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Des billots ou du sirop
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Des billots ou du sirop
Alors que pour la première fois depuis 2016, les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ) prévoient distribuer des contingents de sirop d’érable, une partie de la relève estrienne qui comptait sur les terres publiques afin de démarrer une production pourrait bien rater sa chance, faute de territoire adéquat disponible. Indignés par la situation, les Producteurs et producteurs acéricoles de l’Estrie dénoncent que, pendant ce temps, on détruise des lieux hautement propices à la production de sirop d’érable pour en récolter le bois.
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Des miettes pour la relève acéricole

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Des miettes pour la relève acéricole

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Des 80 000 hectares de terres publiques estrienne, 478 sont réservés pour de futurs projets acéricoles par le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs, selon la planification de potentiel acéricole à prioriser (PAP) réalisée l’an dernier. Déjà qu’ils jugent ce nombre trop petit, les jeunes producteurs en quête d’entailles dans la région ont appris il y a quelques semaines que 408 de ces hectares, qui sont situés dans la ZEC Louise-Gosford à Woburn, ne sont en fait pas disponibles.

« Pour se partir en acériculture, à moins d’être un riche héritier ou d’avoir une terre privée dans la famille, il faut aller en terres publiques. Sauf que là, les jeunes vont manquer le bateau cette année », dénonce Jonathan Blais, président des Producteurs et productrices acéricoles de l’Estrie. 

C’est qu’un des secteurs de la ZEC, la forêt habitée du mont Gosford, fait partie d’une entente de délégation de gestion et n’est donc pas administrée par le MFFP, explique la coordinatrice aux communications régionales pour le Ministère, Mila Roy. « Le MFFP a l’autorité d’y permettre l’acériculture. Par contre, le MFFP souhaite attendre la fin de l’entente, prévue en 2023, pour intégrer cette vocation sur ce territoire afin d’inclure les nouvelles modalités à l’entente de délégation. Ceci, afin de respecter nos engagements avec la municipalité de Woburn qui est mandataire de l’entente », écrit-elle. 

Découragés, les aspirants acériculteurs Étienne Dostie et Nicolas Plourde voient difficilement comment ils pourront mettre sur pied rapidement un projet viable et préalablement approuvé par le Ministère ainsi qu’un ingénieur, à partir de ce qui leur est offert. 

Ceux-ci ont jusqu’au 15 juin pour soumettre leur projet complet et mettre la main sur un des contingents distribués et qui totaliseront un minimum de 80 000 entailles. 

« On vient de la région et on ne veut pas devoir aller ailleurs. Ça fait depuis que je suis jeune qu’on rêve d’avoir nos érablières », lance M. Dostie. 

Pour les projets de la relève, le Ministère insiste sur la portion restante de 70 hectares, située dans la partie Louise de la ZEC Louise-Gosford et disponible dès maintenant. Avec ses 14 000 entailles, ce secteur ne pourrait qu’accueillir un petit projet, s’il n’est pas réclamé par les deux érablières déjà établies à proximité, déplorent les producteurs. 

« On a besoin de 25 000 entailles, sinon on ne peut pas espérer en vivre. Ce n’est pas rentable. On nous envoie à l’école pour être certain qu’on puisse en faire notre métier et après ça, on nous dit qu’il n’y a rien pour nous! » avance M. Plourde.

Jonathan Blais, président des Producteurs et productrices acéricoles de l’Estrie.

Des tubulures à travers les chasseurs 

Pourquoi envoyer les acériculteurs dans une ZEC tandis que d’autres forêts publiques estriennes renferment des érables à haut potentiel? C’est la question que posent MM Blais, Plourde et Dostie, qui demandent à pouvoir cohabiter harmonieusement avec les compagnies forestières. Ceux-ci ont d’ailleurs invité La Tribune sur le site d’un chantier de Chartierville, où des érables ont été coupés massivement. « Ça aurait pu faire vivre un acériculteur. Mais non, ça s’en va aux pâtes et papiers », déplore M. Blais. 

« D’envoyer des producteurs dans une ZEC, c’est un peu jouer au tennis, analyse à son tour Simon Trépanier, directeur général des PPAQ. Pour avoir déjà travaillé dans ce coin-là, il y a un nombre incroyable de chasseurs à l’hectare. De mettre des producteurs acéricoles là-dedans, avec des tubes, c’est comme aller pousser le problème ailleurs. » 

La municipalité de Woburn et l’administration de la ZEC se seraient d’ailleurs opposées, l’an dernier, à ce que le secteur Gosford fasse l’objet de potentiel acéricole à prioriser (voir autre texte). 

