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Enfin de retour au resto!
Un an de Covid-19
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L’ouverture des cantines du matin fait grand bien

Un an de Covid-19

L’ouverture des cantines du matin fait grand bien

Claude Plante
Claude Plante
La Tribune
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« Tout le monde peut se faire cuire deux toasts le matin à la maison, mais pour certains ça se passe à la cantine le matin. »

Renaud Légaré, propriétaire de la Cantine du lac de Magog, a revu avec émotion ses clients cette semaine, après quatre mois de fermeture en raison de la pandémie.

Chez les habitués de ce genre d’établissement, l’ouverture des salles à manger était un pas de plus vers le retour à la normalité, alors que la région estrienne passait en zone orange. « Mes clients qui arrivaient à 5 h avant sont arrivés à 5 h lundi matin. Même chose pour ceux qui venaient à 6 h, 7 h, 9 h… », dit fièrement M. Légaré.

« Ils étaient heureux de se voir, de se parler. Ça se sentait que le monde s’était manqué durant cette période. J’ai été fermé pendant quatre mois. C’est long pour des gens qui sont habitués de se côtoyer régulièrement », affirme-t-il.

« Dans le fond, on est comme une famille! » 

Pour Renaud Légaré, c’était le moment de revenir devant son public avec ses « niaiseries », quand tout est prétexte aux taquineries, aux anecdotes gonflées à l’hélium et aux histoires dignes des meilleurs vaudevilles. 

C’est l’endroit pour se faire « tirer la pipe » même si on n’a pas le droit de fumer.

Reprendre le collier pour servir des assiettes deux œufs bacons, grilled cheese et omelettes westerns a été un soulagement, dit l’homme d’affaires aussi connu pour son dévouement auprès de l’équipe des Cantonniers de Magog. Il a dû se relever les manches rapidement aussi.

Le proprio Renaud Légaré de la Cantine du Lac à Magog était bien heureux de retrouver Jacques Yargeau, un fidèle client.

« Il a fallu se retourner vite »

« Il a fallu se retourner vite pour être prêts lundi matin. On a eu le OK du premier ministre (François Legault) le mercredi. Jeudi matin, je suis arrivé à la cantine. C’est là que je me suis aperçu que des frigos ne fonctionnaient plus », relate-t-il.

« Ça voulait dire trouver un réparateur. Il fallait aussi courir après les fournisseurs pour commander de la nourriture. Tout le monde des restaurants courait après eux. J’ai été chanceux, car j’ai pu avoir mes commandes à temps. »

Renaud Légaré n’a pas pensé abandonner, afficher « à vendre » devant le petit bâtiment situé au coin des rues Principale et du Moulin, à l’ombre d’une succursale de la SAQ. L’aide aux entreprises offertes par le gouvernement en cette pandémie ne couvre pas tous les frais. Il a dû faire avec, dit-il.

L’un de ses fidèles spectateurs, le Magogois André Côté, trouvé son déjeuner encore meilleur avec cette réouverture tant espérée. « C’est bon pour le moral. Après des mois à voir les mêmes visages, les mêmes meubles, les mêmes murs à la maison, ça fait du bien de sortir et venir ici pour refaire le monde », lance-t-il.

« Moi je dis que des cantines comme chez Renaud, il devrait y en avoir dans toutes les villes et tous les villages. Quand on se présente ici le matin, c’est souvent le seul loisir qu’il te reste quand tu as un certain âge. »

Danika Fauteux, Héloîck Langlois et Diane Demers, trois habituées de la Cantine du Lac à Magog. 

« Bien contents de revoir notre monde »

Si les clients étaient heureux de revenir s’assoir à leur cantine préférée, les employés ne demandaient pas mieux de les revoir. « Nous étions bien contents de revoir notre monde, c’est certain », commente Pierre Blais, du Resto-Bar La Patrie, dans le village du même nom.

« Nous avions hâte de revenir au boulot. Des mois sans travailler, c’est long et plate! »

À Lambton, la Cantine L’Express a repris vie après avoir offert seulement des plats à la livraison pendant quelques mois, mais les contraintes pèsent lourd sur les opérations du commerce. « Il y a tellement de restrictions que ça complique le travail », déplore la propriétaire des lieux sans vouloir se nommer.

« Les gens sont contents de revenir à l’Express, mais certains sont frustrés parce qu’ils ne peuvent pas s’assoir ensemble. On doit garder les gens éloignés. Ce n’est pas toujours évident », se plaint-elle.

« Nous n’avons que quatre tables et on ne peut pas se servir des places au comptoir. C’est moins intéressant disons... »

Retour à la vie sociale

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Retour à la vie sociale

Isabelle Pion
Isabelle Pion
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« L’écrivain qui s’enferme chez lui se coupe de l’énergie vitale qui relie tout le monde. » Ce sont les mots de l’écrivaine Marguerite Yourcenar que l’auteure Mylène Gilbert-Dumas cite lorsqu’elle nous parle de tout l’univers dont elle a été privée au cours de la dernière année, pendant la pandémie.

