Contenu commandité
Ces villes qui changent de nom
Ces villes qui changent de nom
Le nouveau nom de la ville d’Asbestos prendra au moins une génération pour s’implanter selon le professeur en communication-marketing de l’Université de Sherbrooke Marc David.
Le nouveau nom de la ville d’Asbestos prendra au moins une génération pour s’implanter selon le professeur en communication-marketing de l’Université de Sherbrooke Marc David.

Quatre noms, quatre images

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Apalone, Jeffrey, Phénix et Trois-Lacs sont quatre noms qui ont fait jaser cette semaine en Estrie, mais aussi partout au Québec et probablement à quelques endroits du globe. Qu’on les aime ou non, l’un de ces quatre choix pourrait devenir le prochain nom de la ville d’Asbestos. Dans cette optique, et avant que la Ville annonce vendredi qu’une nouvelle liste de propositions sera dévoilée dans les prochaines semaines, La Tribune avait demandé à un spécialiste en image de les analyser. Voici ses commentaires.

Asbestos signifie amiante en anglais et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle la municipalité a décidé de changer de nom. La proposition Jeffrey s’inscrit toutefois dans une continuité selon Marc David, professeur de communication-marketing à l’Université de Sherbrooke.

« On attribue souvent le nom de la ville à son fondateur, au premier agriculteur ou ce genre de chose, explique celui qui est aussi responsable de l’Agence-école en communication de l’UdeS. Le problème, c’est que la mine Jeffrey est l’incarnation de l’amiante. Je pense que tant qu’à changer de nom, Asbestos devrait se dissocier le plus possible de l’amiante. »

Destruction et renaissance

Si l’image du phénix qui renaît de ses cendres peut être attirante pour une ville comme Asbestos, il s’agit d’un nom qui n’est ni nouveau ni original selon Marc David.

« Phénix, c’est déjà une ville qui existe aux États-Unis et ailleurs, mentionne-t-il. Il faut comprendre que le phénix passe l’éternité à se consumer et renaître, c’est un cycle de destruction et de renaissance. Je ne pense pas que c’est ce que les gens veulent avoir. »

Dans les sentiers battus

Le nom Trois-Lacs, qui semble être le plus populaire jusqu’à maintenant si on se fie aux centaines de commentaires sur les réseaux sociaux, aura de la difficulté à ressortir du lot selon le professeur.

« Trois-Lacs, c’est très conventionnel, lance-t-il. Ça peut être bien pour les gens s’ils avaient un fort attachement à Trois-Lacs avant la fusion, mais peut-être un peu moins pour les gens qui étaient à Asbestos. Dans tous les cas, ça reste un nom valable, mais qui ne se distingue pas des autres municipalités comme Trois-Rivières, Deux-Montagnes, Sept-Îles, on peut en sortir des tonnes. »

Originalité

Surprenamment c’est Apalone, l’un des noms les plus critiqués de par sa référence à une tortue, qui semble être le nom qui pourrait proposer l’image la plus forte pour Asbestos. 

« Apalone se distingue par son originalité, explique Marc David. Le côté écologique de la tortue qui est menacée vient contre-balancer les effets négatifs de l’amiante sur la santé humaine. C’est un nom qui pourrait être apprécié, mais avec le temps. Il faut vivre avec longtemps. Si on parle seulement de l’image de marque, celui-là a plus de chance de se distinguer. »

Une génération

Une chose est certaine selon le professeur, peu importe le nom choisi, une période d’adaptation sera nécessaire pour s’y faire.

« Ça prend au moins une génération, souligne-t-il. Les plus jeunes vont s’habituer tout de suite. Ce sera plus long et difficile pour ceux qui ont toujours connu la ville d’Asbestos et qui la voient changer du jour au lendemain. Il va falloir qu’il y ait un côté festif et participatif. »

« Mais en fin de compte, n’importe quel nom qui sera adopté par la population va être bon parce qu’elle l’aura choisi elle-même, résume Marc David. Je salue la démarche, elle est excellente. Ça contribue à faire en sorte que les habitants d’Asbestos vont pouvoir s’approprier ce nouveau nom. C’est certain que tout le monde ne sera pas nécessairement heureux, mais au moins tout le monde aura la chance d’y participer. »

Les propositions

APALONE : Ce nom fait référence à la tortue molle à épines (apalone spiniffera), une espèce de tortue à carapace molle menacée par la pollution des lacs et des rivières. Cette dernière a déjà été observée dans la région d’Asbestos, mais on la retrouve aujourd’hui principalement au lac Champlain en Montérégie. Elle vit de 50 à 60 ans en nature et est l’une des espèces les plus menacées au Québec.

JEFFREY : Cette proposition fait référence à William Henry Jeffrey, premier exploitant de la mine d’amiante. Originaire de Québec, il a élu domicile dans le canton de Cleveland au milieu des années 1860. M. Jeffrey a érigé les bases de l’activité minière à Asbestos et la mine porte aujourd’hui son nom.

PHÉNIX : Le phénix est un oiseau mythique doté d’une impressionnante longévité. Il avait notamment la faculté de renaître de ses cendres. Les équipes sportives de l’école secondaire de l’Escale à Asbestos portent ce nom.

TROIS-LACS : Trois-Lacs est un secteur de la ville d’Asbestos et correspond au territoire de l’ancienne municipalité de Trois-Lacs qui s’est regroupée avec Asbestos en 1999. Le lac qui borde les municipalités d’Asbestos, de Tingwick, de Wotton et de Saint-Rémi-de-Tingwick se nomme les Trois-Lacs.

Les citoyens voteront du 14 au 18 octobre

Tous les propriétaires et citoyens d’Asbestos âgés de 14 ans et plus auront la possibilité de voter du 14 au 18 octobre pour l’un de ces quatre noms.

Le mode de votation retenu est celui de type préférentiel. Les gens auront donc à classer les propositions de leur premier choix à leur quatrième choix. Si un nom n’obtient pas la majorité (50 % +1) des voix au premier tour, le nom avec le moins de préférence sera éliminé et les deuxièmes préférences de ceux l’ayant choisi seront redistribués et ainsi de suite jusqu’à obtention de la majorité.