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Des murs remplis d’histoires
Justice et faits divers
Des murs remplis d’histoires
Si les murs du manège William pouvaient parler, ils en auraient beaucoup à raconter. C’est pour résumer ces mémoires que le Musée d’histoire de Sherbrooke planche sur une visite guidée du vieux quartier judiciaire de Saint-François, un lieu charnière du développement de Sherbrooke. En primeur, La Tribune a participé au rodage de cette animation qui verra le jour d’ici quelques années. Cap sur quelques lieux importants du quartier judiciaire sherbrookois, dont le manège militaire qui est aujourd’hui menacé de fermeture et même de démolition.
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Le quartier judiciaire a fait grandir Sherbrooke

Sherbrooke

Le quartier judiciaire a fait grandir Sherbrooke

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
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Sherbrooke — Sherbrooke, 1823. Le district judiciaire de Saint-François voit le jour et Sherbrooke devient le chef-lieu. Juges, notaires et avocats s’installent dans la ville, qui prend un peu d’expansion.

Plusieurs petits crimes poussent les décideurs à doter Sherbrooke de son palais de justice. « Le poste de douanes de Stanstead avait été défoncé par 40 contrebandiers, qui voulaient récupérer ce qui avait été confisqué par des douaniers. Une autre bande de bandits ont aussi tué des bêtes. Il y avait des problèmes en région, ce pourquoi on a ouvert un nouveau quartier judiciaire », explique l’assistante à la diffusion pour le Musée d’histoire de Sherbrooke, Gabrielle Thériault, ajoutant que la distance avec les autres palais de justice a aussi pesé dans la balance.

« Avant, si tu faisais un crime dans la région, tu devais te rendre à Montréal pour te faire juger. C’était un peu loin, car ça prenait deux jours de charrette pour te rendre, s’il faisait beau », explique Mme Thériault.

Aujourd’hui, la rue Court est bien remplie.

La Ville a donc pris de l’expansion avec ce nouveau quartier judiciaire, qui incluait un palais de justice, situé où se trouve aujourd’hui la Cathédrale Saint-Michel. « Il est construit en 1823. C’est sur Flagstaff Hill. Il y avait un drapeau britannique sur la montagne. Il était en bois, très rudimentaire », dit-elle, mentionnant qu’elle comptait également des cellules. Une vraie prison a été construite en 1825.

Quelques années plus tard, au bout de la rue Court, où habitaient juges et avocats, un deuxième palais de justice voit le jour. On connait aujourd’hui ce bâtiment comme étant le manège militaire des Sherbrooke Hussars et il est menacé de fermeture et même de démolition. En effet, la Défense nationale a embauché une firme d’experts pour évaluer le bâtiment. Le rapport est attendu d’un jour à l’autre. Des sources bien informées ont fait savoir à La Tribune que ce rapport recommandera la démolition du manège militaire bâti entre 1839 et 1841. Le rapport de la firme d’experts recommanderait toutefois la reconstruction du bâtiment. Il a été impossible de savoir si certaines parties historiques du bâtiment actuel pourraient être préservées dans une nouvelle construction, comme la façade avec les poutres.

« C’est un quartier assez riche, indique Mme Thériault. C’est ici où habitent les Anglais, les propriétaires. C’est pourquoi les maisons sont très grandes. Ils avaient un métier qui le permettait. »

« On a choisi ce quartier, car on prévoyait développer le secteur », raconte Mme Thériault, rappelant que la Ville arrêtait vers la rue London, à l’époque. 

Construit entre 1839 et 1841, le deuxième palais de justice de Sherbrooke possède une architecture grandiose. « On y va de grandes colonnes, on tente d’avoir quelque chose de prestigieux. Quand on montait la rue Court, on voyait immédiatement le palais de justice », raconte Mme Thériault. 

Jusqu’aux environs de 1904, le bâtiment servira de palais de justice. En 1912, le 53e régiment — anglophone — s’installe dans la mythique bâtisse. Les Hussars construisent une rallonge pour agrandir le bâtiment original. La 52e Ambulance de campagne occupe également les lieux. 

« Le bâtiment a un certain âge. Il faut régulièrement l’entretenir. C’est comme les maisons centenaires, c’est plus difficile, elles peuvent avoir des bobos », précise Gabrielle Thériault.

Un lieu aux décisions importantes

Sherbrooke

Un lieu aux décisions importantes

Tommy Brochu
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Sherbrooke — Qu’elles proviennent de la Cour ou de la Ville, les décisions prises au 191, rue du Palais, ont toujours été importantes. Situé au cœur de la ville, le troisième palais de justice de Sherbrooke a été construit en 1904 de manière grandiose. Tellement qu’aujourd’hui, cette bâtisse est occupée par le conseil municipal et occupe la fonction d’hôtel de ville.

En fait, le premier hôtel de ville de Sherbrooke a également été construit à cet emplacement en 1859, explique Gabrielle Thériault, assistante à la diffusion pour le Musée d’histoire de Sherbrooke. Un marché public était érigé devant et le sous-sol était loué aux commerçants, souvent des bouchers qui profitaient de la fraîcheur. 

« Vers 1904, on décide d’utiliser ce lieu pour construire un nouveau palais de justice, explique Mme Thériault. Le premier hôtel de ville est donc démoli pour laisser la place au bâtiment qu’on connaît aujourd’hui. »

Ce palais de justice « doit être prestigieux pour témoigner de la bonne santé financière de la province. Il doit aussi être sévère pour mettre en relief le sérieux de la justice », peut-on lire sur le site de la Ville.

Le conseil municipal déménage donc à proximité. Le marché public, lui, déménage où se trouve aujourd’hui la SAQ du centre-ville. 

