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Il y a huit ans, Lac-Mégantic 
Estrie
Il y a huit ans, Lac-Mégantic 
Il y a huit ans, le 6 juillet 2013, un train chargé de pétrole brut partait à la dérive dans la nuit et déraillait en plein coeur de Lac-Mégantic, déclenchant des explosions et un immense incendie qui a fait 47 victimes et défiguré la ville. Huit ans plus tard, les yeux étaient tournés vers Lac-Mégantic mardi où l’on commémorait ce triste anniversaire. La Tribune y était aussi.
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Lac-Mégantic: recueillement et manif silencieuse [PHOTOS]

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Lac-Mégantic: recueillement et manif silencieuse [PHOTOS]

Jacynthe Nadeau
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La Tribune
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L’heure était au recueillement, mardi midi à Lac-Mégantic, alors que les cloches de l’église Sainte-Agnès ont sonné 47 coups pour honorer la mémoire des 47 victimes de la tragédie ferroviaire survenue il y a huit ans, jour pour jour, le 6 juillet 2013.

Au mémorial de l’Espace mémoire sur la rue Frontenac, une centaine de personnes, simples citoyens, élus et dignitaires qui avaient assisté quelques minutes plus tôt à l’inauguration du microréseau électrique d’Hydro-Québec, étaient rassemblées dans un silence émouvant.

À quelques dizaines de mètres de là, une soixantaine de manifestants anti-pétrole avaient abaissé leur pancarte pour prendre part eux aussi à ce moment fort de la journée de commémoration, après avoir laissé quelques gerbes de fleurs sauvages sur la voie ferrée. 

Comme chaque année, les proches des victimes se sont faits discrets dans la foule. Plusieurs familles ont même encore l’habitude de quitter la ville ce jour-là, constate le porte-parole de la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire, Robert Bellefleur. « Elles ne veulent pas revivre ça. »

Guy Ouellet a plusieurs fois fait comme eux. Mais cette année, il est resté et a participé à la manifestation organisée par la Coalition. 

« Ça me ramène un peu dans le passé, mais ça se passe quand même assez bien », dit celui qui a perdu sa conjointe Diane Bizier dans la tragédie et qui trouvait important de soutenir les revendications de la Coalition.

« Même après huit ans, quand le train passe [au centre-ville], ça me dérange encore. Peut-être moins que les premières années, mais je n’aime pas ça. Le fait que le train passe à l’extérieur de la ville, ça nous aiderait à vivre un peu mieux. »

Jean Clusiault s’était déplacé en mémoire de sa fille Kathy, mais il n’entendait pas participer aux activités officielles et a de la difficulté à se retrouver dans le nouveau Lac-Mégantic.  

« Je viens me recueillir, je vais faire la marche, je vais aller à l’église et je vais prendre cinq minutes pour aller au cimetière », témoigne-t-il.  

« La Coalition, pour moi, c’est une marche symbolique qu’elle tient. Parce que de la politique, il ne devrait pas y en avoir le 6 juillet. C’est encore émotif pour plusieurs familles. Il y a des gens qui, huit ans après, en sont encore au même point. » 

M. Clusiault a trouvé auprès de son autre fille qui a survécu à la tragédie, Kim, sa planche de salut. « Aujourd’hui je suis grand-papa alors j’ai mis mon focus là-dessus. J’essaie d’être serein. Ça ne veut pas dire que la blessure n’est plus là, mais on essaie de tourner ça en positif. »

À l’Espace mémoire, l’abbé Francis Morency était attentif aux autres pendant que les cloches résonnaient. Il devait célébrer plus tard en soirée une messe commémorative avec ses confrères, les abbés Steve Lemay et Gilles Baril.

La journée devait prendre fin avec le visionnement en plein air du documentaire Marcheurs d’étoiles, qui relate l’histoire de la verrière de l’église Sainte-Agnès et met en lumière l’important apport à la communauté du curé J.E.E Choquette.

La préfet de la MRC du Granit Marielle Fecteau et le député de Mégantic-L’Érable Luc Berthold ont pris la peine d’inscrire quelques mots sur les roches qui parlent de l’Espace mémoire.

