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Commerce en ligne; il faut bien évaluer la nécessité
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Commerce en ligne; il faut bien évaluer la nécessité
Les entreprises du Québec, petites ou grosses, n’ont eu d’autres choix que de se lancer dans le commerce en ligne avec la pandémie qui a paralysé la province pendant plus d’un an. En pleine relance, force est toutefois de constater que l’achat en ligne n’est pas devenu la norme pour tout le monde.
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L’achat en ligne: pas pour tout le monde

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L’achat en ligne: pas pour tout le monde

Tommy Brochu
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La Tribune
Simon Roberge
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SHERBROOKE — Quand est venu le temps de promouvoir l’achat local, le directeur général de Commerce Sherbrooke n’a considéré qu’une seule seconde mettre en place un site transactionnel.

SHERBROOKE — Quand est venu le temps de promouvoir l’achat local, le directeur général de Commerce Sherbrooke n’a considéré qu’une seule seconde mettre en place un site transactionnel. 

« C’était clair pour nous, explique Charles-Olivier Mercier. On a vu combien de ces initiatives auparavant? La portée et le succès étaient généralement limités et s’appuyaient sur une maintenance trop importante. Ce sont souvent des initiatives qui, au bout de quelques semaines, mois ou années, retombent. »

Selon lui, très peu de consommateurs effectuent leurs achats en ligne. « Les sites qui fonctionnent, c’est ceux qui offrent des rabais incroyables. C’est un produit en soi. Mais un répertoire qui dit qu’on existe et qu’on a telle promotion, c’est voué à l’échec la plupart du temps », dit-il, ajoutant que les gens qui magasinent des chaussures l’écrivent dans un moteur de recherche. Ils visitent les magasins ensuite. 

M. Mercier considère que le Panier bleu est sympathique, mais sans plus. « Très peu de gens vont aller consulter ce genre de plateforme. À moins qu’elle devienne transactionnelle, mais encore. Ils devront y investir des montants considérables », lance-t-il.

« Je suis dans le monde du développement des affaires commerciales depuis 2006. J’en ai vu beaucoup de telles solutions. Je passe! » exprime-t-il.

« On s’est rabattus sur la promotion de nos entreprises locales, de ce qui est fabriqué et vendu dans des commerces d’ici. »

Compétitionner avec les grandes entreprises de vente en ligne de ce monde est très difficile. « Pour concurrencer les mécaniques qui sont extrêmement bien ficelées avec des algorithmes, un arrimage avec des chaînes d’approvisionnement à n’en plus finir, bonne chance. Par contre, il faut vendre l’expérience unique qu’on retrouve dans nos entreprises. Les gens aiment encore se déplacer », dit-il, mentionnant que les achats en ligne sont moins populaires dernièrement.  

Ne pas négliger sa boutique

Les Estriens semblent plus enclins à faire leurs achats locaux en personne qu’en ligne.

Le portail transactionnel J’achète région Mégantic a été lancé au mois de novembre dernier. Le site a enregistré plus de 7000 visites et environ 28 000 $ de ventes totales. Malgré ce succès, Jean-Sébastien Roy, directeur général de la Chambre de commerce région de Mégantic, croit dur comme fer que la vente en ligne n’est pas pour tout le monde. 

« Quand la pandémie est arrivée et que tout a fermé, il y a plein d’entreprises qui sont allées en ligne et qui ont fait de la vente avec Facebook ou leur site web, explique-t-il. Mais tenir ça, ça prend des ressources humaines et du temps. Le virage numérique n’est pas pour tout le monde et c’est important de ne pas se surcharger et d’oublier le commerce de pignon sur rue. Ce n’est pas tout le monde qui a un marché de vente en ligne. »

Le virage numérique ne veut pas nécessairement dire de la vente en ligne, selon M. Roy.

« C’est au moins d’être présent en ligne et de montrer les produits pour que les gens puissent venir l’acheter chez vous, souligne-t-il. Mais on s’est rendu compte que plusieurs entreprises n’avaient pas cette présence. Au moins maintenant, elles peuvent afficher leurs produits sur notre plateforme. »

La mission du portail a d’ailleurs déjà changé depuis sa mise en ligne il y a à peine quelques mois.

« Quand on l’a lancé, notre premier objectif était de lancer une plateforme abordable pour que nos entreprises puissent faire de la vente en ligne, résume-t-il. On a ensuite changé pour dire à nos entreprises de venir essayer la vente en ligne et si elles voyaient un nouveau marché, on les référerait aux programmeurs web de notre région pour se faire une vraie boutique en ligne. Certaines se sont rendu compte que ce n’était pas pour elles et d’autres ont découvert un marché. »

Au lieu d’un site transactionnel, Commerce Sherbrooke a plutôt opté pour des bons d’achat vendus au prix de 30 $ qui permettaient d’en dépenser 40 $ pour relancer l’achat local.