« Je crois que comme la demande était forte pour du démarrage et que le Ministère ne voulait pas pénaliser les autres ententes avec les autres usagers, c’était une porte de sortie pour permettre des démarrages malgré tout, avance Manon Ayotte, coordonnatrice de la Table de gestion intégrée des ressources et du territoire (TGIRT) de l’Estrie. On n’a pas toute la stratégie derrière. Est-ce qu’ils auraient pu mettre les entailles ailleurs? Certainement, mais il y en a déjà énormément sur le territoire. » 

En rose, les 70 hectares réservés pour de nouveaux projets acéricoles ou des agrandissements. En vert, les érablières déjà en exploitation dans la ZEC Louise-Gosford, secteur Louise.

5300 hectares sous exploitation

Les PPAQ expliquent exiger depuis près de cinq ans une étude de potentiel acéricole théorique indépendante et la protection de davantage de zones à cette fin. 

Selon la vision du MFFP, il y a 20 488 hectares de potentiel acéricole sur le domaine de l’État en Estrie. De ce nombre, 11 857 hectares sont situés sur des territoires où la règlementation ne permet pas l’acériculture (par exemple dans des parcs ou des aires protégées) et 5348 hectares sont déjà sous exploitation acéricole par l’entremise de permis d’intervention. On compte également les 478 hectares qui ont été réservés pour la relève. Les 6032 restants « n’ont pas été offerts dans le potentiel acéricole à préserver afin de maintenir les autres usages et engagements sur le territoire public de l’Estrie, dont la production ligneuse ». Le Ministère considère donc offrir aux acériculteurs leur juste part, avec près de 50 % des érablières hors zone protégée en exploitation, cumulant 1,2 M d’entailles. En forêt privée, ce taux se situerait autour de 20 %.

M. Blais maintient cependant qu’il reste plusieurs érablières publiques à protéger tout en permettant certaines coupes d’aménagement.

Manon Ayotte se montre nuancée : « Dans toutes les érablières à potentiel de la région, il ne faut pas oublier qu’il y a des fonds publics qui ont été investis pour faire de l’aménagement en jardinage. C’est certain que de dire que tout cet investissement, on le bloque pour l’acériculture, ce n’est pas tout à fait cohérent. C’est un dossier très complexe. On peut se demander si le gouvernement fait bien de couper la poire en deux, moitié-moité, mais il ne faut pas non plus oublier le contexte régional : on a très peu de terres publiques. C’est 8 % du territoire et la moitié sont des aires protégées. Et en forêt privée, c’est 17 millions d’entailles qui sont non exploitées. C’est aussi un argument du Ministère. » 

En Estrie, 1,2 million d’entailles sont actuellement exploitées en terres publiques.

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Une industrie incomprise?

Selon Simon Trépanier, directeur général des PPAQ, le gouvernement met un frein considérable à la croissance de l’industrie du sirop d’érable, un secteur pourtant à fort potentiel. 

« On a le vent dans les voiles. On a ajouté 17 millions d’entailles en 20 ans. Il n’y a pas d’autres secteurs au Québec qui connaissent une telle croissance économique. Le consommateur se tourne vers un meilleur sucre. Le marché du sucre blanc raffiné est en chute libre. On exporte 85 % de notre production », rapporte-t-il.

Actuellement, 18 % des érablières du Québec se retrouvent en terres publiques. Mais selon le plan d’avenir des PPAQ, 120 millions d’entailles devront être ajoutées d’ici 2080 dans la province, dont 36 millions en terres publiques.

« Le lien de confiance est brisé »

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« Le lien de confiance est brisé »

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
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La tension est à son comble à la Table de gestion intégrée des ressources et du territoire (TGIRT) de l’Estrie, l’entité chargée d’harmoniser les différents usages des terres publiques. Alors que les producteurs acéricoles de la région déplorent le frein mis à leur croissance sur ce territoire, le sort d’une forêt de Scotstown a provoqué une escalade de conflits entre les différents utilisateurs et le ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs (MFFP).

En 2020, le MFFP a présenté à la TGIRT, de même qu’en consultation publique, une prescription de coupe totale (appelée coupe de régénération) pour deux secteurs d’érablières aux abords du lac McGill. 

Les premières informations obtenues par le Ministère portaient à croire que les peuplements avaient été fortement endommagés pour le verglas de 1998. Sauf qu’après une visite des lieux, Jonathan Blais, représentant du secteur acéricole sur la TGIRT et président des producteurs et productrices acéricoles de l’Estrie, en a vu tout autrement.  