Pire tragédie du XIXe siècle

Rappelons que dans la nuit du 5 au 6 juillet 2013, un convoi de 72 wagons-citernes chargés de pétrole brut de la Montreal, Maine & Atlantic Railway est parti à la dérive, a dévalé une pente sur 13 km et a déraillé à l’approche du centre-ville de Lac-Mégantic, avant d’exploser et de prendre feu à proximité du réputé bar le Musi-Café où cette soirée d’été s’étirait doucement.

Quarante-sept personnes ont péri et une quarantaine d’édifices ont été détruits dans une zone de 2 km2. Cela a été qualifié de pire tragédie ferroviaire au Canada depuis le XIXe siècle.

Une voie de contournement ferroviaire du centre-ville de Lac-Mégantic a été annoncée conjointement par les gouvernements fédéral et provincial en mai 2018. Trois ans plus tard, on approche de l’étape des plans et devis. Ottawa s’est engagé à livrer l’infrastructure en 2023. Entre-temps, les trains circulent toujours au centre-ville de Lac-Mégantic.

Jean Clusiault a perdu sa fille Kathy dans la tragédie. Il a joint la marche silencieuse pour se recueillir.

Cohérence

Questionnée sur la décision d’inaugurer le microréseau en cette journée de commémoration, la mairesse de Lac-Mégantic Julie Morin a convenu que cela pouvait susciter un malaise chez certains, mais pouvait au contraire constituer un message d’espoir pour d’autres et pour cette raison, elle en a appelé à la bienveillance de chacun. 

« La journée du 6 juillet est toujours très sensible, dit-elle. Chaque année, il y a certaines personnes qui souhaiteraient qu’on fasse beaucoup plus et d’autres qu’on fasse beaucoup moins. […]Mais la raison pour laquelle on a tenu à faire cette inauguration, c’est qu’il y a un lien direct entre ce qui est arrivé le 6 juillet 2013 et ce qu’on annonce aujourd’hui. C’est cohérent pour nous de se tourner vers les énergies renouvelables, parce que ce qui est arrivé chez nous est arrivé entre autres à cause de l’énergie fossile. C’est cette pertinence-là qu’on souligne. »

« Je l’ai répété plusieurs fois, ajoute-t-elle, la priorité aujourd’hui, c’est la commémoration. […]Oui c’est important de se souvenir, mais c’est aussi important de se projeter. Comme communauté, on a mis un genou à terre, mais on continue à avancer. »

Interdire le pétrole de transit

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Interdire le pétrole de transit

Jacynthe Nadeau
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Une soixantaine de personnes, dont plus de la moitié était à Lac-Mégantic sous l’impulsion du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec, ont marché au centre-ville mardi matin pour réclamer « l’interdiction totale et permanente » du transport de pétrole de transit sur le réseau ferroviaire qui traverse la région.

« On sait qu’actuellement tous les projets d’oléoduc sont refusés partout au Canada et même aux États-Unis […]. On n’est pas aveugle et on sait très bien que le pétrole risque de repasser par Lac-Mégantic, par Sherbrooke, par Bromont, par Magog. On ne souhaite pas, pour toutes ces communautés-là qui vivent aux abords des voies ferrées, qu’elles soient à risque de conflagration comme on a connue ici le 6 juillet 2013 », a lancé Robert Bellefleur, porte-parole de la Coalition des citoyens et organismes engagés pour la sécurité ferroviaire de Lac-Mégantic qui organisait la marche silencieuse.

La Coalition avait deux autres revendications en cette journée de commémoration marquant les huit ans du déraillement tragique de 2013.

Puisqu’elle a détecté des aiguillages « plus dangereux » qu’avant la tragédie sur la voie ferrée qui traverse le centre-ville, elle exige que l’infrastructure soit réparée « le plus rapidement possible ». 

« On est même prêt à aller jusque dans des démarches de mise en demeure du gouvernement comme on a fait l’année passée et l’année précédente », précise M. Bellefleur.

L’auteure et militante Anne-Marie Saint-Cerny, qui a signé un ouvrage documentaire sur la tragédie du 6 juillet 2013, était à Lac-Mégantic mardi en soutien à la Coalition.