L’auteure sherbrookoise habite à deux pas du café Le Tassé, dans l’est de Sherbrooke. Elle y est souvent, très souvent. Parce qu’elle adore socialiser, que les employés sont devenus, au fil du temps, des amis. Mais aussi parce que les personnes qu’elle croise sur place nourrissent, à un moment ou à un autre, son imaginaire. « Les artistes vont beaucoup dans les cafés parce qu’on y retrouve toute l’humanité... »

C’est là, dans son « deuxième bureau », dans la petite adresse de la rue du Conseil, qu’elle mène des recherches historiques pour ses romans.

« Je travaille seule chez moi. Mon mari et moi, on a chacun notre bureau. Quand je travaille, je ne vois personne. Ce qui fait que mon social, je le faisais au Tassé. Ça fait plus de 10 ans qu’il est ouvert. C’est la place où je donnais rendez-vous à mes amis, je connais bien le personnel. J’allais là une fois par semaine, des fois deux, selon les parties de mon travail. Je n’écris pas dans les cafés, mais je fais la lecture et la recherche, parce que sinon je ne vois personne. Et je suis quelqu’un d’extrêmement sociable. » 

« L’est, c’est vraiment un écrin. Les gens ne le savent pas. Les gens se croisent et se parlent. Je suis chanceuse de vivre ici... »

À l’heure où la vie virtuelle a pris beaucoup de place, Mylène Gilbert-Dumas ne s’en cache pas : elle ne trouve pas « si géniale » la vie sur internet. 

« Je n’ai pas eu le choix. Je préfère de loin le téléphone. » 

Les fermetures du confinement et de la zone rouge ont créé un grand vide. « C’est un lieu de rencontre. Des fois, j’allais acheter du café en grains, et ça prenait une demi-heure avant que je ressorte. Je suis quelqu’un de très fidèle. Quand j’aime un endroit, j’y retourne », dit-elle en citant ses bonnes adresses. Pendant la fermeture, elle a multiplié le prêt-à-manger : pas question que ses adresses coups de cœur ferment leurs portes.

Chose certaine, la pandémie a mis en lumière l’importance du contact humain. 

« Quand ça nous est enlevé, on voit la valeur de ça. » 

La dernière année a néanmoins été riche et fertile pour la Sherbrookoise, qui s’est liée d’amitié avec ses voisins syriens et qui a décidé d’apprendre l’arabe, en plus de poursuivre son écriture.

Attaché politique de la députée Élisabeth Brière, Jacques Raby était un habitué des bars, des restaurants et des 5 à 7.

« Petits deuils »

Attaché politique de la députée fédérale Élisabeth Brière, Jacques Raby était un habitué des bars, des restaurants et des 5 à 7. À l’époque où il était directeur de la Société canadienne de sclérose en plaques en Estrie, une partie de sa vie professionnelle se déroulait en fin de journée, dans ces lieux publics, à la recherche de bénévoles et de partenaires. 

C’est aussi là qu’il aimait croiser ses amis. Et, tout d’un coup, cette vie sociale a disparu. « Ça me manque beaucoup, le contact avec mes amis. La pandémie, j’ai vécu ça comme de petits deuils. Le plus important, ç’a été d’être séparé de ma famille : mes frères et sœurs, ma mère de 85 ans. Chez nous, on est tissé serré. C’est le plus gros deuil. Mais il semblerait que (les retrouvailles), ça s’en vient! »

Le fait de travailler avec son équipe — qui a été en télétravail par moment depuis le début — a permis d’atténuer un manque, estime celui qui a littéralement été absorbé par son travail. D’autant que la crise a entraîné beaucoup de demandes d’intervention au bureau, et que l’équipe devait s’approprier l’information qui bougeait constamment. Le contexte lui a du même coup permis de se sentir utile. Privé des contacts extérieurs et des lieux publics, Jacques Raby raconte avoir réalisé des travaux chez lui, avec sa blonde. « J’ai essayé de prendre ça zen. » Il prévoit assurément aller au restaurant bientôt : il a le goût de voir des gens. Mais les sorties s’annoncent tout de même moins nombreuses. « Je suis bien, chez nous », réalise-t-il en indiquant que ses priorités ont changé. 

Vive la pizza du vendredi au P'tit Bonheur! [VIDÉO]

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Tommy Brochu
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Le retour de la traditionnelle pizza du vendredi midi a été tranquille, mais réjouissant au P’tit Bonheur de Saint-Camille. Quelques dizaines de clients et une poignée d’enfants de l’école primaire ont cassé la croûte, une tradition qui perdure depuis plus de 30 ans… quand il n’y a pas de pandémie. Mais ce petit vendredi a quand même réchauffé le cœur de bien des citoyens.

