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20 ans après l'an 2000 : l'éducation
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20 ans après l'an 2000 : l'éducation
Vingt ans après l’an 2000, La Tribune choisit de se pencher chaque mois sur un enjeu de société qui a marqué le début du siècle pour prendre la mesure du changement. Cette semaine, la suite et fin de notre dossier sur l’éducation.
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Confinement lié à la COVID-19 : un moins grand obstacle pour les écoles en mode numérique

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Confinement lié à la COVID-19 : un moins grand obstacle pour les écoles en mode numérique

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Sherbrooke — Le confinement lié à la pandémie de la COVID-19 a représenté un défi important dans les écoles secondaires du Québec afin de passer de l’enseignement en classe à l’enseignement à distance.

L’obstacle était toutefois moindre pour les écoles où la pédagogie numérique faisait partie des habitudes.

Au Séminaire de Sherbrooke, des journées numériques où les élèves restaient à la maison pour passer en mode virtuel avaient déjà été expérimentées.

« En toute humilité, le confinement n’a pas été un défi si important au Séminaire. À l’ordre collégial, les élèves ont manqué une seule journée de cours et la session a pu se poursuivre à distance, alors que ç’a pris jusqu’à six semaines dans certains autres collèges », explique le responsable des technopédagogies au Séminaire de Sherbrooke, Dominic Carmichael.

Il rappelle que la présence en classe appuyée par la technopédagogie est le modèle préconisé au Séminaire de Sherbrooke.

« Notre rentrée est facilitée par le fait que nos enseignants ont moins à se soucier du virage numérique. Ils peuvent se concentrer sur les apprentissages des élèves », ajoute la directrice des services pédagogiques au Séminaire de Sherbrooke, Isabelle Chaîné.

Même si le choix de doter les élèves d’ordinateurs portables n’a jamais été remis en question, la Commission scolaire Eastern Townships a pu constater l’efficacité de son virage numérique le printemps dernier.

« Avec les circonstances, nous étions contents d’avoir pris le virage numérique. Pendant que les autres commissions scolaires tentaient d’acquérir des ordinateurs portables, nous pouvions offrir des modems cellulaires aux familles dont l’accès cellulaire était plus difficile », mentionne le président Michael Murray.

Le confinement du printemps dernier a fait exploser la demande pour la plateforme Classcraft avec plus de 20 000 abonnements pour la version gratuite.

« L’enjeu de la motivation scolaire était central lorsque les écoles ont été fermées. Les élèves avaient le choix entre jouer à Fortnite ou faire leurs travaux scolaires. Nous avons eu des contacts avec des écoles de partout dans le monde pour leur proposer des stratégies de motivation scolaire », explique Shawn Young, cofondateur et PDG de l’entreprise sherbrookoise.

Il rappelle que du jour au lendemain, les élèves ont dû apprendre à apprendre d’une façon nouvelle. 

« La motivation est difficile à maintenir si les élèves ne sont pas connectés à une communauté. Classcraft leur permettait une interaction avec leurs pairs, une vraie expérience collective », indique Shawn Young.

Ce dernier préside l’Association des entreprises pour le développement des technologies éducatives au Québec (Edteq), qui vise à faire connaitre les quelque 85 entreprises et OBNL québécois qui offrent des produits et services numériques en éducation.

« Plusieurs de ces entreprises ont été créées par des enseignants québécois. Nous travaillons à favoriser l’utilisation du numérique dans les classes qui donnent une valeur ajoutée aux enseignements », explique Shawn Young.

Des démarches ont été entreprises auprès du ministère de l’Éducation du Québec afin de mettre à jour la Loi sur l’instruction publique afin qu’il soit possible pour les écoles de charger des frais pour les applications numériques et logiciel alors qu’il est seulement possible de le faire pour des documents où l’élève « écrit, dessine et découpe. »

« Il est possible de charger des frais pour des photocopies ou des cahiers d’exercices, mais pas pour les outils numériques. Ce n’est pas question de charger plus, mais de permettre au milieu scolaire de proposer des alternatives numériques », mentionne Shawn Young.

