Contenu commandité
Au front 
Actualités
Au front 
Les ambulanciers paramédicaux sont en première ligne depuis le début de la pandémie. Ils répondent à environ 130 appels par jour sur le territoire qu’ils desservent, soit Sherbrooke, Magog, Valcourt, East Angus et Richmond. Dans le cadre de la Semaine nationale des paramédics qui se termine, La Tribune a passé quelques heures sur le terrain avec des ambulanciers paramédicaux d’Ambulance de l’Estrie pour voir comment ils ont su s’adapter aux contraintes liées à la COVID-19.
Partager
Le plaisir retrouvé

Actualités

Le plaisir retrouvé

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Article réservé aux abonnés
C’est un jeudi en milieu d’après-midi. Les ambulanciers paramédicaux sont appelés dans une clinique médicale pour transporter à l’hôpital un patient souffrant de fièvre et de fortes douleurs musculaires. Même si le diagnostic n’est pas tombé grâce à un test de dépistage, il y a de fortes chances qu’il soit atteint de la COVID-19.

Dans l’ambulance, les deux paramédics sont tout à fait calmes. Quinze mois après le début de la pandémie, c’est maintenant la routine de transporter des patients peut-être atteints du contagieux coronavirus.

« Au début de la pandémie, on avait l’impression de s’en aller à la guerre à chaque appel. On ne se sent plus comme ça maintenant », soutient Michaël Dugré, chef aux opérations chez Ambulance de l’Estrie.

« Les protocoles sont maintenant clairs, les gestes sont mécaniques », indiquent les ambulanciers paramédicaux rencontrés sur le terrain.

Sur place avant d’entrer à l’intérieur, ils mettent la jaquette de protection, leur masque à cartouches N95, les lunettes de protection, et ils transportent sans problème le patient malade qui est attendu à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke.

Puis ils entreprennent le méticuleux nettoyage de leur véhicule ambulancier et du matériel utilisé, en trois étapes, afin de s’assurer de ne pas contaminer le prochain patient qui prendra place sur leur civière, à l’arrière de leur véhicule.

Côtoyer la COVID-19

À la coopérative de travailleurs d’Ambulance de l’Estrie, comme ailleurs dans la société, on a appris à côtoyer la COVID-19.

Aujourd’hui, la majorité des ambulanciers paramédicaux de l’Estrie sont vaccinés, plusieurs ont même déjà reçu leur deuxième dose.

Sur le terrain, on sent que la routine s’est réinstallée. Que l’inquiétude de faire face au virus ne mine plus le plaisir de répondre aux appels d’urgence ou non urgents.

« On a retrouvé le plaisir de travailler », confirment les ambulanciers paramédicaux Guillaume Allard et Steven O’Connor.

Le retour du beau temps et l’annonce des prochaines étapes de déconfinement fait aussi plaisir aux paramédics sur le terrain.

« Avec toutes les mesures de confinement, avec le couvre-feu qui était super tôt durant plusieurs semaines, on a eu des nuits vraiment tranquilles », mentionne Guillaume Allard.

Pendant ce temps, les appels liés aux problèmes de santé mentale ont cependant augmenté de façon importante. Des appels qui demandent plus de doigté, plus de temps, plus de patience.

« Nous on fait ce travail-là pour aider. Si on peut aider d’une quelconque façon, on le fait. Notre travail, ce ne sont pas seulement des réanimations cardiaques », ajoute son partenaire Steven O’Connor.

Michaël Dugré, chef aux opérations chez Ambulance de l’Estrie

Une année tumultueuse

« Parfois, on entend des gens mettre en doute l’existence de la COVID. Moi je peux vous dire que vu de l’intérieur, vu de l’hôpital, ça existe vraiment! » assure Steven O’Connor.

Avant d’en arriver à avoir ce nouveau contrôle sur le terrain, il y a eu du tumulte chez Ambulance de l’Estrie au même titre que partout dans le réseau de la santé. Non, l’année de la pandémie n’a pas été de tout repos.