« En arrivant sur place, au lieu de voir une érablière foutue par le verglas, j’ai vu une superbe érablière prête à installer. Ils étaient prêts à la sacrifier. Je connais déjà quatre acériculteurs qui pourraient s’en servir. C’est trop beau pour partir en billots. Le lien de confiance est brisé avec ces gens-là. »

Selon le rapport d’un consultant indépendant embauché par les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), et dont La Tribune a obtenu copie, le MFFP a révisé sa position après une première intervention de M. Blais. 

« L’information préliminaire sur ce chantier laissait place à des possibilités de coupe de régénération, explique également Mila Roy, coordonnatrice aux communications régionales pour le MFFP. Cependant, les données d’inventaires ont démontré qu’une coupe de régénération n’était pas appropriée. Les modifications à la planification ont été apportées. De nos jours, les outils de planification disponibles nous permettent de tirer un diagnostic plus précis, davantage en amont dans le processus de consultations. »  

Toujours trop sévères

Actuellement, ce sont donc des coupes progressives irrégulières (CPI) à couvert permanent avec martelage qui devraient prendre place dès l’automne 2021 dans cette forêt. Selon Mme Roy, la coupe actuellement prescrite ne met pas en danger le potentiel acéricole. « Au contraire, la coupe a comme objectif de stimuler la croissance de la régénération et des arbres en santé en priorisant la récolte des arbres défectueux, malades et ayant atteint leur maturité. »

Mais pour M. Blais, ces coupes sont toujours trop sévères et si le MFFP acceptait d’ajouter la forêt au potentiel acéricole à protéger (PAP), un acériculteur pourrait tirer un revenu de plusieurs des arbres en voie d’être coupés.

« Quand c’est beau et que c’est pas trop loin des routes, faites un effort pour le garder pour les jeunes! », résume-t-il.  

L’ingénieur forestier indépendant embauché par les PPAQ a d’ailleurs remis un rapport à la TGIRT, dans lequel il signifie qu’« il est clair que [l’une des prescriptions de coupe pour cette forêt] vise à favoriser le [bouleau jaune], au détriment des érables, dont l’érable rouge ». 

M. Blais a donc demandé une visite terrain avec tous les membres de la table, le 7 mai. Rencontre qui a rapidement tourné au vinaigre et depuis laquelle il serait question de le remplacer sur la table en raison des propos qu’il a tenus. 

Les coupes totales, la prescription de base? 

Confusion, problèmes de compréhension et dédales administratifs ont créé un mélange explosif au sein de la TGIRT, résume sa coordonnatrice, l’ingénieure forestière Manon Ayotte. « Tout le monde doit mettre de l’eau dans son vin », commente-t-elle. 

Si pour les PPAQ, le MFFP a changé son fusil d’épaule grâce à l’intervention de M. Blais, Mme Ayotte affirme qu’il est fréquent pour le Ministère de mener des consultations publiques d’abord pour des coupes totales, même si ce n’est pas son intention. 

« Ça avait été très bien expliqué, le pourquoi, et il n’avait jamais été question de réellement faire des coupes totales. C’est plus facile de faire une consultation pour une coupe totale et de changer la prescription pour une coupe partielle une fois qu’on a les inventaires de peuplements que de faire l’inverse. Il faudrait refaire tout le processus de consultation publique et ça peut retarder d’un mois les travaux forestiers, qui doivent vraiment être faits au bon moment dans les érablières pour limiter les impacts au sol, » explique Mme Ayotte, précisant que le pourcentage des coupes progressives a déjà été ajusté en fonction du désir de préservation des acériculteurs, mais que les discussions doivent toujours se poursuivre à la table concernant le sort de cette forêt.

M. Blais déplore également que les ingénieurs forestiers qui doivent effectuer l’inventaire des peuplements du chantier McGill aient utilisé une norme plus stricte qui ne doit entrer en vigueur qu’en 2023, et qui a significativement diminué le potentiel acéricole apparent. Information confirmée par le MFFP et justifiée par une volonté de vouloir favoriser le potentiel acéricole « dans le futur ». 

« Les producteurs ont l’impression de se faire passer un sapin, avance à son tour Simon Trépanier, directeur général des PPAQ. C’est une table de concertation qui est censée arriver avec des consensus, mais là, les choses sont présentées aux producteurs un peu à la dernière minute, ils n’ont pas le temps d’agir. »  

Le discours est le même partout au Québec, poursuit-il : « Les clients premiers, ce sont les usines. C’est là le gros du chiffre d’affaires du gouvernement », mentionne l’ingénieur forestier de formation. 

