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Chirurgie : 12 200 Estriens en attente dont 2500 en orthopédie
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Chirurgie : 12 200 Estriens en attente dont 2500 en orthopédie
Les services d’orthopédie de tous les hôpitaux de la province vivent une année difficile avec le délestage qui a eu lieu partout en raison de la pandémie. La situation n’est pas différente en Estrie où la semaine dernière encore une salle d’opération n’a pas été ouverte en raison d’un manque de personnel. Les délais s’allongent pour des milliers d’Estriens en attente d’une chirurgie.
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Les patients orthopédiques désavantagés durant la pandémie

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Les patients orthopédiques désavantagés durant la pandémie

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
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Le Dr Jean-François Joncas devait opérer vendredi passé toute la journée. Mais à quelques jours d’avis, on lui a retiré son accès à la salle d’opération : il n’y avait pas assez de personnel pour ouvrir cette salle. Jusqu’à la veille, il aura vérifié et revérifié l’horaire des blocs, au cas où on aurait décidé de rouvrir la salle. Ce n’est jamais arrivé.

Conclusion : le chirurgien orthopédiste n’a pas opéré et ses patients font toujours partie des  12 000 Estriens en attente d’une chirurgie au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. De ce nombre, 2581 patients sont en attente d’une chirurgie orthopédique.

Les services d’orthopédie de tous les hôpitaux de la province vivent une année difficile avec le délestage qui a eu lieu partout en raison de la pandémie, affirme sans hésiter le Dr Joncas, qui est chirurgien orthopédiste au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et président de l’Association d’orthopédie du Québec.

Il y a 25 chirurgiens orthopédiques œuvrant dans presque tous les hôpitaux du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Les orthopédistes opèrent énormément. « Nous, en orthopédie, nous sommes les champions du côté des urgences chirurgicales. Il y a beaucoup plus de fractures dans la population que d’appendicites », cite en exemple le Dr Joncas.

Certes, quand une fracture nécessite une chirurgie, le patient va au bloc rapidement. Toutefois, de nombreuses chirurgies orthopédiques ne sont pas urgentes, mais ont de sérieux impacts sur la qualité de vie des patients.

« Avant les Fêtes, j’ai vu une patiente dans la cinquantaine qui s’est fait une très mauvaise fracture avec beaucoup de dommages autour du genou. C’est une femme active, qui travaille encore, et qui marche maintenant avec une canne. Sa vie n’est plus celle d’avant, mais elle est encore fonctionnelle – capable de se débrouiller, d’aller à l’épicerie toute seule –, alors elle est désavantagée sur la liste d’attente. À ce moment-ci, je n’ai aucune idée dans combien de temps je pourrai l’opérer. J’espère qu’elle sera avantagée sur la liste d’attente parce que le temps d’hospitalisation après la chirurgie sera très court et que ses chances de récupération sont élevées », illustre le Dr Joncas.

Et il faut éviter de tomber dans l’âgisme. À 82 ans, on peut être opéré et profiter encore longtemps d’une vie que l’on aime et que l’on savoure.

« J’ai un patient de 82 ans super actif, en bonne forme, qui conduit sa voiture, mais qui ne peut presque plus bouger à cause de la douleur à sa hanche. Lui je l’ai mis plus élevé sur la liste d’attente parce qu’un patient de cet âge se déconditionne plus vite qu’un patient plus jeune. Si on « cote » nos patients trop haut, on perd notre crédibilité quand on a des patients qui sont plus urgents. On ne veut pas être le médecin qui pense tout le temps que ses patients sont pires que ceux des autres. Tout est une question d’équilibre », nuance le Dr Joncas.

L’orthopédiste a aussi un accès réduit aux cliniques externes. Si bien qu’on comptait 4195 patients en attente d’une visite initiale en orthopédie le 1er février dernier, comparativement à 3381 à la même date en 2020.

« À la clinique externe, on nous demande de voir en présence la moitié des patients par rapport à avant », indique-t-il. Or en orthopédie, il est bien difficile d’évaluer une hanche, un genou ou un os sans le voir et le toucher. La télémédecine est fort peu utile dans cette spécialité.

Les patients en attente d’un rendez-vous initial en orthopédie attendent donc longtemps à tous les niveaux.