Vive les chèques cadeaux!

Au lieu d’un site transactionnel, Commerce Sherbrooke a plutôt opté pour des bons d’achat vendus au prix de 30 $ qui permettaient d’en dépenser 40 $ pour relancer l’achat local. C’est une initiative qui a été gagnante, pense Charles-Olivier Mercier. 

« Dans d’autres villes, on voyait le même genre de concept, mais du simple au double. L’été dernier, à Montréal, il y avait un concept où le consommateur payait 25 $, la Ville en ajoutait 25 $ et une société de développement commercial en ajoutait 25 $. L’impact de l’argent public était très faible dans cette équation, car pour 50 $ d’argent public, on faisait sortir 25 $ d’argent privé. Nous, c’est l’inverse. Pour 10 $ d’argent public, on a fait sortir 30 $ d’argent privé et ç’a marché quand même. Il y a un engouement pour l’achat local, nos entreprises étaient nombreuses à participer et 33 %, ce n’est pas négligeable », dit-il, ayant été agréablement surprise par la réponse des citoyens.

La Chambre de commerce région de Mégantic a également vendu des chèques cadeaux bonifiés. C’est en tout plus de 10 000 $ de subventions qui ont été injectés dans les commerces locaux.

« On a vendu pour 37 500 $ en 72 h, lance Jean-Sébastien Roy. Par exemple, si quelqu’un achetait un certificat de 175 $, on le bonifiait jusqu’à 250 $. C’est la meilleure méthode d’encourager l’achat local. Ça ne coûte rien au commerçant et les clients en ont pour leur argent. On regarde pour peut-être en faire une autre à l’automne. »

Avoir une vision à long terme

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Avoir une vision à long terme

Simon Roberge
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SHERBROOKE — La MRC du Haut-Saint-François a lancé en novembre dernier la plateforme d’achat local Étoiles du terroir qui regroupe plusieurs producteurs du monde agroalimentaire. Marc-Sylvain Pouliot, coordonnateur du projet, avoue que le volume de ventes se fait encore attendre, mais qu’il s’agit d’un projet à long terme.

« Ce n’est pas parti en malade, mais l’objectif n’est pas de faire un communiqué de presse avec ça, lance-t-il. L’information qu’on a et ce que les spécialistes nous disent, c’est que c’est un peu comme un marché public. La première année ce n’est pas connu et il n’y a pas beaucoup de producteurs. Avant que ça devienne une habitude et que les gens l’intègrent dans leur routine, ça peut prendre quelques années. On voit déjà une petite augmentation. Au début, on était sept ou huit producteurs et maintenant, on est au-dessus de 20. C’est une roue qui tourne. On le bâtit dans une vision à long terme. »

La plateforme se veut être une épicerie en ligne. Les commandes, qui peuvent être entrées du mardi au lundi, sont regroupées puis livrées dans les points de vente habituellement le jeudi. Ce principe permet de réduire les frais de livraison. Il y a actuellement trois points de cueillette : Dudswell, Sawyerville et Ascot Corner.

« On travaille pour en développer plus, souligne M. Pouliot. Idéalement, on en aurait dans chaque municipalité. On aimerait en avoir aussi dans le Granit et à Sherbrooke. On vise à couvrir le territoire de la Réserve de ciel étoilé. »

L’achat en ligne en milieu rural est bien différent de celui en ville selon M. Pouliot.

« Ça paraît toujours bien beau l’achat en ligne, mais il y a des frais de livraison, indique M. Pouliot. On est dans une réalité rurale. Le territoire est grand et on veut que les gens n’aient pas besoin de faire 30 minutes de voiture pour aller récupérer leur commande. »

Cette plateforme a été mise en place grâce à une subvention du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec via le programme Territoires : Priorités bioalimentaires.

Il y a actuellement trois points de cueillette : Dudswell, Sawyerville et Ascot Corner.
« Pour moi, ça n’a servi à rien »

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« Pour moi, ça n’a servi à rien »

Anthony Ouellet
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WEEDON — Bien qu’ils affirment avoir vu une augmentation de la volonté des citoyens à consommer localement, plusieurs commerçants estriens n’ont pas constaté un réel impact venant des plateformes numériques comme le Panier bleu ou, plus régionalement, les Étoiles du terroir. Ils soupçonnent à cet effet le manque de compatibilité entre les commerces de proximité et l’achat en ligne.

« Vous êtes la première personne à m’appeler ou à venir me voir qui me dit qu’elle m’a trouvé là-dessus », lance Michel Quintal, le propriétaire d’une boutique d’antiquités éponyme à Sherbrooke, en parlant du Panier bleu.

