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Équipement médical : bien loin de l’achat local
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Équipement médical : bien loin de l’achat local
Les entreprises du Québec ont été nombreuses à répondre à l’appel du gouvernement au plus fort de la première vague pour fabriquer de l’équipement de protection médicale. Masques, blouses, désinfectants, elles ont été plusieurs à complètement modifier leur production. Près d’un an plus tard qu’en est-il? La Tribune s’est penchée sur la question.
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Déception et frustration chez les entrepreneurs

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Déception et frustration chez les entrepreneurs

Simon Roberge
Simon Roberge
La Tribune
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Alors que de nombreuses entreprises ont fait des pieds et des mains pour répondre à l’appel du gouvernement au printemps dernier pour produire de l’équipement médical, voilà que les contrats ont fondu comme neige au soleil et que le gouvernement a recommencé à s’approvisionner à l’étranger.

Au plus fort de la crise, de mars à juillet 2020, le gouvernement du Québec a importé 90 % des masques, 10 % des blouses lavables et 99 % des blouses jetables. Dès avril 2020, des commandes ont été effectuées auprès de fournisseurs québécois de blouses lavables, mais tous ces contrats n’ont pas été renouvelés, déplore Dany Charest, directeur général chez TechniTextile Québec. Pour les masques, seuls trois fournisseurs québécois, dont Médicom, ont une entente avec le Ministère. 

« Dès le mois de juin l’année passée, le ministère de la Santé et les CIUSSS ont averti que beaucoup de contrats ne seraient pas renouvelés, indique-t-il. Les besoins avaient été comblés. Quand ce marché-là est disparu aussi vite qu’il est apparu, ç’a créé beaucoup de déception et de frustration. C’était une réorganisation complète de lignes de production dans certains cas et à cela s’ajoutent des coûts de recherche et développement. »

La volonté d’achat local est bien présente, mais tarde à se concrétiser, selon M. Charest, dont l’organisme réunit l’ensemble des acteurs impliqués dans le secteur des matériaux textiles techniques au Québec.

« Le politique a de la difficulté à traduire ses intentions en actions sur le terrain, observe-t-il. Il faut qu’il y ait une volonté de payer 10 %, 15 % ou même 30 % plus cher pour s’approvisionner local et avoir une sécurité. On comprend qu’à produit égal, on ne sera jamais moins cher qu’un produit chinois ou indien, c’est évident. »

Dany Charest, directeur général chez TechniTextile Québec

L’œuf ou la poule

Les entreprises qui produisent de l’équipement de protection individuel ou des équipements à usage médical demandent principalement deux choses au gouvernement, note M. Charest : des contrats à long terme et une vision des prévisions d’achat.

« Sans cet engagement à long terme, c’est difficile pour un entrepreneur de prendre le risque d’investir 10 ou 15 millions $ et qu’au final, le gouvernement continue d’acheter au plus bas soumissionnaire, explique-t-il. Donnez-nous le temps de nous améliorer et de nous automatiser et on va réduire les coûts! »

Véronique Proulx, directrice générale chez Manufacturiers et Exportateurs du Québec

Revoir les politiques

Pour Véronique Proulx, directrice générale chez Manufacturiers et Exportateurs du Québec, il est vraiment temps pour le gouvernement de revoir ses politiques d’approvisionnement local pour laisser plus de place aux produits québécois. Pour l’instant, le critère principal lors de l’achat est le plus bas soumissionnaire conforme. Mme Proulx donne en exemple le critère du développement durable qui pourrait être mis de l’avant.

« Un produit fait au Québec peut être un peu plus cher que celui de la Chine ou des Philippines, mais il respecte les normes de santé et sécurité au travail, les salaires sont décents et il respecte les normes environnementales, mentionne-t-elle. Il y a d’autres choses que le prix »

Le problème de l’autosuffisance dans le domaine médical n’est pas nouveau, mais il a été remis dans l’actualité en raison notamment de la pénurie de masques du printemps dernier.

« Une entreprise qui a un pied-à-terre au Québec et qui soumissionne pour un contrat public n’est pas plus avantagée qu’une entreprise étrangère, résume Mme Proulx. À l’inverse, en soumissionnant aux États-Unis une entreprise doit avoir un haut niveau de contenu de produits provenant des États-Unis. »

De son côté, le ministère de la Santé et des Services sociaux assure que le processus se fait dans le respect des principes de la Loi sur les contrats des organismes publics (LCOP). 

« Les modes d’adjudications ont été choisis selon les circonstances applicables au cas par cas », répond-on par courriel.

Du désinfectant plein l’entrepôt

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Du désinfectant plein l’entrepôt

Tommy Brochu
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23 mars 2020. Alors que la pandémie prend de l’ampleur, l’entreprise The Color Group modifie sa production pour fabriquer du désinfectant pour les mains. Presque dix mois plus tard, le marché est saturé et la compagnie entrepose l’équivalent de centaines de milliers de dollars de gel, en attendant de trouver un acheteur.

« Les ventes ont baissé radicalement partout, raconte Alexandre Nault, directeur des opérations chez The Color Group à Sherbrooke, une entreprise qui conçoit et fabrique des produits cosmétiques et de soins. On a travaillé à fournir la réserve nationale pour le gouvernement du Québec et les chaînes de pharmacie. On avait déjà notre propre ligne médicale qui existe depuis des années. On avait déjà les capacités de le faire quand la crise est arrivée. »

Au mois d’avril et de mai, des clients appelaient jusqu’à dix fois par jour pour demander quand ils allaient recevoir leur commande. « Certains pleuraient au bout du fil, et ce n’est pas des blagues. Rendus en septembre, des gens annulaient leurs commandes. C’est comme s’il y avait eu trop de produits sur le marché », dit celui qui était censé effectuer une livraison chez Costco aux États-Unis... avant que le géant américain annule les livraisons. 