Il plaide aussi pour que le milieu scolaire applique une politique d’achat local dans le choix des outils numériques.

« Il y a une industrie très intéressante au Québec et il faut la faire connaitre. Il faut sortir des applications américaines ou étrangères et regarder ce qui se fait ici », estime M. Young.

L’Edteq souligne la mise en place du plan numérique lancé par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec en 2018. 

« Le virage numérique est important. Ça doit devenir un enjeu de société. On travaille sur les centres de services scolaires ou la maternelle quatre ans, mais le numérique constitue une compétence transversale importante dans les classes qui a été mise en évidence avec le confinement lié à la COVID-19 », croit Shawn Young.

La technopédagogie s’installe en Estrie

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La technopédagogie s’installe en Estrie

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
Sherbrooke — Depuis plus de 15 ans, tous les élèves de la 5e année du primaire à la 5e secondaire de la Commission scolaire anglophone Eastern Townships possèdent leur ordinateur portable en classe.

Au Séminaire de Sherbrooke, la tablette iPad a été instaurée comme outil obligatoire en 2011.

Le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l’information et de la communication (TIC) en éducation, Thierry Karsenti, estime que l’utilisation des outils numériques est maintenant incontournable en éducation.

« Ce n’est pas parce que la technologie évolue que les classes évoluent au même rythme. L’Estrie est choyée avec le projet de la Commission scolaire Eastern Townships qui est devenue l’une des premières au monde à doter tous ses élèves d’un ordinateur portable. Les progrès en ce sens dans les commissions scolaires francophones sont plus timides. La pandémie a malheureusement révélé cette lacune dans le réseau public », indique M. Karsenti qui souligne aussi la décision du Séminaire de Sherbrooke d’avoir pris le virage numérique. 

La directrice des services pédagogiques au Séminaire de Sherbrooke, Isabelle Chaîné, soutient que la technopédagogie fait maintenant partie de la réalité professionnelle.

« Les outils numériques font partie de la vie pour nos élèves, alors nous les avons intégrés. Ils ont un impact positif non seulement sur la réussite, mais aussi sur la motivation scolaire », explique Isabelle Chaîné.

Elle mentionne que l’utilisation des TIC en classe n’est pas qu’une simple transposition du cours magistral à une version numérique.

« Nos enseignants sont passés à l’étape d’innover avec ces outils technopédagogiques. Ils sont très impliqués et s’entraident en se transmettant leurs meilleures pratiques pédagogiques », soutient la directrice pédagogique de l’institution de la rue Marquette.

La réalité virtuelle est même intégrée pour rendre encore plus concrets les apprentissages.

« Le design trois dimensions et la réalité virtuelle sont intégrés dans certains cours au collégial du Séminaire comme en Techniques d’architecture. Il n’y a rien de plus concret pour un étudiant que de concevoir virtuellement la résidence à partir du plan qu’il a développé. La rétroaction peut même se faire en la visitant », signale le responsable des technopédagogies au Séminaire de Sherbrooke, Dominic Carmichael.

« La réalité virtuelle permet de décupler le type de pédagogie que nous pouvons développer », ajoute Isabelle Chaîné.

Le président de la Commission scolaire Eastern Townships Michael Murray rappelle que c’est dans le cadre d’un projet-pilote autorisé par le ministre de l’Éducation du Québec de l’époque, Pierre Reid, qu’il a été possible de déployer des ordinateurs portables, le réseau de fibres optiques, la plateforme informatique ainsi que la formation du personnel. 

« Nous constatons des impacts positifs sur les apprentissages des élèves; particulièrement ceux qui ont des difficultés d’apprentissage. C’est un outil extraordinaire pour la collaboration, la communication, la recherche et le développement de nos élèves », estime M. Murray.

Thierry Karsenti voit d’un bon œil les investissements gouvernementaux récents pour doter les écoles d’ordinateurs, mais déplore le choix de certains centres de services scolaires, notamment à Montréal, d’ajouter des laboratoires informatiques au lieu de doter les élèves de leur outil numérique personnel.