Pas des patients malades

Le chirurgien se désole pour ces milliers de Québécois qui endurent de la souffrance et ne peuvent plus profiter de leur vie comme ils le voudraient. « Souvent ce ne sont pas des patients qui sont malades, ce sont des patients qui ont un handicap fonctionnel », illustre-t-il.

Le Dr Joncas souligne que même si les hospitalisations liées à la COVID-19 diminuent, il faudra quand même repartir tranquillement les activités en chirurgie. Non pas parce que les patients ne méritent pas leur chirurgie, mais parce que le personnel qui était déjà insuffisant est maintenant épuisé.

Il faut savoir que la formation des infirmières pour travailler au bloc opératoire est d’au moins six mois.

Le défi des ressources humaines dans les blocs opératoires existait avant la pandémie. Même avant la COVID-19, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS n’arrivait jamais à ouvrir 100 % de ses salles d’opération à cause du manque de main-d’œuvre qualifiée.

« Ultimement, pour rattraper un peu du retard, on pourrait augmenter le nombre d’heures d’ouverture des salles d’opération. Moi j’ai déjà opéré de soir durant six mois à l’Hôtel-Dieu. On pourrait aussi opérer les fins de semaine. Mais tout ça doit se faire avec des infirmières et des infirmières auxiliaires pour ouvrir des salles d’opération », mentionne le Dr Joncas.

En attente en silence

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En attente en silence

Marie-Christine Bouchard
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Il y a dix mois déjà que Mme Charest attend une chirurgie orthopédique. Dix mois en arrêt de travail. Dix mois de douleur. Dix mois de médicaments puissants pour endormir le mal qui la tient sinon éveillée toute la nuit. Dix mois et encore aucune idée du moment où elle passera sur la table d’opération. Elle a 55 ans et préfère taire son identité « pour ne pas risquer de nuire d’une façon ou d’une autre à sa place sur la liste d’attente ».

« C’est vraiment très difficile. Ça fait mal », dit-elle au bout du fil.

Comme elle, des milliers d’Estriens sont sans nouvelles du CIUSSS de l’Estrie-CHUS depuis le début de la pandémie alors qu’ils attendent leur tour pour une chirurgie, un examen ou un rendez-vous avec un médecin spécialiste.

Seulement en chirurgie, 12 000 personnes sont en attente en Estrie. Au Québec, ils sont plus de 145 000.

« Quand une personne est en attente d’une chirurgie, ou même d’un examen comme une coloscopie, ce n’est pas seulement la personne qui attend, c’est aussi sa famille », soutient à La Tribune une source bien au fait du dossier.

Peu de patients ont porté plainte au Commissaire aux plaintes et à la qualité des services du CIUSSS de l’Estrie-CHUS jusqu’ici.

« J’ai comparé les plaintes de 2019 et de 2020 pour les motifs de délais d’accès aux soins et j’arrive sensiblement au même nombre de plaintes, soit 35 plaintes en 2019 et 32 en 2020 », mentionne Sophie Brisson, commissaire aux plaintes et à la qualité des services au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Je me serais attendue à une augmentation plus significative en période de pandémie. Mon hypothèse, c’est que les gens étaient bien au fait de la situation parce que le délestage des activités a été très présent dans les médias », mentionne Mme Brisson.

Notre source travaillant au CIUSSS ne s’étonne pas non plus que le nombre de plaintes n’ait pas augmenté. « Les gens sont résignés! Ils croient que ça ne donnera rien de porter plainte, alors ils ne le font pas. »

« Un an après le début de la pandémie, ce serait bien que les patients reçoivent des nouvelles, un appel, qu’on vérifie comment ils vont et qu’on leur indique qu’ils sont toujours sur la liste d’attente », insiste-t-elle.

Entretemps, plusieurs patients découragés choisissent de se tourner vers des chirurgies dans le secteur privé. Mais encore faut-il avoir les moyens de le faire.

