Contenu commandité
64 M$ pour les services de garde: «J’espère que ce n’est qu’un début»
Actualités
64 M$ pour les services de garde: «J’espère que ce n’est qu’un début»
Pour tenter d’alléger la pénurie de travailleuses formées dans les services de garde, le gouvernement du Québec a annoncé hier qu’il accordera une aide à la formation pour les travailleuses en service de garde qui sont sans diplôme et qu’il offrira des bourses pour les deux premiers stages de formation aux étudiantes en technique d’éducation à l’enfance au cégep. Les deux mesures sont bien reçues, mais le milieu en attend davantage.
Partager
« Un quart de plan »

Actualités

« Un quart de plan »

Coralie Beaumont
Coralie Beaumont
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Ce sont des réactions en demi-teintes qui font suite à l’annonce d’un investissement de 64 millions de dollars pour répondre aux besoins de main-d’œuvre qualifiée dans les services de garde éducatifs à l’enfance. L’avis est unanime : il en faudra bien davantage.

« Tant qu’on ne reconnait pas qu’il y a une crise et qu’on ne passe pas en mode urgence, comme avec les préposés aux bénéficiaires au début de la pandémie, il n’y aura aucun levier rapide pour sauver les familles et les éducatrices », redoute Myriam Lapointe-Gagnon, la porte-parole et instigatrice de #Maplaceautravail, un mouvement citoyen en réponse au manque de places en garderie.

Évidemment, Mme Lapointe-Gagnon ne veut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Elle tient à saluer « toute initiative qui va dans le sens d’offrir des services de qualité à nos enfants », mais elle rappelle que des personnes vivent des situations critiques en raison du manque de place dans les services de garde. « Il y a des gens qui font des appels à l’aide sur notre groupe, des gens qui sont sur le point de perdre leur maison, leur permanence à l’emploi... Ce sont vraiment des choses graves que le gouvernement laisse aller présentement », dénonce la jeune maman.   

Quelques bonnes nouvelles  

La députée Solidaire, Christine Labrie, trouve qu’il y a de bonnes nouvelles dans l’annonce du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe et du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet. « Il y a plusieurs mesures que je proposais depuis longtemps, je pense entre autres au stage, à la formation rémunérée et au développement d’une formation intensive ». 

Lucie Therriault, la directrice générale du Regroupement des centres de la petite enfance des Cantons de l’Est, pense également qu’il y a de bonnes nouvelles, mais qui ne règleront pas tout. Elle voit dans ce plan un bon coup de pouce pour favoriser les réorientations personnelles vers le secteur de la petite enfance. « Le fait de quitter un emploi, avec un revenu et des responsabilités financières, est peut-être un frein à un retour sur les bancs de l’école ». Elle se réjouit donc que ce plan offre un revenu pour compenser le manque à gagner de celles et ceux qui feront un pas vers le milieu de la petite enfance.

Lucie Therriault, directrice générale du Regroupement des centres de la petite enfance des Cantons de l’Est

Une moitié de plan 

Mais malgré les points positifs, Mme Labrie y voit « la moitié d’un plan ». Il manque encore, selon elle, des mesures pour rendre la carrière d’éducatrice attrayante. « C’est comme si on bonifie les conditions d’études pour devenir éducatrice, mais on ne bonifie pas les conditions au terme de la formation, donc ça va être difficile de recruter dans ces conditions-là ». 

Elle craint par ailleurs qu’avec ce plan qui ne met pas l’accent sur l’attractivité de la carrière en service de garde, « on va avoir de la difficulté à remplacer les éducatrices qui partent, alors qu’on est à un point critique ou il commence à y avoir des bris de service dans les CPE ». Selon elle, « on est assez loin d’avoir un plan qui va permettre de recruter suffisamment d’éducatrices pour, en plus, ouvrir de nouvelles places, compte tenu de toutes les éducatrices qui manquent pour maintenir le niveau de qualité du réseau actuel, dans lequel il manque 51 000 places ». 

Si les mesures annoncées aujourd’hui lui plaisent, elles ne sont toutefois pas suffisantes pour la satisfaire. « J’espère sincèrement que ce n’est que le début. Ça va prendre l’autre moitié du plan, c’est certain », en rappelant que des transferts fédéraux de plusieurs milliards ont été annoncés récemment.

Un quart de plan

Mme Lapointe-Gagnon se montre plus critique que Mme Labrie, qualifiant l’annonce d’aujourd’hui de « quart de plan ». Elle fait observer que « ce qui fait mal », c’est que depuis des années des éducatrices « tiennent le fort » et « donnent tout pour leur profession et pour les enfants », mais ne reçoivent aucun incitatif à rester en place, pas même une prime COVID-19. « Alors qu’on sait qu’il y a une immense hémorragie, c’est du jamais vu le nombre de responsables de services de garde qui quittent le navire. C’est comme si on mettait un petit pansement avec des dinosaures sur une plaie béante… Nous, on dit qu’il faut mettre un garrot pour retenir les gens qui quittent, même si c’est peut-être moins payant politiquement! » 

Mme Therriault fait remarquer que le travail des éducatrices est vital pour le développement des enfants. « On est loin du gardiennage. On est avec des éducatrices qui ont un rôle au niveau de l’observation, de l’éducation et de l’évaluation. » Ce rôle majeur justifie donc des conditions attractives qui favorisent la rétention. « Les gens qui sont présentement à l’emploi, ont le droit d’avoir une rémunération en fonction du niveau d’expérience et de compétence qu’on attend d’eux au quotidien » appuie Mme Therriault.