« Ce serait impensable de donner un crayon pour trois élèves en classe. Chaque élève doit pouvoir utiliser son propre outil numérique », estime le chercheur. 

Thierry Karsenti mentionne que les enseignants doivent adapter leur gestion de classe à ces outils numériques.

« Pour maximiser la réussite, il ne faut pas juste donner des outils numériques aux élèves, il faut savoir quoi faire avec. Il faut aussi veiller à baliser leur utilisation. Le problème d’attention des élèves représente un défi. Les enseignants doivent passer de l’avant à l’arrière de la classe », estime le professeur Karsenti.

Isabelle Chaîné signale que le choix d’imposer la tablette aux élèves est remis en question chaque année.

« Nous refaisons toujours le choix de poursuivre avec le iPad. Nous impliquons même les parents dans la réflexion. Nous réfléchissons constamment sur l’impact des outils numériques, ce qui nous permet de doser leur utilisation. Lire un livre papier demeure une compétence à développer », signale Isabelle Chaîné. 

Cesser de diaboliser le numérique

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Cesser de diaboliser le numérique

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
La Tribune
« Il faut cesser de diaboliser l’utilisation du numérique chez les jeunes. »

Dans un mémoire préparé juste avant le confinement lié à la pandémie de la COVID-19, le professeur Thierry Karsenti de l’Université de Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les TIC en enseignement analyse que très peu d’études démontrent un impact négatif des outils numériques sur la santé des jeunes.

« Trop souvent, à la lecture des nombreuses études sur l’impact négatif des écrans, on oublie le rôle-clé que doit être appelé à jouer notre système éducatif. Et au Québec, nous sommes particulièrement choyés, car nous avons, depuis avril 2019, l’une des meilleures politiques au monde pour l’usage du numérique en éducation avec le cadre de référence de la compétence numérique. Ce cadre vise à favoriser le développement de la compétence numérique dans l’ensemble de la communauté éducative pour que les citoyens de demain formés aujourd’hui dans nos écoles soient autonomes et critiques dans leur utilisation du numérique. Cette habileté est primordiale dans le contexte actuel marqué par des innovations technologiques qui transforment le marché de l’emploi et influent sur les compétences recherchées par les employeurs », explique le professeur Karsenti dans son mémoire.

Le fondateur et président-directeur général de Classcraft dont le siège social est établi sur la rue Wellington Nord à Sherbrooke, Shawn Young, propose depuis près de dix ans de plonger l’élève dans un univers virtuel pour le motiver en classe.

Autrefois enseignant au Salésien, ce dernier a développé la plateforme Classcraft, qui utilise l’univers du jeu vidéo comme outil de motivation des élèves.

Au départ utilisé par ses élèves de physique en 5e secondaire, Classcraft est devenu un outil utilisé par plus de 8 millions d’élèves dans 165 pays autour du globe.

À travers son personnage, l’élève évolue seul ou en groupe à travers différentes quêtes.

« C’est l’enseignant qui balise la façon de gagner ou de perdre des points. L’élève peut voir directement sa progression selon son implication et gagner ou perdre des privilèges en classe. Des études ont démontré une diminution des problèmes comportementaux chez les utilisateurs », mentionne Shawn Young.

Ce dernier estime que la plateforme atteint son plein potentiel lorsque ce sont des écoles complètes ou même des regroupements d’écoles qui l’utilisent, comme c’est le cas dans certaines régions des États-Unis dont la Californie, l’Oklahoma ou l’État de New York.

« Le manque de cohérence est l’un des principaux problèmes sur le plan de la gestion du comportement. Lorsqu’une école établit les paramètres, les valeurs de l’école peuvent être appliquées de façon uniforme. L’école peut aussi avoir accès à toutes les données pour développer certains types d’intervention », indique Shawn Young.

