Pierre Lapointe a dénoncé les faibles revenus des artistes malgré le nombre impressionnant de lecture de leurs chansons sur Spotify.

À la recherche d’un nouveau modèle

L’industrie de la musique a vécu tout un chamboulement au cours de la dernière décennie. Les ventes d’albums physiques ont chuté radicalement, passant de 9 millions en 2009 à 3 millions en 2018 (dernière donnée disponible). Les ventes numériques ont fait en sorte que les mélomanes, qui devaient auparavant acheter l’album complet des artistes qu’ils aimaient, peuvent maintenant choisir d’acheter uniquement leurs chansons préférées. Ainsi, les ventes de pistes numériques sont passées de 6,6 millions en 2009 à près de 17 millions en 2013, un sommet, avant de redescendre graduellement à 8 millions à cause de l’arrivée en 2014 de Spotify au Canada.

« Non seulement les ventes physiques ont chuté depuis 2005, mais les ventes numériques ont chuté plus rapidement que les ventes physiques après 2014, parce que les gens ont commencé à consommer massivement des services de musique en ligne. On parle de Spotify, mais aussi YouTube qui est le plus important service de musique en ligne », mentionne Mme Drouin, précisant que les revenus que les artistes retirent de ces services de musique en ligne sont faméliques.

Les artistes qui pouvaient donc, auparavant, se fier sur deux sources de revenus, la vente de billets et la vente d’albums, doivent maintenant multiplier les spectacles pour arriver à vivre de leur art.

« Mais dans un marché aussi petit comme celui du Québec, c’est limité. On ne peut pas compenser la baisse de revenu en multipliant indéfiniment le nombre de spectacles. Pierre Lapointe ne peut pas aller huit fois en spectacle à Sherbrooke par année. Alors que Beyoncé ou Drake peuvent décider d’aller à Boston, Baltimore et partout sur la planète pour allonger leur tournée », note Mme Drouin, ajoutant que les chanteurs québécois qui vivent de leur travail sont chanceux.

« Pierre Lapointe s’en sort, car il a connu les années 2000 et en plus il a plein d’autres cordes à son arc. Mais pour quelqu’un qui commence aujourd’hui, c’est très difficile », souligne la directrice générale de l’ADISQ. Pierre Lapointe avait d’ailleurs dénoncé au gala de l’ADISQ qu’il n’avait touché que 500 $ pour un million d’écoutes de sa chanson Je déteste ma vie.

La mort de MusiquePlus en 2019 a mis définitivement fin à cette époque où on attendait devant la télévision que le dernier vidéoclip de Guns N’Roses ou de Madonna soit diffusé, une habitude qui s’était perdue depuis qu’on pouvait consommer sur commande sur internet.

« Il y a les services de musique en ligne qui ne redonnent pas suffisamment aux artistes, mais il ne faut pas oublier les fournisseurs internet qui s’en mettent plein les poches en vendant de la bande passante pour les Spotify, les Netflix de ce monde, sans rien retourner pour le contenu musical ou audiovisuel », mentionne Mme Drouin.

« Je répète. On a besoin d’un nouveau contrat social entre les artistes, l’industrie musicale, tous ces grands joueurs et le gouvernement. Sinon, oui, on continuera à avoir de la musique. Mais notre musique, j’en suis moins certaine », conclut la directrice générale, ajoutant que c’est le gouvernement fédéral, par son pouvoir de réglementation, qui détient la solution à ce casse-tête.

En vrac

Environ 50 % des albums physiques vendus au Québec sont des albums d’artistes québécois.

Environ 30 % des albums numériques vendus au Québec sont des albums d’artistes québécois.

Environ 10 % des pistes numériques vendues au Québec sont issues d’albums d’artistes québécois.

Environ 80 % du marché mondial de la production de musique est contrôlé par trois entreprises multinationales soit Sony BMG, Warner Bros, Universal.

Les étiquettes multinationales se sont retirées du marché québécois lors de la récession au tournant des années 1970 et 1980.

Le premier album québécois par une entreprise québécoise a été celui de Paul Piché produit par Audiogram en 1984.

Aujourd’hui, à l’exception de quelques artistes tels que Céline Dion et Lynda Lemay, tous les artistes québécois qui travaillent avec une maison de disques travaillent avec une maison de disque indépendante québécoise.

* Sources Solange Drouin et l’ADISQ