« Je suis pris avec une livraison complète, décrit-il. Un camion-remorque qui était destiné à Costco est dans mon entrepôt depuis octobre. Pour le gouvernement, tout a été comblé. Tout le monde est pris avec un surplus. »

Risques de poursuites

De plus, M. Nault s’expose à des poursuites de la part de ses fournisseurs. « Des contrats ont été signés pour de l’approvisionnement en bouteilles et en éthanol. La demande a chuté, donc je n’en ai plus de besoin. Au final, est-ce que ç’a été payant de s’embarquer là-dedans? Je ne suis pas certain. On va vivre les impacts en 2021. »

Alexandre Nault a été surpris lorsqu’il est allé se faire vacciner pour la grippe avec sa famille à l’automne. « On est allés au Centre de foires où c’était très bien organisé. Évidemment, il y avait du gel désinfectant à l’entrée... qui a été produit aux États-Unis. C’est fâchant. On a toutes les capacités de le faire au Québec », s’insurge le directeur des opérations de The Color Group. 

Et il dit avoir des prix très compétitifs. « La Chine a eu le temps de produire et de nous inonder de produits pas chers, expose Alexandre Nault. [...] On était là pour aider, je n’ai pas modifié mon prix depuis mars. On est au prix de base que ça coûte de produire et une marge très décente. »

En mode attente

Chez SOS Odeurs, Josée Samson a aussi produit du désinfectant pour les mains, alors que son entreprise se spécialise dans les neutralisants d’odeurs. « J’ai eu de belles commandes dès le départ. Après, ç’a été fini. Zéro, nada. Je suis entrée en contact avec SigmaSanté [devenu le Centre d’acquisitions gouvernementales] pour savoir si c’est possible d’avoir d’autres commandes. On m’a dit qu’on allait avoir besoin d’une très grande quantité tous les mois et qu’ils voulaient encourager tout le monde », exprime-t-elle, ajoutant qu’elle peut cependant utiliser l’alcool qu’elle a acheté pour d’autres produits. Cependant, le stock de bouteilles, de pompes et de bouchons à cet effet ne s’écoule pas.

En septembre, la femme d’affaires dit avoir réécrit à l’organisation paragouvernementale. On lui aurait dit qu’elle n’allait plus octroyer de contrats directement aux entreprises, mais que le processus d’appels d’offres serait enclenché.   

« Ça fait des mois qu’on les vérifie et il n’y a eu aucun appel d’offres pour les hôpitaux », renchérit-elle, ajoutant qu’elle a regardé les nouveaux appels d’offres durant trois mois.

Les contrats sont donc octroyés de gré à gré, selon ce qu’il est possible de lire sur le Système électronique d’appel d’offres (SEAO) du gouvernement du Québec. 

Le ressentiment partagé chez Attraction

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Le ressentiment partagé chez Attraction

Tommy Brochu
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Chez le fabricant de vêtements Attraction à Lac-Drolet, le vice-président au développement des affaires, Sébastien Jacques, « partage le ressentiment de l’industrie du textile ». Après avoir investi au début de la pandémie pour produire des blouses de contagion de niveau 2, aucune commande de ce produit n’a été effectuée depuis le mois de septembre.

« On a modifié notre ligne de production, on a acheté de la matière première, on a embauché et on a ajouté deux quarts de travail pour pouvoir répondre à la demande. Quand on a terminé de livrer les commandes initiales, tout s’est arrêté », s’attriste-t-il. 

« Une fois qu’on a terminé de livrer ces commandes, il n’y en a pas eu d’autres. Tout d’un coup, les produits chinois et les produits jetables étaient disponibles en grande quantité. L’utilisation de produits écoresponsables et réutilisables ne faisait pas partie des priorités », considère celui qui pense que ce problème est systémique. 

« C’est tout le processus d’approvisionnement qui doit être révisé », ajoute-t-il, rappelant que le retour d’investissement est certain lorsqu’une blouse réutilisable est achetée, puisqu’elle peut être utilisée à maintes reprises.

Le gouvernement et les organisations comme les CISSS et les CIUSSS n’avaient pas fait de promesses de commandes à l’entreprise. « Le gouvernement avait dit haut et fort que l’industrie du textile pouvait faire une différence. Comme entrepreneur, on n’a pas besoin de promesses. On saute dans l’action et on se débrouille », décrit celui qui n’avait pas la fiche technique de la blouse de contagion de niveau 2 lorsqu’il a décidé de modifier sa production. 

« Il n’y avait pas de directives, donc ç’a été le Far West durant quelques semaines », dit celui qui avait conclu des ententes avec le CISSS de Chaudière-Appalaches. 

Pour l’instant, Attraction possède assez de matière première pour fabriquer « plusieurs dizaines de milliers de blouses », assure M. Jacques. S’il cogite avec son équipe pour un produit dérivé utilisant ces matériaux, le VP au développement des affaires préférerait voir des commandes pour des blouses réutilisables rentrer. 

Rappelons que l’entreprise, qui a aussi fabriqué des couvre-visages pour la population, a utilisé ses matières résiduelles textiles pour tisser des tapis et des couvertures. Elle recherche d’ailleurs une dizaine d’opératrices de machines à coudre.