Les vocations pour soutenir les passions des élèves

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Les vocations pour soutenir les passions des élèves

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Des vocations et des projets spécialisés ont vu le jour dans les écoles secondaires de la région dès les années 1970. D’abord sont nés quelques programmes de sport-études, d’autres en arts et communications, puis le programme d’école internationale a été lancé à l’école du Phare… C’est cependant au courant des années 1990 que le virage a pris de l’ampleur : le nombre de projets particuliers, de vocations et de profils spécialisés a explosé dans les écoles secondaires sherbrookoises.

Il faut savoir qu’à Sherbrooke, le réseau scolaire public fait face à une compétition importante de la part de plusieurs écoles secondaires privées.

En effet, 6638 élèves fréquentent les écoles secondaires publiques du Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSSRS). En parallèle, 3647 élèves fréquentent les écoles privées — soit près de 35 % des élèves fréquentant le secondaire.

Le Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke a donc choisi de spécialiser ses écoles secondaires de diverses façons. Pourquoi? Pour deux raisons en fait.

D’abord, maintenir l’intérêt des jeunes envers l’école. « C’était une réponse au taux de décrochage scolaire de l’époque. Il fallait faire quelque chose. Aussi, les passions des jeunes changent avec les années et nous voulions offrir aux jeunes la possibilité de se découvrir des passions », mentionne Lisa Rodrigue, directrice générale adjointe aux affaires éducatives au CSSRS.

Ensuite, on voulait que les jeunes choisissent l’école publique plutôt que de fuir vers les écoles privées qui font aussi une grande place aux projets particuliers. « Il y avait aussi une question de rétention de notre clientèle; c’est certain qu’on voulait que nos jeunes restent dans nos écoles », ajoute Mme Rodrigue.

Un réseau d’écoles à trois vitesses?

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Un réseau d’écoles à trois vitesses?

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
La multiplication des différentes spécialisations dans les écoles secondaires amène un autre débat : l’école offre-t-elle des chances égales à tous les enfants? C’est notamment la question que soulève le Mouvement l’école ensemble. Ce mouvement, né en 2017, mène « une campagne pour une nouvelle vision de l’école publique : une école commune, équitable, sereine et efficace ».

« Nous abordons l’école sous l’angle de la ségrégation scolaire : il y a les écoles privées subventionnées, les écoles publiques sélectives et les écoles publiques régulières. Les deux premières sont des vases communicants. La présence des écoles privées subventionnées, qui sélectionnent toutes leurs élèves, et des écoles publiques sélectives, qui sélectionnent aussi leurs élèves pour les projets particuliers et les vocations, contribue à ‘‘écrémer’’ le secondaire régulier, et c’est ça le vrai débat », mentionne Stéphane Vigneault, le coordonnateur de ce groupe de pression.

« Quand on concentre les jeunes en plus grande difficulté ou plus pauvres ensemble dans l’école régulière, ça met l’ensemble des élèves et du personnel dans un contexte plus difficile », estime-t-il.

« Dans les faits, on a créé un réseau à trois vitesses », ajoute le coordonnateur du Mouvement l’école ensemble.

Une adresse, une école

Pour le mouvement, l’amélioration des conditions dans le « réseau public ordinaire » ne pourra pas passer sans qu’on travaille sur la sélection des élèves, tant au public qu’au privé.

« L’approche que nous proposons est assez riche : nous proposons d’utiliser le même réseau, les mêmes classes, le même personnel, mais de répartir les élèves autrement. Nous notre approche c’est : une adresse égale une école. Pas de sélection, pas de magasinage d’écoles. Ça prendrait une carte scolaire étanche (une adresse, une école) et équitable (des bassins dessinés pour être similaires socio-économiquement), y compris pour les écoles secondaires privées qui auraient aussi leur bassin désigné d’élèves. Pourquoi ne pas offrir un enrichissement scolaire gratuit à tout le monde? », suggère M. Vigneault.

Enjeu électoral

« Pour les élèves qui ont des grandes passions, on pourrait penser à développer le parascolaire davantage, à transférer plus d’activités sportives dans les ligues civiles, par exemple. Il reste quand même beaucoup de temps avant et après l’école pour développer ses passions », ajoute Stéphane Vigneault en précisant que la prochaine élection provinciale sera un bon moment pour débattre de cet enjeu.