Pourtant, même au plus fort de la crise en mars 2020, ou même encore au sommet de la deuxième vague en janvier, jamais les ambulanciers n’ont déserté. Chez Ambulance de l’Estrie, les taux d’absentéisme et d’assurance maladie sont demeurés très faibles alors que les banques de vacances sont restées bien garnies – les paramédics choisissant souvent de reporter leurs vacances pour rester au front durant les pics de la crise sanitaire.

Comment les ambulanciers résumeraient-ils cette année riche en rebondissements?

« Une année chargée », dit le paramédic Tim de Grâce.

« Une année d’adaptation », renchérit dans la seconde son partenaire Pascal Mc Connell.

Revenons en arrière. En mars 2020, le virus originaire de la Chine fait son arrivée au Québec. Scientifiques, politiciens, médecins, chercheurs et citoyens, tout le monde est inquiet parce qu’on connait très peu ce virus contagieux et aux conséquences imprévisibles d’une personne à l’autre. 

Plus que tous les autres, les ambulanciers paramédicaux sont au front. Sur le terrain 24 heures par jour, ils sont appelés à rentrer dans les résidences privées pour aînés touchées par les éclosions ou dans les maisons privées.

Au début, les directives ne sont pas claires. Quels sont les meilleurs moyens de se protéger efficacement du virus? Quel équipement de protection doivent-ils porter pour se protéger, pour protéger leur équipier et protéger leurs patients?

« Au début, il y avait beaucoup d’inquiétude parce qu’il y avait beaucoup d’inconnus. Les mesures de protection, les protocoles, tout changeait beaucoup », indique Jean-François Pellerin, directeur des opérations chez Ambulance de l’Estrie.

« Au début, on s’habillait sur tous les cas. C’était très lourd, mais les ambulanciers se sentaient en sécurité », ajoute-t-il.

Mais tout de suite dans les équipes, on a voulu mettre la main à la pâte et collaborer à l’effort de crise afin d’apporter de l’aide et du réconfort là où c’était possible.

Et les « possibles » se sont multipliés au cours des mois (voir autre texte en page 4). En faisant davantage de gestes médicaux sur le terrain, en participant aux efforts de dépistage et de vaccination, les ambulanciers paramédicaux ont certainement participé à tracer la voie vers une progression de leur profession.

L’ambulancière paramédicale Nadia Langlois commence la désinfection de son ambulance après avoir déposé un patient à l’Hôtel-Dieu.

Un petit miracle

Mais revenons au moment présent.

Ce même jeudi après-midi, encore une fois, le 911 reçoit un appel pour un accident d’automobile impliquant un capotage dans une ville à mi-chemin entre Sherbrooke et Magog. C’est une ambulance garée à Magog qui répond à l’appel toutes sirènes hurlantes.

Le trajet implique bien sûr une grande concentration – les automobilistes réagissent normalement plutôt bien au son de la sirène ou à la vue des gyrophares… mais pas toujours. « Il faut regarder partout, être très attentifs tout le temps », indique Michaël Dugré, chef aux opérations.

Sur place, les pompiers sécurisent le véhicule qui a glissé sur le côté dans le profond fossé de la route de campagne. Ils procèdent à la désincarcération de la conductrice qui a perdu le contrôle sur cette route sur laquelle on venait d’ajouter une épaisse couche de gravier, ce qui a rendu la route glissante. Une fois la portière enlevée, les ambulanciers et les pompiers aident la dame à sortir… par elle-même, sur ses deux jambes. Elle n’a aucune douleur.

Un vrai petit miracle quoi! « L’impact s’est fait à basse vitesse, c’est une bonne nouvelle, la conductrice va bien », se réjouit Michaël Dugré.

L’automobiliste accepte de se rendre dans l’ambulance pour que les ambulanciers paramédicaux prennent ses signes vitaux et lui posent des questions pour s’assurer qu’elle va vraiment bien. La dame va effectivement bien, une de ses amies arrive sur place pour la ramener à la maison.

