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Des hôtels complets... à 50 % d’occupation
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Des hôtels complets... à 50 % d’occupation
À l’aube des vacances de la construction, certains hôtels affichent complet pour plusieurs semaines. Leur taux d’occupation vacille pourtant entre 50 et 80 %. La raison: le manque criant de main-d’œuvre.
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Jonathan Custeau
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À l’aube des vacances de la construction, certains hôtels affichent complet pour plusieurs semaines. Leur taux d’occupation vacille pourtant entre 50 et 80 %. Le manque de main-d’œuvre, plus criant que jamais, les empêche de louer l’ensemble de leurs chambres. La situation est plus critique dans les centres urbains, où les touristes hésitent encore à se pointer.

«À Montréal, les réservations ne sont pas reparties. Les centres urbains sont très touchés», confirme Xavier Gret, directeur général de l’Association Hôtellerie Québec, citant entre autres l’absence de touristes internationaux. 

Jean-Michel Ryan, président du CA de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec, avance que ce sont entre 15 et 30 % des chambres à Montréal et Québec qui ne peuvent pas être louées, faute de personnel. «Il y a une difficulté à redémarrer l’industrie. Il y a eu beaucoup de mises à pied et plusieurs employés se sont réorientés.»

Xavier Gret le confirme. «Avec des taux d’occupation à 20 %, entre octobre et mai, les employés se sont tournés vers d’autres secteurs d’activité. Nos études démontrent que 2087 postes ne sont pas pourvus en hôtellerie en 2021 et que le manque à gagner lié à la pénurie de main-d’œuvre pourrait atteindre 700 millions $ en 2023.»

La faute de la PCRE?

À Québec, Nancy Robitaille, gestionnaire des Hôtels JARO, confirme qu’il est toujours possible de trouver des chambres dans les établissements de la capitale provinciale.


« Nous devons appliquer toutes sortes de stratégies à cause du manque de main-d’œuvre. Il faut parfois exiger des réservations d’au moins deux nuits ou monter nos tarifs. C’est contraire à tout ce qu’on fait d’habitude. On est en train de créer de l’inflation. Il doit manquer 200 employés pour que nous puissions bien servir les gens. »
Nancy Robitaille, gestionnaire des Hôtels JARO

Certaines journées, Mme Robitaille doit fermer 50 % de ses chambres, faute de personnel. Elle blâme les aides salariales, comme la Prestation canadienne de la relance économique (PCRE), qui rendent le travail moins attrayant. Même en ayant augmenté les taux horaires de 16 à 21 $ pour les préposés, elle doit composer avec des employés qui ne veulent pas travailler en soirée ou la fin de semaine… des périodes où les besoins sont pourtant importants. 

«Certains voudraient que nous les payions au noir pour leur permettre de toucher la PCRE», ajoute-t-elle, irritée.

Nancy Robitaille, gestionnaire des Hôtels JARO, confirme qu’il est toujours possible de trouver des chambres dans la région de Québec.

Dans les Cantons-de-l’Est, une des régions en tête de liste des touristes cet été, on s’attend à des taux d’occupation plus élevés que les moyennes estivales passées, selon un sondage de CAA-Québec. Un autre sondage de ­mi-saison, distribué aux hôteliers, laisse entrevoir des taux atteignant 65 % ou plus en moyenne.

«Les campings et les hébergements insolites affichent presque complet. Le problème de main-d’œuvre est vraiment criant dans les grands hôtels. Le Grand Hôtel Times multiplie par exemple les initiatives pour augmenter les salaires et attirer les travailleurs. Selon notre sondage, 73 % des hôteliers ont encore des postes à combler. Les directeurs des hôtels sont parfois obligés de faire le nettoyage des chambres ou la réception», résume Lysandre Michaud-Verreault, porte-parole à Tourisme Cantons-de-l’Est. 

