Contenu commandité
En attente d'une chirurgie
Dossiers majeurs
En attente d'une chirurgie
La pandémie a forcé le CIUSSS de l’Estrie-CHUS à ralentir de façon importante ses activités dans les blocs opératoires. Pendant plusieurs semaines, seuls les cas urgents et semi-urgents ont été opérés. Conséquence : la liste d’attente déjà bien garnie a continué de s’allonger.
Partager
11 125 chirurgies en attente en Estrie

actualités

11 125 chirurgies en attente en Estrie

La pandémie a forcé le CIUSSS de l’Estrie-CHUS à ralentir de façon importante ses activités dans les blocs opératoires. Pendant plusieurs semaines, seuls les cas urgents et semi-urgents ont été opérés. Conséquence : la liste d’attente déjà bien garnie a continué de s’allonger.

À preuve, en octobre dernier, il y avait près de 8000 patients en attente d’une chirurgie non urgente. Ils sont maintenant près de 11 125 patients à attendre leur passage sur la table d’opération.

« Ce nombre est probablement sous-estimé, parce que nous avons presque arrêté de voir de nouveaux patients durant la pandémie. À mesure que nous les verrons en consultation, nous allons ajouter de nouveaux patients sur la liste d’attente », indique le Dr Mario Viens, chirurgien au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et président sortant de l’Association québécoise de chirurgie.

Pendant ce temps, le projet d’agrandissement des blocs opératoires à l’Hôpital Fleurimont vient d’être « retardé de deux à trois ans ». Toutefois, la possibilité de louer des heures dans un bloc opératoire privé continue d’être à l’étude et pourrait se concrétiser au cours des prochaines semaines.

Le CIUSSS estime que la pandémie est responsable de l’ajout de 1500 personnes sur la liste d’attente, c’est-à-dire que 1500 personnes sur les 11 000 qui auraient pu être opérées depuis le début de l’urgence sanitaire en mars.

« Notre niveau d’activités se situe à un niveau 2 de reprise des activités, c’est-à-dire que nous sommes à 40 à 70 % de nos activités habituelles. Nous sommes toujours dans un contexte d’urgence sanitaire et de pandémie. Le ministère de la Santé et des Services sociaux est en appui à cette reprise. Nous visons une reprise à 100 % de notre capacité habituelle en septembre », indique Karine Duchaineau, directrice générale adjointe du CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

Manque d’espace et de personnel

Or ce retard imposé par la pandémie du coronavirus s’inscrit dans un contexte où il est établi que les blocs opératoires des deux hôpitaux, Fleurimont et Hôtel-Dieu, ne suffisent plus pour répondre à la demande.

« Le problème est simple : nous manquons d’espace. Et nous manquons aussi de personnel formé », assure le chirurgien Mario Viens.

Longtemps avant la pandémie, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS travaillait déjà activement sur un vaste chantier de réorganisation de sa planification du temps disponible dans ses blocs opératoires.

« Le manque d’espace et de personnel formé aux blocs opératoires ne date pas d’hier. C’est une problématique qui perdure depuis de nombreuses années. On a vu une augmentation fulgurante des cas il y a trois ou quatre ans, quand il y a eu un manque chronique de personnel infirmier durant un an », rappelle le Dr Viens.

En effet, la réalité des deux hôpitaux universitaires de Sherbrooke est unique au Québec, car les blocs opératoires sont utilisés de la première jusqu’à la quatrième ligne dans un seul centre universitaire et sur un territoire très vaste.

Les besoins spécialisés pour les chirurgies oncologiques (quatrième ligne), par exemple, entrent en compétition avec les chirurgies courantes de la première et de la deuxième ligne et toutes les urgences quotidiennes qui doivent être traitées rapidement, comme les césariennes, les saignements intracrâniens à drainer, les appendicites, les fractures, etc.

Les chirurgies complexes, comme celles du cerveau et du cœur, doivent nécessairement être réalisées dans des blocs opératoires possédant des équipements spécialisés et avec du personnel infirmier formé.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS discute avec le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pour la construction de nouvelles salles d’opération. « L’espace est trouvé depuis longtemps à l’intérieur de l’hôpital. Toutefois, on nous a annoncé il y a deux semaines que les travaux à l’Hôpital Fleurimont seront retardés d’au moins deux à trois ans », indique le Dr Viens.