C’est notamment le cas de Denis Longpré, un résident de la Rive-Nord de Montréal qui a pris connaissance de cette possibilité après avoir lu un article paru dans La Tribune en juin dernier où un Sherbrookois racontait avoir payé 6000 $ pour subir sa chirurgie en moins de deux semaines dans une clinique privée de Montréal

M. Longpré a aussi payé 6000 $ pour subir une chirurgie en quelques semaines « et avec un service impeccable ».

Opéré le 6 janvier dernier, il est toujours en convalescence mais il récupère bien. « 6000 $, c’est beaucoup d’argent… mais la situation était devenue tellement difficile, avec la douleur, le doute et l’incertitude que c’est une décision que je ne regrette absolument pas », souligne-t-il.

Objectif : revenir aux « délais acceptables »

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Objectif : revenir aux « délais acceptables »

Marie-Christine Bouchard
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Le problème des listes d’attente en chirurgie existait bien avant la pandémie au Québec. Différents travaux étaient en cours pour tenter d’en améliorer l’accès. Or le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a dû revoir ses attentes à la baisse. L’objectif est maintenant clair : il faut d’abord redescendre au nombre de patients qu’il y avait sur la liste d’attente en mars 2020, tout en prenant soin d’opérer chacun des patients « dans les délais qui étaient considérés comme raisonnables avant la pandémie ».

Avant la pandémie, il y avait 114 000 chirurgies en attente au Québec. Le chiffre a bondi de plus de 30 000 chirurgies supplémentaires depuis que la COVID-19 a déferlé sur la province.

En Estrie, la pandémie s’est traduite par l’ajout d’environ 2000 personnes sur une liste d’attente qui était déjà imposante. Le nombre de patients en attente est donc passé de 10 370 patients en janvier 2020 à 12 271 patients en attente treize mois plus tard.

« Ce qui avait été un accomplissement dans l’année qui a précédé la pandémie, c’était que la plupart des chirurgies étaient faites à l’intérieur d’un délai qui était vu comme raisonnable (…), soit les "moins de six mois", les "six mois à neuf mois", et les "neuf mois et plus". Aujourd’hui, la première chose à faire, c’est de revenir aux 114 000 chirurgies initiales, avec des délais qui sont raisonnables », a expliqué récemment le ministre de la Santé et des Services sociaux Christian Dubé.

« Quelqu’un qui attend pour une prothèse de hanche ne m’aimera pas, mais je vais donner l’exemple : si c’était considéré raisonnable d’attendre six mois pour une hanche avant la pandémie, on ne règlera pas ça pendant la pandémie. Il ne faut pas se dire : on va viser zéro », a ajouté le ministre Dubé.

Avec des experts, le MSSS travaille à établir un plan de sortie de crise pour les chirurgies en attente. Le plan devrait être rendu public prochainement.

Au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, les patients « hors délai d’un an » sont passés de 317 en mars 2020 à 630 en janvier 2021.

« La bonne nouvelle que j’ai, c’est qu’on est déjà rendu à 10-12 % des cliniques privées qui nous donnent un bon coup de main. Donc, si on était capables de revenir à 100 % d’utilisation de nos cliniques publiques, puis que je gruge un 10 %, parce que je n’enlèverai pas mes contrats privés une fois la pandémie terminée, la situation va s’améliorer », a ajouté le ministre.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS a d’ailleurs signé deux ententes avec des cliniques médicales privées et pourrait en signer une troisième bientôt (voir autre texte en page 4). Il y a toutefois moins de possibilités dans une région comme l’Estrie que dans des régions plus grandes comme Montréal ou la Montérégie.

Situation unique en Estrie

L’Estrie a l’une des listes d’attente les plus longues au Qué-bec – même si la réalité de chaque hôpital à l’intérieur de régions sociosanitaires aux profils très différents rend les données difficiles à comparer.

Le manque de capacité dans les blocs opératoires de Sherbrooke est en effet reconnu au CIUSSS de l’Estrie-CHUS ainsi qu’au MSSS. En effet, la réalité des deux hôpitaux universitaires de Sherbrooke est unique au Québec, car les blocs opératoires sont utilisés de la première jusqu’à la quatrième ligne dans un seul centre universitaire. Les besoins spécialisés pour les chirurgies oncologiques (quatrième ligne), par exemple, entrent donc en compétition avec les chirurgies courantes de la première et de la deuxième ligne et toutes les urgences quotidiennes qui doivent être traitées rapidement, comme les césariennes, les saignements intracrâniens à drainer, les appendicites, les fractures, etc.

Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS travaille actuellement sur un vaste chantier de réorganisation de sa planification du temps disponible dans ses blocs opératoires. Pour le moment, les différents services de chirurgie ont des accès très variables aux salles d’opération, et les différents chirurgiens, à l’intérieur de chacun de ces services, ont eux aussi des accès variables pour toutes sortes de raisons historiques. Ainsi, les listes d’attente par service et par chirurgien varient énormément.

La pandémie aurait permis d’avancer à plus grands pas sur certains volets de ce chantier complexe.

Le CIUSSS de l’Estrie pourrait louer une troisième salle d’opération privée

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Le CIUSSS de l’Estrie pourrait louer une troisième salle d’opération privée

Marie-Christine Bouchard
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Le CIUSSS de l’Estrie-CHUS pourrait bientôt louer une salle d’opération dans un bloc opératoire privé de Bromont afin d’y délocaliser des chirurgies électives. Ainsi, des chirurgiens de l’Hôpital de Granby et de l’Hôpital Brome-Missisquoi-Perkins pourraient tous les jours venir y opérer des patients.

Ce serait la troisième entente du genre pour le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

C’est ce qu’a confirmé à La Tribune la Dre Stéphanie Olivier, propriétaire de la clinique Médispa à Bromont. La direction du CIUSSS de l’Estrie-CHUS a quant à elle soutenu « évaluer la possibilité de signer une entente de gré à gré » après les deux premières ententes signées avec deux entreprises privées de Sherbrooke à la suite d’un appel d’offres.

« Nous avons reçu la visite d’un employé du CIUSSS de l’Estrie-CHUS pour évaluer la possibilité de délocaliser certaines chirurgies dans nos installations. Il est question de l’ophtalmologie de Granby et de Cowansville, entre autres, mais d’autres spécialités seraient aussi possibles. Ça libérerait les salles d’opération dans les hôpitaux pour d’autres types de chirurgies plus complexes », mentionne la Dre Olivier.

La clinique Médispa dispose de deux vastes blocs opératoires et de neuf espaces de récupération post-chirurgicaux tout neufs, répartis sur 8000 pieds carrés, construits au coût de 3 millions $. Dre Olivier a commencé à y pratiquer en janvier 2020. Or, la crise sanitaire a obligé la plasticienne à ralentir ses activités, dont une partie est réalisée en partenariat avec le CIUSSS de l’Estrie.

La Dre Stéphanie Olivier, propriétaire de la Clinique Médispa à Bromont, pourrait louer une de ses salles d’opération au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

« Je suis très contente. J’ai une salle qui ne sert à rien, ici, mais qui est neuve, toute équipée. J’ai du personnel qui est prêt à travailler. Il y a des chirurgiens qui ne travaillent pas parce qu’ils n’ont pas de salle disponible, et il y a des patients qui attendent une chirurgie depuis longtemps. Cette salle va donner un coup de main dans le réseau public, à moindre coût et plus rapidement que la construction de nouvelles salles d’opération », se réjouit la chirurgienne plasticienne.

Rappelons que l’automne dernier, la direction du CIUSSS a d’ailleurs signé une première entente avec la clinique OculoVision de Sherbrooke. Environ 2500 chirurgies de la cataracte seront effectuées chaque année à cet endroit. Les ophtalmologistes et les anesthésiologistes sont ceux qui travaillent au CIUSSS de l’Estrie-CHUS et ils sont donc payés par la Régie de l’assurance-maladie du Québec. Le personnel infirmier est toutefois fourni et rémunéré par la clinique privée.

Un second contrat a été lié avec Services chirurgicaux des Cantons, une clinique aussi située à Sherbrooke. Quelques chirurgies générales et des chirurgies de plastie sont effectuées sur place. Le CIUSSS estime qu’environ 360 chirurgies par année seront effectuées à cet endroit.

Ces derniers mois, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a autorisé de nombreuses ententes du genre au Québec afin de minimiser les répercussions sur les patients du délestage effectué dans le réseau de la santé pendant la pandémie. En ce moment, 10 % des chirurgies effectuées chaque semaine au Québec le sont dans des installations louées dans des entreprises privées.