Geneviève Dumas, directrice générale du Fairmont Château Montebello et présidente de Tourisme Outaouais, affiche complet ou presque jusqu’à la fin du mois d’août. Les taux d’occupation varient pourtant entre 50 et 80 %. «Nous avons même des listes d’attente. Il nous faut refuser des événements parce que nous n’avons par le personnel nécessaire. Nous faisons nous-mêmes les chambres, mais c’est surtout la cuisine qui est un frein aux activités. En région, plusieurs restaurants ferment un ou deux jours par semaine.»

Geneviève Dumas, directrice générale du Fairmont Château Montebello et présidente de Tourisme Outaouais, affiche complet ou presque jusqu’à la fin du mois d’août.

Les mois d’été, qui permettent souvent d’engranger des revenus pour passer les mois plus difficiles, ne représentent donc pas une manne en cette période de reprise des activités.

Encore des chambres à louer

Dans les autres destinations préférées des Québécois selon CAA-Québec, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, Charlevoix et la Gaspésie assurent tous qu’il est encore possible de trouver des chambres pour cet été. 

Julie Dubord, directrice générale de Tourisme Saguenay-Lac-Saint-Jean, convient que le recrutement de préposés à l’entretien est difficile et que certains hôtels ferment jusqu’à 50 % des chambres en conséquence. «Il est toujours un peu tard pour réserver en juillet, mais il reste sûrement des secteurs encore accessibles. Il suffit parfois de moduler le circuit.»

Joëlle Ross, directrice générale de Tourisme Gaspésie, invite les visiteurs à chercher de l’hébergement en périphérie de Percé pour trouver un endroit où coucher. «Ce n’est pas vrai que nous sommes pleins, même si ce sera plus achalandé pendant les semaines de la construction et les deux premières d’août.»

Elle ajoute que les municipalités ont pris des mesures pour éviter les cauchemars de l’an dernier, où des indésirables campaient aux mauvais endroits. 

Mitchell Dion, directeur général de Tourisme Charlevoix, qualifie de «difficile» la situation de pénurie de main-d’œuvre. 


« Certains hôteliers doivent faire le choix de fermer leur restaurant certains jours. On arrive à absorber la demande, mais on ne peut pas donner tous les services qu’on offrait avant. Si ça continue, on atteindra un point de non-retour. »
Mitchell Dion, directeur général de Tourisme Charlevoix

Xavier Gret ne craint pas de fermetures définitives pour le moment, mais il anticipe une hausse des prix conséquente avec les hausses de salaire et les augmentations des coûts des différents produits. 

Enfin, le réseau Ôrigine, qui regroupe une quarantaine d’établissements indépendants, rapporte sentir également les impacts de la pénurie de main-d’œuvre, même si les effets semblent plus modérés auprès de ses membres.

La directrice générale, Amélie Leduc Dauphinais, mentionne elle aussi que les capacités d’accueil ont diminué à Montréal et Québec. Pourtant, les données de juin sont «extraordinaires» pour le réseau et plusieurs hôteliers affichent déjà complet pour l’été. 

«Le sentiment de panique s’est joué au début de l’été. Le téléphone s’est remis à sonner quand les mesures sanitaires ont été allégées, mais les employés n’avaient pas encore réintégré leur emploi.»

Pour juin, le taux d’occupation moyen dans le réseau atteignait entre 55 et 60 %. Pour juillet et août, il varie entre 80 et 90 %. «Le défi se situe dans la restauration. Les déjeuners sont adaptés au contexte de manque de main-d’œuvre. Parfois, les hôtels n’offrent pas le dîner et ferment certains soirs.»

Xavier Gret dit que la sonnette d’alarme est tirée depuis janvier. «Les gouvernements sont à l’écoute», se console-t-il.

L’immigration au secours de l’hébergement ?

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L’immigration au secours de l’hébergement ?

Jonathan Custeau
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Faciliter l’immigration saisonnière, à l’image des pratiques éprouvées en agriculture, pourrait être salutaire au domaine de l’hébergement. L’industrie touristique réclame par ailleurs une plus grande prévisibilité pour les mesures sanitaires qui seront en vigueur cet automne, question d’anticiper les besoins de personnel.