Le problème du personnel demeure criant. « Même si on construisait 20 belles salles neuves, si on n’a pas de personnel infirmier pour les remplir, ça ne mènera à rien », indique celui qui exerce la chirurgie au CIUSSS de l’Estrie-CHUS depuis 26 ans.

Lorsque Sherbrooke comptait quatre hôpitaux avant la fusion de 1996 (le Sherbrooke Hospital, l’Hôtel-Dieu, l’Hôpital Fleurimont et l’Hôpital Saint-Vincent), il y avait 29 salles d’opération. Il n’en reste plus que 19 depuis la fusion. Les blocs opératoires des autres centres hospitaliers du territoire, comme celui de Magog et de Lac-Mégantic, sont également souvent offerts aux patients « en deuxième offre » pour dégager les hôpitaux sherbrookois.

« Si on regardait les archives de cette époque, avant la fusion, on verrait probablement qu’il y avait peu d’attente pour subir une chirurgie à Sherbrooke. On voyait nos patients, et deux semaines après, on les opérait », rappelle le chirurgien général.

6000 $ au privé pour obtenir une chirurgie en deux semaines

actualités

6000 $ au privé pour obtenir une chirurgie en deux semaines

Alain Blais s’est blessé au dos il y a quelques mois. Son médecin de famille l’a référé à un chirurgien général pour réparer ses deux hernies inguinale droites. En attente d’un rendez-vous, son état se détériorait de jour en jour et sa douleur devenait insupportable. Il a dû prendre les grands moyens pour subir sa chirurgie.

Dans le contexte de pandémie, il savait que ce serait long avant de rencontrer le chirurgien, et plus long encore avant d’être opéré étant donné que sa blessure ne mettait pas sa vie en danger.

Au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, il y a actuellement un peu plus de 11 000 chirurgies en attente, une liste qui s’est rallongée depuis le début de la pandémie quand les activités chirurgicales ont dû ralentir. À un certain moment, on ne procédait plus qu’aux chirurgies urgentes.

« Ce n’est pas parce que ce n’est pas urgent que ce n’est pas grave. En plus des enjeux de santé, il faut être conscient des enjeux sociaux et économiques qui sont rattachés à cette situation. Est-ce que mon conjoint aurait été en congé maladie pendant un an en attendant sa chirurgie? Deux ans? Tout ça avec seulement une portion de son salaire? Quand on ne peut plus travailler et qu’on souffre continuellement, il y a aussi tous les risques de tomber en dépression », soutient son épouse Sylvie Breton.

Ne pouvant plus supporter l’incertitude, l’attente et la douleur, M. Blais a décidé de chercher les options. Quelques appels ont suffi pour trouver la solution.

« Le 13 mai, nous avons consulté un chirurgien général très compétent dans une clinique privée de Montréal. Le 27 mai, mon conjoint se faisait opérer dans une clinique privée avec un service en or. Il est en convalescence en ce moment, mais il sera de retour au travail dans quelques semaines », indique Sylvie Breton.

Au moins une année d’attente de sauvée

Le couple estime avoir ainsi sauvé au moins une année d’attente pour la chirurgie, une année qui aurait été composée de douleur ainsi que de sacrifices financiers et familiaux.

Mais il y a un « mais ». Pour subir cette chirurgie aussi rapidement, Alain Blais a dû débourser 6000 $ en plus de quelques autres frais et des déplacements à Montréal.

« Payer 6000 $, c’est aussi un sacrifice financier. Mais quand on pense à tout ce qu’on aurait perdu en attendant une chirurgie à l’hôpital, nous sommes contents de l’avoir fait », ajoute Mme Breton.

Cette dernière a aussi subi une chirurgie en février 2020 dans l’un des hôpitaux de Sherbrooke. « Un monde de différences » entre les deux lieux où se faire opérer, assure-t-elle.