Quelques procès ont marqué l’imaginaire des Estriens entre les murs de ce palais de justice, dont celui de Roméo Drapeau, 38 ans, qui a assassiné ses enfants et sa femme à coups de marteau en 1956. « Paniqué, il prend un taxi jusqu’à Magog, résume-t-on sur le site de la Ville. Profitant de la négligence du chauffeur, il lui vole sa voiture et se rend au presbytère de Waterloo où il se confesse au prêtre qui alerte la police. » 

« Lors de son enquête préliminaire, Drapeau demande à se rendre à la salle de bains, poursuit-on. De retour, il prend la fuite dans les corridors du palais de justice, semant le policier qui l’accompagne, et se jette par la fenêtre. Déboulant en plein centre-ville, il court vers la rivière. Les policiers lui mettent la main au collet au coin des rues Frontenac et Wellington. Il est finalement reconnu non coupable pour cause d’aliénation mentale. »

Plusieurs décennies plus tard, la Ville se réapproprie le lieu de son premier hôtel de ville.

« Au milieu des années 1980, après l’étude de plusieurs projets de relocalisation, l’administration municipale profite du déménagement du palais de justice vers le plateau Marquette pour réaliser son rêve initial : occuper le centre-ville sur un site prestigieux et attrayant. Le 6 août 1987, la Ville acquiert le vieux palais de justice du carré Strathcona », peut-on lire sur le site de la Ville de Sherbrooke. 

Lugubre prison

Sherbrooke

Lugubre prison

Tommy Brochu
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Sherbrooke — D’abord sur la Jail Street, la prison Winter est un emblème un peu lugubre de Sherbrooke. Construite entre 1865 et 1867, son premier prisonnier y arrive en 1869 lorsqu’on condamne la prison Williams. Elle est active durant 120 ans et six détenus y sont exécutés par pendaison.

Cette prison accueille, à l'époque, bien sûr des hommes, mais également des femmes et des enfants. « Il y a eu une école de réforme, mentionne Gabrielle Thériault. Ce sont des enfants de 6 à 19 ans. Ça existe jusqu’au début du 20e siècle. Ils allaient à l’école et apprenaient des métiers. »

La prison compte environ 51 cellules, certaines simples, d’autres doubles. « Les cellules simples sont l’équivalent... d’un lit simple », décrit Mme Thériault, ajoutant que les prisonniers se tiennent plus souvent qu’autrement dans les aires communes. La prison Winter répond à un besoin, puisque Sherbrooke grandit à vue d’œil. « On a manqué de places avec les 51 cellules. Mais on condamnait pour tout. Les gens se faisaient mettre en cellule pour vagabondage, quand ils flânaient. Ça causait un problème de surpopulation. » 

« Ce que je sais, c’est qu’ils ont construit une première partie avant. Après, ils vont finir de compléter la prison. On voit que c’est vraiment symétrique », constate Mme Thériault. 

Au cours des années, la prison s’agrandit. Le geôlier habite d’abord dans l’aile centrale de la prison avant qu’on lui construise une résidence annexée à la prison en 1940. Cette maison est aujourd’hui louée. Des locaux de musique sont actuellement loués dans l’ancienne prison, ce qui permet de payer les frais fixes et d’assurer une présence. 

« La prison est construite directement sur le roc, ce qui cause plusieurs problèmes d’acheminement d’eau. »

Pour visionner une visite exclusive de la prison Winter avec l’architecte Daniel Quirion, consultez la vidéo ci-dessous.

La prison « passoire » de Sherbrooke

Sherbrooke

La prison « passoire » de Sherbrooke

Tommy Brochu
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Sherbrooke — Qui dit justice dit prison. Et la première de Sherbrooke, la prison Williams, avait la réputation d’être une vraie passoire : les détenus prenaient facilement la poudre d’escampette.  

Construite en 1825 et détruite en 1889, la prison de 16 cellules a hébergé entre autres des patriotes radicaux. « Malheureusement, le bâtiment avait une salubrité assez déficiente», décrit Gabrielle Thériault, assistante à la diffusion pour le Musée d’histoire de Sherbrooke.

Est-ce que 16 cellules étaient suffisantes pour tout le district de Saint-François? « Il faut savoir qu’à une certaine époque, on n’avait pas une grosse population. Par exemple, un recensement de 1819 montre qu’on était seulement 53 habitants à Sherbrooke. Ça peut donner une idée, je ne pense pas qu’on était 100 000 six ans plus tard », indique Mme Thériault. 

Rapidement, le bâtiment va changer de vocation, puisque la prison Winter va accueillir ses premiers prisonniers en 1869. La prison Williams devient d’abord le manège militaire de la milice. Puis ce sera une salle de spectacle et une piste de patins à roulettes. On y organisera aussi le premier combat de boxe de la ville. 

En 1929, le Mackinnon Memorial est érigé à la place de la prison. Il donne la bâtisse à la Young Women Christian Association, qui ouvre un gymnase, une piscine et une aire de quilles. « Beaucoup de gens se rappellent de cette bâtisse comme étant la YMCA », mentionne Mme Thériault. 

Le bâtiment devient l’école Plein Soleil en 1992 et des condos y seront bientôt aménagés. 

La maison cossue du juge Rioux

Justice et faits divers

La maison cossue du juge Rioux

Tommy Brochu
Tommy Brochu
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Sherbrooke - Le juge Georges-Étienne Rioux semblait tellement aimer son travail qu’il a habité juste à côté du palais de justice. Construite vers 1873, cette résidence cossue du centre-ville confirme que le quartier judiciaire ne se résumait pas aux bâtiments fédéraux. « C’est aussi la résidence du juge! » lance Gabrielle Thériault, assistante à la diffusion pour le Musée d’histoire de Sherbrooke.