Xavier Gret, directeur général de l’Association Hôtellerie Québec, déplore que les métiers de chef cuisinier et de préposé à l’entretien ne figurent pas sur la liste des professions à prioriser selon le gouvernement du Québec. Reconnaître la pénurie permettrait, selon lui, de faire venir la main-d’œuvre étrangère. 

Geneviève Dumas, présidente de Tourisme Outaouais et directrice générale du Fairmont Château Montebello, abonde dans le même sens. «Il nous faut des travailleurs étrangers. L’octroi de permis temporaires pourrait aider.»

Xavier Gret, directeur général de l’Association Hôtellerie Québec

Lysandre Michaud-Verreault, porte-parole de Tourisme Cantons-de-l’Est, évoque elle aussi des solutions gouvernementales rapides comme le modèle des travailleurs temporaires en agriculture. 

L’idée rejoint Mitchell Dion, directeur général de Tourisme Charlevoix. «Nous avons un enjeu démographique, à 29 000 habitants, alors que nous sommes une importante destination touristique. Notre bassin de main-d’œuvre a une élasticité maximale.»

Il propose une forme de maillage entre les entreprises saisonnières pour assurer des emplois à l’année à des employés qui pourraient partager leur temps entre deux employeurs de l’industrie, selon la saison. 

Avancement rapide

Parmi les autres idées avancées, Xavier Gret évoque des incitatifs fiscaux pour les travailleurs d’expérience ou les retraités prêts à mettre l’épaule à la roue dans le domaine touristique.

«Il faudrait aussi donner un coup de main à la promotion de notre métier. Les occasions sont nombreuses : on peut commencer comme plongeur et terminer directeur général d’un hôtel. L’hôtellerie offre des métiers bien payés et il n’y a jamais eu meilleur moment pour y lancer sa carrière. Il sera possible de monter les échelons rapidement.»

Les occasions sont nombreuses en hôtellerie: on peut commencer comme plongeur et terminer directeur général d’un hôtel.

M. Gret cite les chaînes hôtelières établies à l’international comme des occasions de travailler ici et ailleurs dans le monde au cours d’une carrière. 

Amélie Leduc Dauphinais, directrice générale du réseau Ôrigine, estime aussi que le moment est bien choisi pour travailler… dans les hôtels indépendants. «ll y a des avantages à tous les modèles. Dans les hôtels indépendants, il y a un volet humain important.»

Elle s’inquiète par ailleurs pour l’automne, alors que les étudiants embauchés cet été risquent de reprendre les études. 


« Il devient difficile de prévoir ce qui s’en vient. »
Amélie Leduc Dauphinais, directrice générale du réseau Ôrigine

Xavier Gret lui fait écho, espérant des réponses des gouvernements sur les mesures qui seront annoncées cet automne. S’il a tendance à croire à une ouverture des frontières vers septembre, il rapporte qu’il est impossible de confirmer la tenue d’événements cet automne en raison de l’incertitude. 

«Nous sommes intéressés à savoir ce qui se passera avec l’ouverture des frontières», martèle à son tour Jean-Michel Ryan, président du CA de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec. «Il nous faut de la prévisibilité pour planifier les budgets et les ressources. Plus on sait d’avance, plus on est en mesure de s’organiser.»

À preuve, Julie Dubord, directrice générale de Tourisme Saguenay-Lac-Saint-Jean, rapporte que les plus récents assouplissements des mesures sanitaires ont permis à l’industrie de se projeter jusqu’à la fin de la saison estivale.

Le premier ministre Justin Trudeau a indiqué jeudi que des ministres fédéraux feraient le point sur la situation des frontières la semaine prochaine.

Enfin, pour Nancy Robitaille, gestionnaire des Hôtels JARO, la solution à court terme passe par une meilleure gestion de la Prestation canadienne de la relance économique, pour inciter les travailleurs à retourner sur le marché du travail.