matin en conférence de presse à l’occasion des commémorations du septième anniversaire de la tragédie.

Depuis les activités de meulage menées de nuit à Lac-Mégantic et à Sherbrooke en mai dernier, on a même vu apparaître des fissures sur les rails à certains endroits, relate le porte-parole de la Coalition, Robert Bellefleur, qui a consulté des spécialistes et envoyé un drone à faible altitude pour documenter sa cause dans les dernières semaines.

La Coalition considère que des rails doivent être remplacés « le plus rapidement possible », notamment à l’entrée de la ville de Lac-Mégantic.

Rappelons que la Coalition avait envoyé une mise en demeure au ministre des Transports Marc Garneau en septembre dernier pour faire cesser le transport de matières dangereuses entre Farnham et Lac-Mégantic tant que ce tronçon ne sera pas entièrement réparé et aura fait l’objet d’une inspection « complète, indépendante et rigoureuse ».

Deux mois plus tard, en novembre, c’était au tour de la Ville de Sherbrooke de déposer une mise en demeure à la Central Maine & Québec Railway afin qu’elle corrige une problématique qu’elle jugeait urgente aux abords de la rivière Magog.

Puis au début juin, énumère M. Bellefleur, nouvel appel resté sans réponse de la Coalition au ministre Garneau, aux députés de la région et au Canadien Pacifique pour porter à leur attention des sections de rails usés à l’entrée nord-ouest de Lac-Mégantic. 

« On n’est pas encouragés alors c’est pour ça qu’on revient à la charge, dit-il. On se souvient que, l’an passé, quand on avait envoyé notre mise en demeure au ministre, cela avait forcé un arrêté ministériel à la compagnie pour faire plus de réparations et d’inspections. On dirait que c’est seulement la voie juridique qui peut les forcer à avoir des exigences plus sévères. »

Depuis que le CP a racheté les rails de la CMQR, à la fin de 2019, la Coalition n’a guère eu d’information sur les intentions des nouveaux propriétaires. La CMQR serait toujours l’opérateur en titre, selon les observations de M. Bellefleur, et les investissements promis par le CP de 90 millions $ sur trois ans sont bien loin des 400 millions $ qui ont été évoqués par des experts pour sécuriser le tronçon Farnham-Lac-Mégantic.

M. Bellefleur rapporte du même souffle qu’une enquête de CBC révélait le mois dernier que sept déraillements de convois pétroliers ont été signalés depuis celui de Lac-Mégantic, en Ontario, Saskatchewan et Colombie-Britannique, qu’ils impliquent autant le CP que le CN et qu’il a été prouvé que le mauvais entretien des rails en est la principale cause. « Ce n’est pas juste un problème à Lac-Mégantic c’est un problème national », s’insurge-t-il.

Sept ans plus tard, Robert Bellefleur trouve « inacceptable » d’être encore obligé de monter au front pour défendre la sécurité ferroviaire et que ce soit les citoyens qui doivent s’en charger. « Les Municipalités comme Lac-Mégantic n’osent même pas interpeller TC ou les compagnies sur ces problèmes-là. C’est inacceptable de constater ça », déplore-t-il.

La Coalition a d’ailleurs mis sur pied l’automne dernier sa propre fondation pour aider à financer ses actions. Une centaine de personnes en sont devenues membres.

« Toutes les fois qu’un train est stationné trop longtemps ou fait des bruits, on reçoit des appels de citoyens qui nous demandent d’intervenir, constate M. Bellefleur. Le fameux meulage des rails la nuit a apeuré plusieurs personnes. Il y a encore beaucoup d’inquiétude, surtout chez ceux qui demeurent à proximité des rails. » 

Québec a encore 98 M$ à percevoir

Estrie

Québec a encore 98 M$ à percevoir

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Sept ans après la tragédie de Lac-Mégantic, le gouvernement du Québec tarde toujours à compléter sa reddition de compte afin que lui soit versée une somme de plus de 98 M$.

Une somme totale de plus de 417 M$ doit être distribuée dans le cadre des procédures entamées dès août 2013 en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies (LACC) sous laquelle s’est placée la compagnie ferroviaire Montreal, Maine & Atlantic (MMA). 