Les organisateurs ont donc profité de ce vendredi plus tranquille pour s’exercer en vue des prochaines semaines. « Ça se comprend bien, commente le coordonnateur culturel, communautaire et du développement du P’tit Bonheur, Benoît Bourassa. C’est le premier vendredi après plusieurs mois depuis la fermeture de la salle à manger. C’est normal que tout le monde n’ait pas reçu l’information (de l’ouverture). À notre avis, dès la semaine prochaine, ça va changer complètement. »

« Ça nous a permis de vérifier si nos configurations étaient adéquates. Avec moins de clients, c’est plus facile. On n’était pas à la remorque d’un méga vendredi », poursuit l’ancien maire, ajoutant que l’organisation a profité de la fermeture temporaire de la salle à manger pour exécuter quelques travaux d’amélioration. 

Cependant, l’ambiance n’est pas la même qu’à l’habitude au P’tit Bonheur. 

« Quand on n’est pas en pandémie, c’est un lieu où les gens se donnent rendez-vous. Tu sais que tu vas voir des gens et que tu vas pouvoir parler de sujets de façon informelle. La pizza est parfaite pour faire du réseautage », mentionne la coordonnatrice de gestion et finances du P’tit Bonheur, Johanne Bergeron, ajoutant que beaucoup de projets sont démarrés à la suite de conversations tenues les vendredis midi.

« Des clients ont décidé de ne plus venir, car il n’y avait plus ce réseautage. Ici, habituellement, ça se promène. Ils ont décidé d’attendre que ça revienne à la normale à la place », continue celle qui s’occupe du registre, de faire respecter les adresses et de vérifier les cartes d’identité des clients. 

Panne électrique

Et ce retour a bien failli être perturbé. Vendredi matin, une panne électrique a compliqué le travail des organisateurs, mais la situation s’est rétablie vers 10 h.

« On a manqué d’électricité à partir de 4 h 15 du matin. Les pâtes étaient faites, mais il fallait continuer. On a tout déplacé dans la chambre froide, on est allés chercher la génératrice et de l’eau, car on n’avait plus d’eau courante pour s’assurer d’un minimum de lavage de mains et de salle de bain », explique la coordonnatrice, ajoutant qu’ils ont déjà tenu l’événement malgré une panne électrique dans le passé. 

Malgré tout, les sourires des bénévoles étaient faciles à imaginer sous leurs masques. Ils étaient visiblement fébriles de poursuivre cette tradition.

« On n’a jamais arrêté de vendre de la pizza pour emporter, se réjouit la coordonnatrice. Heureusement, car ça nous a permis de survivre, avec les subventions salariales. On en a vendu assez pour être contents et fiers de nos clients qui nous soutiennent et nous supportent. »

« Ça fait du bien »

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Tommy Brochu, initiative de journalisme local
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La réouverture de la salle à manger du P’tit Bonheur a fait du bien à beaucoup de citoyens de la petite municipalité. Jacques Proulx, qui participe aux dîners pizzas du vendredi depuis les balbutiements de l’organisme dans les années 1980, était heureux de reprendre la tradition.

« On a hâte de pouvoir remplir la place comme c’était! Lorsque je peux, je viens. Sinon je viens acheter ma pizza et je la mange chez moi », confie le citoyen, qui a été peiné de perdre cette habitude quand la pandémie est arrivée l’an dernier. 

« On rencontre un tas de monde qu’on ne voit pas autrement, raconte l’ancien président de l’Union des producteurs agricoles et de Solidarité rurale du Québec. On échange toutes sortes de choses. Il y a des gens qu’on voit là, mais pas ailleurs. Il y a beaucoup d’ennui autour de ça. »

Jean-Pierre Harel, lui, était content de pouvoir casser la croûte avec son ami Jacques. « Ça nous permet de voir quelques personnes, commente-t-il. Il y a des liens qui sont encore là. C’est nonchalant, c’est bonhomme. Ça renoue, ça nourrit. Il y a des villageois qu’on n’a pas vus depuis un an. C’est déjà un plus. » 

Erika Eggana s’est déplacée de Saint-Adrien pour venir manger de la pizza à Saint-Camille. « C’est un hasard, je venais au P’tit Bonheur pour une raison professionnelle et quand j’ai constaté que c’était la première journée de la réouverture, j’ai décidé d’en profiter », dit celle qui participe à la tradition depuis son enfance. 

Les cafés du club Tamalou

Tous les matins de la semaine, lorsque la situation le permet, des retraités du club Tamalou réinventent le monde autour d’un café. Cette activité est une occasion de socialiser.

Benoît Bourassa, coordonnateur culturel, communautaire et du développement du P’tit Bonheur, pense que ce café de 10 h fait un bien énorme aux aînés de la municipalité. « C’était émouvant de les revoir revenir pour parler d’actualité, de sports, de politique, tout y passe. (...) Ç’a sauvé des gens qui ont vécu des situations comme la perte d’un conjoint. On parle beaucoup de santé mentale depuis quelques mois, cette activité des Tamalou est simple et assure un bien-être, qu’on constate tous les jours », analyse l’ancien maire de la municipalité. 

Les membres du club n’ont pas pu remplacer cette activité durant la pandémie. « On endure notre mal en patience. C’est très difficile ce côté-là. C’est difficile moralement et physiquement », explique Jacques Proulx, content de pouvoir recommencer à venir boire son breuvage chaud tous les matins de semaine.