Les ambulanciers désinfectent leur véhicule puisque la dame y a passé un moment. Sécurité, encore et toujours.

À ce moment-là, les trois ambulances qui desservent le territoire de Magog sont occupées sur des appels.

Puis rentre un autre appel pour Magog. Les ambulanciers terminent le nettoyage, remontent dans l’ambulance, font demi-tour et reprennent la route de Magog avec sirènes et gyrophares. Qu’est-ce qui les attend? Ils ne le savent pas encore exactement, mais cela ne les stresse pas. Parce que savoir jongler avec l’imprévisible et l’inconnu fait assurément partie de l’ADN des ambulanciers paramédicaux.

Les ambulanciers paramédicaux interviennent souvent sur des accidents de la route, ce qui leur permet de collaborer avec les policiers et les pompiers.
En renforts face au virus

Actualités

En renforts face au virus

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Il y a un an encore, un ambulancier paramédical qui terminait ses études collégiales pouvait s’attendre à passer sa carrière derrière le volant d’une ambulance ou bien encore à l’arrière de son véhicule à soigner des blessés ou des malades.

La pandémie aura permis aux paramédics de faire davantage d’activités, d’élargir leurs champs de compétences et d’expertises (voir aussi autre texte, en page 5).

Aurait-on pu penser en mars 2020 voir un ambulancier paramédical effectuer un test de dépistage de la COVID-19? Ou voir un ambulancier qui vaccine les Estriens contre la COVID-19? Probablement pas.

Pourtant, aujourd’hui, c’est devenu tout à fait normal, ici en Estrie et ailleurs au Québec.

Depuis l’automne, les paramédics d’Ambulance de l’Estrie effectuent des tests de dépistage et depuis cet hiver, ils participent aussi à l’effort pour vacciner la population contre la COVID-19 dans un univers médical plongé en pleine pénurie de personnel.

« Il y a eu un arrêté ministériel vers la fin de l’été qui élargissait certains actes qu’on pouvait faire », souligne Jean-François Pellerin, directeur des opérations chez Ambulance de l’Estrie.

Au même moment, à la fin de l’été, le CIUSSS de l’Estrie-CHUS s’est retrouvé débordé alors que les Estriens faisaient la file durant des heures dans les centres de dépistage de la COVID-19.

« Quand on a vu ça, on a levé la main pour aider le CIUSSS. Une dizaine de nos paramédics ont accepté d’ouvrir la voie en allant faire des tests de dépistage », mentionne Jean-François Pellerin.

Chaleureusement accueillis dans l’organisation, les paramédics se sont intégrés au centre de dépistage. Et plus tard, dans les centres de vaccination.

« Nous avons aujourd’hui 90 de nos 165 ambulanciers qui ont formés pour le dépistage et 60 pour la vaccination », mentionne M. Pellerin.

Casser la routine

Pour les paramédics, il est très intéressant de casser la routine de temps à autre en allant faire des quarts de travail au dépistage ou à la vaccination.

Gabriel Thivierge, ambulancier paramédical depuis 2009, fait partie de ceux qui donnent un coup de main régulièrement au centre de dépistage ou dans les équipes mobiles de dépistage, au besoin.

Il apprécie particulièrement avoir la chance de faire du dépistage à domicile. À bord d’une ambulance, les paramédics font la tournée de gens qui ont des difficultés à se déplacer et qui doivent donc subir le test de dépistage à domicile.

« Personnellement, j’aime ça. On va voir les gens dans leur milieu de vie, ça leur évite de se déplacer et généralement, ça se passe très bien », indique M. Thivierge.

Il n’est pas rare que les gens aient peur avant de subir un test de dépistage de la COVID-19. « La réaction varie d’une personne à l’autre. Il y a des gens qui ont peur, mais on essaie de les rassurer. On a des trucs dans notre sac pour les mettre en confiance. Il ne faut pas oublier que les gens qui viennent ici le font de façon volontaire », indique-t-il alors qu’il prend une pause à l’extérieur du Centre désigné de dépistage de Sherbrooke.