Elle s’est présentée à la salle d’urgence avec une violente douleur au ventre. « Je faisais une appendicite. Ça, c’est une urgence. Plus on attend avant la chirurgie, plus il y a de risques de perforation et de complications. J’ai dû attendre 48 heures avant d’être opérée. Le chirurgien était disponible, mais on m’a dit qu’il y avait des salles d’opération fermées, faute de personnel. Et pendant cette attente, mon appendice a éclaté, ce qui a provoqué des complications. Dans la clinique où mon mari s’est fait opérer, je vous assure qu’il ne manquait pas de personnel », relate-t-elle.

Le couple a décidé de rendre son histoire publique afin de prouver aux gens qu’il existe des solutions pour diminuer les listes d’attente dans les hôpitaux du Québec, alors que de nombreux blocs opératoires privés pourraient accepter d’effectuer des chirurgies en leurs murs afin de désengorger les blocs opératoires des hôpitaux publics.

Pour les patients qui souffrent sur la liste d’attente, Mme Breton lance un message, tout en sachant que payer une chirurgie au privé n’est pas à la portée de tout le monde : « Il existe des solutions. Battez-vous! »

Le couple a aussi envoyé ses factures à la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ). On espère un remboursement d’une partie des frais au moins, du moins du coût estimé pour une telle chirurgie dans le secteur public. Deux semaines après l’envoi par courrier recommandé, M. Blais n’a reçu aucune nouvelle de la RAMQ.

Le MSSS attend le dépôt du projet

Actualités

Le MSSS attend le dépôt du projet

Le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS) se montre ouvert à autoriser la location d’heures dans des salles d’opération privées en Estrie comme ailleurs au Québec, d’autant plus que tous les établissements du Québec ont accumulé un important retard durant la pandémie.

« Le MSSS a effectivement été interpellé par le CIUSSS de l’Estrie-CHUS concernant un projet d’effectuer une entente 108 pour délocaliser certaines activités dans un bloc opératoire hors établissement. Nous n’avons pas encore reçu le dépôt officiel du projet. Nous ne pouvons donc nous prononcer davantage à ce stade-ci », indique-t-on au MSSSS.

Or depuis quelques semaines, les établissements de santé reprennent graduellement les activités dans les blocs opératoires. Dans la plupart des CISSS et des CIUSSS du Québec, le volume des activités au bloc opératoire est de 40 à 70 % du volume normal.

« Le recours aux plateaux techniques de cliniques médicales spécialisées est une stratégie envisagée par certains CIUSSS. À cet effet, des discussions sont déjà en cours afin d’assurer que l’ensemble des conditions soient respectées, notamment au niveau de l’équipement et de la disponibilité du personnel clinique et par conséquent, pour formaliser ces dites ententes », indique Robert Maranda, porte-parole du MSSS, sans s’avancer sur le cas précis de l’Estrie.

L’Estrie compte une clinique privée d’ophtalmologie ayant des plateaux techniques chirurgicaux pour les chirurgies des yeux et deux cliniques médicales d’esthétiques ayant aussi des plateaux techniques.

Une autre clinique, toute neuve celle-là, vient d’ouvrir ses portes à Bromont. La propriétaire de la clinique Médispa à Bromont, la Dre Stéphanie Olivier, est prête à partager ses installations à la fine pointe avec le réseau public, assure-t-elle.

La clinique Médispa dispose de deux vastes blocs opératoires et de neuf espaces de récupération post-chirurgicaux tout neufs, construits au coût de 3 millions $.

« Je peux même offrir le personnel nécessaire pour les chirurgies. Des ophtalmologistes se montrent intéressés à venir travailler ici. Mais je n’ai eu encore aucun retour d’appel du CIUSSS de l’Estrie-CHUS », mentionne la Dre Olivier.

Des précédents existent dans le secteur public de la santé. En effet, depuis 2016, le gouvernement du Québec a transféré des milliers de chirurgies dans trois établissements privés de la région de Montréal afin de délester les hôpitaux surchargés de Montréal, a indiqué La Presse récemment. Le gouvernement Legault est toujours en attente d’annoncer s’il entend prolonger, et si oui de quelle façon, son entente avec les cliniques DIX30, Rockland et Opmédic.