Contenu commandité
Fléaux envahissants
Actualités
Fléaux envahissants
Les espèces exotiques envahissantes font de plus en plus jaser, que ce soit la plus grande colonie de berce du Caucase au Québec dans le Val-Saint-François ou les nombreux lacs de la région aux prises avec un problème de myriophylle à épis. Introduites au Québec il y a des décennies pour la pluspart, ces espèces commencent à avoir un réel impact sur les milieux de vie en Estrie. La Tribune se penche sur la question.
Partager
Berce du Caucase : Saint-Georges-de-Windsor prend les grands moyens

Estrie et régions

Berce du Caucase : Saint-Georges-de-Windsor prend les grands moyens

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
La municipalité de Saint-Georges-de-Windsor a décidé de faire affaire avec une firme pour régler un problème grandissant de berce du Caucase sur son territoire. Quelque 10 000 plants ont élu domicile aux abords du ruisseau Soucy tout près du village.

La firme Acérifor a procédé à la coupe des ombelles au mois de juillet et commence déjà à faire l’arrachage des racines, qui se poursuivra au printemps. Ces efforts, qui devraient durer au moins deux ans, coûteront 4000 $ par année à la Municipalité. Il s’agit d’un « départ » pour éradiquer la Berce à court ou moyen terme.

« Cette première intervention est majeure et la population de berce du Caucase sera considérablement réduite, souligne la Municipalité par courriel. Les interventions subséquentes seront partielles afin de progressivement éradiquer la plante. »

On observe notamment une grosse colonie qui s’étale sur une centaine de mètres sur des terrains privés en face du marché public.

« Ce ne sont pas toutes de grosses colonies en descendant le ruisseau, mais on en retrouve un peu partout, souligne Isabelle Blanchette-Turcotte, responsable des espaces verts et des plantes envahissantes à la Municipalité. Chaque plant a des milliers de graines. La Municipalité veut bien, mais c’est du temps et de l’argent. »

Quelque 10 000 plants de la berce du Caucase ont élu domicile aux abords du ruisseau Soucy tout près du village de Saint-Georges-de-Windsor.

Difficile contrôle

Pour tenter de contrôler la population de berce, la Municipalité avait fait passer un règlement pour rendre la déclaration obligatoire.

« On s’est rendu compte que les gens avaient peur de la déclarer, même si on ne donnait pas d’amendes, explique Mme Blanchette-Turcotte. On s’est rendu compte aussi qu’il y a des gens qui ne marchent pas sur leur terrain. »

La Ville a aussi demandé aux propriétaires terriens de s’assurer que l’ombelle est coupée ou que les plants sont arrachés.

« Certains ne le faisaient pas et je devais les rappeler », déplore Mme Blanchette-Turcotte.

Plante toxique

La berce du Caucase est une plante originaire d’Asie qui a été introduite au Québec. Elle est très envahissante et très toxique. Sa sève est photosensibilisante, c’est-à-dire que la peau en contact avec la berce, une fois exposée au soleil, subit des brûlures.

« Dépendamment d’où elle se situe, cette plante peut devenir un enjeu de sécurité publique, indique Jérémy Parent, coordonnateur en sécurité publique à la MRC des Sources. Mets une école proche et ça change la game. »

Depuis 2017, quatre municipalités de la MRC du Val-Saint-François luttent contre la plus grande population connue à ce jour au Québec. La colonie de Saint-Georges est la plus grosse et la plus problématique dans la MRC des Sources.

« Jusqu’à maintenant, c’est positif, car les signalements qu’on a eus c’était pour des plantes semblables comme la carotte sauvage, mentionne Jérémy Parent. La voirie de Wotton en enlève, mais ce ne sont pas des colonies, c’est encore très sporadique. Le signalement est très important. »

Isabelle Blanchette-Turcotte rappelle que le signalement est primordial pour lutter contre la berce.

« Il faut nous déranger, ce n’est pas grave, résume-t-elle. En même temps, ça nous permet de regarder pour d’autres plantes envahissantes. »

La berce du Caucase pousse même sur la pelouse près des cours d’eau.
Une menace à la biodiversité

Actualités

Une menace à la biodiversité

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
La biologiste Kim Marineau n’hésite pas à comparer la prolifération des espèces exotiques envahissantes aux changements climatiques, à la destruction des habitats ou même à la pollution lorsqu’on parle de la menace qu’elles font peser sur la biodiversité. Au Québec, ces espèces sont de plus en plus nombreuses et en plus grand nombre que jamais.

Berce du Caucase, myriophylle à épis, moule zébrée, renouée du Japon et roseau commun ne sont que quelques-unes des espèces qui causent des maux de tête aux biologistes et menacent la survie des espèces indigènes.

« De déplacer des espèces exotiques, c’est aussi grave que de se promener sans masque de nos jours, lance d’emblée Kim Marineau en entrevue avec La Tribune. Les gens ne voient pas le lien entre leur bien-être, leurs besoins et les écosystèmes. C’est difficile d’expliquer pourquoi c’est important de garder les étangs de grenouilles ou les forêts. Si on a de l’eau potable qui arrive dans le robinet, c’est parce qu’il y a des milieux qui décontaminent les eaux de surface. Si on n’a pas des milieux qui épurent les eaux, ça va prendre encore plus d’usines d’épuration. »

Le roseau commun, l’espèce la plus répandue à l’échelle de la planète, et la renouée du Japon sont particulièrement inquiétants.