Outre le Canadien Pacifique, toutes les compagnies poursuivies à la suite des tragiques événements du 6 juillet 2013 se sont entendues pour contribuer au Fonds d’indemnisation des victimes de Lac-Mégantic. 

Seule compagnie à ne pas avoir contribué au fonds d’indemnisation des victimes de Lac-Mégantic, le Canadien Pacifique (CP) est toujours poursuivi dans le cadre d’un recours collectif, qui a été repoussé à l’automne 2021.

Les procédures en vertu de la LACC ont permis d’éviter un débat judiciaire concernant la quasi-totalité des compagnies poursuivies à la suite de la tragédie de Lac-Mégantic, mais elles ne sont pas encore complètement réglées notamment en raison des négociations avec le procureur général du Québec.

Un montant de 103 460 319 $ a été remis au gouvernement du Québec, mais une somme de 98 060 399 $ reste à verser.

« Depuis notre 31e rapport du 25 novembre 2019, le Contrôleur et la Province (NDLR Québec) ont discuté à maintes reprises des prochaines étapes. La Province envisageait différentes options dont elle comptait discuter avec le Contrôleur avant la fin de la suspension actuelle. Toutefois, en raison de la pandémie de la COVID-19, la Province n’a pas été en mesure de fournir au Contrôleur une plage de solution afin de traiter avec leur réclamation moindre. Le Contrôleur continue toutefois son suivi auprès de la Province en vue d’une résolution », explique le contrôleur de la firme Richter dans son 32e rapport déposé en juin. 

Les réclamations aux familles des personnes décédées de plus de 121 M$, pour les lésions corporelles et dommages moraux de quelque 51 M$ ainsi que pour les dommages économiques de plus de 25,6 M$ sont pratiquement toutes versées. 

Le montant des intérêts soit plus de 8,2 M$ sera distribué à la fin des procédures.

L’un des avocats du recours collectif Me Daniel Larochelle se demande pourquoi le gouvernement du Québec n’est pas en mesure de faire cette reddition de compte afin que le dossier soit réglé.

« Le reliquat du fonds d’indemnisation pourrait alors être versé et le dossier pourrait par la suite être fermé », signale Me Larochelle.

Un montant de 14 150 000 $ a été retenu de la somme accumulée comme charge administrative pour les firmes comptables et légales qui ont travaillé à ce dossier.

Initialement prévu à l’automne 2019, le recours collectif intenté à la suite des événements du 6 juillet 2013 avait été reporté à l’automne 2020. 

Me Daniel Larochelle explique que la pandémie de la COVID-19 a incité toutes les parties à reporter l’audition d’une année, soit à l’automne 2021.

« Le nouvel hôtel qui doit être construit à Lac-Mégantic à côté du palais de justice pourrait permettre d’accueillir le procès. Le nouveau ministre de la Justice pourrait profiter de cette construction pour doter Lac-Mégantic d’une salle d’audience du 21e siècle qui pourrait éviter à des témoins de se déplacer de partout au Canada ou des États-Unis. Je vais encore une fois insister pour que le recours collectif se déroule à Lac-Mégantic afin que les gens d’ici puissent y assister », signale Me Larochelle, qui mène le recours collectif avec Me Joël Rochon et Me Jeff Orenstein.

Dans une décision rendue en 2018, le juge Martin Bureau de la Cour supérieure avait aussi joint les procédures intentées par le procureur général du Québec ainsi que huit compagnies d’assurances qui souhaitent obtenir dédommagement de la part de CP.

L’audition du recours collectif doit durer environ quatre mois à raison de trois jours d’audition par semaine. 

Tourner la page sur le site du Musi-Café

Estrie

Tourner la page sur le site du Musi-Café

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Le septième anniversaire de la tragédie de Lac-Mégantic sera marqué, lundi, par l’inauguration de l’Espace mémoire, sur le site même de l’ancien Musi-Café où ont péri une trentaine des 47 victimes le 6 juillet 2013.

Ce lieu de commémoration est très attendu dans la communauté et a été présenté comme un projet sensible de la reconstruction du centre-ville. Une demi-douzaine de citoyens de toutes les sphères de la communauté, rappelons-le, ont participé aux discussions pour en définir le concept avec les architectes de l’Atelier Pierre Thibault pendant pas moins de trois ans.