Si Mme Lapointe-Gagnon ne remet pas en cause la bonne volonté du ministre Lacombe, elle pense qu’il s’agit plutôt d’un manque de volonté politique du gouvernement Legault. « On pense que c’est un problème qui touche tous les ministères, ce n’est pas juste à Mathieu Lacombe de manger des tomates dans la face. Si on ne lui donne pas les moyens de son ambition, il ne pourra pas faire grand-chose. » Elle annonce d’ailleurs que son groupe mènera différentes actions sous le #pournotremonde, notamment la prochaine mise en ligne d’une pétition. « Cette semaine, on interpelle toutes les municipalités du Québec à appuyer le mouvement #Maplaceautravail » et « s’il faut qu’on sorte dans la rue pour se faire voir et bien on sortir dans la rue, même avec nos bébés! »

Toujours rien pour les milieux familiaux

Actualités

Toujours rien pour les milieux familiaux

Coralie Beaumont
Coralie Beaumont
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Marlène Carbonneau, la présidente de l’ADIM-Estrie, ne cache pas sa déception après la découverte du plan de ce 26 avril pour répondre aux besoins de main-d’œuvre qualifiée dans les services de garde éducatifs à l’enfance. « Cette annonce ne concernait que les CPE et pas le milieu familial. Il n’y avait rien pour nous encore dans ce plan-là. Il n’y a rien à court terme non plus », regrette-t-elle, en rappelant que cela fait longtemps que les responsables de garde en milieu familial attendent aussi des mesures.

Elle trouve néanmoins qu’il y a de bonnes idées dans ce plan, notamment pour la formation d’éducatrices spécialisées, « c’est sûr qu’on n’est pas contre la vertu ». Elle salue également la volonté de former des éducatrices déjà à l’emploi, « mais ça ne donne rien pour la rétention, il ne met rien sur la table pour la rémunération des éducatrices ». 

Elle fait remarquer que 20 000 places en milieu familial sont disponibles actuellement, mais que le problème, c’est qu’il n’y a personne pour les opérer. « Penses-tu que c’est ce qu’il a annoncé ce matin qui va remplir ces 20 000 places? » lance-t-elle.

Elle pense donc que le plan devrait plutôt chercher des responsables de garde pour opérer ces places à court terme. « Ça répondrait à près de la moitié de ce qu’il manque actuellement ». Pour cela, elle est d’avis qu’il faut que la profession devienne attrayante financièrement et intéressante humainement. « Les responsables demandent des assouplissements administratifs depuis plus d’un an… », cite-t-elle encore comme exemple d’actions.

Services de garde: deux mesures pour contrer la pénurie de travailleuses formées

Actualités

Services de garde: deux mesures pour contrer la pénurie de travailleuses formées

Lia Lévesque
La Presse Canadienne
Article réservé aux abonnés
Québec a donné plus de détails, lundi, concernant deux mesures pour tenter d'alléger la pénurie de travailleuses formées dans les services de garde.

La pénurie touche l'ensemble des régions du Québec.

D'abord, il accordera une rémunération à 2400 candidates qui travaillent déjà dans un service de garde, sans être diplômées, et qui participeront à une formation en alternance travail-études.

Ces personnes toucheront une rémunération jusqu'à concurrence de 15 $ l'heure et jusqu'à concurrence de 15 000 $, a précisé le ministre du Travail et de l'Emploi, Jean Boulet, au cours d'une conférence de presse aux côtés de son collègue de la Famille, Mathieu Lacombe.

Québec consacrera 45 millions $ à cette première mesure.

Bourses

Ensuite, pour garder l'intérêt des étudiantes en Techniques d'éducation à l'enfance au cégep, des bourses de 2300 $ seront octroyées pour le premier et pour le deuxième stage.

Québec consacrera 11,6 millions $ à cette seconde mesure.

«C'est un pas de géant», a lancé le ministre Lacombe, qui a bon espoir de parvenir ainsi à alléger la pénurie de main-d'oeuvre dans les services de garde.

Fait à noter, contrairement à ce qui avait été le cas pour la formation accélérée des préposés aux bénéficiaires en CHSLD, les candidates qui ne parviennent pas à obtenir leur diplôme ou leur attestation d'études n'auront pas à rembourser les sommes reçues.

Les grandes lignes de ces mesures avaient déjà été annoncées lors du dépôt du budget du ministre des Finances, Eric Girard, le 25 mars.