« Ce sont des espèces qui prennent tout l’espace au sol et sous le sol et les autres espèces ne peuvent plus survivre, explique Mme Marineau. Quand le roseau commun est sur le bord des autoroutes, ce n’est pas trop grave, c’est plutôt quand il rentre dans le réseau hydrographique. C’est là qu’on perd la biodiversité. »

Kim Marineau

Le gouvernement peut en faire plus

Le gouvernement pourrait en faire beaucoup plus pour lutter contre la prolifération des espèces exotiques envahissantes selon la biologiste qui a également fondé l’entreprise Biodiversité conseil en 2013. La première chose que le gouvernement pourrait faire selon elle, c’est d’interdire la vente des espèces exotiques envahissantes.

« On en vend encore pour les aquariums ou des petits bassins paysagers, déplore-t-elle. Quand les gens font leur entretien, les résidus peuvent aller contaminer les cours d’eau. C’est facile à faire pour le gouvernement. »

Mme Marineau insiste également pour qu’il y ait, comme pour les bateaux par exemple, une obligation de laver la machinerie entre deux chantiers de construction. Plusieurs espèces se retrouvent de cette façon dans un nouveau milieu à contaminer.

« Dans les évaluations environnementales qui sont faites au Québec, on dit que les entrepreneurs vont nettoyer leur machinerie pour empêcher la prolifération des espèces envahissantes, mais il n’y a presque personne qui le fait!, souligne-t-elle. Il y a beaucoup de mesures qui sont communiquées, mais il n’y a pas de surveillance ni d’obligation légale. »

« Depuis 20 ans, on a diminué énormément les inspecteurs que ce soit sur les chantiers ou dans les milieux humides, résume-t-elle. Ça fonctionne juste par signalement. Si quelqu’un voit quelque chose, peut-être qu’un inspecteur va aller voir, mais encore. »

Un été propice à la propagation des plantes aquatiques

Actualités

Un été propice à la propagation des plantes aquatiques

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
Tel que redouté par les associations de protection des lacs de la région, le grand achalandage de bateaux remarqué sur les plans d’eau en juin s’est poursuivi tout au long de l’été. On constate aujourd’hui l’impact de cette saison estivale particulièrement chaude, avec bien des remous d’hélices à la surface et peu de précipitations.

« Toutes les conditions étaient réunies pour avoir un été désastreux sur le plan de l’environnement », témoigne Joanne Sarrasin, présidente de l’Association pour la préservation du lac Magog (APLM). 

En août, l’association a dû envoyer un message à ses membres pour leur expliquer la présence d’une si grande quantité de plantes aquatiques échouées sur les rives du lac. 

« C’était une quantité assez phénoménale. Ça bloquait carrément l’accès au lac. Les gens posaient beaucoup de questions », explique la présidente. 

Le phénomène a été causé entre autres par le bas niveau de l’eau qui a amené les plantes aquatiques plus près de la surface et par le fait même plus accessibles aux hélices des bateaux à moteur. Une situation parfaite pour favoriser la propagation du myriophylle à épi déjà bien implanté dans ce lac, également aux prises avec de la moule zébrée. 

Une station permanente de lavage de bateaux est réclamée depuis des années par l’APLM aux trois municipalités riveraines, soit Sainte-Catherine-de-Hatley, Magog et Sherbrooke, sans succès jusqu’à maintenant. Une station mobile a été déployée près des descentes à bateaux à quelques reprises cet été. 

« Le lavage des bateaux est essentiel pour enrayer la propagation de ces espèces, mais jusqu’à maintenant, les Municipalités se renvoient la balle en ce qui a trait au financement de ce projet », déclare Mme Sarrasin. 

Du côté des Trois-Lacs à Asbestos, la saison a également été favorable à la multiplication du myriophylle à épi. L’Association des résidants des Trois-Lacs (ARTL) en a enlevé quelque 60 tonnes.

« On ne fournit pas à la ramasser, déplore Claude Tremblay, président de l’ARTL. C’est décourageant. On a même un nouveau secteur où on n’en avait jamais vu dans le milieu du lac. »

L’ARTL a obtenu une subvention de 20 000 $ pour tenter de se débarrasser du myriophylle ou du moins le contrôler, mais n’a pas été en mesure de l’utiliser au complet par manque de plongeurs.

« Les gens ne connaissent pas les drapeaux de plongée sur nos bateaux, ils viennent nous voir, mais techniquement ils n’ont pas le droit d’approcher pour la sécurité du plongeur, souligne M. Tremblay. Les belles journées, on ne va pas sur le lac, c’est trop dangereux. »

Au lac Massawippi, on se réjouit de n’avoir trouvé aucune moule zébrée dans le plan d’eau malgré une inspection de 40 endroits propices à son implantation au courant de l’été. « Ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas, mais le résultat de ces inspections est une bonne nouvelle pour l’instant », explique la directrice générale de Bleu Massawippi, Michèle Gérin. 

La situation du myriophylle à épi semble également sous contrôle.

« Les plants que nous avons se retrouvent principalement dans des baies qui sont protégées par des affiches et ça fait plusieurs années que nous faisons de la sensibilisation auprès des bateaux pour qu’ils ne naviguent pas dans ces zones », affirme Mme Gérin. 

L’été a cependant été marqué par des éclosions de cyanobactéries. La chaleur de l’eau combinée au brassage du sol par la circulation nautique sont en partie responsables de ces éclosions. « On a eu une crise qui s’est étendue à la fin juillet puis des éclosions assez importantes pour fermer toutes les plages à la baignade et ça, ce n’était pas arrivé depuis des années », souligne Mme Gérin.

Le lac Brompton a également été touché par une importante éclosion d’algues bleu-vert qui ont couvert presque toute la superficie du lac pendant plusieurs jours.