« Ça va être là que plusieurs vont tourner la page, moi le premier. Ça va être un lieu où ça va faire du bien d’aller se recueillir. De penser pas seulement aux victimes, mais de penser à tout ce qu’on a perdu et à tout ce qu’on est à reconstruire. De regarder l’avenir, aussi, parce qu’il va être vraiment beau », partage Richard Custeau, qui a perdu son frère Réal dans la tragédie.

« C’est avec le sentiment du devoir accompli et beaucoup d’émotions que nous allons inaugurer cet espace symbolique », assure la mairesse Julie Morin. 

« C’était un grand défi d’arriver à traduire et à respecter l’âme du lieu, de permettre aux citoyens de se réapproprier cette parcelle de terrain devenue unique, lieu qui portera dorénavant au recueillement, à la contemplation et aux rencontres », ajoute-t-elle.

Comme représentant des familles endeuillées au comité de conception de l’Espace mémoire, Richard Custeau avoue que tout ce travail a été très émotif et déchirant.

Après avoir demandé un moratoire au début du mois de mars parce qu’il trouvait que la place faite aux 47 victimes dans l’Espace mémoire était négligeable, il a appris avec soulagement il y a deux semaines que 48 silhouettes de grandeurs et de formes différentes allaient finalement être gravées dans les gradins du site, une pour chacune des 47 victimes et une pour l’ensemble des citoyens de la ville.  

« Je pense qu’ils ont fini par voir l’importance d’avoir une petite touche pour les victimes et pour les autres qui sont restés, sur ce lieu sacré de la tragédie, dit-il. Parce qu’il ne faut pas oublier qu’il y a eu 47 victimes. » 

Richard Custeau insiste d’ailleurs pour remercier publiquement les familles endeuillées pour leur confiance à son égard ainsi que les autres membres du comité pour leur écoute, eux qui avaient aussi leur vision de l’Espace mémoire comme citoyens et comme représentants des premiers répondants. 

« J’espère que tout le monde va trouver son petit clin d’œil là-dedans. Quand je regarde tout ce qui va être sur le site de l’Espace mémoire, tout le monde va se retrouver là-dedans, même les gens de l’extérieur », annonce-t-il, d’un ton déjà plus serein.

Les travaux d’aménagement ayant été lancés avec un mois de retard à cause de la pandémie de coronavirus, le défi était grand pour livrer le projet à temps pour le septième anniversaire de la tragédie. 

Mais les entrepreneurs ont mis les bouchées doubles, raconte M. Custeau, qui a suivi de jour en jour l’avancement du chantier, si bien que l’Espace mémoire sera inauguré à la date symbolique du 6 juillet, à 11 h. 

Compte tenu de l’impossibilité de tenir des rassemblements importants, la cérémonie sera diffusée sur Facebook Live en présence du comité, de quelques élus et partenaires, ainsi que des architectes qui présenteront leur concept inspirant, précise la Ville. 

Les citoyens et les visiteurs sont invités à venir découvrir l’Espace mémoire au moment qui leur convient, dans les heures, jours ou semaines qui suivent, ajoute-t-on.

L’inauguration sera suivie, lundi midi, par une envolée de cloches en hommage aux victimes, comme la paroisse le fait depuis six ans.

Pas de train le 6 juillet 

La Ville de Lac-Mégantic a également obtenu confirmation écrite de la part des représentants de la compagnie Canadien Pacifique à l’effet qu’aucun train ne circulera sur les rails de Lac-Mégantic le 6 juillet.

« Il s’agit d’une marque de respect minimale et nécessaire pour la population qui, sept ans après la tragédie, continue chaque jour de voir des trains passer au cœur de son centre-ville. La Ville souhaite que cette autorisation soit reconduite à perpétuité, même une fois que la voie de contournement ferroviaire sera construite, et que les rails du centre-ville seront démantelés », précise Mme Morin.

Notons enfin que pour un deuxième été consécutif, la gare patrimoniale est l’hôte de l’exposition La solidarité au cœur de notre mémoire durant la saison estivale. 

Cette exposition raconte les événements du 6 juillet 2013 et témoigne de la reconnaissance des Méganticois pour les nombreux gestes de solidarité qui ont été posés dans les jours, mois et années qui ont suivi.