« De ce que je constate, c’est un échec. Je ne sais pas ce que ç’a donné pour les autres, mais pour moi ça n’a strictement servi à rien », renchérit M. Quintal, en précisant qu’il ne s’attend pas à voir ces plateformes faire long feu après la pandémie, car il les juge déjà « presque mortes. »

Il n’est pas le seul à avoir constaté le manque de réussite de ces initiatives. « Je me suis inscrit vite au départ sur le Panier bleu, mais je n’ai pas vraiment eu le temps de m’en occuper. Ce n’est pas optimisé pour faciliter la vie aux commerçants et pour nous rendre plus visibles », explique Paul Roberts, propriétaire de Fundus Fungus, une entreprise mycologue de Sawyerville.

Même les initiatives plus locales, comme les Étoiles du terroir, la plateforme d’achat local en ligne de la MRC du Haut-Saint-François, ne donnent pas vraiment les résultats escomptés. « Honnêtement, je n’ai pas vraiment remarqué une différence dans nos ventes en ligne depuis qu’on est là-dessus », avoue la copropriétaire de la Fromagerie p’tit plaisir de Weedon, Mélanie Grenier. Ces propos sont confirmés par M. Roberts, qui ne constate aucune augmentation digne de ce nom non plus.

Incompatibilité

Pour la copropriétaire de la Fromagerie p’tit plaisir, Mélanie Grenier, l’expérience de l’achat local ne se compare pas à l’aspect impersonnel du commerce en ligne.

Malgré ce manque de succès, les trois commerçants s’entendent à dire qu’il y a, depuis le début de la pandémie, un réel regain d’intérêt pour l’achat local, qui se traduit par une plus forte présence en magasin et aux points de vente.

« Je dirais que mes ventes en ligne en été sont presque nulles, les gens achètent pratiquement tous dans les marchés publics où je vends mes produits », souligne Paul Roberts, qui ouvrira bientôt une boutique à Waterville, mais qui envoie pour le moment ses champignons dans plusieurs marchés de la région.

« J’ai vraiment remarqué une hausse de l’achalandage au magasin, les gens sont plus sensibilisés à l’achat local depuis qu’on en parle plus. C’est plaisant », note Mme Grenier, en estimant que ses ventes se font à 70 pour cent en magasin.

Cette disproportion entre les ventes en présence et en ligne vient, selon les commerçants, d’un paradoxe entre l’expérience humaine de l’achat local et la distance impersonnelle de l’achat sur le web. Effectivement, ils soutiennent qu’acheter à un commerçant de proximité, c’est aussi parler aux gens, sentir et goûter les produits, ce qu’internet n’offre pas. 

Paul Roberts ajoute d’ailleurs qu’il est difficile pour un petit producteur de livrer au même rythme que les gros joueurs, lui qui fait la livraison à Sherbrooke et les environs que deux jours par semaine. 

Des sites transactionnels hors-jeu après un an

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Des sites transactionnels hors-jeu après un an

Tommy Brochu
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SHERBROOKE — Un peu plus d’un an après leur mise en branle, des sites transactionnels sont déjà fermés en Estrie.

C’est entre autres le cas dans la MRC de Sources, où la plateforme achetelessources.com n’est plus accessible. Elle avait été lancée en avril 2020. 

La directrice du développement des communautés et relations publiques, Johanie Laverdière, explique que ce site avait été monté pour répondre à la fermeture des commerces lors de la première vague de la pandémie. « Ça avait très bien fonctionné. On avait eu une belle réponse des entreprises », mentionne-t-elle, ajoutant que l’inscription était gratuite pour les entreprises et que la MRC payait les frais de transaction en ligne. 

« On a atteint une pointe à 60 entreprises, ce qui est très bon pour notre territoire », confirme-t-elle, ajoutant que ce site avait coûté environ 10 000 $ en incluant la promotion. 

Mme Laverdière se dit cependant contente que la MRC ait tenté l’expérience. « On a quand même surfé sur cette plateforme durant un an. Soutenir les entreprises et leur avoir offert une opportunité de faire des affaires durant la crise, ça vaut amplement les 10 000 $ », continue-t-elle, sans pouvoir dire combien de ventes ou d’argent ont transité par la plateforme. 

En avril 2021, après des discussions et « des petits problèmes de gestion » avec l’hébergeur, le site a été mis hors-ligne. « On est en réorientation pour la promotion et la mise en valeur de l’achat local. On a eu des petits problèmes techniques avec la plateforme, c’est pourquoi elle ne fonctionne pas. Notre plan inclut de la présence en ligne, mais aussi des actions sur le terrain », explique Mme Laverdière, se demandant si le site transactionnel est le bon véhicule. 

« On s’est fait dire que le Panier bleu allait devenir transactionnel. C’est pourquoi on se dit que c’est moins grave de prendre une petite période pour se repositionner et choisir la bonne plateforme adaptée à nos entreprises », dit celle qui a contacté le Panier bleu pour que les entreprises puissent l’intégrer en amont.