Près de 200 000 tests de dépistage de la COVID-19 ont été effectués sur le territoire de l’Estrie depuis le début de la pandémie, dont un peu plus de 10 000 au cours de la semaine qui se termine, que ce soit dans les centres de dépistage, dans les points de service de Bromont, d’Asbestos et de Lac-Mégantic ou encore dans les unités mobiles.

Il y a aussi des ambulanciers qui font de la vaccination à domicile, notamment dans les résidences pour personnes âgées.

« Les ambulanciers se présentent au Centre de foires de Sherbrooke le matin, on leur remet un itinéraire, le matériel dont ils ont besoin et les vaccins, et ils partent faire la vaccination », soutient René Provençal, chef aux opérations chez Ambulance de l’Estrie et coordonnateur depuis bientôt un an de cette équipe d’ambulanciers paramédicaux complètement détachés des services réguliers.

Bien plus que des chauffeurs d’ambulance !

Actualités

Bien plus que des chauffeurs d’ambulance !

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Le personnel des services préhospitaliers d’urgence intervient aux quatre coins du Québec dans diverses conditions, souvent critiques. « À bien des niveaux, à la sortie de cette pandémie de la COVID-19, les paramédics auront eu la possibilité de prouver qu’ils sont plus que de simples transporteurs de bénéficiaires ou des chauffeurs d’ambulance », affirme Francis Brisebois, coordonnateur aux communications chez Dessercom — Service préhospitalier d’urgence.

Au cours des dernières années, le rôle des ambulanciers paramédicaux a considérablement changé. Il y a 40 ans, le rôle des ambulanciers était principalement de transporter les patients le plus vite possible à l’hôpital où leur état était stabilisé.

Au fil des années, une bataille à la fois, les ambulanciers paramédicaux ont gagné le droit de poser plusieurs gestes médicaux importants pour stabiliser rapidement l’état de leurs patients avant même qu’ils soient à l’hôpital, ce qui a contribué à sauver des milliers de vies au Québec.

Aujourd’hui, les paramédics peuvent notamment intuber, gérer les voies respiratoires avec des équipements spécialisés, administrer plus de six médicaments et des vaccins, analyser des électrocardiogrammes, traiter des blessures traumatiques, gérer des scènes de sinistre, intervenir dans des contextes psychosociaux et d’intoxication, assister des accouchements complexes, amorcer des manœuvres de réanimation et même faire des constats de décès à domicile avec l’aide d’un médecin au téléphone.

Lien de confiance

Pendant la pandémie, ils ont ajouté la vaccination et le dépistage de la COVID-19 à leur arc.

Et ce n’est pas fini. Un programme universitaire de soins d’urgence spécialisés pourrait bientôt voir le jour chez nous, en complément à l’actuelle formation collégiale en soins préhospitaliers d’urgence.

Les ambulanciers paramédicaux profitent aussi d’un fort lien de confiance avec la population.

L’avenir est rose pour cette profession.

« Nous souhaitons que l’évolution annoncée du système préhospitalier d’urgence se fasse au bénéfice des patients et en mettant à l’avant-plan la qualité des services à la population », souligne Jean-François Pellerin, directeur des opérations chez Ambulance de l’Estrie.

« L’avenir de cette profession est prometteur. Les paramédics ont un champ d’expertise extrêmement polyvalent et deviennent de plus en plus des cliniciens pris au sérieux. Par exemple, ils peuvent rédiger facilement des rapports d’intervention pour recueillir des données préhospitalières probantes et assurer un meilleur continuum de soins avec les autres professionnels de la santé. Ils jouent un rôle clé pour la santé publique québécoise! » assure pour sa part Marc Bouchard, directeur des opérations par intérim chez Dessercom dans plusieurs régions du Québec. Dessercom est un organisme de bienfaisance offrant des services préhospitaliers d’urgence et de transports interhospitaliers médicaux dans 14 régions administratives du Québec, dont l’Estrie.