Enfin, comme il l’a fait devant le Comité permanent des transports, de l’infrastructure et des collectivités de la Chambre des communes en juin, le porte-parole de la Coalition revient à la charge pour demander une commission d’enquête mixte et indépendante sur la tragédie.

« Ça fait huit ans qu’on la demande et on n’est pas près d’arrêter, prévient-il. Pour Air India, ç’a pris 10 ans avant qu’ils l’obtiennent alors on va tenir notre bout. C’est important pour les familles des victimes parce que justice n’a pas été rendue à Lac-Mégantic. 

« On ne connait pas officiellement les causes, on ne reconnait pas encore officiellement les responsables et si on veut éviter qu’une telle catastrophe se reproduise, il faut qu’une commission d’enquête publique fasse des recommandations pour améliorer la sécurité ferroviaire. »

Pour sa part, le président du Fonds mondial du patrimoine ferroviaire Denis Allard s’est joint à la manifestation pour réclamer que le projet de voie de contournement soit revu en entier pour corriger des courbes et éliminer des passages à niveau afin de rendre le nouveau tronçon plus sécuritaire que ce que l’actuel tracé laisse présager, selon son analyse.

Quant à l’avocat Me Daniel Larochelle, il a sommé les gouvernements fédéral et provincial de rendre publique le montant total des dépenses qu’ils ont engagées à Lac-Mégantic depuis la tragédie de 2013.

« À ce jour, personne n’est capable de me dire combien a coûté la tragédie », déplore-t-il, en citant le chiffre de 409 M$ obtenu par La Presse en 2014, celui de 278 M$ cinq ans plus tard selon le Journal de Montréal, puis celui de 324 M$ en décembre 2020 selon le ministère de la Justice.

« Il est difficile de comprendre de pareils écart et c’est pourquoi dans un souci de transparence et d’équité pour les citoyens de Lac-Mégantic, je demande que le gouvernement du Québec rende publique l’entente de remboursement qu’il a signée avec Ottawa en 2013, ainsi qu’un tableau détaillé des dépenses qu’il a engagées. »

Contribuer à la transition énergétique du Québec

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Contribuer à la transition énergétique du Québec

Jacynthe Nadeau
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Évoqué officiellement pour la première fois en 2017, le microréseau de Lac-Mégantic a été mis en service il y a quelques jours et ambitionne de participer activement à la transition énergétique du Québec.

Il s’agit d’un premier microréseau électrique au Québec qui se déploie à l’échelle de tout un quartier, soit une trentaine de bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels du nouveau centre-ville de Lac-Mégantic.

Ce laboratoire à ciel ouvert repose sur 2200 panneaux solaires installés sur le toit de six bâtiments, dont la grande majorité sur le toit du Centre sportif Mégantic, qui sont reliés à des batteries de stockage, ainsi qu’à des équipements de domotique et à un poste électrique pour gérer le tout. Le réseau peut produire jusqu’à 800 kW et les batteries peuvent stocker jusqu’à 700 kWh d’énergie.

« C’est ce cocktail technologique qui va nous permettre d’apprendre et d’évoluer », a expliqué le vice-président exécutif distribution approvisionnement et services partagés chez Hydro-Québec Éric Fillion. 

« L’énergie produite par les panneaux solaires sera emmagasinée dans les batteries pour combler les besoins de la population dans le microréseau, mais on pourra avoir des excédents qui seront retournés dans le réseau d’Hydro-Québec ou emmagasinés pour une utilisation future grâce au principe d’îlotage. »

Julie Morin, mairesse de Lac-Mégantic, Marie-Claude Bibeau, ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, et Jonatan Julien, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, ont salué l’esprit d’innovation qui a mené à la mise sur pied du microréseau.

« En tant que tout premier microréseau au Québec, Lac-Mégantic constitue un véritable laboratoire, une vitrine technologique pour acquérir et améliorer l’expertise sur les réseaux autonomes », a renchéri le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec Jonatan Julien. 

« Cette expertise va contribuer à décarboner les 22 réseaux éloignés et non raccordés qu’on a avec Hydro-Québec et qui sont justement dépendants des combustibles fossiles. Donc si on veut aller vers autre chose, ici on a une vitrine technologique qui va nous permettre d’avancer. »

La présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, qui a participé à un panel de discussion sur l’avenir du microréseau avec la mairesse Julie Morin avant de procéder à son inauguration mardi matin, a quant à elle dressé un parallèle inspiré entre l’énergie électrique et l’énergie humaine, « qui a transposé une grande souffrance en un désir de contribution vers un avenir meilleur » à Lac-Mégantic.