« Le gouvernement est coincé. Il doit garantir l’approvisionnement de ces usines-là, mais on a mal aménagé les forêts pendant des décennies et on est parfois en rupture de stock. Ces gens-là ont déjà des droits, tandis que tous les autres bénéficiaires de la forêt publique n’ont pas de droits tant qu’un permis n’est pas délivré. » 

Woburn ne veut pas d’entailles au mont Gosford

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Woburn ne veut pas d’entailles au mont Gosford

Jasmine Rondeau
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La possibilité de voir des projets acéricoles entrepris sur les terres publiques du mont Gosford sème toujours l’inquiétude dans le milieu. En tant que gestionnaire de la ZEC Louise-Gosford, la municipalité ne semble pas en voie de baisser sa garde d’ici la renégociation de son entente de délégation de gestion avec le Ministère, en mars 2023. Ainsi, les 403 hectares qui y sont réservés pour le développement de l’exploitation acéricole demeureront-ils chose promise?

Guy Brousseau, maire de Saint-Augustin-de-Woburn et président de Gestion mont Gosford, rapporte que la municipalité et l’administration de la ZEC avaient fait part de leur opposition à ce que le secteur Gosford de la ZEC fasse l’objet de Potentiel acéricole à prioriser (PAP). Malgré tout, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs a attribué 478 hectares de PAP en 2020 dans la région, soit 70 dans le secteur Louise, près de Frontenac, mais aussi 403 dans le secteur Gosford.

« On n’était pas contents d’avoir reçu ce potentiel-là, avance M. Brousseau. On a émis de grandes réticences au sujet du partage du territoire. Il y a beaucoup de monde et beaucoup de travaux qui se font déjà. Lorsqu’on fait de l’acériculture, c’est au printemps et les chemins sont en très mauvais état à ce moment-là. Lorsqu’on essaie d’organiser la course de chiens en février, il ne faut pas que les chemins soient déneigés, pour qu’il y ait une accumulation. Il y a aussi beaucoup de motoneigistes qui utilisent les routes comme sentier l’hiver. S’il y a de l’acériculture, ils vont devoir déneiger. Ça devient difficile. »

Le Ministère a pris la décision de ne pas accepter de nouveaux projets dans le PAP du secteur Gosford jusqu’en 2023, moment où sera renouvelée l’entente de délégation entre Woburn et le gouvernement. Cette entente permet notamment à la municipalité de conserver les revenus de coupes de bois et d’administrer elle-même cette forêt publique afin d’harmoniser ses différents usages.

« Je ne sais pas à quoi m’attendre du tout avec la nouvelle entente qu’ils vont nous proposer, réfléchit M. Brousseau. On va perdre le volume de bois qu’on a le droit de récolter actuellement, comme on diminue la superficie. Ce n’était pas bien vu de la part de la ZEC ni de la part de la municipalité ou de Gestion mont Gosford. » 

Un territoire de 403 hectares est réservé comme potentiel acéricole à prioriser aux alentours du mont Gosford. Il est cependant inaccessible jusqu’à mars 2023, date de renouvellement de l’entente de délégation de gestion avec Woburn.

« Très dispendieux »

La municipalité a même réalisé une étude afin de vérifier si elle pouvait elle-même faire l’exploitation acéricole de ce territoire, afin d’éviter la venue de nouveaux intervenants autour de la table. 

« Mais on a regardé le côté rentabilité de l’affaire et il faut oublier ça, dit M. Brousseau. C’est très dispendieux à développer. Il faut que ce soit quelqu’un qui développe ça pour lui-même et qui ne compte pas ses heures. Développer un domaine acéricole, ce n’est pas ce qu’il y a de plus payant dans les premières années. Et quand on a évalué nous, on a déterminé qu’il ne faudrait pas que l’eau d’érable soit bouillie sur place. Il faudrait qu’elle soit amenée directement à l’accueil et pas sur le territoire pour ne pas avoir à la véhiculer sur les routes du mont Gosford. Il fallait amener de l’électricité sur place aussi. Ce n’était pas simple, parce que pour respecter l’environnement, on voudrait enfouir la ligne électrique et les tuyaux principaux. » 

Éric Jaccard, chef de l’Unité de gestion des forêts de l’Estrie pour le MFFP, mentionne de son côté qu’il n’a pas été question d’« opposition » de la part de ces entités, mais plutôt de transmission des enjeux et des préoccupations, « qui ont été pris en considération par le MFFP » et qui ont mené à des ajustements. 

« Pour la suite, il fut clairement établi avec la municipalité de Woburn que le MFFP et la municipalité allaient travailler en étroite collaboration pour ajuster l’entente de délégation en conséquence d’ici son renouvellement en 2023 et pour favoriser l’harmonisation des usages sur le territoire. Il est important de mentionner que les enjeux soulevés par la municipalité sont majoritairement de nature opérationnelle et que la cohabitation des acériculteurs et des autres utilisateurs du milieu nous apparaît tout à fait possible », avance-t-il, ajoutant qu’il ne serait pas question de réduire encore une fois la zone de PAP. 

Pas assez de bois

Un rapport de discussions à cet effet à la Table de gestion intégrée des ressources et du territoire de l’Estrie, datant d’avril 2020, fait mention de l’argument qu’« il faut se rappeler que les garanties en Estrie ne sont pas atteintes. Les bénéficiaires de garanties d’approvisionnement [NDLR des usines et des compagnies forestières] paient pour ces garanties, mais ne les ont pas. Il y a donc une inquiétude à avoir. » Cette pression pourrait notamment expliquer la décision d’offrir du PAP aux alentours du mont Gosford, où il n’y a pas de détenteurs de garanties d’approvisionnement.

Dialogue de sourds avec le Ministère?

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Dialogue de sourds avec le Ministère?

Jasmine Rondeau
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Même si le ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, annonçait en avril la création d’une table stratégique provinciale sur l’acériculture, rien n’est réglé dans le conflit qui oppose gouvernement au secteur du sirop d’érable, affirme le directeur général des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), Simon Trépanier.

« Il n’y a aucune entente. La seule entente qui a été faite, c’est de créer une table pour se parler », affirme M. Trépanier, qui a assisté à la première rencontre de cette table le 14 mai. « Je ne dirais pas que ça a été une mauvaise rencontre, mais à la base, notre mot d’ordre a été clair : l’acériculture, ce n’est plus de l’artisanat. On est vraiment rendus un secteur économique important des régions. Mais au Ministère, quand on parle de ça, ils ne le réalisent pas. Le Ministère ne participe pas à la réflexion acéricole du Québec du tout, du tout. »

Selon, lui, il est crucial de continuer de protéger et conserver certains secteurs de terres publiques à des fins d’acériculture. « Quand je dis conserver, ça ne veut pas dire empêcher des opérations forestières là-dedans, au contraire. Pour faire du sirop d’érable, on a besoin de forêts en santé, et pour avoir des forêts en santé, il faut les aménager. Par exemple, quand la densité forestière est trop élevée, il faut retirer certains arbres. Des arbres trop tassés ont une croissance réduite et cicatrisent mal quand ils sont entaillés. Leur productivité va baisser. Mais il y a aussi des coupes qui, parfois, sont très intenses et pas nécessairement justifiées. Avant que les érables reviennent, ça pourra prendre des décennies. » 

Bien que l’acériculture et la foresterie ne soient pas incompatibles, une coupe de jardinage acérico-forestier qui ne viserait qu’à retirer les arbres malades et à faire croître des érables à entailler s’avère souvent trop peu rentable pour les producteurs de bois de construction, tant en termes de quantité que de qualité, souligne-t-il également. 

Simon Trépanier, directeur général des Producteurs et productrices acéricoles du Québec.

Fort potentiel économique

Les PPAQ croient qu’il est grand temps pour l’État de se tourner vers l’acériculture pour « maximiser » les revenus dans la province. 

« La récolte ligneuse rapporte de 100 à 200 $ par hectare de terre publique, soutient M. Trépanier. Si on fait du sirop d’érable avec le même hectare, on parle 1000 à 2000 $ par hectare de revenus bruts. L’industrie du sirop d’érable, c’est incroyable ce qu’elle apporte aux régions. Les usines ont des droits, mais en même temps le MFFP doit être ouvert à la richesse qu’apporte l’industrie acéricole. » 

« C’est une famille qu’on implante et c’est de l’économie locale qu’on stimule », ajoute Jonathan Blais, président des Producteurs et productrices acéricoles de l’Estrie. 

Rappelons que les tensions montent entre l’industrie forestière et le domaine acéricole depuis la parution de la nouvelle Stratégie nationale de production de bois, dévoilée en décembre par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) et qui vise à doubler les coupes forestières d’ici 2080.

La nouvelle table stratégique créée pour apaiser les tensions et composée du MFFP, des PPAQ et du MAPAQ (ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec), se réunirait deux à quatre fois par an.