Notons enfin que le poste électrique du microréseau, situé à proximité du Centre sportif Mégantic, portera le nom du curé Joseph-Eugène-Édouard-Choquette. 

Reconnu également comme un homme de sciences, le curé Choquette a fait construire la première centrale hydroélectrique destinée à éclairer toute la ville de Lac-Mégantic et il était le principal actionnaire de la compagnie d’éclairage, dont il a supervisé les travaux et le fonctionnement jusqu’à sa mort, a-t-on relaté.

Le microréseau bénéficie par ailleurs d’un parcours d’interprétation pour en comprendre le fonctionnement. Le départ se prend près de la gare patrimoniale.

Ce qu’ils ont dit

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Ce qu’ils ont dit

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Colette Roy Laroche, ex-mairesse de Lac-Mégantic, qui assistait à l’inauguration du microréseau : « Je suis fière de voir cette réalisation-là qui allait dans la vision qu’on avait de reconstruire en respectant les principes de développement durable. C’est se souvenir d’abord et regarder vers l’avenir ensuite. »

Maurice Bernier, ex-préfet de la MRC du Granit, croisé sur le parcours de la marche silencieuse : « C’est la première fois que je participe à la manifestation, pour toutes sortes de raisons. Je suis content d’être là. Le 6 juillet, tout ce qu’on a à faire, c’est se souvenir, mais je suis d’accord avec les revendications de la Coalition. […] les oléoducs sont rendus sur les rails. Alors les pétrolières vont continuer de vendre du pétrole et on n’a rien amélioré. Donc il faut arrêter le pétrole et il faut poser des gestes. Et il faut essayer de faire la transition de façon intelligente. »

Maurice Bernier

François Jacques, député de Mégantic et propriétaire du Centre funéraire Jacques et fils à Lac-Mégantic : « Aujourd’hui, c’est une journée de recueillement pour revenir aux sources. Ce n’est pas une journée pour manifester, ni pour faire des événements grandioses. C’est une journée pour commémorer. Juste les cloches et le moment de recueillement, pour moi, c’est assez. » 

François Jacques

Rick O’Bomsawin, grand chef de la nation abénakis, traduit dans les mots de l’auteure et militante Anne-Marie Saint-Cerny : Il a souligné la peine immense qui l’afflige et a dit qu’il comprenait dans son cœur d’abénakis ce que ça pouvait signifier. Il va demander au ferroviaire et à toutes les autorités de retirer la voie ferrée qui a causé cette tragédie inouïe qui n’aurait jamais dû arriver. On ne saura jamais la vérité, et c’est une tragédie ça aussi. 

Rick O’Bomsawin

Philippe Duhamel, du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec : « Si les gouvernements n’arrêtent pas ces trains de la mort, il va falloir qu’on les arrête ensemble. »

Philippe Duhamel

Justin Trudeau, premier ministre du Canada, par communiqué : Il a affirmé à distance que ses pensées et celles des Canadiens accompagnaient ce mardi les résidents de la ville de Lac-Mégantic qui se souviennent de la pire tragédie ferroviaire de l’histoire du Canada. Il affirme que le pays tout entier se souvient et trouve inspiration dans la bravoure, la force et la résilience de Lac-Mégantic et des résidents de toute la région. (selon La Presse canadienne)

Omar Alghabra, ministre des Transports du Canada, dans une déclaration écrite : Il a qualifié le drame d’«inimaginable». Il a appelé tout le pays à prendre un moment de recueillement en mémoire des victimes. « Cet anniversaire nous rappelle également l’importance de poursuivre un travail acharné pour rendre notre système ferroviaire encore plus sécuritaire pour les Canadiens. » À ce sujet, il assure que son ministère s’efforce de concrétiser le projet de la voie de contournement ferroviaire «le plus rapidement possible». L’échéancier prévoit que le tout sera complété en 2023. (selon La Presse canadienne)